‹ Traité pratique de pied-bot [electronic resource]Chapitre 1 sur 24 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

CHEZ J. B. BAILL1ÈRE ,

LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE, RUB db l'kcole-de-médecinb, 17.

A LA MAISON SPÉCIALE, DIRIGÉE PAR L'AUTEUR, ÀUée-dcs-Veuves , 33 , aux Champs-Elysées.

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Aujourd'hui qu'en fait de science comme en fait de littérature et d'art l'encouragement , les récompenses , l'illustration même vont aux plus agiles et non pas toujours aux plus habiles; puisqu'on croirait le noble champ des hautes études tout simplement métamorphosé en une sorte de stade où il ne s'agit plus que de savoir bien courir, il est peut-être nécessaire que nous disions pourquoi notre livre arrive si tard. Cet ouvrage, en effet, aurait dû précéder toute publication ou communication scientifique analogue , par la raison bien positive qu'avant notre première opération du pied-bol , la-

quelle date du mois d'octobre i835, les praticiens français, quels qu'ils fussent, en étaient réduits, pour ce qui concernait cette branche difficile de l'orthopédie, aux mémoires éternellement copiés de Scarpa et de Delpech.

Et cependant à peine avions- nous, comme nous pouvons le dire sans orgueil , ouvert une ère toute nouvelle à la thérapeutique du pied-bot par l'heureuse résurrection de la section du tendon d'Achille, que déjà les ouvrages et les journaux de médecine se peuplaient d'articles et de mémoires tendant évidemment à revendiquer pour d'autres c|ue pour nous, sinon le mérite, au moins les effets de la priorité de cette résurrection ! Nous ne voulons pas nous plaindre du zèle vraiment admirable déployé à ce sujet par nos concurrents : il a servi à vulgariser un procédé curatif excellent que certainement nous reconnaissons avoir emprunté,

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quant au fond , à feu Delpech et aux Allemands ; et d'ailleurs, en pareil cas, plus la vivacité de ladisputeest grande, plus le succès d'une innovation ou d'une rénovation quelconque est assuré : le monde sait bien qu'on ne se donne pas tant de mal pour se prendre les mauvaises choses. Nous avons donc laissé les publications aller leur train, et sans nous presser aucunement nous avons attendu qu'une expérience longue à acquérir, mais inattaquable à présent qu'elle est acquise, nous donnât cent raisons pour une d'imposer, pour ainsi dire , aux gens de l'art comme aux gens du monde, la conviction profonde où nous étions sur l'innocence et l'infaillibilité d'un moyen opératoire que nous persistons à appeler nôtre, quoi qu'on en puisse dire. Nous avons attendu longtemps, nous placé tout spécialement au milieu de toutes les difformités

imaginables, nous médecin chargé depuis huit ans des traitemens orthopédiques dans les hôpitaux civils de Paris, parce que nous avons pensé qu'un ouvrage sérieux, un livre que nous voulions intituler Traité pratique du pied-bot devait être riche d'observation, riche de faits répétés, avérés, de cures irrévocablement consacrées, bon pour les malades aussi bien que pour les médecins, tout de pratique et nullement de théorie, débarrassé consé-

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quemment de toute hypothèse, clair dans la démonstration, positif dans la décision, lisible surtout et nettoyé de ce luxe technologique qui rend la plupart des ouvrages de science si complètement inabordables aux personnes qui auraient envie de les consulter.

Nous espérons que le livre que nous avons aujourd'hui l'honneur d'offrir au public ne sera pas trouvé trop éloigné des conditions que nous \ v-

lions de rappeler. Nous pensons y avoir réuni , tant sur la nature et les causes des différentes variétés du piedbot que sur les moyens de guérison propres à chacune de ces variétés, tout ce qu'il est utile aux praticiens et à leurs malades de connaître. Les faits et observations que renferme cet ouvrage seront trouvés remarquables, nous le croyons au moins, plutôt surtout par la qualité que par la quantité, quoique le nombre en soit bien grand.

Pour rendre nos descriptions du fait pathologique et du fait thérapeutique ainsi que la comparaison de l'un à l'autre plus sensibles, plus appréciables, nous les avons accompagnés d'un très grand nombre de figures, la plupart gravées sur bois et intercalées dans le texte: puis, lorsque la gravure sur bois nous a paru insuffisante comme moyen de représentation de certaines individualités difformes, nous avons

eu recours à la gravure sur pierre, à la lithographie, etc. Aussi pouvonsnous affirmer qu'il n'est pas une bizarrerie de conformation du pied , si extrême , si unique que la science l'ait constatée ou non, qui ne se trouve décrite et figurée dans notre livre. Les sujets atteints de pieds-bots, les stréphopodes \ comme nous les avons appelés, — l'admission de deux variétés nouvelles du pied-bot, une classification tout autre des degrés et des genres nous ayant rendu nécessaires de nouvelles dénominations , — les stréphopodes donc seront ici , pour ainsi dire, mis chacun en face de sa difformité et des moyens plus ou moins simples, plus ou moins originaux que nous employons pour la guérir. Ils verront , en lisant celles de nos observations qui sont le mieux en rapport avec l'espèce, les causes, lâ^e delà déviation qui les tourmente,

ce qu'ils doivent attendre du traitement et le temps qu'il leur faudra sacrifier à se défaire de letir ennemi. Si nous avons rapporté et décrit un grand nombre d'observations (soixante et seize), c'est parce que non-seulement, comme nous venons de le dire, nous désirions offrir aux malades qui nous liront la comparaison de leur infirmité avec une ou plusieurs infirmités semblables, mais que nous voulions leur donner encore, et ville par ville, le

dune ou plusieurs personnes guéries par nous, afin qu'ils pussent les voir et s'assurer avant de nous consulter de l'efficacité positive ou négative du traitement que nous employons.

Nous n'avons pas besoin de dire que les personnes ainsi nommées dans notre livre nous ont, à cetégard, donné pleine et bienveillante autorisation.

Nous avons taché aussi , dans le choix de ' nos observations , de comprendre la même difformité décrite k tous les âges possibles: ainsi nous faisons l'histoire du pied-bot de six mois et celle du pied-bot de cinquante ans.

Nous avons tenu surtout à rapporter en grand nombre celles de nos cures qui sont relatives aux pieds-bots développés consécutivement àdes convulsions, à des paralysies du membre ou des membres déviés; la guérisondeces cas, que la plupart des médecins avaient toujours regardés comme incurables à cause de la faiblesse et souvent même de l'atrophie du membre qui en était atteint, constituant, selon nous, le plus éclatant triomphe de la chirurgie orthopédique.

Forcé de décrire, par comparaison avec le notre , les procédés opératoires de nos concurrents, nous avons ap-

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porté dans cette description la même

impartialité que pour celle des procédés de Delpech et de Stromeyer, nos sa^ vants prédécesseurs ; car nous n'avons jamais su ce que la jalousie peut avoir à faire dans un ouvrage de science destiné à la propagation des lumières et à la consolation de l'humanité.

Enfin si , comme nous le disions plus haut, nous avons cru nécessaire d'augmenter par des appellations nouvelles la synonymie du pied-bot , c'est d'abord que nous reconnaissions deux variétés nouvelles, totalement absentes des ouvrages antérieurs au nôtre , et puis que nous voulions ne pas recourir continuellement à de longues et embarrassantes périphrases. Nous savons bien que quelques personnes , fort empressées à critiquer les mots quand elles ne peuvent point critiquer les choses, se récrieront sur la barbarie de nos néologismes à racine grecque , mais nous sommes certain aussi d'avoir

pour nous l'assentiment des bons praticiens qui comprendront , comme nous l'avons comprise, l'utilité de cette substitution nécessaire dans deux cas, raisonnable et logique dans les autres.

Nous croyons, en un mot, avoir produit une œuvre de conscience et de réflexion, Nous ne proclamons notre livre supérieur à aucun autre , seulement nous le donnons comme le plus complet et le plus démonstratif de tous les écrits actuels qui ont le pied-bot pour objet.

Nous devions publier en même temps que le Traité pratique du pied-bot, Celui de la Fausse ankylose angulaire du genou , affection que nous avons seul jusqu'ici trouvé le moyen de guérir radicalement : mais des raisons particulières nous en ont empêché. Le Traité de la fausse ankylose angulaire ne paraîtra donc que dans la première quinzaine du mois de mai prochain.

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