Le canal de Warthon est moins saillant
3 décembre. — L’inflammation périphérique a disparu complètement.
14. — L’induration qui se trouvait à la base du cou a entièrement disparu; le canal de Warthon est encore un peu soulevé, la glande sous-maxillaire un peu enflammée.
20 janvier. — En examinant la bouche, on découvre un petit trajet fistuleux qui communique à l’extérieur par l’alvéole et qui postérieurement se continue le long du canal de Warthon .
29. — En sondant le trajet fistuleux, on sent l’os à nu et on constate l’existence de fongosités. Le trajet fistuleux siège à la partie interne de l’os maxillaire inférieur.
G février. — Le malade demande sa sortie.
Art. 5. — Ahcès sous-maxillaires salivaires.
Les abcès des glandes sous-maxillaires et sublinguales sont beaucoup plus rares que ceux qui viennent d'être étudiés dans les chapitres précédents.
Ceux de la glande sublinguale en particulier nous paraissent n’avoir été observés que très-rarement. Quant à ceux de la glande sous-maxillaire et du canal de Warthon, nous avons recueilli deux cas qui nous paraissent mériter d’étre rappelés ici, et tous deux offrent ceci de curieux qu’ils se rapportent à la présence de corps étrangers dans l’intérieur du canal de AN arthon. Dans 1 un des cas il s’agit d’un corps étranger venu du dehors, dans 1 autre d’une concrétion qui s’était formée et accrue dans le canal de Warthon.
Obs. 3J2. J ai communiqué a la Société de chirurgie, dans sa séance du 18 juillet 1849»
l’observation d’un homme qui présentait un exemple d'inflammation franche de la glande sous-maxillaire avec dilatation du canal de Warthon.
La lésion avait été produite, au dire du malade, par un fragment de paille qui aurait pénétré dans la bouche. Si, la pointe de la langue étant relevée, on projette un peu de sel sur le plancher de la cavité buccale, on voit sourdre la salive avec abondance par le canal de Warthon sain. Si, au contraire, on comprime avec les doigts le canal du côté malade, on fait sortir une gouttelette de pus.
J’ai fait voir ce malade à M. Laborie. Après s’être trouvé en bon état pendant quinze jours, il a été atteint d’accidents inflammatoires assez graves, caractérisés par un engorgement de la tumeur, par des douleurs d’oreille s’irradiant vers les mâchoires et le pharynx, en suivant différentes branches du plexus cervical.
L’application des sangsues et des émollients a été sans effet jusqu’au 1er août.
Mais à dater de cette époque les accidents commencèrent à décliner et bientôt le malade fut en état de quitter l’hôpital étant en parfaite guérison.
Il s’agissait ici d’une de ces suppurations que j’ai désignées sous le nom d’abcès canaliculaires. Ce sont les seuls qu’il m’ait été donné d’observer à la glande sous-maxillaire. J’ai vu des cas de dégénérescence de cette glande; j’en ai même pratiqué l’ablation dans quelques circonstances. Mais jamais je n’ai eu occasion d’v rencontrer l’inflammation parenchymateuse.
Obs. 393. — Inflammation aiguë et suppurative du canal de Warthon produite par lu présence d’une concrétion organique dans ce conduit. Guérison prompte par l’extraction de cette concrétion. — Gravier (Jean), 25 ans, est entré le 20 juin 1844 à l’hôpital Necker. salle Saint-Pierre, n. 27.
Cet homme s’est présenté tout d’abord â la consultation dans un état d’anxiété tout particulier. Depuis deux jours il éprouvait de grandes difficultés pour avaler ; il accusait un sentiment de strangulation et une douleur vive au-dessous delà mâchoire du côté droit. La face était rouge et injectée. Une tumeur très-dure, du volume d’un œuf, ressemblant au premier abord à une masse ganglionnaire engorgée, se faisait sentir au-dessous et en avant de l’angle de la mâchoire inférieure.
L’examen de la cavité buccale n’ayant fait reconnaître aucun engorgement des amygdales, aucune fausse membrane au fond de la gorge et la pression sur le pharynx n’étant pas douloux’euse, le doigt fut promené sur la langue et sur toutes les parois de la bouche. En explorant le plancher de la cavité buccale, on constata une saillie rénitente siégeant audessous de la langue et marchant parallèlement à la branche droite de la mâchoire inférieure. M. Chassaignac reconnut aussitôt une distension du canal de Warthon, en un mot une grenouillette à l’état aigu avec rétention de salive dans la glande sous-maxillaire qui était dure, volumineuse et très-sensible à la pression.
Ce malade, ayant été immédiatement admis dans les salles de chirurgie, fut examiné de nouveau à la visite du 21 juin.
En faisant écarter les mâchoires autant que cela était possible à raison de la douleur qui se faisait sentir lors de l’abaissement du maxillaire inférieur, on aperçut un point blanc semblable à une aphthe siégeant du côté droit, précisément dans le lieu où vient s’ouvrir le canal de Warthon. Cette plaque blanchâtre et d’aspect puriforme avait les dimensions d’une petite lentille et semblait n’ëtre autre chose qu’une ulcération de la muqueuse buccale à l’orifice du conduit de la glande sous-maxillaire.
L’extrémité d’un stylet mousse ayant été portée sur cette plaque blanchâtre donna la sensation d’un corps dur, et, en poussant l’exploration plus loin,M. Chassaignac reconnut
SECT. VI. — SUPPURATIONS PÉRI-MAXILLAIRES
que ce corps remplissait le canal de Wartlion à partir de son orifice libre jusque dans une étendue de 5 à 6 lignes.
La pointe aiguillée du stylet ayant été légèrement recourbée avec une pince et introduite dans le canal, on parvint à faire sortir, à l’aide de grandes précautions et par des mouvements bien ménagés, un corps blanc jaunâtre assez ferme et résistant pour conserver sa forme, non pas dur â l’égal d’un calcul, mais offrant l’aspecL d’une concrétion organique bien cohérente et renfermant â son centre une cavité dans laquelle on ne rencontre aucun corps étranger. Cette concrétion, de forme cylindroide, avait en épaisseur les dimensions d’un noyau de cerise, mais en longueur elle en avait le double.
En même temps que le calcul sortit un flot de salive mélangée de pus.
Après l'extraction complète de la concrétion, le stylet fut introduit de nouveau dans le canal de Warthon évidemment dilaté et où il se mouvait très-librement ; puis des mouvements en divers sens furent exécutés, à l’elfet de chercher s’il n’existait point dans le conduit quelque corps étranger qui eût servi de noyau à la matière dont il a été question. Un instant la pointe recourbée du stylet sembla arcbouter contre un corps dur ; mais on ne tarda point à reconnaître que cet effet tenait probablement à quelque lame aponévrotique sur laquelle venait porter la pointe du stylet en donnant lieu à la sensation trompeuse que l’on avait d’abord éprouvée.
A partir du moment où le canal de Warthon fut désobstrué, le malade éprouva un soulagement manifeste et répéta à plusieurs reprises qu’il se sentait guéri. Cependant la glande sous-maxillaire resta encore tuméfiée les deux jours suivants; puis son volume s’étant réduit déplus en plus et le malade ne voulant pas rester plus longtemps à l’hôpital, sa sortie lui fut accordée.
Cette observation, à laquelle nous ajouterons les résultats de l’examen microscopique de la matière extraite du conduit de Warthon, nous a paru curieuse à plus d’un titre. Et d’abord par la nature de la concrétion; car il n’est pas commun d’en trouver de ce genre ; puis par la rapidité de sa formation, puisque le malade nous affirma que c’était seulement de deux ou trois jours que datait le commencement des accidents éprouvés par lui ; et enfin par la disparition complète et franche de tous ces accidents, à partir du moment où le corps étranger eut été retiré.
Nous devons à l’obligeance de M. Coffin les quelques détails qui suivent, comme résultat de l’examen fait au microscope.
Deux parties bien distinctes constituaient cette concrétion :
1° Une partie centrale dure et sensiblement visible à l’œil nu. Au microscope, on voyait une masse amorphe d’apparence cristalline, dans laquelle se distinguaient des détritus de matière organique.
2° Une partie périphérique beaucoup moins dense que la précédente et presque caséeuse offrant des globules purulents et des lamelles épidermiques; dans cette masse se voyaient de petites concrétions salines dont il a été impossible de constater le mode de cristallisation.
Si je n’ai pas observé d’abcès parenchymateux ou interlobulaire, car c est tout un, de la glande sous-maxillaire, j’ai eu occasion de voir un cas d abcès périglandulaire. En attendant que des faits plus nombreux permettent de tracer d’une manière plus complète l’histoire des suppurations de la glande sous-maxillaire, je me contenterai de rapporter cette
observation sans y attacher d’autre importance que celle qui revient à un fait particulier.
Obs. 394, Abcès périphérique de la glande sous-maxillaire. Ouverture, lavage, occlusion. Guérison. — Guillot (Pierre), 54 ans, voiturier, rue Saint-Nicolas, 9, entre le 5 mai 1851, à l’hôpital Saint-Antoine.
Cet homme présente à la région sous-maxillaire droite un abcès du volume d'un œuf de poule; on ouvre l’abcès, mais comme il est anfractueux, la ventouse ne le vide qu’incomplétement. On y supplée par des injections répétées. L’abcès est très-bien détergé. Pansement par occlusion.
La glande sous-maxillaire est engorgée, mais on s’assure que le canal de Warthon n’est pas oblitéré.
G mai. — Le malade a eu ce matin une épistaxis assez abondante. Il mouche beaucoup. Le fond de la plaie résultant de l’ouverture de l’abcès est grisâtre. On en retire des lambeaux de tissu cellulaire sphacélé. Tous les phénomènes inflammatoires du pourtour de l’abcès ont cessé.
12. — Le décollement est moins étendu. La plaie prend meilleur aspect. L’induration qui existait à l’intérieur de la bouche sur le trajet du canal de Warthon, a complètement disparu.
15. — Le malade sort de l’hôpital à l’état de guérison parfaite.
On voit dans cette observation que l’inflammation suppurative, tout en restant périphérique eu égard à la glande, s’était propagée jusqu’au plancher de la bouche, en suivant le canal de WartHon, mais sans intéresser la cavité muqueuse de ce conduit.
Lorsqu’une inflammation suppurative s’empare du tissu cellulaire qui entoure la glande sous-maxillaire, le drainage peut non-seulement favoriser l’évacuation des abcès qui en résultent, mais prévenir la désorganisation delà glande et l’extension du travail suppuratif à tout le plancher de la cavité buccale. C’est ce qui ressort de l’observation suivante :
Obs. 395. — Abcès périglandulaire de la glande sous-maxillaire avec phlegmasie du canal de Warthon et du plancher de la bouche. Drainage. Guérison. — Depuis deux jours, douleurs dans la région sous-maxillaire droite. Aujourd’hui, tuméfaction considérable s’étendant à la partie supérieure du cou, et fluctuation. Contracture des masseters; la bouche ne peut être ouverte qu’à l’aide du dilatateur. Aucune altération dentaire. Le canal de Warthon est manifestement induré. La bouche exhale une odeur infecte.
Il s’agit ici d’un abcès consécutif à une inflammation périphérique de la glande sousmaxillaire, inflammation qui s’est propagée au conduit de Warthon. Mais en pressant sur le trajet de ce canal pour faire sortir du pus par son orifice, il est impossible d’obtenir la moindre gouttelette purulente. On ne peut assigner à cet abcès aucune des causes qui produisent les abcès adénitiques ordinaires.
Quoi qu’il en soit, à l’aide du bistouri et de la sonde cannelée, on fait passer un tube à drainage à travers la tumeur suivant une direction oblique en bas et en avant. Ce tube donne issue à une grande quantité de pus fétide. Gargarismes, cataplasmes.
Le lendemain, amélioration marquée. La pression fait encore sortir beaucoup de pus.
4 juillet. — Le mieux continue. Le volume et l’induration du canal de Warthon ont beaucoup diminué.