Exeat
Obs. 383. — Abcès odontopathique sous-maxillaire. Incision. Cataplasmes. Guérison. — Thomas (Jean), maçon, 55 ans, entre à l’hôpital Saint- Antoine le 5 décembre 1853.
Dans la région sous-maxillaire droite, et empiétant un peu sur la partie inférieure de la joue correspondante existe une tumeur volumineuse présentant les signes d’un abcès. La « fluctuation étant manifeste, une incision est immédiatement pratiquée et donne issue à une i grande quantité de pus. Cet abcès reconnaît pour cause plusieurs chicots arrachés il y a quinze jours par un médecin qui fil en même temps une incision dans l’intérieur de la bouche. Il est probable que cette ouverture, s’étant refermée, n’a pas suffi à l’évacuation du liquide purulent.
Pour éviter pareil inconvénient, nous fixons à demeure dans notre incision une canule perforée. Cataplasmes.
7 décembre. — Le dégorgement s’opère.
**• Nous constatons à l’aide d’une sonde cannelée que le foyer est très-profond.
12. Tous les accidents ont disparu; il ne reste qu’un peu d’engorqement des parties. Le malade sort.
; Rbs- 3SL — Phlegmon odontopathique de la région sous-maxillaire. Ponction. Canule 1 en 1. tressions cxjmlsives. Guérison. — Cornet (Esther), 22 ans, blanchisseuse, entre le P 10 octobre 1852 à l’hôpital Saint-Antoine.
Vers le milieu de septembre, la moitié latérale droite de la face et la région sous-maxillaire correspondante furent envahies par une inflammation phlegmoneuse. La malade avait de ce côté deux dents dont la couronne était complètement détruite.
Lorsque cette femme vint à la consultation, on ne percevait pas de fluctuation distincte.
Je pratiquai néanmoins, au moyen d’un bistouri droit, une ponction profonde qui atteignit le foyer purulent. Cataplasmes :
Dès le lendemain tous les accidents étaient enrayés.
Mais, les jours suivants, la tumeur ne se résolvant pas aussi rapidement qu’on l’avait espéré, une canule en Y fut introduite et fixée dans le trajet fistuleux.
Tous les matins une pression expulsive était exercée à l’entrée de la plaie.
Au bout de 8 jours, la cicatrisation était complète.
Ce fait a été remarquable en ce sens qu’il est venu confirmer ce que nous avons dil de l’exiguïté de l’ouverture nécessaire pour la guérison de ces abcès sous-maxillaires. Il y avait en effet une si grande disproportion entre le volume du phlegmon, sa durée datant de quelques jours, les désordres ou les infiltrations qu’il avait produits et la petitesse de l’ouverture qui a suffi pour amener la résolution, qu’on ne sait vraiment à quel degré il faudrait que le phlegmon fût poussé pour qu’une simple ponction n’amenât pas les choses à bien. Ce fait nous confirme donc pleinement dans l’adoption de ce mode de traitement, qui a d’ailleurs pour avantages de ne laisser presque aucune difformité et de diminuer les chances de blesser les organes importants au voisinage desquels il faut porter le bistouri à une grande profondeur, avant que la
fluctuation ne soit manifeste.
Obs. 385. — Abcès sous- angulaire de la mâchoire inférieure droite. Complication d'érysipèle. Guérison. — Le 1er avril 1842 est entré à l’hôpital Cochin le nommé Bertholot, charron, âgé de 30 ans.
Dans le courant de mars dernier, cet homme, d’ailleurs d'une bonne constitution, entra à l’hôpital de la Pitié pour un engorgement sous-maxillaire. On lui fit extraire la dent de sagesse qui paraissait en être la cause. La tumeur persistant, une ponction exploratrice lut pratiquée, qui ne donna lieu qu’à un écoulement sanguin fort abondant.
Le malade sortit de cet hôpital au bout de huit jours, et ce n’est que quelque temps après qu’il entra dans nos salies dans l’état suivant :
Tumeur volumineuse, assez bien circonscrite, occupant la région parotidienne, s’avançant jusque sur le bord du sterno-mastoidien qu’elle déborde un peu en bas, et se terminant en pointe sur la partie latérale du cou. Masse dure, compacte, n’offrant en aucun point de fluctuation évidente. Point de douleurs à la pression, point d’élancements; gène considérable dans les mouvements; le malade peut à peine desserrer les dents, de telle sorte.,quele doigt ne peut être introduit dans la bouche pour l’exploration de la tumeur en dedans. Cataplasmes.
8 avril. — La tumeur augmente de volume dans sa partie supérieure. Elle,, s’avance audevant du masseter.
9. Toujours de la dureté dans la tumeur (pii est rouge, sans chaleur sensible, sans i fluctuation.
12. — Le malade se plaint de douleurs assez fortes siégeant à un pouce environ au-dessous de l’angle delà mâchoire. Le pus s’est collecté en ce point; mais la fluctuation est encore peu manifeste à cause de la grande résistance des tissus.
SECT. VI. — SUPPURATIONS PÉRI-M AXILLAIRES. 215
13 —On perçoit la fluctuation à travers une grande épaisseur de tissus durs et peu élastiques. Une incision verticale est pratiquée le long du bord interne du sterno-mastoidicn. Le pus qui s’en écoule n'est pas parfaitement réuni en foyer; il était infiltré dans les parties voisines. Chose remarquable! la fluctuation était plus évidente, le malade étant à son séant que lorsqu’il était couché. Il est probable que dans ce dernier cas le pus était comme emprisonné par le bord interne du sterno-mastoïdien. Mèche dans l’ouverture de l’abcès. Linge cératé. Cataplasmes.
l i. — Dégorgement considérable par la sortie d’une grande quantité de pus. La sonde introduite assez profondément ne pénètre pas jusqu a los, bien que la persistance de la tumeur au niveau de l’angle de la mâchoire donne l’idée d’une altération osseuse. Le malade ouvre un peu mieux la bouche. Même pansement.
la. — L’os maxillaire reste toujours gonflé. Le volume général de la tumeur est bien diminué, mais il reste de l’induration dans les parties ambiantes. Même traitement.
IC. — L’engorgement diminue d’une manière sensible; mais la partie voisine de los semble toujours reposer sur une base dure. La bouche s’ouvre avec facilité, et la mastication devient possible. Même traitement.
18. — Apparition à la face d’un léger empâtement érysipélateux. Eau de Sedlitz.
20. — État stationnaire de la tumeur. Suppuration peu abondante; quelques frissons; anorexie, soif ardente.
21. — L’érysipèle s’est étendu à l’oreille, aux paupières et à toute la partie latérale droite de la face. Onctions avec la pommade au calomel. Une mèche dans l’ouverture de l’abcès.
22. — L’érysipèle a envahi le front et le nez; les paupières sont toujours œdématiées; l’exanthème ne s’étend pas du côté du cou. Cataplasmes.
2i. — L’érysipèle s’est étendu vers l’œil gauche. La tumeur s’est considérablement ramollie.
25. — La suppuration est plus abondante. La tumeur s’affaisse; on sent encore un point dur à la partie inférieure, mais la partie supérieure se laisse facilement déprimer. Injections d’eau tiède dans la plaie.
2G. — L’œdème des paupières a presque entièrement disparu ; le malade ouvre facilement les yeux. Moins de tension dans la partie encore tuméfiée.
28. — L’érysipèle reprend de l’acuité. Stupeur, abattement général.
30. — L’érysipèle s’est étendu à la face postérieure du dos ; desquamation de la face. 1 cr mai. — L’érysipèle gagne la partie antérieure de la poitrine. Le malade est dans un état d’inertie complète. Une contre -ouverture est pratiquée au niveau de la partie moyenne du bord antérieur du sterno-mastoïdien. On passe un séton qui fait communiquer les deux ouvertures afin de faciliter l’écoulement du pus.
3. — L’érysipèle a cessé de faire des progrès. La tumeur se dégorge. Déjà la forme du sterno-mastoïdien se dessine assez bien. Cependant un état phlegmoneux persiste toujours autour du maxillaire inférieur et la suppuration est très-abondante.
— Plus de traces d’érysipèle. Un petit abcès sur la paupière inférieure de l’œil gauche. Ouverture avec une lancette.
1 1. — Retour des forces et de l’appétit. On lave avec une solution de potasse la tumeur qui a beaucoup diminué de volume et de dureté.
'2. — Frictions sur la tumeur avecl’iodure de potassium.
i;>. État très-satisfaisant. Le malade sort avant la résolution complète de la tumeur.
Réflexions. Depuis que nous avons adopté pour traitement habituel des abcès de ce genre le drainage au moyen des tubes élastiques, il ne nous est jamais arrivé de voir survenir ces lenteurs et ces complications, <pii vont jusqu k rendre quelquefois cette affection redoutable quand on
la traite par les moyens ordinaires. Or, il faut savoir que la subinflammation chronique dont s’accompagnent ces sortes d’abcès, quand on n’en a pas obtenu la résolution franche et complète pendant la période aiguë, donne lieu à des engorgements indurés d’une chronicité désespérante. C’est principalement cette éventualité que le drainage par les tubes nous a paru avoir la propriété de prévenir d’une manière constante.
Obs. 386. — Abcès angulo-maxillaire du côté gauche. Ponction. Mèche. Cataplasmes. Guérison. — Le nommé Moreau (Jean-Noël), âgé de 19 ans, emballeur entre à l’hôpital de la Charité le 20 octobre 1844. C’est un jeune homme d’une taille moyenne, d’un embonpoint ordinaire, à peau blanche, à chairs molles, présentant en un mot les apparences de ce qu’on désigne assez vaguement sous le nom de tempérament lymphatique. — D’une bonne santé habituelle, il a eu quelques légers engorgements ganglionnaires au cou. Depuis trois ans environ il a éprouvé des odontalgies à des intervalles variables et indéterminés.
Il y a quelques jours, sans autre cause appréciable que quelques maux de dents un peu plus intenses qu’à l’ordinaire, il s’est déclaré vers l’angle de la mâchoire inférieure du côté gauche une tumeur d’abord peu considérable, un peu mobile, avec sensation de chaleur, de picotement et de gène prononcée dans les mouvements de la mâchoire. Le soir, il survenait un appareil fébrile qui se maintenait pendant la nuit. — Ces accidents n’ayant fait que s’accroître, le malade entre le 19 octobre à l’hôpital de la Charité.
Gonflement et tension de la région sous-maxillaire gauche. La tuméfaction a envahi la région parotidienne en très-grande partie, en même temps que la portion de la face qui correspond au corps de l’os maxillaire inférieur du même côté. La peau a conservé sa teinte normale. Par la pàlpation, on découvre que la tumeur est rénitente, légèrement mobile à sa base et présente une fluctuation obscure et profonde. Comme phénomènes subjectifs, le malade ressent des battements et des élancements dans la partie tuméfiée et une légère pression suffit pour exaspérer la douleur. En même temps il éprouve une difficulté considérable à faire mouvoir la mâchoire, difficulté due autant à l’empâtement des parties qu’à la douleur développée. Enfin, si l’on vient à explorer attentivement la bouche, on découvre que la 3e molaire supérieure est cariée au niveau de sa couronne. Toutes les autres dents sont intactes.
Ponction avec la pointe d’un bistouri au niveau de l’angle de la mâchoire inférieure à une profondeur de 25 millimètres environ.
11 ne s’écoule pas de pus immédiatement. Un stylet introduit dans le fond de la plaie ; et poussé avec ménagement divise les tissus et livre passage, à un liquide abondant, peu odorant et d’un blanc jaunâtre.
A la suite de cette évacuation, soulagement marqué ; dès le soir même, sommeil calme.
Une petite mèche introduite dans la plaie, des cataplasmes appliqués sur la tumeur, et l’avulsion d’une dent, voilà le traitement qui a suffi pour amener en huit jours la résolution complète de la tumeur.
Aujourd’hui, 29 octobre, la plaie est cicatrisée, la mâchoire se meut librement, il n j a *1 plus de fièvre, plus de douleur. Il ne reste qu’un peu d’engorgement des ganglions sousmaxillaires et un léger empâtement des tissus ambiants, suite constante des phlegmons qui se développent dans une région pourvue d’une grande quantité de tissu cellulaire.
Ce fait nous offre l’exemple d’une altération dentaire siégeant à la mâchoire supérieure et donnant lieu, sans qu’il y ait maladie de l'os maxillaire proprement dit, à un abcès angioleucitique de la région sousmaxillaire.
SECT. VI. — SUPPURATIONS PÉRI-MAXILLAIRES
Art. 4. — Allées sons-maxillaires wstcoi>atIii<iiies.
! Parmi les abcès de cette espèce, les uns ont lieu par suite d’altérations chroniques, telles que caries ou nécroses des os maxillaires ; les autres tiennent à une inflammation aiguë, souvent d’origine traumatique, donnant lieu à des abcès sous-périostiques aigus ou même à une infiltration purulente ayant son origine dans une fracture de l’os maxillaire, fracture qui peut dépendre soit de ce que l’alvéole éclate sous l’action des instruments du dentiste, soit de ce que la fracture ait été produite par toute autre cause directement portée à travers la peau contre l’os maxillaire inférieur.
Nous avons observé un certain nombre d’exemples de cette variété d’abcès. La suppuration à la suite des fractures du maxillaire inférieur est une complication beaucoup plus fréquente qu’on ne pense de ce genre de fractures. Il suffit que la juxtaposition des fragments s’opère mal pour donner lieu à de la suppuration qui débute par la région alvéolaire, et qui donne lieu par suite à un phlegmon sous-maxillaire.
Si nous n’insistons pas dans ce travail sur les phlegmons sous-maxillaires, suite de fractures, c’est uniquement parce que cette question se rattache plus encore à celle des fractures compliquées qu’à l’histoire de la suppuration proprement dite.
On remarquera que le drainage appliqué au traitement des abcès sousmaxillaires ostéopathiques présente trois formes bien distinctes et qui répondent à des indications diverses.
Si la portion osseuse suppurée siège à la face interne concave de l’os maxillaire, le tube à drainage est conduit à travers le plancher de la bouche, de manière à former un anneau qui embrasse la face interne de l’os maxillaire dans le point malade et dont la partie supérieure sort
!par la bouche, tandis que la moitié inférieure sort à travers la peau pour se rejoindre à la précédente.
Si l’altération osseuse siège à la face convexe ou externe de l’os maxillaire, le tube à drainage est encore conduit par l’intérieur de la bouche mais, au lieu de perforer le plancher de la cavité buccale, il traverse le fond de la rigole qui existe entre la joue et l’os maxillaire.
Enfin, dans le cas où l’abcès ostéopathique occupe le bord inférieur de l’os maxillaire, une anse introduite par double transfixion à travers la peau est adossée à la portion osseuse malade, sans avoir besoin de traverser la muqueuse et, par conséquent, d’entrer dans la cavité de la bouche.
Oi.s. -^7. Phlegmon sous-maxillaire ostéopathique consécutif à une carie dentaire, i « a ion foicée de la bouche . Extraction de la dent malade . Drainage. Guérison .
— Hubert (Théodore), 38 ans, camionneur, entre a l’hôpital Lariboisière le 5 février 1857.
Ce malade se présente avec une tuméfaction énorme de la partie inférieure de la face et de la partie supérieure du cou du côté droit. Au milieu de la partie tuméfiée on reconnaît une fluctuation profonde. Il exislc de l’empâtement à la circonférence et de l’œdème sur les limites les plus éloignées.
La tumeur est rouge et extrêmement douloureuse; le malade y accuse une sensation de chaleur très-marquée. De plus la mâchoire inférieure est serrée contre la supérieure, à tel point, que les dents peuvent à peine s’éloigner d’un demi-centimètre environ.
La cause de ce phlegmon paraît résider dans l’altération carieuse de la deuxième petite molaire inférieure droite qui est malade jusqu’à son collet. 11 en est résulté soit une angioleucite, soit une périostite alvéolo-dentaire, laquelle serait devenue ensuite maxillaire.
L’indication première étant de donner issue au pus, on fait une petite incision par laquelle la sonde cannelée introduite arrive jusqu’à l'os dénudé et nécrosé qu’elle rase strictement. On fait saillir alors l’extrémité de la sonde cannelée sous la peau, puis sur cette saillie on pratique une petite incision. L’instrument, une fois engagé par cette seconde ouverture, sert à établir un tube à drainage au contact de l’os malade. Ipéca, 1 gramme. Bouillons et potages.
Une circonstance particulière nous fait craindre que l’infiltration purulente ne gagne la poitrine ; c’est l’extrême brièveté du cou chez ce malade, brièveté telle que la partie inférieure du cartilage cricoide répond au niveau du bord supérieur du sternum. En présence d’une telle conformation, si la trachéotomie fût devenue nécessaire, l’exécution en eût été très-difficile, pour ne pas dire impossible.
7 février. — Il y a un peu d’amélioration; mais dans la crainte que le phlegmon ne gagne le thorax, on passe un second tube à drainage dont une des extrémités est engagée dans la niême ouverture que l’extrémité antérieure du tube précédent.
9. — Mieux sensible ; au moyen du dilatateur buccal, on obtient tous les jours un degré de plus dans l’écartement des mâchoires; on en profite pour pratiquer des douches intéro-buccales.
10. — Les douleurs ont disparu; l’affection paraît se localiser; la diffusion du pus vers la poitrine est de jour en jour moins à craindre.
15. — L’écartement des mâchoires est maintenant assez grand pour permettre l’extraction de la dent malade à l’aide de la clef de Garengeot.
18. — L’haleine est d’une fétidité extrême. On reconnaît l’existence d’une collection purulente derrière le sterno-mastoïdien. On fait une incision qui donne issue à une bouillie puriforme .
2l . — Une seconde incision est pratiquée le long de la branche horizontale de la mâchoire.
25. — De violentes douleurs se sont manifestées dans la mâchoire inférieure.
28. — Amélioration dans l’état local. Constipation depuis quelques jours. Huile de ricin. 15 grammes.
5 mars. — Le mieux se soutient. 2 portions d’aliments.
15. — La bouche s’ouvre avec facilité. On peut facilement s’assurer qu’il s’est infiltré entre le foyer et la cavité de la poitrine une quantité assez notable de lymphe plastique qui s’oppose aux envahissements du pus.
2i. — Cicatrisation complète du foyer et des orifices fistuleux. Le malade est en état de reprendre ses travaux. Exeat.
Cette observation nous a paru remarquable à plusieurs égards. D’abord, il faut signaler ce fait de la brièveté extrême du cou, qui rendait Irès-dangereuse l’affection'primitive en exposant le malade à toutes les
SECT. VL — SUPPURATIONS PÉRI-M AXILLAIRES
conséquences de la diffusion du pus vers la poitrine. En second lieu, nous ferons observer que les quatre indications principales que présentent ces sortes de phlegmons ont été remplies. Ainsi, 1° le drainage a été pratiqué pour l’évacuation du pus; 2° on a eu recours à la dilatation forcée de la bouche pour faciliter l’issue des matières purulentes intérobuccales; 3° on a employé les douches à l’intérieur de la bouche pour prévenir la putridité résultant du séjour de ces matières dans la cavité buccale ; 4° enfin, on a extrait la dent cariée, cause première de tous les accidents.
L’observation ■^suivante servira à démon trer les avantages qu’on peut retirer de ce que nous appelons le drainage par adossement, dans le traitement des suppurations péri-maxillaires osseuses ou présumées osseuses.
Obs. 388. — Phlegmon sous-maxillaire du côté gauche. Guérison. — Canu (René), 29 ans, boulanger, est entré à l’hôpital Lariboisière le 26 juin 1856 .
Une carie de la dernière molaire, liée à une affection de l’os maxillaire inférieur, avait déterminé un phlegmon sous-maxillaire qui avait eu pour conséquence une débilité et un état cachectique tels, que le malade pouvait à peine se soutenir sur ses jambes.
Toute la région cervicale latérale correspondante était envahie par la suppuration qui avait même dépassé la ligne médiane. Quelques jours de plus, et la diffusion purulente pouvait gagner la cavité thoracique.
En conséquence, le 27 juin, l’abcès fut ouvert par le drainage, et une anse élastique établie au contact de l’os malade. Ce ne fut qu’avec les plus grandes difficultés et grâce seulement à l’emploi du dilatateur buccal qu’on réussit à écarter les mâchoires serrées avec force l’une contre l’autre. D’abondants lavages furent pratiqués dans l’intérieur de la bouche, dans le but de débarrasser cette cavité des produits purulents infects qu’elle contenait. On recouvrit la tumeur de larges cataplasmes.
Le 4 juillet, le malade était hors de danger. Il commençait à ouvrir spontanément la bouche; les lavages étaient devenus moins laborieux, les liquides intra-buccaux étaient plus facilement expulsés. Les symptômes inflammatoires allèrent ainsi en diminuant jusqu’au 25 juillet.
Mais le 30 juillet, une recrudescence des accidents ayant eu lieu, on supposa que cette nouvelle poussée inflammatoire était due à une lésion du corps même de la mâchoire inférieure.
A ers le 1er août, l’équilibre était rétabli, et la maladie sembla marcher de nouveau vers la guérison.
Le 14 août, on put supprimer l’anse élastique qui ne fournissait plus qu’une très-faible quantité de liquide lympho-plâfetique, et la guérison paraissant dès lors assurée, le malade quitta l’hôpital.
Chez Je sujet de l’observation qu’on va lire, il s’agit d’une nécrose parfaitement constatée du maxillaire intérieur. Le drainage par adossement, lut employé dans ce cas et eut un plein succès. La nécrose reconnaissait pour cause une carie dentaire.
Obs. 389. Suppuration nécrosigue du maxillaire inférieur déterminée par une canc i en faire. Drainage par adossement; extraction de la dent malade. Guérison.—
iNœgehn (Rosalie), 27 ans, domestique, est entrée à l’hôpital Lariboisière le 21 février 1856.
PART. lü. — DE LA SUPPURATION DANS LES ORGANES.
A l’examen, on trouve une tuméfaction considérable de la joue gauche, accompagnée d un resserrement de la bouche qu’il est très-difficile de vaincre même par l’action du dilatateur buccal. Néanmoins la bouche ayant été ouverte au moyen de cet instrument, on constate une nécrose de l’os maxillaire produite par une carie des dents molaires du côté gauche. Quant a la tumeur extérieure, la fluctuation ne laisse aucun doute sur l’existence d un abcès. On emploie le drainage latéral ou par adossement qui consiste à établir une anse élastique au contact de l’os malade. Gargarisme boracique; limonade, 2 pots.
Le lendemain, on constate une amélioration notable dans l’état de la malade. La face est dégonflée; il n’y a presque plus de douleurs.
Tous les jours on introduit le dilatateur en augmentant chaque fois le degré d’ouverture de la bouche et prolongeant la durée du séjour de l’instrument.
Le degré d’écartement nécessaire pour le placement d'une clef de fiarengeot ayant été obtenu, on procède à l’extraction des dents cariées.
A partir de ce moment la malade éprouve un mieux sensible, et le 29 mars, la guérison est complète. On supprime le tube à drainage. Exeat.
Voici un nouvel exemple des applications qu’on peut faire du drainage par adossement au traitement des suppurations carieuses de la mâchoire inférieure :
Obs. 390. — Abcès sous-maxillaire lié à une affection carieuse de la mâchoire inférieure. Drainage par adossement. — Pellé (Auguste), 26 ans, forgeron, est entré le 15 juillet 1856 à l’hôpital Lariboisière.
Il y a quatre ans environ, ce malade s’est aperçu pour la première fois d’une tuméfaction de la région sous-maxillaire gauche, tuméfaction qui disparaissait et revenait périodiquement tous les six mois d’abord, puis tous les trois mois ; enfin, depuis près de deux ans, le retour périodique a lieu tous les mois.
On diagnostique un abcès dépendant d’une carie de la branche gauche de l’os maxillaire inférieur. Cet abcès, situé sous les téguments, a donné lieu à une rétraction spasmodique du masseter et des ptérygoïdiens qui s’oppose à l’ouverture spontanée de la bouche. Le foyer purulent communique avec la cavité buccale; car le pus se répand dans l’intérieur de cette dernière. On passe dans la tumeur au moyen d’un trocart un ül en caoutchouc. Cataplastne ; gargarisme boracique.
Comme il existe à l’arcade dentaire inférieure une grosse molaire malade et qui peut contribuer à entretenir l’inflammation suppurative, on fait l’extraction de cette dent.
Au bout de quelque temps, on substitue au lil simple un tube à drainage, placé comme le fil au contact de l’os malade. L’écartement des mâchoires se fait plus facilement; la contracture du masseter a beaucoup diminué.
13 août. — La suppuration est presque entièrement tarie; on supprime l’anse élastique. Le malade quitte l’hôpital en voie de guérison.
Obs. 391. — Abcès ostéopathique sous-maxillaire. Ouverture. Lavage. Occlusion. — Renais (Ambroise), 37 ans, charretier, entré le 23 octobre 1851 à l’hôpital Saint-Antoine
Ce malade porte à la lèvre inférieure une nodosité dure qui semble résulter d’une ancienne cicatrice de carcinome enlevé. Au-dessous de la mâchoire inférieure, vaste phlegmon. Il y a deux mois, ce malade a reçu un coup de pied de cheval sur cette partie, des dents ont été cassées, les deux lèvres avaient été divisées en plusieurs points; c’est à cette époque qu’un médecin a facilité la réunion de ces plaies par des sutures.
21 octobre. — Je procède à l’ouverture de l’abcès, un pus d’une fétidité insupportable s’échappe de la cavité. Lavage. Occlusion.
26. — Il y a encore un peu de suintement, mais il y a adhésion dans une grande partie de la plaie.
SECT. VI. — SUPPURATIONS PËRI-MAXILLAIRES.
27. Progrès dans la réunion. Encore un peu de suintement purulent et lymphatique.