ABC
Fig. 33.
Aou
Violet
normal entre E et b, mais plus près de b. ( Voii^ fig. 20 et 21.)
Il n'y a, en fait, pas une très grande différence entre tous ces divers résultats; seulement, ces divergences montrent combien est délicate cette question des couleurs fondamentales, et Ton comprend les variations qui peuvent se produire dans l'application de cette théorie à la photographie des couleurs, suivant la nature des lumières que Ton fait agir sur les plaques sensibles.
La détermination exacte des deux autres couleurs fondamentales est encore plus difficile; aussi les savants qui ont étudié cette question sont-ils loin d'être d'accord sur ces couleurs. Maxwell prend le bleu d'outremer, Helmholtz et J.-J. MûUer prennent le violet pour troisième couleur fondamentale.
La vérité semble, au point de vue tout au moins de la question qui nous occupe, être du côté des trois couleurs les plus saturées et occupant les trois régions principales du spectre, soit le rouge, le vert et le violet à leur maximum d'intensité et de luminosité; c'est, au fond, ce qu'a proposé Young.
N'oubliez pas que Faction des radiations colorées sur les plaques sensibles doit concorder avec les sensations des couleurs et que, par suite, cette recherche présente la plus grande importance.
La première pensée a été d'appliquer la photographie directement à la reproduction immédiate des couleurs. C'est à Edmond Becquerel que revient rhonneur d'avoir fait des recherches dans cette voie et d'y avoir obtenu certains résultats qui, pçur n'être pas absolument satisfaisants, n'en conduisaient pas moins à faire admettre que ce genre de reproduction était possible et qu'il pouvait compter parmi les desiderata réalisables de la Photographie.
Des observations, remontant à une époque antérieure à celle où Becquerel fit ses recherches dans cette voie, avaient été faites par J, Herschell en 1839. Ce savant- avait remarqué que le papier sensible au chlorure d'argétil, exposé à l'action 4'un spectre fortement concentré, recevait une impression telle, que le rouge était vif, mais d'une -couleur se rapprochant du rouge-brique; le jaune manquait, le vert était sombre et passait au noir.
48 CHAPITRE m.
Seebcck et plus tard Hunt avaient aussi obtenu des teintes rougeâtres sur des papiers préparés à Taide de chlorure d'argent (*)•
On savait, d'autre part, que le chlorure d^argent coloré en violet à la lumière prend, quand on le chauffe, une teinte rougeâtre tout à fait semblable à celle qu'on observe dans la partie rouge du spectre. :
C'était, dit Becquerel, une coïncidence assez curieuse que de voir les deux extrémités des impresjsions photogéniques du spectre sur le chlorure d'argent tourner, l'une au violet dans le violet, et l'autre au rouge dans le rouge prismatique.
Ses premiers essais datent de 1838 et 1839. Nous n'en donnerons pas le détail, nous bornant à rappeler que ses résultats, bien qu'imparfaits, firent sensation; il obtenait, sur des lames d'argent, une couche sensible formée de sous-chlorure d'argent violet. Cette surface reproduisait les nuances principales du spectre.
Le sous-chlorure d'argent violet est, dit Becquerel, le seul corps chimiquement impressionnable qui, véritable rétine minérale, jouisse jusqu'ici de la propriété remarquable de reproduire les nuances des rayons lumineux actifs et de peindre avec la lumière.
Les iodures, bromures, etc. d'argent ne donnent aucune couleur, et même il suffit que le chlorure soit mélangé
(M C'est une expérience que tout le monde peut faire en e^por sant du papier au chlorure d'argent sous une gamme de verres colorés; le rouge s'y distingue nettement. - ' - : -• ^ ^-^
d'un peu de ces composés pour que toute nuance disparaisse.
Poitevin, partant des résultats obtenus par Becquerel, a cherché à obtenir sur papier des images colorées; il pouvait avoir des épreuves du spectre lumineux avec ses nuances, mais moins belles que sur plaques.
.Niepce de. Saint- Victor a, de son côté, répété les expériences de Becquerel et obtenu en 1851 des résultats qui étaient fort curieux.
Les images colorées produites par ce procédé peuvent se conserver dans l'obscurité (*), mais elles s'altèrent ii la lumière, et le sous-chlorure d'argent continue à s'impressionner suivant la couleur des rayons avec lesquels on léclaire.
Bref, tel était le début d'une question appelée à faire de bien. autres progrès onze ans après, lors de la découverte de.M. Lïppmann.
En réalité, E. Becquerel n'a jamais donné une explication de l'effet produit par la lumière sur son composé argehtique ; il s'est borné à dire qu'il était la matière, unique en son genre, quanta présent, ayant la propriété de reproduire les nuances des rayons lumineux actifs et permettant de peindre avec la lumière.
(M L^auteur possède encore des épreuves en couleurs qu'il avait reçues de Niepce de Saint- Victor et qui, enfermées dans VD écrin, se sont conservées avec leurs couleurs telles qu^elIes étaient au moment où il les a reçues.
- Mais il ne doutait pas qu'on ne put obtenir encore de meilleurs résultats, tant sont profondes les modifications physiques que l'on peut faire subir à cette rnatiére impressionnable et remarquable.
Il devait être donné bientôt à M. Lippmann de prouver que son éminent collègue de l'Institut ne croyait peut-être pas si proche la réalisation de sa prophétie. /.
Les couleurs résultant du réseau interférentiel sont venues donaer Texplication des effets approxiinatifs obtenus par E. Becquerel et Ton a eu, dès lors, la preuve absolue de la possibilité de réproduire les couleurs avec une. intensité et un éclat comparables à ceux des couleurs spectrales. /;
Nous ferons de cette .méthode l'objet d'un Chapitre spécial. Mais passons à la photographie indu recte des couleurs, . \ \
James Clerk Maxwell fut le premier à proposer une méthode de photographie des couleurs, par voie indirecte, dans une lectoce àrihatit.ut Royal en mai. 18.61, ayant pour titré : Expériences sur le $pectre prismatique pour montrer que toutes les çou^ leurs du spectre et toutes les couleurs de la nature sont équivalentes aux mélangés de trois cqulèurs seulement du spectre, qui sont le rouge, k vert [près de la ligne E) et le bleu [près de la ligne G).
^ li'àuteur, 'admettant le roiigé; levért etlebleir comme ^couleurs primaires, les fit voir sur un. écran à Taide de trois lanternes devant le.squelles se trouvaient trois cuves
en Vjerre contenant: l'une du sulfocyanure de fer, l'autre du chlorure de cuivre et la troisième du cuivre ammoniacal.
On projeta un triangle éclairé de telle façon que les couleurs pures apparaissaient aux angles, tandis que le reste du triangle contenait les divers mélanges de couleurs comme dans le triangle des couleurs d'Young.
L'intensité graduée des couleurs primaires dans les diverses parties du spectre était indiquée par les images colorées, lesquelles, une fois superposées sur Técran, donnèrent une reproduction artificielle du spectre.
Trois reproductions d'un ruban de couleur, obtenues i*espectivement à travers les trois solutions colorées, furent introduites dans la lanterne, représentant le rouge, le vert et les parties bleues, séparément, telles qu'elles seraient vues par les trois séries de fibrilles nerveuses de Young. Après superposition, on vit une image en couleurs qui devait être la reproduction exacte des couleurs du ruban si les images rouge, verte et bleue avaient été bien photographiées. En usant des produits photographiques plus sensibles aux radiations les moins réfrangibles, la reproduction des objets en couleurs devait être grandement perfectionnée.
Mais ce travail ne fut guère connu; sans cela, peut-être aurait -on pu attribuer à J. Glerk Maxwell le mérite de Tidée première du principe de la photographie indirecte des couleurs.
Après lui vient Henri CoUen, qui, en octobre 1865, dans une lettre adressée au British Journal of Photography, acceptait Ja théorie des trois pri-»maires de Brewster, rouge, jaune et bleu, et proposait la production des négatifs séparés, par Taction de chacune de ces couleurs primaires et la synthèse négative par la production et la super-
52 CHAPITRE m.
position d'impressions colorées transparentes. Il suggérait de faire les négatifs sur des pellicules minces et de les superposer deux par deux pour imprimer les images transparentes de la troisième couleur.
Ainsi le négatif obtenu avec la lumière bleue et celui obtenu avec la lumière jaune devaient être superposés et employés comme n'en formant qu'un seul pour produire Tépreuve rouge, les négatifs bleu et rouge pour avoir l'épreuve jaune et les négatifs rouge et jaune pour avoir l'épreuve bleue.
Il y avait, dit M. Ives, à qui nous empruntons ces citations, trois erreurs dans sa proposition.
- La première, celle de l'inexactitude des couleurs primaires; la deuxième, celle relative au fait que des épreuves en rouge franc, jaune et bleu franc ne pouvaient être obtenues de façon à reproduire, même approximativement, toutes les couleurs; la troisième basée sur ce fait que la combinaison de deux négatifs double l'opacité de tous les blancs et les gris, sans modifier l'opacité des parties impressionnées par les couleurs pures.
• Le résultat de cette méthode était que, lorsque l'impression était poussée assez loin pour montrer des détails dans les blancs (opaques dans les deux négatifs), les couleurs pures (chacune opaque
dans un seul négatif), au lieu de s'imprimer Comme les blancs, ainsi que cela aurait dû être, ne s'imprimaient qu'à moitié jusqu'aux ombres les plus denses, ce qui réduisait la luminosité des couleurs de 50 pour 100 environ dans l'épreuve terminée.
L'idée de CoUen était de réaliser un négatif complet par la superposition de deux reproductions séparées.
Il faut citer encore le baron Ransonnet, en Autriche, à qui l'on doit la suggestion imparfaite d'un procédé de photographie trichrome publiée en 1865.
Ce sont là les trois précurseurs de Louis Ducos du Hauron et de Charles Cros, qui tous deux firent, en 1869 et à la môme heure, par des communications présentées à la Société française de Photographie, connaître, chacun pour son compte personnel, un procédé à peu près semblable de trichromie photographique.
Voici, en effet, l'extrait du procès-verbal de la séance du 7 mai 1869 :
M. Ducos du Hauron (de Lectoure) adresse à la Société la lettre suivante relative au nouveau procédé d'héliochroraie dont il présente des spécimens :
« Après plusieurs années de travail, je suis arrivé à résoudre d'une manière qui m'est, je crois, tout à fait personnelle le problème de l'obtention 9t de la fixation des couleurs en photographie. Un journal de la région que j'habite, le journal le Gers, vient de publier dans
une série de numéros (sous les dates des 11, 13, 16, 18^ 20, 23 mars, !•' et 6 avril 1869) un Mémoire fort étendu, où je donne une description très détaillée de cette invention, pour laquelle j'avais pris un brevet dès le 23 novembre 1868. Ce Mémoire va paraître en brochure dans très peu de jours.
» J'ai l'honneur de vous prier de présenter à la Société française de Photographie le Mémoire dont il s'agit. Je mets aussi à votre disposition quelques échantillons! et spécimens qui seront, d'ici à très peu de jours, suivis de plusieurs autres.
» Je ne me dissimule pas que ces premiers essais laissent encore beaucoup à désirer comme fini d'exécution : à ^rai dire, la perfection dans les résultats ne sera obtenue qu'à Taide d'un outillage lui-même perfectionné et de produits" manufacturés qui sont encore à créer; mais, commb démonstration de mon système, les spécimens que j>i l'honneur de vous soumettre sont, si je ne me trompe, tout à fait décisifs.
» J'aurais pu attendre, pour la présentation de ^on procédé, que la brochure qui contient le mêmetexte soigne*!* sèment corrigé me fût livrée par l'imprimeur; et je ne ferai faute, dès qu'elle me sera livrée, de vous Tadresser. Mais on me fait observer qu'il peut y avoir urgence èl soumettre immédiatement mon invention à la Société française de Photographie, parce qu'un système d'héliochromie plus ou moins analogue au mien serait sur le point de se produire. Je tiens à maintenir'la priorité 'qui m'est déjà assurée, je le présume, ,par la date deimon brevet. »
M. Davanne donne à la suite de cette lettre les .expli-. cations suivantes ;
« 11 a été publié récemment sur l'héliochromie deux Mémoires, l'un par M. Ducos du Hauron dans le journal te Gers, l'autre par M. Charles. Gros dans Je journal les Mondes. Ces deux Mémoires offrent l'un avec l'autre beaucoup d'analogie, et partent de ce même principe
qu'au lieu de chercher à reproduire sur une même sUr* face toutes les couleurs de la nature indistinctement, il y a lieu de les analyser et de les séparer pour obtenir trois épreuves correspondant aux trois couleurs primitives; le rouge, le jatine et lé bleu, et^ ces trois épreuves monochromes présentant toutes les gradations de teintes que donne si bien la photographie étant obtenues, on les réunit par un procédé de synthèse quelconque, et en se confondant ensemble elles donnent toutes les autres couleurs, puisqu'elles contiennent tous les éléments du spectre.
» Je ne crois pas avoir à rechercher la question de priorité. Sans doute chaque inventeur, à Tinsu l'un de l'autre, faisait un travail qui a abouti à la production des deux Mémoires, et il est arrivé que, tandis que M. Ducos du Hauroji me demandait, par l'entremise de M. Marion, de présenter son travail à notre Société, M, Gros venait, d'autre part, appeler votre attention sur son Mémoire dont il promettait une analyse succincte pour votre Bulletin.
» Puisque j'ai entre les mains non seulement la publication faite par M. Ducos du Hauron, mais les premiers spécimens à l'appui, je demande à vous donner quelques explications sur ce sujet, en attendant que la brochure spéciale que l'auteur a fait imprimer soit livrée au public... »
Ainsi se trouve nettement élucidée la question relative à la publicité simultaaée donnée à ces Communications.
Toutefois, la brochure que Ch. Gros a publiée sous le titre '.Solution du problème de la photographie des couleurs, ne fut présentée à la Société française de Photographie que le 2 juillet 1869, mais, dans la séance de ce même jour, M. Davanne communiqua à la r Société la lettre suivante qui
lui avait été adressée par Gros et qui exposait en quelle situation se trouvai! alors la discussion de priorité qui sest élevée naturellement entre M. Ducos du Hauron et lui relativement à la reproduction par la photographie des couleurs naturelles :
Vous avez Fcndu compte à la Société de Photographie des travaux de M. Ducos du Hauron, et vous avez remarqué qu'un débat de priorité s'élèverait sans doute entre lui et moi à ce sujet.
Permettez-moi donc, Monsieur, de vous exposer où en est le débat, très honorable et très pacifique du reste, et auquel je dois d'être entré en bons et sympathiques rapports avec mon concurrent.
J'ai écrit à M. Ducos du Hauron, et je lui ai envoyé, avec l'édition réimprimée de mon Mémoire extrait des Mondes^ la date du pli cacheté contenant les théories qui font l'objet de ce Mémoire. — Ce pli a-été reçu par l'Académie des Sciences le 2 décembre 1867.
Comme le brevet de M. Ducos du Hauron ne date que du 23 novembre 1868, j'ai voulu m'assurer s'il n'avait pas d'autres titres que ce brevet. La lettre que vous allez lirç répond à cette question. J'ai presque un an de priorité constatée, sans compter la priorité de publication.
Voici cette lettre :
« Vous avez raison de le dire, c'est une curieuse rencontre que la nôtre. Sans nous connaître et à deux cents lieues de distance l'un de l'autre, une m,ême inspiration nous est venue à peu près aux mêmes heures.... Loin de me plaindre de la confraternité qu'elle nous crée, j'en suis hautement flatté et je m'applaudis de voir un homme de votre mérite et de votre science revendiquer la part d'honneur qui lui revient de notre commune découverte. Mon brevet, dont les effets remontent au 23 novembre iSCS^;
date du dépôt de ma demande, m'a été délivré le 23 février 1869. Or, dès le 25 de ce môme mois de février, le journal les Mondes publiait votre beau travail théorique sur la photographie des couleurs. Ce simple rapprochement de dates prouve bien, sans qu'il soit nécessaire d'ouvrir votre pli cacheté, que la théorie émise dans votre Mémoire vous appartient, en ce sens tout au moins, que ce Mémoire, fruit évident de vos méditations personnelles nombreuses et prolongées, n'a pu rien emprunter à mes travaux, non divulgués jusqu'alors. Je suis donc le premier à proclamer vos titres de propriété scientifique sur les théories par Vous publiées; mais je crois avoir, sur les théories à peu près semblables que j'ai publiées de mon côté, des titres de propriété scientifique non moins respectables, sans compter la propriété industrielle qui résulte de mon brevet.
» Ce brevet m'assure en outre la propriété des moyens pratiques et des procédés matériels qui réalisent les théories dont il s'agit; ils m'ont coûté, je vous l'avoue, les travaux les plus ardus, les expériences les plus multipliées^ et il m'a fallu de grands efforts de patience et d'imagination pour triompher des obstacles que la pratique a révélés. Quelque importante que fût la conception théorique sur l'obtention et la fixation des couleurs, vous vous êtes borné à la consigner dans un pli cacheté ; vous avez reculé, de votre propre aveu, devant la grande dépense de temps et de mouvement où vous eût entraîné la réalisation de votre idée, vous réservant de voir cette idée prendre forme et vie entre les mains des autres sans avoir eu à accomplir personnellement de travail pénible.
» Cette dépense de temps et de m,ouvemenl, ce travail pénible, telle est la rude épreuve que j'ai, quant à moi, acceptée. Sans me flatter d'avoir amené par mes seules expériences personnelles notre commune méthode d'héliochromie à toute la perfection matérielle qu'elle obtiendra dans des ateliers spéciaux ou à l'aide d'un outillage très approprié, il m'a été donné de montrer, dès à présent, des résultats qui confirment pleinement vos prévisions et
les miennes. Une théorie à elle seule, à Tétai abstrait et sans indications des moyens pratiques de la réaliser^ n'eût pas été brevetable.
» S'il est vrai que devant la science Tidée première l'emporte de beaucoup en un pareil objet sur la recherche et la découverte des moyens d'exécution, qu'à cela ne tienne, Monsieur: l'idée première nous appartient à Tun. comme à l'autre. Tel est mon sentiment, telle est la formule à l'aide de laquelle nous pouvons clore cet honorable débat que vous avez eu raison de soulever.
» Je vous autorise, Monsieur, à user de ma lettre comme vous l'entendrez ; j e trouve tout nturel que vous la livriez . à la publicité. Dans ce cas, une insertion intégrale serait nécessaire, et je l'attends de votre loyauté. »
Ch. Gros, après avoir comparé le Mémoire de Ducos du Hauron avec le sien, a exprimé son.
avis ainsi qu'il suit :
M. Ducos du Hauron ne connaît qu*un seul moyen d'analyse ; c'est celui qui consiste à interposer successivement trois verres colorés devant le tableau à reproduire. J'ai décrit ce moyen sous le nom d'analyse par transparence comme cas particulier du procédé général qui comprend aussi l'ana/yse par réfraction (successive ou simultanée) et Vanalyse par éclairage monochrome.
Ce dernier procédé me paraît cependant plus facile à expérimenter tout d'abord que les autres.
Les procédés de synthèse de M. Ducos sont tous décrits dans mon Mémoire sous les nomade synthèse par réflexion et synthèse par transparence au moyen de positifsantichromatiques; mais, en outre de ceux-là, je donne un procédé où la solution est indépendante de tous produits artificiellement colorés; c'est celui que j'ai nommé synthèse par réfraction.
Ainsi donc, ce qui appartient à M. Ducos du Hauron^ ce sont ses procédés pratiques, particulière; et toutes
recherches sont permises aux expérimentateurs» non seu* lement sur les procédés que M. Ducos n'a pas décrits, mais encore sur le moyen général qu*il a réalisé, pourvu que les procédés pratiques soient différents.
Il y a là une voie ouverte où chacun peut entrer avec tout avantage. Le problème exige des conditions particulières qui appartiendront à ceux qui les fixeront les premiers* '. •
L*état de là question semble avoir été nettement
posé par les deux inventeurs et avec une grande
loyauté et jxne'. parfaite courtoisie de part et
d'autre* Nous avons mieux aimé leur laisser la
jparole plutôt que de nous livrer à des appréciations
.personnelles qui n'auraient pu que prêter à de
nouvelles discussions. :;
Enfait,nous nous trouvons, à quelques variantes
-près,. en face de deux savants ayant eu la même
lidée de' principe, ayant tous deux indiqué des
imoye'ns théorique^ de réaliser cette idée et d,ont
^uii seul a décrit des 'moyens pratique^ et pris .un
brevet pour s'assurer la propriété industrielle de
^'invention ; et, à ce propos, il est bon de citer
-quelques lignes du préambule du Mémoire de
'Ch. Gros:
Qu'on ne s'étonne pas si je n'apporte pas de résul- ' tais réalisés et si je ne- cherche pas, par moi-fnême, à i exploiter inon idée, je n'ai eu, ni antérieurement, ni ^ actuellement, aucun mqy^ji de réalisation^ Çherçf^qr
ces moyens me serait un^ grande dé^pense de, temps et ' dé rhouvement, dépende qui serait suivie- du tràvèdl
de mise en pratiqué, mïil C; ." J :. . C.:[- J : ; :::.:: I : ; : :
Les solutions que j'ai trouvées au problème spécial de la photographie des couleurs sont publiées à la suite, et je ne m'en suis pas réservé la propriété commerciale. C'est la conséquence de Vinsouci que j*ai de réaliser par moi-même: l'idée entre dans le domaine public, et les savants spéciaux, les expérimentateurs habiles ne seront gênés en rien dans leurs recherches. Ils pourront, en outre, — et il est nécessaire qu'il en soit ainsi, — se rendre possesseurs exclusifs des procédés particuliers indispensables à l'obtention du résultat final.
Il y a là, bien nettement précisée, Tidée de ne revendiquer aucune application industrielle de la méthode et d'en laisser franchement le soin à d'autres; or, précisément, Ducos du Hauron s'était préoccupé, dès le début, de la question industrielle et des profits qu'il serait possible d'en tirer. Mais le temps a passé sans qu'une réalisation rémunératrice ait pu lui donner la satisfaction qu'il espérait. Le brevet Ducos étant de 1868, c'est en 1883 que la garantie de sa propriété :s'est trouvée périmée. Le champ est donc absolument libre maintenant, et il peut être exploité en toute liberté, sauf quant aux méthodes pratiques particulières qui pourraient être découvertes par-d« nouveaux chercheurs et dont ils se seront assuré, par un brevet régulier, la propriété industrielle-
Les développements donnés à cette question intéressante de la décotiverte de la trichromi-e photographique ont uqe certaine importance, maintenant que cette trichromie s'est affirmée
HISTORIQUE DE LA PHOTOGRAPHIE DES COULEURS. 6ii
par de grands progrès et qu'elle tend à devenir le seul moyen vraiment pratique et industriel d'appliquer la photographie à la reproduction des couleurs.
Pour que cet historique soit complet, il nous faut encore résumer les deux séries d'indications dues Tune à Ducos du Hauron et l'autre à Gros. Ce sont là deux points de départ d'un très grand intérêt, et nous avons la preuve qu'à quelques erreurs près, corrigées aujourd'hui par la science mieux informée, nos deux inventeurs français ont prévu presque tous les moyens d'analyse et de synthèse propres à la réalisation de leur idée. Ces moyens, appliqués en partie depuis, méritent d'être mentionnés dès maintenant, bien que nous ayons à y revenir plus loin lorsque seront décrites les méthodes pratiques les plus susceptibles de conduire à dé bons résultats et les plus employées industriellement.
- Dans son Mémoire de 1869 : les Couleurs en photographie, solution du 'problème, Ducos du Hauron ia d'abord formulé ainsi qu'il suit le principe de ridée : "
Au Heu de confier au soleil le soin d'engendrer les couleurs*, ne pourrait-on pas le charger simplement de lès distribuer?' Au -lieu de chercher une préparation •unique, qui absorbe en quelque sorte et qui garde à chaque point, de sa surface les colorations des rayons qui les frappent, ne pourrait-on pas soumettre à l'action de la lumière une préparation multiple et polychrome, ou du
moins renfermant virtuellement toutes les nuances possibles, laquelle, composée exclusivement de couleurs déjà connues et fournies par l'industrie, serait uniformément étendue sur tous les points de la surface photogénique dans des conditions telles que, dans chacun des rayons simples ou composés qui viennent la frapper, se fixera la couleur simple ou composée correspondante, les autres couleurs étant éliminées sous ce môme rayon?
Procédé indirect oa d'interversion.
L'analyse s'obtient en exécutant trois clichés négatifs avec Tinterposition d'un verre de couleur verte pour l'un, d'un verre violet pour le second et d'un verre orangé pour le troisième.
Pour la synthèse : emploi de trois feuilles de mica ou bien de trois pellicules de .coUodion,
< recouvertes toutes trois d'une couche de gélatine
fbichromat^e colorée, l'une en rouge, l'autre en
; jaune et la trqisième.fîa bleu.
Impression de chacune de ces pellicules par le
•verso, souâ uîi cliché' dififéreut, savoir : /a pe/Wcule rouge sous le cliché obtenu par le verre.de couleur
i verte, IdpelHcule jaune sans. le cliché obtenu par le verre violet et la pellicule bleue soU9 le cliché obtenu par le verre orangé.
Développement 4, Téau chaude des trois monochromes qu'on superpose :ea les repérant, et l'image polychrome ainsi obtenue constitue soit
^ une diaphanie bu ima^e visible par la lumière
I transmise, soit une image visible par réflexion si
Ton colle les trois monochromes superposés sur un fond blanc.
Procédé direct.
Première méthode, — Dans cette première méthode les trois positifs monochromes sont constitués par les mêmes trois couleurs rouge, jaune et bleue, non plus transparentes, mais opaques et réfléchissantes, formant les clairs de l'image, laquelle devra être placée, non plus sur un fond blanc, mais sur un fond noir. Le blanc résultera non plus de Tabsence de matières colorantes, mais de la réunion des trois couleurs étendues sur des pellicules transparentes ou sur des feuilles de mica, en couches assez légères pour que chaque image laisse voir celle qui est placée en dessous. Les noirs, à leur tour, ne seront plus constitués par la réunion de trois couleurs simples transparentes s'éteignant par leur superposition sur un fond blanc, mais, au contraire, par l'absence de toute couleur réfléchissante.
Pour produire cette sorte de tableau, il ne faut plus se servir de verres de couleurs binaires, vert, violet et orangé, complémentaires de celles des positifs; il faut se servir de verres de couleurs simples : ainsi le positif rouge doit être fourni par un verre rouge, le positif jaune par un verre jaune et le positif bleu par un verre bleu.
Cette méthode pèche par Terreur à laquelle nous nous sommes déjà arrêté : le blanc ne peut résulter de la réunion des trois couleurs rouge, jaune et bleu. N'y insistons pas.
Deuxième méthode, — On réalise mieux le phénomène à L'aide d*un procédé optique très curieux. Ce procédé consiste à faire trois clichés au bromure d'argent, en se servant de trois verres rouge, jaune et bleu; au moyen
de ces trois clichés on se procure trois positifs ordinaires, c'est-à-dire incolores, par le procédé au charbon sur pellicule; puis on applique chacun de ces trois positifs sur un fond oflFrant la couleur du verre qui a servi à obtenir le cliché. Ce fond peut être opaque, comme aussi il peut consister en un verre coloré, si Ton désire éclairer répreuve par transparence. On a, de cette manière, trois positifs monochromes analogues à ceux que fournit la méthode précédente : dans l'un, le rouge et ses composés, y compris le blanc, sont représentés par du rouge ; dans le second, le jaune et ses composés, y compris le blanc, sont représentés par du jaune; et dans le troisième, le bleu et ses composés, y compris le blanc, sont représentés par du bleu.
Dans les trois épreuves les ombres sont représentées, par du noir.
Si Ton projette les images de ces trois épreuves sur une surface blanche, au moyen de trois lentilles placées de telle sorte que les trois images se superposent exactement, on voit apparaître sur l'écran une image polychrome qui est la représentation fidèle de la nature.
C'est là le principe du photochromoscope, très connu aujourd'hui et dont nous aurons à parler plus loin; mais, ici encore, Ducos du Hauron commet l'erreur signalée déjà à propos de la méthode précédente : la fusion sur récran des trois couleurs rouge, jaune et bleu ne pouvant donner le blanc y mais produisant au contraire du noir.
Troisième méthode, -- Il existe une dernière méthode par laquelle la triple opération se fait sur une seule surface; le tamisage des trois couleurs simples s'accomplit, non plus au moyen de verres colorés, mais au moyen d'une feuille translucide recouverte mécaniquement d'un grain de trois couleurs.
Concevons, en effet, un papier dont la surface est entièrement recouverte de raies alternativement rouges, jaunes et bleues, aussi minces que possible, d'égale largeur et sans solution de continuité. Ce papier étant vu de très près, on distinguera les trois couleurs des raies; mais, à distance, elles se confondront en une teinte unique, qui sera blanche si on le regarde par transparence, et grise si on le regarde par réflexion (en supposant de même que Téclat relatif de ces trois sortes de raies ait été combiné de manière qu'aucune d'elles ne domine); et, si Ton reçoit sur ce même papier l'image de la chambre obscure, cette image vue à distance sera la même que • si le papier était réellement blanc.
Or, un papier de cette espèce jouit de la remarquable propriété de fournir, soit par un travail d'artiste exécuté au crayon noir, soit par la lumière à Taide des procédés directs ou indirects de la photographie ordinaire, un tableau dans lequel les couleurs naturelles sont reproduites avec un certain degré de vérité.
Supposons que Ton veuille, sur ce papier^ qui présente, vu à distance, une teinte neutre uniforme, faire naître, par exemple, au moyen d'un crayon noir foncé, les raies jaunes et les raies bleues. Veut-on obtenir la teinte violette, on éteindra de la même manière les raies jaune, sauf à affaiblir, si l'on veut, le trop grand éclat du violet (trop grand parce qu'il est dû à deux raies à la fois) en ombrant légèrement au crayon les raies rouges et les raies bleues. Pour produire le gris, on atténuera l'éclat des trois raies; pour ce qui est du noir, il s'obtiendra naturellement par leur extinction totale.
Ducos du Hauron applique la photographie au lieu d'un travail au crayon.
Pour rendre cette méthode tout à fait pratique, dit-i', il faut employer de préférence, comme auxiliaire, ies procédés indirects de la photographie ordinaire. On aura, une fois pour toutes, une pellicule unique, en
feuille de mica recouverte, sur un côté, de raies rouges, jaunes et bleues, de couleur intense, sur l'autre côté de raies inégalement sombres. On se servira alors de cette pellicule comme tamis pour obtenir sur d'autres surfaces, mises en contact avec elle (papier, verre, etc.), des clichés négatifs au broniure d'argent; chacun de ces clichés fournira à son tour des positifs de couleur noire au chîirbon sur pellicule, verre ou mica, etc., et il ne restera plus qu'à appliquer chacun de ces positifs sur une surface opaque et transparente recouverte mécaniquement de raies rouges, jaunes et bleues correspondant une à une par leur position aux raies de la pellicule qui a servi au tamisage des rayons de couleurs simples.
L'idée géniale qui vient d'être exposée a donné lieu à l'exploitation de deux procédés^ basés sur lïmpression à travers des écrans rayés : ce sont ceux de M. Joly et de M. Mac Donough; nous aurons à y revenir. Notons en passant, cette fois encore, Terreur, toujours la même, commise par Ducos du Hauron, des trois couleurs ronge, jaune et bleu, et nous en aurons fini avec ses indications premières, celles de 1869, où Terreur, trois fois renouvelée dans ce qu'il a appelé son procédé direct, n'existe pas dans le procédé indirect ou par inlerversion. 11 convient de le faire remarquer, c'est de toute justice, et ce fait nous semble de nature à atlénuer considérablement la portée de Terreur commise dans la descriptioii des trois méthodes du procédé direct.
Nous avons maintenant à résumer les suggestions de Gh. Gros.
Il commence, tout comme Ducos du Hauron, par faire erreur sur les trois espèces de couleurs élémentaires qui sont, dit-il, le rouge, le jaune et le bleu.
Il s'agit donc de prendre trois épreuves différentes, Tune de tous les points plus ou moins rouges ou qui contiennent du rouge; la seconde de tous les points jaunes ou contenant une proportion de jaune; la dernière de tous les points bleus ou contenant du bleu.
Ces trois épreuves, en les supposant obtenues en teintes uniformes, comme celles de la photographie ordinaire, exprimeront en noir et en gris plus ou moins foncé les quantités respectives de rouge, de jaune, de bleu qu'il y a dans tous les points du tableau.
C'est là un moyen d'avoir Vanalyse du tableau.
Les moyens d'analyse successive sont de trois espèces : analyse par transparence, analyse par réfraction, analyse par éclairage monochrome.
!• Le procédé d'analyse successive par transparence est le premier moyen ; i) consiste à tamiser les rayons à travers des verres colorés.
Ces Terres sont, dit-il, rouge, jaune et bleu; erreur confirmée, mais qui, nous le verrons plus loin, se trouvera corrigée.
2* Le second moyen consiste à remplacer les verres colorés par un prisme qu'on fait tournera chaque épreuve de manière qu'en premier lieu il n'envoie que des rayons rouges; ensuite que des rayons jaunes, enfin que des rayons bleus.
Ce procédé évite l'emploi d'émaux transparents et dé couleurs artificielles, produits toujours impurs et qui laissent passer de la lumière blanche. . .
Une méthode analogue, dont nous nous occuperons plus loin, a été imaginée par M. le professeur Wood, de rUniversité de Wisconsin, mais avec des réseaux de diffraction au lieu des prismes.
3* Le troisième moyen consiste à prendre successivement irois épreuves avec un appareil photographique ordinaire, sans aucune modification, mais en ayant soin d'éclairer les objets à reproduire, d'abord avec de la lumière rouge, ensuite avec de la lumière jaune, enfin avec de la lumière bleue. Ces différents rayons sont pris dans un spectre ou obtenus au moyen de milieux transparents colorés.
Le procédé d'analyse simultanée consiste à prendre simultanément les trois épreuves dans les trois régions de rayons simples du spectre résultant de la décomposition des rayons émis par le tableau à reproduire.
Ce procédé nous paraît d'une application bien difficile, sinon impossible.
Cros est ici en contradiction avec lui-même, car, en éclairant les objets ou personnes avec des verres colorés formés de colorations impures mélangées de lumière blanche, il ne se trouve pas dans une situation meilleure qu'avec l'emploi des écrans colorés employés au tamisage des radiations réfléchies dans la chambre noire.
La méthode de formation synthétique des images colorées par voie de superposition est ensuite exposée quant à son ensemble, puis Ch. Cros ajoute :
Les procédés de synthèse sont de deux ordres : synthèse successive, synthèse simultanée.
Synthèse successioe. Le phénakisticope. — Ce procédé s'applique aux projections sur écran, aux positifs transparents et aux positifs à vue directe. Les instruments sont plus simples que le phénakisticope, car il n'y a que trois figures élémentaires au lieu de vingt et trente.
J'en donnerai les dispositifs si on le désire.
La lanterne chromoscopique se trouve là tout indiquée, bien que non décrite; on comprend qu'elle est dans la pensée de Tauteur.
Synthèse simultanée, — 11 y en a trois espèces : la synthèse par réflexion, la synthèse par réfraction, et la synthèse par transparence au moyen de positifs antichromatiques.
l* La synthèse par réflexion consiste à faire voir les trois images à la même place au moyen de glaces transparentes.
On sait qu'une glace transparente, tout en laissant voir ce qui est derrière elle, reflète les images bien éclairées qu'on lui présente; c'est sur cette propriété qu'est fondé l'amusement des spectres et apparitions. Le procédé s'applique aux positifs par transparence et à vue directe.
C'est là la prévision très nette du chromoscope tel qu'on le construit actuellement.
2* La synthèse par réfraction donne une des solutions les plus élégantes du problème. Elle est fondée sur le principe suivant : le trajet d'un rayon coloré simple qui traverse une succession de milieux réfringents différents est le môme dans les deux sens, c'est-à-dire que la source du rayon et son point d'arrivée peuvent échanger leurs places sans que le trajet varie.
Or, si l'on envoie à travers un prisme un rayon mixte contenant du rouge, du jaune, du bleu, chacun de ces rayons viendra se projeter à une place distincte. Si ensuite, de chacune des places où ces rayons sont tombés, on envoie des rayons de même espèce dans le prisme sous les mêmes angles respectifs que ceux d'émergence, on reconstituera un rayon mixte identique.
D'où cette conséquence que le môme appareil qui sert à décomposer le tableau en trois épreuves, puis dans les régions rouge, jaune, bleue du spectre, servira, une fois ces épreuves obtenues, à faire la recomposition. 11 suffira, pour cette synthèse, de remplacer les trois clichés immédiats par leurs positifs non coloréSy et d'envoyer à travers chacune un rayon de lumière blanche suivant le trajet d'émergence du rayon coloré correspondant.
Cette solution est remarquable en ce qu'elle ne fait dépendre le résultat d'aucun produit artificiel coloré.
Mais il est douteux qu'une mise en pratique d'un pareil procédé soit chose facile.
3" La synthèse antichromatique consiste à superposer réellement les trois positifs sur une surface blanche ou transparente, de manière à obtenir un résultat fixe et visible sans instrument intermédiaire.
Voici comment ce résultat est réalisé :
Au moyen de trois clichés, on obtient trois planches héliographiques sur pierre ou sur acier, planchas qui donnent des épreuves positives.
Les parties foncées de l'épreuve rouge, par exemple, représentent les parties du tableau où le rouge a le moins agi, les parties claires, celles où il était en maximum.
En ces points où il n'y avait pas de rouge, il ne pouvait y avoir que du noir, du jaune ou du bleu.
On tire cette première épreuve en vert, couleur com-. plémentaire du rouge. J'appelle cette épreuve le positif antichromatique du rouge.
Sur cette épreuve verte, on tire le positif anh'c/iromaiique du jaune, qui est violet, et enfin celui du bleu, qui est orangé.
' Ils font faire le second et le troisième tirage avec des laques transparentes qui laissent voir dessous la teinte du premier.
En pratique, il sera probablement meilleur d'obtenir des clichés avec les rayons vertSj violet orangé^ et ïe tirage avec encres rouges, jaunes, bleues.
In cauda veritas !
! Gros, pour, le comparer à Dii Hauron, n'a en ' fait rien de mieux à son actif. Il dit, comme inci- -âemment, qu'en pratique il serait probablement meilleur d'obtenir les clichés avec les rayoîis vert, violet et orangé. Gomme si en théoade les clichés obtenus avec les rayons rouge, jaune .et bleu pouvaient jamais conduire au résultat * désiré; il -tombe dans le vrai comme par hasard et il semble dire qu'on pourrait .employer indifféremment les deux moyens; ce qui, en ce cas, constitiiearait une très grande erreur s'il s'agissait des clichés ob- • tenus avec les couleurs rougevjaùjîa et bleue.
Ducos du Hauron, tout en -s':étant trompé dans la description de ses trois méthodes, quant aux ►couleurs élémentaires, a au moins mieux débuté . en indiquant nettement la manière dont il obtient /les trois .négatifs : avec .des verrea.de couleur verts, violeUfttontng^ésfe^i^xiv tirage positif sur des .mixtionsf rouge, jaune et bleue, ce qui répond aux : desiderata de la théorie scientifique des couleurs.
En terminant son Mémoire, Gh. Gros a, dans un appendice qui en dit beaucoup en peu de mots, décrit un véritable chromoscope comme réalisant Texpérience par lui rêvée, pour arriver à reconstituer. avec les trois épreuves élémentaires l.e tableau réel avec toutes ses teintes.
Depuis, on a mis la plupart de ses idées en pratique et notamment la première ; on ne pouvait mieux voir dans l'avenir.
Depuis l'époque de la communication de son premier Mémoire, Ducos du Hauron n'a cessé de travailler, mais il n'a pas apporté à ses idées premières de notables perfectionnements.
Quant à Gros, il a été enlevé à la science sans y avoir apporté, dans cette voie au moins, aucune contribution nouvelle ; nous avons pourtant une épreuve de lui qui, en 1889, a été imprimée typographiquement en trois couleurs avec trois clichés de simili-gravure.
La question a marché depuis et, sans que les bases essentielles de la méthode aient été modifiées, onpéut constater que ses applications vont «6 répandant de plus en plus*^
Sans parler dé la France, où quelques maisons et ûotamtoicHït celle de M. Hemmerlé, ^à Lyon, appliquent couramment la photogravure à la trichromie, nous pouvonsciter diverses autres n$$ion&i telles que lés États-Unis d'Amériqae, TAj^ijWten^e, rAllémagne, la Suisse, la Belgique et
TAutriche, où sont accomplis industriellement des travaux de cette sorte fort remarquables.
Il n'y a pas que dans la voie des impressions photomécaniques qu'il en est fait emploi. On procède également par imbibition, ainsi que le font avec tant de succès MM. Lumière de Lyon, dont le procédé est décrit plus loin; par les impressions dites au charbon, ainsi que l'ont fait M. E. Vallot, dont les résultats sont si remarquables, M. Ghaupe, et sans doute d'autres encore, sans nous citer nous-même.
Mais nous en reparlerons quand nous en serons au Chapitre des applications.
Nous avons tenu à bien faire connaître la genèse d'une inv,ention appelée à compléter merveilleusement l'ensemble déjà si considérable des applications de la Photographie. L'art de l'illustration du livre lui devra bientôt ses productions les plus attrayantes, la science lui adressera de nombreux appels; il était donc nécessaire, indispensable, d'en faire bien connaître les origines, surtout françaises, et de montrer combien le progrès est lent à se manifester alors même que depuis plus de 30 ans cette invention a été publiée dans tous ses détails de mise en œuvre et qu'on n'a, depuis, que fort peu ajouté aux descriptions des premiers procédés.
La plus importante des additions à Tensemble des ressources dont on pouvait alors disposer a V. 7
été la fabrication des plaques orthochromatiques et panchromatiques, grâce auxquelles la sensibilité aux diverses couleurs se trouvait réalisée.
C'est là un perfectionnement de grande valeur, et encore est-on à se demander maintenant si, dans cette voie, il n'est pas quelques nouveaux progrès à réaliser, notamment dans le sens d'une sensibilité au vert mieux caractérisée.
Nous pouvons, dès maintenant, aborder la description d'un procédé type, basé sur l'expérience et les indications des; divers praticiens ou chercheurs qui ont publié leurs travaux.
Nous ne connaissons comme digne d'être cité, parmi les progrès sérieux accomplis dans la voie de la photochromie directe, que le procédé Lippmann, connu sous le nom de Photochromie interfé^ rentielle.
C'est, jusqu'ici, le seul moyen d'obtenir directement, sur une plaque sensible, en une seule impression, l'image ou mieux la reproduction des rayons colorés réfléchis dans la chambre noire.
Cette méthode, dont nous avons vu des résultats véritablement admirables, n'est pourtant encore qu'une fort belle expérience de laboratoire ; elle est malheureusement d'une telle délicatesse que les plus habiles à l'exécuter ne sont jamais absolument sûrs du succès. Nous ne saurions dire qu'il en sera toujours de même, et il se peut bien qu'un nouveau tour de main conduise à des résultats plus constants. En attendant on ne peut
compter sur des œuvres accomplies industriellement par cette méthode, et il n'y a aucune application immédiate à en attendre du côté des reproductions artistiques.
Ce moyen de reproduction directe des couleurs n'en est pas moins fort intéressant, parce qu'il donne la preuve d'une possibilité dont on a douté longtemps et parce qu'il réalise une des plus curieuses et des plus étonnantes expériences de lal)oratoire qu'on puisse rêver : la formation à l'aide de la Photographie, dans le sein d'une couche de gélatine, d'un réseau de lames minces parallèles et ayant des distances de longueurs d'onde correspondant aux longueurs d'onde des couleurs réfléchies sur la surface de cette couche, qui n'est autre qu'une couche de gélatine au bromure d'argent.
Ce qui est surtout intéressant dans le résultat obtenu par M. Lippmann c'est que les couleurs do ses images sont celles mêmes du spectre, c'est-à-dire des radiations de lumière blanche décomposées par les lames minces d'ondes de longueurs diverses et sans qu'il y ait la moindre trace de coloration pigmentaire.
Je me suis proposé, dit-il (*), d'obtenir sur une plaque sensible photographique Timsige du spectre avec ses cou-
( » ) Comptes rendus de V Académie des Sciences, t. CXII, p. 274 février 1891.
leurs, de telle façon que cette image demeurât désormais fixée et pût rester exposée indéfiniment au grand jour sans s'altérer.
J'ai pu résoudre ce problème en opérant avec les substances sensibles, les développàteurs et les fixatifs courants en Photographie, et en modifiant simplement les conditions physiques de l'expérience. Les conditions essentielles pour obtenir les couleurs en Photographie sont au nombre de deux : 1*» continuité de la couche sensible; 2* présence d'une surface réfléchissante adossée à cette couche.
J'entends par continuité Tabsence de grains; il faut que l'iodure, le bromure d'argent, etc. soient disséminés à ' l'intérieur d'une lame d'albumine, de gélatine ou d'une autre matière transparente ou inerte, d'une manière uniforme et sans former de grains qui soient visibles même au microscope; s'il y a des grains, il faut qu'ils soient de dimension négligeable par rapport à la longueur d'onde lumineuse.
L'emploi des grossières émulsions usitées aujourd'hui se trouve par là exclu. Ma couche continue est transparente, sauf, ordinairement, une légère opalescence bleue. J'ai employé comme support l'albumine, le collodion et la gélatine, comme matières sensibles l'iodure et le bromure d'argent; toutes ces combinaisons donnent de bons résultats.
La plaque sèche est portée dans un châssis creux où l'on verse du mercure; ce mercure forme une lame réfléchissante en contact avec la couche sensible. L'exposition, le développement, le fixage se font comme si l'on voulait obtenir un négatif noir du spectre; mais le résultat est différent : lorsque le cliché est terminé et séché, les couleurs apparaissent.
Le cliché obtenu est négatif par transparence, c'està-dire que chaque couleur est représentée par sa complémentaire. Par réflexion, il est positif, et l'on voit la couleur elle-même, qui peut s'obtenir très brillante. Pour obtenir ainsi un positif, il faut révéler ou parfois renforcer l'image
de façon que le dépôt photographique ait une couleur claire, ce qui s'obtient, comme on sait, par l'emploi de liqueurs acides.
On fixe à l'hyposulfite de soude suivi de lavages soignés; j'ai vérifié qu'ensuite les couleurs résistaient à la lumière électrique la plus intense.
La théorie de Texpérience est très simple à la lumière incidente, qui forme l'image dans la chambre noire, interférée avec la lumière réfléchie par le mercure.
Il se forme, par suite, dans l'intérieur de la couche sensible, un système de franges, c'est-à-dire de maxima lumineux et minima obscurs. Les maxima seuls impressionnent la plaque; à la suite des opérations photographiques, ces maxima demeurent masqués par des dépôts d'argent plus ou moins réfléchissants qui occupent leur place. Les couches sensibles se trouvent partagées par ces dépôts en une série de lames minces qui ont pour épaisseur l'intervalle qui séparait deux maxima, c'està-dire une demi-longueur d'onde de la lumière incidente. Ces lames minces ont donc précisément l'épaisseur nécessaire pour reproduire par réflexion la couleur incidente.
Les couleurs visibles sur le cliché sont ainsi de même nature que celles des bulles de savon. Elles sont seulement plus pures et plus brillantes, du moins quand les opérations photographiques ont donné un dépôt bien réfléchissant. Gela tient à ce qu'il se forme dans l'épaisseur de la couche sensible un très grand nombre de lames minces superposées ; environ 200 si la couche a, par exemple, 5^ de millimètre. Pour les mêmes raisons, la couleur réfléchie est d'autant plus pure que le nombre des couches réfléchissantes augmente. Ces couches forment, en effet, une forme de réseau en profondeur, et, pour la même raison que dans la théorie des réseaux par réflexion, la pureté des couleurs va en croissant avec le nombre des miroirs élémentaires.
Nous ne pouvions mieux faire que de reproduire le texte même de la Communication faite par
M. Gabriel Lippmann à TAcadémie des Sciences ; on a de la sorte la meilleure explication qu'il soit possible de donner de cette merveilleuse découverte. Nous pourrions indiquer ici la marche opératoire de l'expérience de façon à guider les expérimentateurs dans cette voie. Malheureusement le nombre de ceux à qui s'adresse cet Ouvrage, plus spécialement consacré à la Photographie indirecte des couleurs, est beaucoup plus grand que le nombre des savants aptes à répéter les expériences de M. Lippmann et à chercher à les perfectionner dans un sens plus pratique.
Nous renverrons donc pour les détails à divers Ouvrages très bien faits qui se sont occupés plus spécialement de la Photochromie interf érentielle ; ce sont, entre autres : ceux de M. Berget (Alphonse), Photographie des couleurs par la méthode interfèrent tielle de M. Lippmann,
De M. A. Berthier : Manuel de photochromie inter* f érentielle, à la librairie Gauthier-Villars.
De M. F. Drouin : La Photographie des couleurs. Librairie Ch. Mendel.
MM. Krone, de Saint-Florent, Gh.-R. Thving, Kitz, Lumière, Valenta ont, chacun de son côté, fait d'intéressantes expériences dont on trouvera les détails dans ces Ouvrages.
Nous croyons pourtant devoir résumer ici la marche opératoire des opérations et montrer les schémas des appareils employés.
Méthode opératoire de M, Lippmann. — Nous r^,ppellerons que la méthode interférentielle consiste à déterminer, dans l'épaisseur d'une couche sensible, en contact avec un miroir mercuriej., une série de lames minces formées par de l'argent réduit et distantes les unes des autres d'une demilongueur d'onde.
Les lames minces ainsi obtenues, éclairées ensuite par de la lumière blanche, ne réfléchissent à chaque endroit que la couleur de la longueur d'onde correspondant à celle qui l'avait frappée.
La figure 34 montre les sinuosités des rayons
incidents B et des rayons réfléchis A. C'est là ce qu'on appelle les interférences. La figure 35 en donne également une idée.
Ce fait étant admis, il reste à le vérifier par l'expérience.
Fig. 35.
Pour y arriver, un châssis spécial a été construit dans lequel la plaque peut être, du côté même où
Figr. 36.
est Témulsion, en contact immédiat avec du mercure. [Voir dans la fig. 36 le dessin de ce châssis;
celui de M, Penrose est représenté par la fig. 37.
Fig. 37.
Rien n'est changé quant à la chambre photogra-
Fig. 38.
phique. La figure 38 donne, d'ailleurs, un dessin
du dispositif d'ensemble tel que Ta établi M. Lippmann pour la reproduction du spectre.
Les opérations du développement, fixage, etc. restent les mêmes que pour la photographie courante, et ce n'est qu'après dessiccation complète qu'on aperçoit les couleurs en regardant le cliché sous une certaine incidence.
Les épreuves obtenues par MM. Lumière sont des plus remarquables que nous ayons vues ; ils les ont obtenues avec une émulsion sensible réalisant, d'une façon parfaite, les prescriptions de M. Lippmann, c'est-à-dire douée d'une transparence complète.
L'heureux essai fait par nous-méme de la préparation de cette émulsion nous engage à en donner les formules ; des plaques ainsi préparées peuvent rendre, dans la photographie des couleurs, d'autres services que ceux qu'elles ont rendus aux expérimentateurs de la méthode Lippmann.
Voici la solution à préparer :
A. Eau distillée 400»
Gélatine 20»
B. Eau distillée 25cin»
Bromure de potassium 2«, 3