CHOIX DU PAPIER
Le choix, la qualité du papier ont une importance toute différente suivant la méthode que l’on veut employer. Dans un premier cas, la couche de gélatine sensible doit rester sur le papier et faire corps avec lui, tandis que, dans un second cas, cette couche de gélatine doit être enlevée en dernier lieu, le papier ne servant alors que .de support provisoire.
11 est facile de comprendre que, tandis que le choix du papier est d’une importance capitale lorsqu’il doit faire partie intégrante du cliché, tout au contraire l’ uniformité de texture, l’absence de grain n’ont qu’une valeur secondaire lorsque la feuille de papier doit disparaître dans une dernière opération.
Le papier que nous employons de préférence est celui que l’on trouve chez M. Marion ( 1 ), n° 602 de son catalogue, et qui est désigné comme négatif SteinLach non préparé.
Nous avons également usé avec succès d’un papier plus épais, d’un grain extrêmement fin : le négatif anglais de Turner.
Malheureusement il est difficile maintenant de trouver cet excellent papier, mais on peut le remplacer par le papier de Rives convenablement choisi.
Dans tous les cas, il est important de prendre un
(l) Cité Bergère, 10, à Paris.
papier de force moyenne ; trop mince, le grain apparaît plus facilement que lorsque l’épaisseur est un peu forte, et l’on pourrait même employer du papier de i5kg avec avantage, si Ton ne craignait de rendre un peu long le tirage des positifs. Le papier de force convenable ne doit présenter aucune tache opaque, et surtout pas de parties transparentes, ce qui indiquerait une épaisseur inégale. Quelle que soit l’espèce choisie, il est toujours nécessaire de mettre de côté les feuilles défectueuses : ce serait commettre une faute impardonnable que d’omettre ce triage ; il est absolument indispensable, et aucune raison d’économie ne doit le faire négliger.
Je dois ajouter que dans ces derniers temps j’ai essayé une espèce de papier qui pourra peut-être détrôner toutes les autres : c’est du papier parcheminé à calquer. Malheureusement les feuilles que j’ai pu avoir étaient presque toutes mauvaises sur les bords, et il fallait en sacrifier une grande partie. Cependant la transparence presque complète de ce papier permet d’espérer qu’une fabrication plus soignée le rendra tout à fait convenable à notre procédé ( { ).
Le papier peut être préparé en grandes feuilles
(') On sait que le parcheminage s’obtient par l’immersion dans l’acide sulfurique, mais cette opération nécessite un satinage subséquent entre des plaques d’acier ; c’est probablement alors que se produisent les raies, les inégalités que portaient outes les feuilles que j’ai essayées.
ou, au contraire, en petits formats : ceci dépendra de l’outillage dont l’opérateur peut disposer; industriellement même il est préférable d’étendre la couche de gélatine sensible sur des rouleaux de papier sans fin, en usant des méthodes usitées pour la préparation des papiers à la gélatine colorée, appelés papiers au charbon, et que l’on emploie pour le tirage des positifs.
Dans tous les cas, il est nécessaire de marquer l’envers du papier et de déposer l’enduit gélatineux sur l’endroit. Faute de suivre cette indication, les clichés auraient toujours un grain qui déparerait tous les positifs tirés avec de tels négatifs.
Je ne saurais trop insister sur ce point essentiel, et je dois dire que j’ai été pendant longtemps absolument dérouté par la présence du grain sur des feuilles de papier préparées absolument de même façon que d’autres dans lesquelles le grain n’apparaissait nullement. Cependant le fait que je signale est facile à expliquer : lorsque la gélatine est versée surlecôté satiné, uni, sur l’endroit du papier, elle s’étend uniformément, et, si elle pénètre le papier, elle le fait régulièrement et par simple imbibition ; si, au contraire, la gélatine est déposée sur l’envers du papier, sur cette face qui porte l’empreinte de la toile métallique sur laquelle est étendue la pâte, la masse gélatineuse s’introduit dans les inégalités de cette surface, et elle emprisonne dans une sorte de lacis plus ou moins serré les grains du papier, c’est-à-dire les parties comprises entre les fils de la toile métal-
lique : de là une couche inégale, et a production du grain, défaut capital de tous les procédés sur papier et qu’il faut éviter à tout prix si l’on veut obtenir des résultats complets.
Il est bon de marquer à l’avance cet envers du papierau moyen d’un trait de crayon fait dansles angles de la feuille ; car, s’il est assez facile, en se plaçant au grand jour, de distinguer l’envers de l’endroit, il serait souvent impossible dans le cabinet obscur de reconnaître l’une ou l’autre de ces deux faces.
Tout ce que nous venons de dire s’applique au papier devant servir de support définitif au cliché; au contraire, lorsque le papier n’est plus qu’un support provisoire, il suffit de choisir un papier assez corsé pour présenter une résistance suffisante aux diverses manipulations ; le grain importe peu, car le double encollage qu’il doit recevoir effacera suffisamment toutes les inégalités.
Encollage.
La gélatine sensible peut être déposée sur l’endroit du papier sans aucune préparation, et à la condition d’employer un papier choisi et surtout suffisamment encollé. Cette méthode donne de bons résultats, mars il convient souvent d’interposer entre le papier et la gélatine une couche intermédiaire qui a pour but d’isoler complètement la gélatine, soit qu’elle doive rester définitivement sur ce support, soit qu’elle doive être enlevée.
M. Chardon conseille d’employer du papier de
Trutat. — Phot. sur papier négatif. 2
Rives recouvert d’albumine coagulée ou d’une couche de gélatine rendue insoluble par immersion dans un bain d’alun. Ces deux méthodes sont bonnes, et l’on trouve dans le commerce des papiers ainsi préparés ; mais nous préférons employer du papier recouvert d’un encollage à la gomme-laque, tel que celui que l’on emploie dans les tirages en Photoglyptie.
Voici, d’après M. Léon Vidal, comment s’exécute cette préparation :
« On fait dissoudre dans de l’eau chaude, i 11 d’eau par exemple, 5ogr à 6ogr de borax et i2gr de carbonate de soude, puis on ajoute ?.oosr de gommelaque blanche. On maintient l’ébullition jusqu’à ce que toute la gomme-laque soit fondue; après quoi, l’on remplace par une addition d’eau la quantité enlevée par l’ébullition et l’on filtre.
» Cet encollage s’emploie dans un laboratoire spécial, maintenu par un poêle ou par tout autre moyen de chauffage à une température d’au moins 3o°C. Dans ce laboratoire se trouve la cuvette où l’on met le bain de gomme-laque et des liteaux en bois munis, de distance en distance, de pointes servant à accrocher le papier après qu’il a été recouvert de gomme-laque.
» La cuvette qui reçoit le bain doit être assez profonde, et elle est inclinée de bas en haut, de manière à recevoir, vers le bord qui est le plus rapproché du préparateur, du liquide sur une plus grande épaisseur.
» Deux feuillesentièressontaccoléeslhinecontre l’autre et tenues bien tendues par les deux coins opposés supérieurs. On immerge en premier lieu le bord supérieur des deux feuilles, et d’un mouvementrapide et continu, en enlevant immédiatement du liquide la première partie immergée, on fait traverser la totalité des deux feuilles.
» Le liquide, quand on a pris l’habitude de cette opération, ne pénètre pas entre les deux feuilles, il ne recouvre et ne mouille que les deux surfaces extérieures. Dès que les feuilles ont recula préparation, on les met à égoutter sur un plan incliné qui ramène dans la cuvette le, liquide en excès, puis on les pique par deux coins sur les liteaux de l’étendoir, toujours maintenues deux à deux.
» Ce système offre non seulement l’avantage de vernir deux feuilles en même temps et d’en enduire la surface rapidement et régulièrement, mais encore il permet d’éviter l’enroulement des feuilles sur elles-mêmes, qui se produirait, lors de la dessiccation, si une des surfaces enduites ne faisait équilibre à l’autre. Légèrement collées par le bord, elles ne peuvent se séparer et, par conséquent, elles ne s’enroulent ni d’un côté ni de l’autre.
La chaleur de 3o° à 35° doit être maintenue tout le temps nécessaire à la dessiccation, si l’on veut que l’encollage soit bien lié et aussi brillant que possible. Quand il est complet, ce qui ne se fait pas longtemps attendre, on enlève toutes les feuilles du séchoir et on les sépare les unes des autres avec
précaution pour ne pas les déchirer. Un couteau à papier introduit par la partie des feuilles qui était en haut lors du séchage est dirigé le long des deux bords longitudinaux, puis le long de la partie inférieure si le liquide y a formé un petit bourrelet.
» Souvent il est bon d’enlever avec des ciseaux, le long de ce bord inférieur, une petite bande de papier d’environ om,oo5 de largeur, à cause de l’épaisseur de l’espèce de lisière qu’y forme l’écoulement de l’encollage.
» Il faut encore passer sur cette face ainsi préparée un nouvel encollage, ayant pour objet d’assurer l’adhérence de la gélatine au papier.
» Ce deuxième encollage s’obtient en faisant dissoudre de la résine de benjoin dans de l’alcool, et en précipitant la dissolution par l’addition d’ean gélatineuse; il se forme un précipité blanc, une sorte de lait de benjoin qui est passé avec un tampon de coton à la surface des feuilles couvertes déjà de la première préparation. Ce laitage le revêt d’un mordant que la chaleur de l’émulsion gélatineuse rendra poisseux, ce qui assure une adhérence parfaite. Ce mordant tient à la fois de l’encollage du papier par la résine et de la substance de l’image par la gélatine : de là son affinité pour l’une et l’autre des deux substances à relier solidement entre elles.
» Il faut encore satiner ces feuilles.
» Cette opération est fort utile, car, tout encollé qu’il soit, le papier est resté poreux 5 sa surface
n’est pas unie, elle porte des inégalités d’épaisseur provenant de la fabrication du papier ou de l’encollage lui-même. Un fort laminage égalise les épais-
Fig. 1.
seurs et glace le papier suffisamment pour donner à sa surface un aspect net et brillant.
» Il est donc utile de satiner le papier très fortement entre des lames d’acier ou, au pis-aller, de zinc, à l’aide d’un laminoir construit pour résister
à une pression de 4ookg à 5ookg, dans le genre de celui que représente notre dessin (Jîg. i).
» L’emploi de cet outil entraîne aussi la nécessité d’une force motrice. On ne pourrait, si l’on tentait de glacer le papier encollé avec une machine à satiner mue à bras, arriver à produire un travail suffisant 0 )•
» Mais revenons à l’opération même du laminage. Un jeu de feuilles d’acier (ou de zinc) se compose de huit à douze feuilles. Entre chacune d’elles, on place une feuille du papier encollé et laité et, autant que possible, bien symétriquement les unes par rapport aux autres.
» Quand un jeu est garni, on l'introduit dans le cylindre et l'on met la machine en marche; elle est organisée de façon à produire, à l’aide d’un double débrayage, un mouvement de va-et-vient qui permet défaire passer et repasser plusieurs fois les feuilles dans le cvlindre, dont on augmente graduellement la pression à chaque passe à l’aide du volant qui le surmonte. Après six à huit allées et venues, on enlève le jeu satiné et on le remplace par un autre (2). »
L’opération de l’encollage et celle du satinage que nous venons de décrire peuvent être exécutées plus
(‘ ) Cependant et pour de petites dimensions, dans le cas particulier qui nous occupe, on peut à la rigueur faire usage de la presse à satiner des photographes et de plaques de zinc polies.
(2) Vidal, Traité pratique de Photographie , p. 81 et suiv.
simplement en mettant an pinceau la solution de gomme-laque et en satinant à la presse des photographes les feuilles encollées : seulement il est indispensable de placer les feuilles de papier entre des lames de zinc polies.
Mais il est encore plus simple de se procurer des papiers tout préparés, chose qui est facile maintenant : il convient de désigner cette espèce de papier sous le nom d e papier préparé pour tirage photo glyptique . Il est bon seulement de demander des papiers non teintés, car on est dans l’usage de teindre légèrement en rose l’encollage à la gommelaque, afin de reconnaître plus facilement l’endroit de l’envers; mais, à la rigueur, ces papiers rosé*s peuvent être employés sans qu’il en résulte d’inconvénients sensibles.
Supports préalables.
Lorsque le papier ne doit servir que de support provisoire, il convient de le recouvrir, soit d’une couche d’albumine, soit d’une couche de gélatine. Dans le premier cas, l’albumine doit être coagulée par la chaleur; dans le second, la gélatine doit être insolubilisée par un bain d’alun.
Ces deux préparations se font couramment dans le commerce : je ne les décrirai donc pas; car il sera toujours facile de trouver des papiers albuminés coagulés ou gélatinés alunés tout préparés : ils servent le plus souvent aux tirages des positifs au charbon.
Mais il faut faire subir à l’un comme à l’autre une seconde préparation avant de les recouvrir de gélatine : tantôt on imprègne de cire la feuille de papier (méthode Milsom), tantôt on la recouvre d’une couche légère de caoutchouc dissous préalablement dans la benzine.