‹ Traité pratique de médecine légale v. 2Chapitre 6 sur 166 · MOMENT PRÉCIS DE LÀ MORT. — SIGNES DE LA MORT. H · texte numérisé non relu

MOMENT PRÉCIS DE LÀ MORT. — SIGNES DE LA MORT. H

Suppoionv, par exemple, que trois hommes se li?raiit un combat ont été tués tous les trois. A... a reçu un coup de sabre sur la tète, B... un coup de baïonnette dans le cœur, et C... a reçu une balle qui a effleuré et déchiré la veine jugulaire. Il est évident que, dans ce cas, B... est mort le premier, C... a dû avoir une hémorrhagie qui a duré quelque temps, enfin A... a résisté plus longtemps que les deux autres à Tinfluence mortelle de sa blessure.

Mais, lorsque plusieurs personnes ont été noyées ou brûlées lors d'un même accident, il est réellement impossible de déterminer h qui appartient la priorité; du reste, le législateur a sagement prévu cette impossibilité. Le médecin doit cependant faire toujours son expertise, car il doit déclarer si cette impossibilité existe.

Le seul signe un peu important, c'est le degré de putréfaction. Nous étudierons cette question plus bas.

$ 9. — Signes de le mort.

An moment ou la vie s'éteint, l'organisme commence à se mettre en équilibre avec les milieux environnants ; il subit toutes les influences extérieures puisqu'il ne peut plus leur opposer une réaction vitale ; il se putréfie.

Dans la crainte chimérique et traditionnelle de prendre la mort tpparente pour la mort réelle, on s'est efforcé de toujours chercher de nouveaux c signes infaillibles > de la mort. Nous avons eu les observations de Frank concernant la séparation facile de la con« jonclive et de la cornée, le thanatomètre de Nasse. Ce sont là de simples curiosités scientifiques, car les signes généralement connus suffisent bien dans la détermination de cette question, et la médecine légale serait heureuse si elle pouvait donner à tous les problèmes qu'elle a à résoudre une réponse aussi souvent infaillible.

Je vais donner l'histoire chronologique des phénomènes de la mort :

1** La reêpiration et la circulation cessent au moment même de la mort. L'auscultation ne permet plus de reconnaître ni le rhythme du coBor, ni le moindre bruit des poumons.

12 PARTIF. THANATOLOQIQUE.

2* Immédialement après la mort, le brillant de l'ail disparaît. Celui qui a une seule fois écarté les paupières d'un homme qui vient de mourir connaît ce regard sans vie, fixe, indescriptible. Naturellement la lumière n*a plus d'effet sur la pupille.

S"" Aucune excitation ne provoque plus de réaction, je passerai sous silence les expériences par l'électricité qui n'appartiennent plus ici. Nous parlerons plus bas de nos expériences sur l'excitabilité des cadavres.

b!" Tout le corps se décolore et pâlit. Cependant les personnes qui sont très rouges gardent encore quelquefois, après la mort, un peu de leur couleur. Les bords rouges des ulcères ne se décolorent pas. Les marques de tatouage rouges, noires ou bleues, ne disparaissent pas non plus, si elles n'étaient déjà effacées pendant la vie. Une coloration ictérique ne s'efface pas non plus par la mort ; enfin, les ecchymoses gardent toujours aussi leur couleur rouge-bleue, vert-jaune, etc.

b"" La chaleur animale se conserve encore un certain temps, car les tissus de la peau, et surtout la graisse, sont mauvais conducteurs de la chaleur. Aussi, les individus trèsgras restent, toutes choses étant égales d'ailleurs, plus longtemps chauds que les individus maigres. D'autres circonstances encore influent sur le refroidissement, ce sont la température du milieu environnant et le genre de mort. On sait que les cadavres refroidissent très vite dans l'eau, qui est toujours plus froide que l'air. Dans les lieux d'aisance et dans les fumiers, les cadavres restent proportionnellement plus longtemps chauds; il en est de même des cadavres qui restent dans un lit. Quant au genre de mort, on dit que les individus tués par la foudre restent plus longtemps chauds après leur mort; je ne puis donner mon opinion à cet égard, car je n'en ai jamais observé. Mais il est certain que ceux qui périssent par asphyxie, quelle qu'elle soit, refroidissent plus lentement que les autres. Nous trouvâmes, par exemple, une femme étranglée, vieille, très grasse il est vrai, qui, trente heures après sa mort, était froide à l'extérieur, mais dont l'intérieur de la poitrine avait encore un degré de chaleur très sensible.

Pour la grande majorité des cadavres on peut poser, en thèse gé-

SIGMDS DE LA MORT.— CHRONOLOGIE. l^

nér^le, qu'ils sont complètement froids après dix à douze heures.

6^ Immédiatement après la mort arrive le relâchement général de tous les muscles, le premier symptôme qui prouve que le lurgor vilalit est éteint.

Un cadavre quipre'senle seulement les symptômes décrits jusqu'à prêtent (1-6) peut être regardé comme celui d'un homme décédé au plus depuis dix à douze heures,

T Une autre preuve de l'extinction du turgor vitalisy c'est l'affdissement du globe de l'œil. On le voit clairement vingt-quatre à trente heures après la mort, quelquefois plus t6t. Le globe de l'œil, à Tétat vivant, par la tension de ses fluides, est résistant au toucher et élastique, même chez les mourants. Mais, après la mort, quand le laps de temps que nous venons d'indiquer s'est écoulé, la résistance n'existe plus. Alors le globe cède à la pression; plus la mort est ancienne et plus sa consistance devient analogue à celle du beurre, jusqu'à ce que dans une époque avancée de putréfaction, il crève et se vide.

S"* La mémecause, l'extinction du turgor^ produit V aplatissement du tissu ^des muscles sur lesquels le cadavre repose; ainsi non-seulement aux fesses et aux mollets, mais aussi aux muscles des parties latérales du corps, aux muscles des membres et des joues, selon la position que le cadavre a conservée depuis que la mort est survenue.

9* Hypostases sanguines. Le sang s'accumule dans les capillaires, d*après les lois physiques de la pesanteur.^Par cette raison, Tliypostase se trouve aux parties déclives du cadavre, qui sont ordinairement toute la surface postérieure, le dos, les fesses, les mollets ; mais aussi, quand le cadavre est plus ancien, cette hypostase gagne les oreilles, les côtés de la poitrine, les côtés des membres, parce que, comme dit Engcl, ces parties elles aussi ont une portion supérieure et une portion inférieure. Il est donc évident que lorsque le cadavre est resté couché sur le ventre, Thypostase se rencontrera à la partie antérieure du corps. On peut, dans de tels cas, conclure avec assurance quelle a été la position du décédé, pendant ou aussitôt après la mort. Ces hypostases commencent à se former sur le cadavre après six à douze heures, et

lA PARTIE THANATOLOGIQUE.

elles augmentent de circonférence jusqu'à la putréfaction commençante. Elles sont en elles-mêmes un signe suffisant pour prouver la mort.

1" HYPUSTASES SANGUINES.

Les hypostases sanguines peuvent se diviser en hypostases externes et hypostases internes.

A, H ysposlases sanguines externes.

1*" Les hypostases sanguines externes (hypostases du tissu cellulaire sous-épidermique, lividités cadavériques, vergetures, taches de mort) f(Nrment un signe cadavérique important à étudier, car on les confond quelquefois avec des ecchymoses, c'est-à-dire des traces de violence exercée sur le vivant. On peut cependant les reconnaître par de simples incisions ; lorsque l'on a affaire à une tache cadavérique il n'y a jamais épanchement de sang dans la plaie, on voit tout au plus quelques petits points sanguins épars, provenant de petites veines de la peau qui ont été coupées ; tandis qu'une ecchymose coupée , quelque petite qu'elle soit, présente un épanchement de sang soit liquide, soit en caillot.

Puisque c'est un symptôme infaillible dans le diagnostic et que c'est le seul qui puisse faire distinguer la tache de mort de l'ecchymose, le médecin légiste ne devra jamais négliger de faire ces incisions, afin de ne laisser aucun doute. Les médecins superar^ bitres sont complètement dans leur droit si , dans le cas où ces incisions n'auront pas été faites, ils contestent les résultats des experts avec tout ce qui s'ensuit. Pour prouver l'importance de ce que nous venons de dire, nous allons rapporter le cas célèbre de l'assassin Schall (1).

Les experts qui étaient chargés de l'ouverture du corps avaient dit que, aux extrémités supérieures et inférieures du cadavre , ils avaient trouvé « des ecchymoses, qui semblaient indiquer que ces

(1) Voir mou Journal (Vierleljahrsschrifti^ 1, p. 293].

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