CHAP. XI. — CLICHÉS ET RÉSERVE POUR LE TRAIT
tandis qu'avec Talcool, qui a la propriété de la coaguler, on a le temps de pousser la morsure jusqu'à la profondeur voulue sans que la réserve ait à en souffrir. Nous résumons à ce propos, dans l'Appendice, le procédé Stroubensky , particulièrement indiqué par M. Gobert, qui a, de la sorte, obtenu de fort belles planches de Photogravure de sujets au trait très finement gravées.
Le creusement, avec ce bain de morsure, se fait bien droit, sans affouillement, ce qui est très avantageux.
Avec le bitume ou le procédé émail le bain de perchlorure de fer doit être en solution aqueuse.
Avec la gravure en creux on peut atteindre à la plus extrême finesse; le même sujet, d'après le même cliché original, traité et imprimé par les moyens de la Phototypogravure, ne saurait donner un résultat aussi parfait. Nous avons expliqué pourquoi.
Il n'y a pas lieu d'insister davantage sur la Photogravure en creux des sujets au trait, et nous allons nous occuper d'une classe de procédés bien. autrement délicats dans la mise en pratique, celle des procédés de Photogravure en creux à demiteinte.
Dans le Chapitre précédent nous avons sommairement indiqué un procédé de Photogravure en creux des sujets au trait. 11 existe hien des moyens de réaliser cette sorte de Photogravure en usant de réserves diverses, de métaux différents et de mordants appropriés soit à la réserve, soit à la nature du métal.
Mais, au fond, la méthode est la môme, et nous ne croyons pas qu'il soit hien utile de consacrer de plus longs détails à des variantes que chacun pourra appliquer en s'inspirant de ce quia été dit au sujet des procédés de Photogravure en relief {voir première Partie, Chap. III et suivants).
C'est pourquoi nous allons nous occuper tout de suite de la Photogravure à demi-teinte en creux, en commençant par la méthode qu'on peut désigner sous le nom de Photo-aquatinte,
Photo-aquatinte.
Il s'agit de produire, comme pour le trait, des planches gravées en creux dont les parties plus ou moins creuses devront retenir l'encre et la transmettre au papier lors du tirage sous une presse.
Négatifs. — Pour la mise en œuvre de ce procédé tout cliché négatif est utilisable, qu'il ait été obtenu sur nature ou d'après un tableau, un dessin quelconque. Mais il n'en doit pas moins présenter les qualités de tout bon négatif à demiteinte : c'est-à-dire être doux et brillant, être le résultat d'une pose correcte. S'il était dur par suite d'une pose trop courte, il serait absolument inutilisable ; une surexposition dans ce cas est encore préférable à une pose insuffisante.
Si l'impression que donnera la planche gravée doit être dans le sens de l'original, ce qui est le cas le plus fréquent, le cliché devra être renversé.
Pour obtenir sans difficulté un négatif renversé, il faut faire usage de plaques à couches réversibles préparées spécialement pour cet objet.
On peut, d'autre part, recourir à une impression par contact ou à la chambre noire dans le but d'obtenir un contretype par la méthode que nous
décrirons plus loin (*). D'ailleurs, un diapositif étant indispensable pour l'impression de la réserve, ainsi qu'il va être dit, on peut, sans se préoccuper du sens du négatif, arriver à produire, avec son aide, un cliché positif ayant le sens voulu.
Le plus souvent on est appelé à faire usage de négatifs n'ayant pas été obtenus en vue de la production d'une photogravure, et c'est pourquoi le renversement ultérieur s'impose.
Il importe, toutefois, de retoucher le négatif avec le plus grand soin, ce que l'on arrive à faire aisément en le recouvrant d'un vernis spécial donnant un léger grain à la surface du cliché et sur lequel on travaille à l'estompe chargée de graphite en poudre.
Sans dénaturer en rien la nature du négatif, on arrive ainsi à accentuer certains contrastes, à ménager des demi-teintes appréciables dans des parties trop transparentes, à donner aux fonds plus de propreté et souvent le cachet artistique qui peut leur manquer, comme, par exemple, dans le cas du portrait. Le négatif une fois complet autant qu'il est possible d'atteindre à ce résultat, on en tire un diapositif.
DiaposUifs. — On dispose de divers moyens pour produire des diapositifs convenables.
{') Voir à l'Appendice.
Des plaques sèches à la gélatine, celles qui sont préparées avec une émulsion propre aux diapositifs pour projections, permettent d'obtenir d'excellents clichés positifs pour Photogravure.
On peut également se servir d'une mixtion au charbon spéciale pour obtenir de très bonnes épreuves positives que Ton développe sur des glaces ou sur un papier à double transfert s'il est nécessaire de modifier le sens de l'épreuve.
Quand on fait usage de ce moyen, il convient de border le diapositif d'un cache opaque de papier noir mince ou, préférablement, de bandes de papier d'étain.
De cette façon les bords du cliché sont nettement limités.
Les bandes à coller sur les bords du cliché doivent être très minces pour ne pas créer une épaisseur rendant impossible le contact parfait entre les deux surfaces à juxtaposer.
Les bandes opaques collées sur les bords du diapositif ont pour but, non seulement de limiter l'image aussi nettement que possible, mais encore de préserver les marges du papier au charbon contre l'action lumineuse.
De cette façon les parties du papier non impressionnées adhèrent solidement au cuivre et les soulèvements des bords de l'image ne sont pas à craindre lors du développement à Peau chaude.
Sensibilisation et impression de la mixtion au charbon. — La mixtion au charbon propre à la formation de la réserve à la surface de la plaque de cuivre est de nature spéciale. Plusieurs maisons de fabrication de papier au charbon en préparent pour la Photogravure.
Ces mixtions sont brunes ou rouges. La couleur doit être telle, en tout cas, que lors de la morsure on puisse voir facilement l'action du mordant à travers l'épaisseur de la gélatine colorée et surtout dans les parties les plus opaques de rimage.
On sensibilise la mixtion choisie dans un bain composé de :
Bichromate de potasse 30 «'
Eau distillée 500"
Alcool Î6'
Ammoniaque 12 gouttes.
On place la mixtion, la surface préparée en dessus, pour éviter les bulles, et on la maintient avec les doigts jusqu'à ce qu'elle soit entièrement recouverte par la solution ; en peu d'instants elle y acquiert la souplesse nécessaire.
Cette opération dure plus ou moins longtemps, suivant que la température est plus ou moins élevée ; en général, elle exige deux à trois minutes en été et quatre à cinq minutes en hiver.
Si des bulles d'air s'attachent à la surface de la mixtion, on les voit et il est facile de les chasser
ri6 CHAPITRE XII.
soit avec les doigts, soit avec un pinceau propre.
Il va sans dire qu'il ne faut jamais introduire les doigts dans la solution bichromatée s'ils ont quelque coupure et, en tout cas, il faut toujours avoir bien soin de se laver les mains à froid après l'opération.
En se servant de bouts de doigts en caoutchouc on arrive à travailler avec toute sécurité; mais ces accessoires doivent être conservés dans un état de propreté parfaite.
La température de la solution doit être maintenue à 25° environ.
Une fois la mixtion bien assouplie dans le liquide sensibilisateur, et sans attendre plus longtemps, pour éviter la complète saturation de la gélatine, on sort la feuille qu'on pose toute humide sur une glace talquée exempte de toutes éraillures.
Cette glace doit être de dimensions plus grandes que celles de la mixtion et préalablement nettoyée avec de l'ammoniaque et de la poudre de talc ou avec du blanc.
C'est sur cette glace ainsi préparée qu'on étend, avec un blaireau d'une rigoureuse propreté, la feuille mixtionnée au sortir du bain sensibilisateur.
On enlève avec une racle l'excès du liquide en évitant soigneusement la présence des bulles d'air dont on se débarrasse en piquant au dos du pa-
pier avec une épingle les parties où il peut s'en rencontrer.
La plaque portant la mixtion est mise à sécher dans Tobscurité et Ton peut n'en user que dans les trois jours qui s'écoulent après la sensibilisation ; en hiver, on peut, en conservant la plaque dans un endroit non chauffé, attendre jusqu'à sept ou huit jours.
L'addition d'ammoniaque et d'alcool à la solution sensibilisatrice rend plus facile l'enlèvement du papier après l'application de la feuille à la surface de la plaque de cuivre, et permet de développer la réserve dans l'eau à une température moins élevée que si ces substances n'étaient pas employées.
Nettoyage de la plaque de cuivre. — On trouve les plaques de cuivre propres à la Photogravure dans des maisons spéciales où elles sont préparées avec tout le soin possible, polies et parfaitement dressées.
On doit s'assurer que la plaque est exempte de points et d'éraillures et qu'elle possède le beau poli que les polisseurs et graveurs appellent poli rouge.
On donne ce poli rouge avec du rouge en poudre et de la térébenthine à l'aide d'un tampon de coton posé sur un morceau de liège mou.
Le rouge peut être acheté en bâton ; on en frotte le coton humide, ce qui donne la quantité voulue.
Au cas où il y aurait des trous à la surface du cuivre, on peut les boucher en frappant au dos de la plaque avec une pointe de métal, la face du cuivre étantposéesur une petite plaque d'acier poli.
La partie repoussée est nivelée à la lime, puis frottée avec un charbon de graveur taillé en pointe et de l'huile.
On termine par le polissage habituel des graveurs et avec du rouge à la térébenthine.
La plaque une fois bien polie est lavée avec un tampon de coton imprégné de potasse (solution de potasse caustique aussi forte que possible, jusqu'à la limite où elle n'attaque pas le cuivre; elle doit marquer 40*» environ à l'aréomètre), puis rincée sous un robinet pendant cinq minutes et frottée avec un tampon de coton propre imbibé d'alcool à %° ; après l'avoir lavée de nouveau à l'eau froide, on termine par un dernier lavage à l'eau chaude.
On laisse sécher; il faut que la dessiccation s'opère sans la production d'aucune tache, sans quoi le lavage devrait être recommencé. Ces taches sont dues à la potasse caustique qu'il est difficile de bien enlever.
Grainage de la plaque de cuivre, — On obtient un grain à la surface du cuivre, ou autrement dit une sorte de dépoli, en recouvrant la plaque d'une poudre de bitume de Judée ou de résine.
Pour que la poudre soit également distribuée de façon à former une i nappe uniforme sur la plaque, on fait usage d'une boîte à grain.
Il est des boîtes de diverses formes et de divers systèmes; les dessins ci-joinls (fig. 36 et 37) en donnent une idée.
D'une façon générale, c'est une boîte divisée en
Fi?. 36 et 37.
El
fc^^^^n
deux parties, dont la première, où se place la poudre'de bitume ou résine, est séparée de l'autre par une cloison mobile sur laquelle est déposée la plaque.
Au-dessus de ce compartiment se trouve un ajutage communiquant avec un tube en caoutchouc extérieur emmanché sur la pointe d'un souflQet.
La seconde partie, d'un volume double ou triple au moins de la première, est celle que remplira le nuage de poussière soulevé par le soufflet.
On opère cinq à six insufflations après avoir eu soin de fermer le volet de la boîte, et l'on attend ensuite deux minutes environ avant d'y introduire la plaque à grainer.
La poudre agitée par le soufflet remplit d'une poussière épaisse toute la cavité libre ; les particules les plus lourdes retombent les premières, puis graduellement s'effectue le dépôt des particules de plus en plus légères.
Au bout de deux à trois minutes les parties les plus lourdes se sont déposées, et Ton peut alors placer sur la cloison mobile la plaque à grainer. On referme le volet. Le dépôt continue à se faire régulièrement, et après deux ou trois minutes on peut retirer la plaque. On la trouve recouverte d'un grain très régulier.
Ce n'est qu'avec de la pratique qu'on arrive à juger du temps qui doit s'écouler entre l'insufflation et le grainage, puis entre l'introduction de la plaque dans la boîte et sa sortie.
Plus on se hâtera, après l'insufflation, de grainer la plaque, et plus gros sera le grain. Il sera d'autant plus fin qu'on aura attendu un plus long laps de temps avant de recueillir le dépôt sur la plaque.
Si la durée de ce dépôt était trop longue, le grainage serait trop compact. La nappe ainsi obtenue
formerait comme une couche continue ne laissant pas d'interstices à travers les grains pour permettre au mordant d'arriver jusqu'au cuivre.
II y a donc lieu avant tout de s'exercer au grainage de façon à l'obtenir correct et dans les meilleures conditions de succès.
Cuisson du grain. — La plaque doit être retirée de la boîte à grain avec toutes précautions pour éviter surtout qu'il ne tombe à sa surface des grains agglomérés formant empâtement.
En pareil cas, mieux vaut épousseter la plaque avec un blaireau et recommencer.
Lorsqu'on a obtenu une surface régulièrement grainée, il faut faire cuire le grain, c'est-à-dire le chauffer jusqu'au point où chaque particule se soudera soit au cuivre, soit aux particules voisines.
On se sert pour cette cuisson d'une plaque de fer montée sur quatre pieds, et sous laquelle se trouve une grille à gaz. La plaque recouverte du grain e.st posée bien au centre de la plaque de fer portée graduellement à une température suffisante pour produire un commencement de fusion.
On ne doit pas perdre de vue un seul instant la surface grainée, que Ton examine à un jour frisant permettant de saisir le moment précis où se manifeste un léger changement d'aspect du 4 une demi-transparence causée par l'entrée en fusion.
A ce moment, et sans tarder, on pousse la plaque
sur une autre table en fer semblable à la première et dite plaque à refroidir.
Après le refroidissement, qui est rapide, on s'assure, en grattant vers les bords du cuivre, que le grain y adhère, auquel cas l'opération du grainage est terminée.
On peut ainsi préparer à Tavance un plus ou moins grand nombre de plaques qui seront toutes prêtes pour recevoir au moment voulu la réserve impressionnée à développer.
Nous recommandons de ne pas mélanger dans une même boîte à grain des poudres de diverses sortes, par exemple la poudre de résine avec celle de bitume.
Quand on veut user simultanément de ces deux grains à la surface d'une môme plaque, on doit avoir deux boîtes et obtenir successivement, dans chacune d'elles, les deux dépôts sur une seule et même plaque.
Les essais de grainage doivent être faits d'abord sur de petites plaques du format carte de visite, et l'on n'abordera la préparation des plaques de plus grandes dimensions qu'après avoir constaté qu'on est bien maître du procédé.
D'ailleurs il faut toujours en venir à l'opération complémentaire du développement de la réserve à la surface du grain et de la morsure à travers les épaisseurs diverses de l'épreuve négative au charbon formant cette réserve.
Développement du négatif à la surface de la plaque de cuivre, — La mixtion sensible impressionnée est plongée dans l'eau froide face en dessous, en l'introduisant d'un mouvement lent et continu. Il faut éviter les bulles d'air et le contact des doigts avec la surface de la plaque grainée qu'on a eu soin de placer auparavant au fond de la cuvette.
Dès que le papier tend à reprendre Fétat plan, on le maintient sans trop de pression contre la surface de la plaque, et Ton sort le tout promptement, mais sans mouvement brusque, et de façon que la mixtion se trouve occuper sur la plaque la position convenable.
A cet égard il faut prendre à l'avance toutes les précautions voulues.
La mixtion doit avoir été rognée tout autour à Taide d'une équerre, pour que la marge environnant l'image à développer soit égale sur les quatre bords.
D'autre part, des repères, tracés sur la plaque, doivent y indiquer la place que devra occuper la mixtion. La règle, on le sait, est la suivante : le& marges latérales, soit à droite et à gauche du sujet, doivent être de mêmes dimensions et normalement égales à la marge supérieure, qui doit être d'un tiers moindre que la marge inférieure où se trouvent généralement indiqués les titres et légendes.
Cette règle n'est certes pas absolue, car la fan-
taisie, le goût de l'artiste, le format de l'ouvrage à illustrer, les dimensions de l'épreuve elle-même sont des facteurs avec lesquels il faut compter.
La mixtion étant arrêtée à la place voulue, on pose la plaque la supportant sous du papier buvard sur lequel on passera ensuite une racle pour chasser le liquide en excès.
Gela fait, le tout est recouvert de papier buvard sec et laissé pendant quinze minutes environ sous un poids assez lourd.
On peut alors mettre la plaque dans une cuvette maintenue dans un bain-marie. de façon à donner à l'eau du développement une température constante de 25*» G.
Elle y a été introduite avec la mixtion en dessous, et s'il s'est formé des bulles d'air au dos de cette dernière, on les fait disparaître avec un tampon de coton.
La mixtion se ramollit sous l'influence de Peau chaude.
Dès qu'on voit se produire tout autour du papier un bourrelet de gélatine colorée à Tétat de solution, on peut en conclure que le papier sera facile à enlever en laissant adhérente à la plaque la partie de la mixtion insolubilisce par l'action -de la lumière.
On ne doit procéder à cette opération qu*avec les plus grandes précautions et attendre encore un instant si l'on éprouve la moindre résistance.
Il faut que le papier se détache très facilement et ^'un mouvement continu.
Quand on Ta retiré, il n'y a plus qu'à laisser se continuer le développement dans l'eau chaude, toujours maintenue à une température constante de 25", jusqu'à ce que toutes les parties solubles de la mixtion aient été complètement dissoutes.
On s'en assure en versant à la surface de Tépreuve de l'eau propre, toujours à 25°. Si elle coule absolument propre, sans entraîner des particules colorées, c'est que le développement est terminé.
On peut alors laisser la plaque se sécher spontanément; mais il vaut mieux provoquer une dessiccation plus rapide en l'immergeant dans un bain d'alcool étendu de moitié d'eau, suivi d'un autre bain d'alcool à 95**.
L'effet de l'alcool est de se substituer à l'eau et de donner une finesse, une netteté plus grande dans les détails.
L'opération photographique est alors terminée. La plaque est prête à passer aux mains du graveur. Seulement il est nécessaire, avant de la soumettre à l'action des bains acides, de recouvrir d'un enduit préservateur toutes les parties du cuivre étrangères à l'épreuve même, c'est-à-dire les marges et le dos de la plaque.
On se sert, pour cet objet, d'un vernis formé de bitume en dissolution dans de la benzine, à con-
sistance épaisse. On ajoute à cette solution un peu de cire ou de paraffine pour lui donner plus de ductilité et pour éviter le craquèlement. On passe ce vernis au pinceau, après avoir bien délimité les bords extrêmes de Timage en traçant à Taide d'un tire-ligne des traits d'une grande pureté formés avec ce même vernis.
Bains propres à la morsure ; leur emploi. — Le perchlorure de fer est Tacide employé pour mordre la plaque à travers la gélatine.
Cet acide agit tranquillement, sans provoquer d'ébullition. Il n'occasionne d'ailleurs aucune atteinte à la santé si Ton a eu soin d'exposer les bains à Tair, après leur préparation, pour les débarrasser de l'excès de chlore.
Après avoir traversé la gélatine, plus ou moins épaisse, suivant que la réserve négative correspond à des parties plus ou moins translucides du cliché positif, l'acide rencontre les grains qui adhèrent au cuivre et en préservent des parties, tandis qu'il existe, tout à côté, des interstices à travers lesquels il pénétre, atteignant ainsi la surface métallique sur laquelle il produit son action corrosive, traduite par un effet de creusement plus ou moins profond.
Voici diverses compositions recommandées pour la formation des bains de morsure successifs :
On se procure d'abord du perchlorure de fer sec
cristallisé en quantité suffisante, puis, dans un récipient d'une capacité convenable, on introduit 4"' d'eau distillée et l'on y met du perchlorure de fer jusqu'à ce que la solution ait une densité de 30** constatée avec Taréomètre Baume.
On en prend alors de quoi remplir un flacon de 1"* en filtrant le liquide à travers un tampon de coton. Cela fait, on ajoute à la solution initiale une quantité de perchlorure de fer suffisante pour réaliser la densité du bain suivant qui, par exemple, doit être de 33«.
Après avoir retiré un deuxième litre, ainsi qu'on l'a fait pour le bain à 33*, on continue l'addition de perchlorure de fer jusqu'à la densité de 37°.
Un troisième litre du liquide étant encore mis à part, on pousse la densité jusqu'à 42**, ce qui donne le dernier bain si l'on s'en tient à quatre. Si l'on en veut cinq, on ajoute du perchlorure de fer jusqu'à l'obtention d'une densité de 47**.
A la solution la plus dense on ajoute encore 2»'' d'acide chlorhydrique et à la plus faible 2»'" d'acide nitrique. Cette nouvelle addition a pour objet de produire dans le dernier bain une bonne morsure finale.
Les quatre ou cinq bains doivent être bien aérés pendant un jour dans de larges récipients avant de les filtrer.
Voici diverses compositions empruntées à des auteurs très compétents :
D'après M. H.-R. Blancy :
Le n' 1 doit marquer à l'aréomètre Baume 42*
Le n» 2 w » 37-
Le n» 3 » » 33»
Le n« 4 » » 30»
La température du bain, au moment de l'essai à l'aréomètre, doit être à 18°.
D'après M. Denison :
Le n° 1, soit le bain le plus dense, doit marquer à l'aréomètre Baume 45°.
Le quantum pour 100 de perchlorure, dans cette solution, est 47; le poids spécifique, 1444»'.
Le n» 2 doit marquer
Le n»3
Le n°4
Le n«5
D'après ^
^Vaterhou
Poids
spécifique.
Quantité de perchlorure Poids pour 100. spécifique.
Quantité pour 100.
)rur(
3 de fer.... 47
Une solution plus forte à 48° a été essayée, mais elle ne pénètre pas à travers la couche môme la moins épaisse.
Pour de larges plaques, on met du perchlorure de fer dans de l'eau distillée jusqu'à ce que le poids s'élève à 1500«^ pour 1000".
De cette solution on fait quatre bains :
NM... 42* Baume. Poids spécifique.. 14206'
Suivant la nature du travail et avec un peu d'habitude, on se rend compte de l'opportunité d'employer quatre ou cinq bains successifs. Voici maintenant comment on procède à la morsure :
La plaque toute prête est bordée de cire à modeler, de façon à former cuvelte; on ménage, sur le coin droit inférieur, une gouttière pour rejeler aisément le bain dès qu'il aura suffisamment agi.
L'acide est versé alors sur la surface de la plaque posée bien horizontalement sur un support quelconque. On chasse les bulles d'air avec un pinceau.
La première liqueur employée est la plus dense, celle de 42*, par exemple.
La durée de l'action, avec une température du bain à 21° G., est d'environ cinq minutes.
L'acide ne traverse que les parties les plus minces de la réserve, il commence à graver les grands noirs du sujet.
Celte durée de cinq minutes n'est qu'une
moyenne, elle peut varier, être un peu plus ou un peu moins longue ; c'est en observant bien attentivement r effet produit qu'on est conduit à prolonger plus ou moins l'action du bain.
Quand on juge qu'il convient de passer au deuxième bain, on rejette le premier dans son flacon et, sans perte de temps, on le remplace par le bain suivant, soit par celui à 38°, dont la durée sera à peu près égale à celle du premier.
C'est toujours l'habitude qui permet déjuger le moment où Ton doit arrêter l'action de ce deuxième bain.
Cette action a continué l'œuvre du premier en creusant davantage les grands noirs et, de plus, elle a entamé le métal dans les parties de la réserve relativement plus épaisses, correspondant aux demi-teintes sombres.
Ce deuxième bain étant reversé dans son flacon, on passe.au troisième, d'une densité moindre encore, puisqu'il ne marque à Taréomètre que 35°.
La durée de son action est d'environ moitié de celle des deux premiers. Elle est continuée dans les parties déjà creusées par les deux bains employés et commencée dans les parties de la réserve correspondant aux demi-teintes claires.
Moins est grande la densité du liquide mordant, plus il est pénétrant; c'est pourquoi la durée de la morsure doit être réduite, d'autant plus que toute la couche de gélatine, même dans les en-
droits où elle présente plus d'épaisseur, a été plus ou moins traversée, ce qui accroît sa perméabilité et rend inutile une durée d'action aussi prolongée qu'au début.
Au troisième bain succède le quatrième, dans des conditions semblables à celles des trois premières morsures.
La densité du bain n'est plus que de 31°. Il continue le creusement des trois quarts de l'image précédemment gravés, et sa pénétration à travers le dernier quart grave les parties de l'image correspondant aux demi-teintes très légères, jusqu'aux blancs qui demeurent intacts.
Il faut être très exercé au maniement des bains pour conserver les rapports voulus dans la durée de leur action, mais on apprend bien vite à lire à travers l'épaisseur de la gélatine colorée et à discerner, si la coloration est brune, entre la couleur de la mixtion elle-même et celle que produit le bain acide sur le cuivre. Cette dernière coloration est du noir presque pur.
Comme règle, l'efTet produit par une des morsures est à peu près complet quand la coloration noire dont il vient d'être question tend à disparaître pour faire place à un aspect métallique; c'est surtout avec la solution la moins dense, soit à 30* environ, qu'on devra attendre le retour de la couleur claire et une minute en plus avant d'arrêter toute morsure.
La durée de ce bain dépasse rarement deux minutes; le mieux est de mordre les noirs avec excès et de rester plutôt en dessous pour les lumières, dans les cas où il y a doute.
La température influence la morsure. Celle-ci est d'autant plus active qu'il fait plus chaud; aussi, en été, est-il difficile de se rendre maître du procédé ; il est alors nécessaire de tenir la plaque dans . de l'eau fraîche et maintenue à une température de 15° à 17^ G.
Dès que la morsure est terminée, il faut rincer rapidement la plaque sous un robinet, en enlevant avec les doigts la couche rendue très friable par l'acide et facile à détacher de son support.
On enlève ensuite la cire à border, on dissout le vernis préservateur avec un mélange de chloroforme et de térébenthine. 11 ne reste plus sur la plaque qu'un dessin terne, paraissant recouvert d'une sorte de voile.
Retouche et achèvement de la planche gravée. — On mouille alors la plaque avec de la térébenthine et on la frotte fortement avec du rouge, en passant le tampon de coton en tous sens et sur toute la surface.
Ce traitement est continué en usant d'une plus ou moins grande quantité de rouge et de térébenthine, jusqu'au moment de donner le poli final avec un chiffon de coton propre et sec.
Il faut éviter d*abQser du rouge, car on finirait par attaquer les demi-teintes.
On se rend compte, en regardant l'image sous une certaine incidence, si elle est bien complète, si son modelé correspond bien à celui de l'original; le sentiment artistique de l'opérateur joue ici un rôle important.
On peut également décaper la plaque à l'acide chromique. Quelques cristaux de cette substance sont dissous dans de Teau, on en recouvre la plaque qui tout de suite prend une belle couleur dorée brillante.
Ce décapage n'empêche pas l'emploi du rouge qui a pour objet de polir parfaitement les blancs.
Après le polissage, on fait usage, s'il y a lieu, du brunissoir pour les grandes lumières et pour modifier en clair les demi-teintes.
Quant aux parties vigoureuses, dans lesquelles il convient d'introduire un peu de transparence, on les traite avec des roulettes de finesse différente.
Le travail de la roulette, s'il est exécuté avec soin et légèreté, se confond si bien avec le grain, qu'on peut à peine le distinguer. Néanmoins on devra autant que possible chercher à obtenir directement les effets voulus, sans avoir recours à des retouches; toutefois, on comprend combien il serait difficile, au cours de travaux industriels, d'arriver à se passer de toute retouche ; il faudrait poui' cela n'avoir à employer que des clichés
parfaits et Ton se trouve rarement dans ce cas.
Il est aussi un travail de nettoyage qu'on évite difficilement : il résulte d'aspérités ou points disséminés à la surface de l'image et dus à une absence d'homogénéité dans le cuivre.
Aussi grands que soient les soins apportés à la préparation de ces plaques, il est à peu près impossible d'atteindre à une perfection absolue. Toujours il existe des parties où le métal est plus ou moins vivement attaqué par l'acide, et ce sont là des inconvénients auxquels on doit remédier à Taide d'une retouche intelligente.
Impression et aciérage de la planche. — On ne peut être certain du rendu de la planche avant d'en avoir fait tirer une épreuve bien nette par un bon imprimeur taille-doucier. C'est alors seulement qu'on pourra voir ses qualités et ses défauts et exécuter les retouches dont cet examen minutieux aura indiqué la nécessité.
On juge mieux de l'effet en faisant imprimer les épreuves sur diverses sortes de papier et avec des encres de couleurs différentes.
Il est difficile d'arriver à tirer soi-même les planches gravées. Cette opération exige un long apprentissage, une grande habitude, c'est pourquoi nous conseillons de confier les planches à un imprimeur habile.
Une planche non aciérée ne dure guère au delà
de 75 impressions ; aussi, si Ton a besoin d'un plus grand nombre d'épreuves, faut-il recourir à l'aciérage. Pour exécuter cette opération, on doit d'abord rendre la planche chimiquement propre, ainsi qu'on Ta fait avant la préparation pour le grainage. Seulement les précautions sont ici d'autant plus indispensables, qu'on travaille sur une planche ayant fait l'objet de préparations minutieuses et qu'il ne faut pas compromettre par la moindre négligence.
On emploie d'abord une vieille brosse, un peu ferme, pour enlever les matières sales, et Ton traite ensuite la plaque avec du chloroforme et enfin avec de la potasse.
Quand elle est absolument propre, on soude au dos un fil de cuivre, le pôle négatif d'une pile est relié à la planche et le pôle positif mis en communication avec une lame d'acier poli de môme dimension que celle de la plaque de cuivre ; le tout est placé dans une cuve à décomposition.
Les plaques reposent sur des baguettes en verre de lO*^"" de côté.
On verse dans la cuve une quantité suffisante de la solution suivante (*) :
Eau chaude 640'*"
Chlorure d'ammonium Qe»""
Sulfate de fer et d'ammonium 128 «■■
On filtre et on laisse reposer pendant vingt-
(') Formule de M. Deniaon.
quatre heures. Dans Tespace de cinq minutes la planche se couvrira d'une mince couche d'acier.
Voici une autre formule due à Obernetler :
Placer la planche de cuivre dans une cuvette en porcelaine au fond de laquelle se trouve un fil de cuivre poli. C'est le pôle négatif de la pile.
L'anode est placée au pôle positif; une plaque d*acier polie est suspendue au-dessus de la plaque de cuivre et tenue en mouvement pendant que le circuit est fermé.
Un dépôt d'acier ayant Taspect de l'argent s'effectue aussitôt sur le cuivre ; toute bulle d'air doit être chassée. Cinq minutes suffisent pour obtenir une couche d'acier parfaite.
Après l'aciérage on graisse la surface pour la préserver de la rouille.