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CHAPITRE II. -^ TECIINIQVE RADIOGRAPHIQUE

Contrôle photographique de l'impression radio graphiq ue . — S'il est certain qu'avec un peu d'habitude on peut arriver parfaitement à apprécier la durée d'exposition à réaliser dans tel ou tel cas, il ne peut être mauvais d'avoir un contrôle efficace qui permettra, dans les opérations délicates et qui demandent une longue exposition, d'être assuré que l'on ne reste pas en dessous du temps nécessaire pour avoir le résultat cherché. Le procédé à employer consistera à exposer en même temps des plaques témoins, de tout petit format, recouvertes d'un écran présentant sensiblement la même opacité que le corps à reproduire. De temps en temps on développera une de ces plaques et Ton évitera ainsi bien des insuccès.

Opérations photographiques.

Nous avons maintenant à nous occuper des opérations photographiques proprement dites et à examiner quelles sont les préparations à employer et le meilleur traitement à leur appliquer pour obtenir les résultats les plus complets.

Choix des préparations photographiques. — D'après une communication que nous avons faite à l'Académie des Sciences (10 février 1896) et qui a été confirmée pleinement par divers opérateurs et, en particulier, par MM. Lumière, il ressort que les diverses préparations sensibles se comportent vis-à-vis des rayons X exactement comme à la lumière ordinaire. Il s'ensuit que les plaques les plus rapides que l'on emploie pour la Photographie instantanée seront les plus avantageuses. Tout progrès réalisé dans ce sens sera très apprécié en Radiographie.

La pratique montre que la plupart des préparations sensibles ont une tendance prononcée à voiler sous Tinfluence des rayons X : cet effet se produit surtout lorsque le modèle n'applique pas bien sur la plaque et que la durée d'exposition est quelque peu prolongée. Comme, d'autre pari, les préparations les plus rapides du commerce ont toujours une légère tendance au voile, ces deux effets s'ajoutant, on obtient des négatifs désespérément gris, dans lesquels les contrastes qui devraient exister sont beaucoup trop atténués quand ils ne sontpas supprimés, tout à fait.

lOO PREMlàlŒ PARTIE. — MATÉRIEL ET TECHNIQUE.

Pour remédier à cet accident il faudra d*abord faire choix de plaques qui n^auront pas de tendance au voile : certains fabricants ont du reste modifié légèrement leur formule d'éraulsion pour obtenir des négatifs brillants et exempts de voile. Il est recommandé également de ne pas augmenter plus qu^il n'est nécessaire la durée d'exposition ; en effet, plus celle-ci est considérable, plus les tendances au voile s'exagèrent, même avec des plaques considérées comme excellentes à tous points de vue. C'est un phénomène analogue à celui qui se produit en Photographie ordinaire : plus la pose est allongée, plus les contrastes s'atténuent, plus le négatifdevient uniforme et sans valeur, le voile devenant inévitable au-delà d'une certaine limite.

En dehors du voile provenant d'une exposition prolongée et concurremment avec celui-ci, la plaque exposée se voile pour une autre cause. D'après les données actuellement acquises par la théorie, les radiations actives ne seraient pas sujettes aux lois de la réflexion et de la réfraction ; le voile ne pourrait donc être attribué à une réflexion normale sur le verre de la plaque, phénomène qui est bien connu en Photographie et qui constitue le halo; mais il se produit dans l'air et les autres milieux une dissémination des rayons X qui est susceptible d'agir sur la plaque. Celle-ci se trouve disposée dans un milieu dont toutes les molécules sont illuminées par les radiations actives qui jouent vraisemblablement le rôle de centres ou de plages secondaires d'action radiographique.

Sans discuter davantage cette hypothèse, notons certains faits qui la rendent parfaitement admissible. Un objet formant écran absolument opaque est disposé sur la plaque, mais à une certaine dis- . tance de celle-ci. Avec une pose courte on obtient une silhouette de l'écran qui peut manquer de netteté à cause de sa distance à la plaque, mais la partie de la plaque qui correspond à la projection de l'objet est absolument respectée. Si l'on exagère la pose, il n'en est plus ainsi, les limites extrêmes de la partie préservée précédemment montrent un voile manifeste qui devient d'autant plus considérable que la durée d'opposition est prolongée, ce voile peut même envahir complètement toute la partie de la plaque qui théoriquement devrait être à l'abri de toute radiation active. On ne peut expliquer ce fait qu'en admettant une action indirecte et

. CHAPITRE II. — TECHNIQUE RADIOGRAPHIQUE. lOI

ea lous sens des molécules de Taîr illurainées par les rayons X.

Une autre expérience des plus intéressantes et exécutée par M. Buguet appuie encore davantage celte hypothèse. L'auteur se propose de radiographier la serrure d'un meuble en bois, celui-ci ne pouvant être ouvert pour introduire la plaque à l'intérieur, ce qui ne présenterait aucune difficulté. La plaque sensible est appliquée extérieurement contre la serrure, la gélatine tournée vers celle-ci. Sur le dos du verre on applique une feuille de plomb de 3""" à 4™*° d'épaisseur. Derrière cette feuille on place l'ampoule dont le rayonnement est dirigé vers la serrure. Le plomb formant un obstacle absolu, aucune action directe ne sera possible; mais les rayons X vont en dehors de la feuille de plomb atteindre le meuble, le traverser et se disséminer à l'intérieur. La plaque est alors impressionnée à travers la serrure et on en obtient la silhouette.

Cette expérience très élégante est d'une importance considérable pour la Radiographie, et elle nous amène à cette conclusion pratique qu'il faut mettre la plaque absolument à l'abri de Faction par dissémination. Celle-ci devra donc être protégée par une feuille de plomb qui en garantira le dos et la tranche. Lorsque l'objet à reproduire ne sera pas en contact immédiat avec la plaque, il sera recommandé de l'entourer d'une véritable ceinture«de plomb qui évitera toute diffusion latérale. M. Buguet a pu, par ce procédé, résoudre certains problèmes, tels que reproduire le détail du mécanisme d'une montre ou l'intérieur du fusil Lebel.

Plaques spéciales pour la Radiographie, — Devant l'importance d'une nouvelle découverte qui occasionne une consommation considérable de plaques sensibles de grand format, les fabricants ont cherché à perfectionner ces dernières pour obtenir des durées d'exposition plus réduites, combattre le voile et augmenter les contrastes.

On a essayé d'abord d*exalter la rapidité des plaques; mais, de ce côté, les résultats acquis ne sont guère appréciables : en effet, dans l'état actuel de nos connaissances, on n'arrive à augmenter la sensibilité qu'en exagérant la tendance au voile ; du reste, si l'on avait trouvé le moyen cherché, il y a longtemps que ces plaques seraient utilisées pour la Photographie ordinaire dans laquelle les plaques dites les plus rapides sont encore, dans bien des cas, insuffisantes.

lOa PREMIÈRE PARTIE. — MATÉRIEL ET TECHNIQUE.

Par contre, en niodiQanl légèrement la formule, mais en perdant un peu de sensibilité, on a pu obtenir des plaques qui conservent mieux les blancs et donnent des contrastes plus accusés. Elles pourront donc être employées avec avantagée à condition d^augmenler quelque peu la durée d'exposition ( ' ).

Dans le même but, on a mis dans le commerce des plaques à couche très épaisse ou à couches multiples avec cette pensée que la plus grande quantité de bromure à réduire en chaque point permettrait d'obtenir une intensité plus grande pour une même action des rayons X. Les résultats obtenus ne paraissent pas être sufGsamment prononcés pour justifier le prix plus élevé de ces préparations et les difficultés de leur maniement. C'est ainsi qu'avec les plaques à couche épaisse le développement est prolongé d'une façon inusitée, le fixage également, ce qui retarde d'autant la connaissance du résultat obtenu; enfin le séchage lui-même a lieu dans des conditions de durée anormale, donnant la possibilité de Tapparition de certains accidents spéciaux, décollements, soulèvements, bulles, etc. On est conduit alors à effectuer un séchage rapide au moyen de l'alcool ou du formol.

MM. Lumière ont adopté le premier système; nous avouons que nous n'wvons pas obtenu de ces plaques tout ce que nous pouvions en espérer; des soulèvements ou bulles ont été fréquents, soit pendant le fixage, soit pendant le lavage. L'emploi des plaques à couches multiples a été préconisé surtout à l'étranger. Les essais que nous avons tentés ne nous ayant pas donné satisfaction, nous avons fait préparer par deux fabricants très complaisants, MM. Perron et Guilleminot, des plaques à simple et double couche, de façon à faire des comparaisons rigoureuses. Comme résultat, la «leuxième couche donne une très légère intensité supplémentaire mais qui ne justifie nullement, à notre avis, le surcroît de dépenses que l'emploi de ces plaques impliquerait.

En résumé, jusqu'à nouvel ordre, nous devons nous en tenir à

(') MM. Graffe et Jougla viennent de mettre dans le commerce des plaques radiogniphiques spéciales qui sont tout à fait remarquables : elles donnent des clichés de grande vigueur, sans traces de voile et, détail très important, contrairement à ce que nous venons de dire, elles sont d'une exquise rapidité. Actuellement, elles sont supérieures & tout ce qui a été fait pour ce genre de travail.

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