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NOTIONS PREMIÈRES SUR LE MELANGE DES COULEURS

E choix des couleurs mères à adopter est d’une importance capitale ; aussi est-ce après maintes recherches et bons conseils que nous pouvons vous donner ici la désignation d’une bonne palette de paysagiste, en vous engageant sincèrement à n’en point sortir.

Sur une palette d etude, dix-huit couleurs sont amplement suffisantes pour peindre ; elles devront

TRAITÉ DE PEINTURE

se ranger de droite à gauche sur la palette dans l’ordre suivant :

1° Blanc d’argent.

2° Jaune de Naples.

3° Chrome clair.

4° Jaune de chr. fonc.

5“ Ocre jaune.

6» Jaune indien.

70 Vermillon.

8° Ocre de Rhu.

9° Sienne naturelle.

10° Sienne brûlée.

Ih Terre de Cassél.

12° Brun rouge.

13° Laque de gar. cl.

14° Laque de gar. fonc.

15° Vert émeraude.

16° Cobalt.

17° Outremer.

18° Bitume.

19° Noir-ivoire.

20° Bleu minéral.

Je le répète, cette palette, simple par elle-même, me paraît répondre à tous les besoins du paysagiste ; libre à vous de compléter ou de modifier cette palette dans la suite. On remarquera qu’il n’y figure qu’un vert ; et ce vert émeraude est réservé autant que possible pour la composition des gris ou la vibration de la lumière avec les blancs et les jaunes, les verts, de quelque nature qu’ils soient, sont toujours dangereux, parce qu’ils

DE LA PALETTE

invitent à la paresse : on s’habitue à s’en servir comme base d’un ton qui le plus souvent est faux^ par cela même qu’il n’est pas assez cherché ou qu’il est trouvé à peu près avec une trop grande facilité, tandis qu’au contraire, si vous avez dû le chercher vous-même, sa composition se grave dans votre mémoire, et vous arrivez, avec un peu d’exercice, aie retrouver, suivant le besoin, avec une grande facilité.

J’entreprenaraitout de suite la composition des verts à l’aide de la palette que je viens d’indiquer.

Un ton vert peut présenter les différents caractères suivants :

Il peut être : U vigoureux et froid ; alors on le rend par un mélange de noir d’ivoire, de chrome clair et une pointe de bleu de Prusse. Dans les explications que je donnerai sur le mélange des couleurs, je placerai toujours en premier lieu la couleur fondamentale du ton, et ce que nous appellerons une pointe de couleur indiquera qu’il faut simplement toucher du bout de la brosse la couleur placée sur là paieHe. En général, le mélange de trois couleurs se fait dans la proportion

TRAITE DE PEINTURE

de trois à un, c’est-à-dire trois fois autant de la première indiquée que de la dernière, et deux fois autant de la deuxième ; s’il n’j a que deux couleurs dans le ton, la proportion est de deux à un. Il est bien entendu néanmoins que ces proportions n’ont rien d’absolu ; vous devrez les modifier avec intelligence jusqu’à ce que vous arriviez au ton juste.

Il arrive souvent qu’en cherchant un ton sur la palette, on a beaucoup de peine à l’obtenir, bien qu’on se serve exactement des couleurs voulues ; cela tient à ce qu’il y a un calcul mental à faire, qui est le résultat d’un peu d’expérience : un ton, en effet, ne vaut que par rapport à un autre déjà mis qui le fait valoir ; il sera donc nécessaire dans vos premières copies d’essayer le ton sur votre tableau chaque fois que vous le préparez, et peu à peu vous vous habituerez à transporter mentalement le ton auprès d’un autre, dans les proportions ordinaires. Ce ton froid, ainsi obtenu^ sera dur à l’œil ; on pourra rompre la crudité, tout en lui laissant le caractère froid, en touchant simplement du bout de la brosse la terre de Sienne naturelle qu’on ajoutera au premier mélange.

DE LA TALETTE

2° Le vert peut être vigoureux et chaud ; alors, en opérant comme ci-dessus, on le rendra avec le bleu minéral, le noir d’ivoire et l’ocre jaune ; si l’on veut obtenir de la transparence, on remplacera l’ocre jaune parle jaune indien.

3° Le vert peut être clair et froid; il se rendra par un mélange de cobalt mélangé au chrome, clair, ce qui donne le clair; et, en ajoutant un peu de bleu minéral, il sera froid.

4° Le vert clair et chaud s’obtient avec l’outremer et le jaune de chrome auquel on ajoute un peu de jaune indien.

On remarquera qu’un mélange, pour obtenir un ton quelconque, se compose toujours au moins de trois couleurs, dont la dernière ne fait qu’atténuer ce que le mélange obtenu par les deux premières pourrait avoir d’un peu dur.

5“ Le vert gris, et j’appelle ainsi les verts éclairés par reflet, certains verts des saules, etc., se rend avec un mélange de cobalt^ d’outremer et de blanc d’argent et un peu de jaune de Naples.

6° Enfin, le vert brillant du feuillage au soleil se rend par un mélange en parties égales de jaune

TRAITE DE PEINTURE

indien et de chrome clair auquel on ajoute une pointe presque insensible de bleu minéral. Vous remarquerez vite dans l’emploi de votre palette que le bleu minéral est la couleur qui développe le plus, et par conséquent, chaque fois que vous aurez à vous en servir^ vous devrez toujours essayer le ton sur une très petite quantité et avoir soin surtout de n’en salir votre brosse qu’à l’extrémité. Du reste, contrairement à ce qui se pratique en aquarelle, on ne doit jamais peindre avec la panse de la brosse; l’extrémité seule doit toucher la toile. Il y a plus : lorsqu’on arrive à posséder suffisamment le métier, on doit peindre uniquement avec la couleur qu’on a ramassée sur la palette à l’extrémité du pinceau et qu’on applique ainsi directement sur la toile, en sorte que la brosse elle-même y touche à peine.

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