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III. Eau

Acide gallique . 10

produisant un ton agréable, elle doit offrir les conditions d’inaltérabilité requises de la part du procédé au charbon.

Il va sans dire qu’on ne peut employer les couleurs jouissant de la propriété d’insolubiliser la gélatine mélangée à un sel de chrome, comme les laques en général, qui renferment de l’alun, le vermillon, le vert de cuivre, et qui forment aussi avec la gélatine bichromatée des combinaisons insolubles.

Cette fabrication s’opère de deux façons : sur simples feuilles étendues sur une surface plane et sur lesquelles on verse la mixtion ou bien sur des rouleaux de papier sans fin. Cette fabrication sur rouleaux nécessite l’emploi de machines spéciales à l’aide desquelles on fait passer chaque partie de la feuille tangentiellement à un bain de mixtion maintenue au bain-marie à une température constante d’environ 35°; après quoi elle est refroidie en passant sur un rouleau traversé dans son intérieur par un courant d’eau froide.

On coupe par bandes ayant une longueur déterminée, et l’on met a secher dans un séchoir muni d’un ventilateur pour y amener un grand courant d’air sec et frais autant que possible. .

Le choix du papier propre à la fabrication des mixtions doit être fait avec soin parmi des qualités offrant une pâte bien égale et ayant assez de corps. Ce papier doit être peu encollé et satiné, pour que les couches soient bien unies.

L’été n’est pas une saison favorable à la fabrication des papiers mixtionnés ; aussi est-il indispensable d’être installé, pour pouvoir travailler à l’époque des

AL' CHARBON

Il grandes chaleurs, dans des locaux très-frais tout en étant bien aérés.

Nous n’avons rien dit encore de la qualité de la gélatine propre à la fabrication des mixtions ; sans doute on peut en employer de qualités diverses, depuis la gélatine commune du commerce jusqu’à la gélatine épurée de Nelson ; mais il faut s’attacher

I surtout à la qualité qui résistera le mieux sans se fondre à une immersion dans de l’eau ayant de 20 à 30 degrés. Certaines gélatines végétales sont, selon

Inous, les meilleures à employer, autant pour leur aptitude à supporter sans se dissoudre une température plus élevée, que par suite de l’absence, dans leur sein, de toute matière grasse.

C’est là une condition essentielle pour pouvoir travailler dans les climats chauds.

Quand on a des gélatines contenant des matières grasses, — et c’est le plus grand nombre, — il faut les dégraisser; sans quoi l’on aurait de la peine à obtenir des couches unies.

En résumé, toute cette fabrication est chose des plus délicates et, selon nous, des plus difficiles pour obtenir d’une manière bien constante des mixtions identiques entre elles et ayant toutes les conditions requises pour produire de belles épreuves au charbon. Nature du papier, qualité de la gélatine, pulvérisation complète des matières colorantes, tout cela doit être parfait, sinon l’on n’arrivera qu’à des résultats forcément incomplets et qui feront dire du procédé au charbon qu’il est loin encore d’être entré dans la voie pratique.

Nous n’avons rien dit encore de la composition des

mixtions, c’est-à-dire des quantités relatives de matière colorante et de gélatine qui doivent les former. Nous répéterons à cet égard ce que nous avons indiqué dans nos précédentes éditions de ce traité . c est qu’il est nécessaire de faire des mixtions plus ou moins riches en matière colorante, pour être employées tour à tour suivant la nature du travail à produire.

Pour des gravures où il n’y a que du blanc et du noir, il importe d’user d’une mixtion riche en couleur et dans laquelle la quantité relative de gélatine sera moindre. Pour des portraits au contraire où doivent se reproduire les demi-teintes les plus continues, il est nécessaire d’user d’une mixtion plus riche en gélatine par rapport à la couleur. Enfin l’épaisseur de la couche jouant un rôle très-important dans ce mode d’impression, il convient d’avoir, suivant que l’on use de clichés plus ou moins durs, des mixtions plus ou moins épaisses.

Cela se comprend : telle mixtion traversée de part en part parla lumière sous telle transparence du cliché ne pourrait servir à son impression, tandis qu une mixtion un peu plus épaisse fournira juste la profondeur nécessaire.

Nous voudrions donc voir dans le commerce nonseulement des mixtions ayant, pour une même quantité de gélatine, deux ou trois degrés de matière colorante, mais encore, pour chacun de ces numéros, au moins deux épaisseurs de couche.

C’est là certainement une complication à ajouter a la variété déjà nombreuse des tons divers à fabriquer ; mais il faut accepter le procédé au charbon avec

toutes ses conséquences. Des mixtions plus ou moins épaisses et plus ou moins riches en matières colorantes devraient exister dans chaque ton différent. On aurait par exemple le ton pourpre qui offrirait le choix suivant :

N° 1. Très-riche en matière colorante.

N° 2. Moyen.

N° 3. Pauvre en matière colorante.

Et puis chacune de ces trois qualités se décomposerait en deux A et B, ou au moins les numéros 2 et 3.

0 [ A. Couche mince.

I B. Couche épaisse.

^ \ A. Couche mince.

I B, Couche épaisse.

Le numéro 1 étant le plus riche en matière colorante, il n’est pas nécessaire de le dédoubler en qualité de deux épaisseurs différentes, tandis que cela est indispensable pour les numéros 2 et 3.

Jusqu’ici, nous voyons bien dans le commerce des variétés de tons divers, mais ces degrés différents dans chacun des tons fabriqués n’ont jamais été réalisés, et c’est là une des causes principales de bien des insuccès.

La richesse plus ou moins grande du bain de bichromate ne suffit pas pour, obtenir les effets désirés, suivant que l’on use d’un cliché dur ou doux ; il faut encore que la matière colorante se trouve, dans la mixtion employée, dans le rapport voulu, eu égard à la quantité de gélatine, pour rendre exactement la contre-valeur du cliché. On n’arrivera à ce résultat

qu’avec un assortiment conforme ou analogue à celui que nous venons d’indiquer, ce qui n’empêchera pas, suivant les cas, de faire varier le titre du bain de bichromate.

Qu’on ne s’étonne pas de nous voir insister autant sur ce point ; c’est là, selon nous, une des questions vitales pour la vulgarisation du procédé au charbon. Ce procédé est tout entier dans les mains des fabricants de mixtions, et il ne deviendra un procédé vraiment pratique, nous disons industriellement pratique, que si l’on est certain de trouver dans le commerce, à toute époque et en telles quantités que l’on voudra, des mixtions convenables aux travaux à produire.

Maintes fois nous avons entendu dire que l’on était arrêté parle manque de mixtions convenables, et cela nous est d’ailleurs arrivé à nous-mêmes.

Tantôt c’est une mixtion mal broyée ; une autre fois les fonds unis sont impossibles à obtenir, à cause de l’inégalité de la couche et des taches qui s’y forment. Souvent c’est la couche qui est ou trop mince ou trop chargée de matière colorante.

Il arrive encore ou que la couche est trop soluble en été dans de l’eau ayant environ 15 degrés, ou que le papier sur lequel est déposée la mixtion est de mauvaise qualité. 11 est trop mince et se déchhe pai l’effet de son propre poids, au moment ou on le suspend dans le séchoir après la sensibilisation.

Quand on veut faire soi-même du papier mixtionné et n’en préparer que de petites quantités, on verse la mixtion convenablement composée sur des glaces disposées bien horizontalement et encadrées

dans des règles ayant une saillie sur la surface de la glace d’environ 4 à 5 millimètres.

Le papier à mixtionner est coupé plus grand de quelques centimètres en longueur et en largeur que la surface de la glace.

On le mouille et on l’applique contre la glace de façon que ses bords dépassent de tous côtés.

Avec une racle, on enlève l’air et l’humidité en excès : le papier fait alors corps avec la glace, et ses bords, relevés contre les règles de l’encadrement, forment comme les bords d’une cuvette dont le fond aurait un plan très-horizontal.

Sans laisser s’évaporer l’humidité dont le papier est imprégné,, on verse la mixtion à son centre avec un verre à bec contenant la quantité voulue (environ 400 centimètres cubes pour une feuille de 4 5 sur 54), et maintenue à une température de 30 à 35 degrés seulement.

Une chaleur plus grande aurait l’inconvénient de provoquer une ébullition en chassant du papier par dilatation l’air contenu dans ses pores.

Il est indispensable de pratiquer cette opération dans un milieu un peu chaud, pour avoir le temps de couvrir en entier la feuille à mixtionner et bien également avant que la gélatine soit figée.

Dès que l’on s’est assuré que la mixtion ne coule plus, on enlève la feuille mixtionnée de dessus le châssis et on la porte dans un endroit suffisamment, aéré et surtout aussi exempt que possible de poussière, et on la dépose sur des châssis couverts de toile tendue, pour que l’air puisse circuler en dessous comme en dessus des feuilles.

Pour que la dessiccation des feuilles nuxtionnées s’opère régulièrement sans que le papier se tortille, il faut que la couche dont elles sont revêtues soit partout bien égale ; on arrivera à ce résultat en travaillant dans un milieu chauffé convenablement et en usant d’une mixtion maintenue aussi à une température constante.

Dans le cas où des bulles s’échappant du papier se montreraient à la surface de la mixtion, il faudrait, avec un morceau de papier buvard, les enlever au plus tôt, tandis que la gélatine est encore liquide; sans quoi l’on aurait des points blancs partout ou se trouveraient ces bulles.

Dans la pratique du procédé au charbon, il peu arriver souvent que l’on ait besoin d’une feuille motionnée d’un ton spécial qu’on ne pourrait trouver dans le commerce. 11 est aussi des moments ou des localités où l’on peut manquer des éléments necessaires au travail sans avoir la possibilité de recourir à des mixtions fabriquées industriellement, et c est

dans ces cas qu’il est bon de pouvoir soi-même faire

les mixtions dont on a besoin.

On trouvera dans notre formulaire les proportions de gélatine, sucre ou glycérine et de matière colorante qui conviennent à la formation des

mixtions. .

11 va sans dire que l’on ne doit faire soi-meme

ses mixtions que dans le cas où l’on ne peut s en procurer de provenance industrielle, car c est une opération fort délicate et que l’on ne peut réaliser d’une façon vraiment satisfaisante qu’à la condition d’opérer sur une grande échelle et avec un outillage

tout spécial, ainsi que l’ont la Compagnie autotype de Londres, notre savant ami le docteur Monckhoven à Gand, la maison Marion de Paris, etc.

Ce sont là, pour le moment, les trois principales sources auxquelles on peut demander des papiers mixtionnés; cette fabrication, de peu d’importance tout d’abord, a pris dans ces derniers temps un rapide développement, par suite de la vulgarisation de plus en plus grande du procédé au charbon, et l’on peut bien dire que cette grande vulgarisation n’a été que la conséquence de l’extension et des perfectionnements apportés à la fabrication des papiers mixtionnés.

Nous ajouterons que plus cette fabrication ira s’améliorant et s’étendant, plus il y aura de photographes au charbon. C'est donc bien entre les mains des fabricants de papiers mixtionnés, ainsi que nous l’avons dit en débutant, que se trouve le sort de l’admirable procédé que nous décrivons.

Les progrès accomplis par M. Monckhoven, depuis l’installation de ses ateliers, nous sont un des plus sûrs garants de l’avenir des impressions au charbon. Nous avons suivi ses efforts pas à pas, et il n’est pour ainsi dire pas de jour où il ne soit arrivé à réaliser un perfect ionnement nouveau.

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