APPLICATIONS AUX SCIENCES MÉDICALES
Dans cette Partie de notre Ouvrage nous allons décrire les principales applications qui ont été faites de la découverte de Rœntgen dans le domaine de la Médecine et de la Chirurgie, applications qui ont aujourd'hui une importance qu'on ne saurait plus nier (* ).
Lorsque le savant Professeur annonçait qu'il avait obtenu la première radiographie d'une main vivante, il ouvrait de nouveaux horizons à tous ceux qui ont pour mission de soigner et de guérir notre pauvre humanité. Ces rayons qui traversent le corps malade permettent, en quelque sorte, de pénétrer à l'intérieur de notre organisme et de voir ce qui s'y passe.
Cette merveilleuse découverte a eu le plus grand retentissement que l'on puisse imaginer et, il faut le dire avec sincérité, c'est grâce aax informations si promptes de la presse politique que les lecteurs ont été journellement tenus au courant des progrès qui se sont succédé rapidement. La presse scientifique, après avoir gardé pendant quelque temps un silence prudent, daigna s'occuper à son tour des fameux rayons X qui, soit au point de vue théorique,
(*) Noire intention n'est pas de faire un relevé général des observations médicales déjà publiées sur le sujet, nous voulons simplement donner les applications principales de la méthode qui indiqueront à l'homme de l'art les voies particulières dans lesquelles ses recherches auront chance d'aboutir.
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soit au point de vue pratique, ont produit une recrudescence de travaux originaux et d'applications nouvelles.
Les premiers résultats publiés laissaient beaucoup à désirer sous le rapport de la netteté; on n^obtcnait que des silhouettes très floues qui ne constituaient pas, à proprement parler, des images; la désignation d'ombres radiographiques adoptée à cette époque indiquait bien leur nature tant soit peu indécise. De plus, pour obtenir ces résultats, totalement insuffisants du reste, on devait employer des durées d'exposition considérables; dans le début, il fallait au moins une ou deux heures, suivant le matériel employé, pour fixer l'ombre radiographique de la main. Dans celle-ci, les chairs plus transparentes laissaient se détacher les os en plus foncé.
On serait resté à ce point que les applications aux Sciences médicales n'auraient pu se développer, d'abord à cause de Tinsuffisance de définition des images obtenues, et puis à cause des temps de pose considérables qui étaient nécessaii'es et qu'on ne pouvait imposer à des malades. En se basant, en effet, sur les rapports de temps de pose que nous réalisons aujourd'hui pratiquement, s'il fallait une heure pour la radiographie d'une main, il eut été nécessaire de poser vingt heures au moins pour la reproduction d'un thorax, d'un bassin ou d'un crâne.
Mais, ainsi que nous l'avons expliqué dans la première Partie de cet Ouvrage, et principalement grâce aux progrès réalisés dans la fabrication des ampoules, on a pu, d'une part, augmenter la netteté et, de l'autre, réduire la durée d'exposition. Les résultats obtenus ne sont plus des silhouettes mais de véritables images dont la finesse, dans certains cas, est aussi grande qu'on peut le désirer {fi g. (S(S)-
Dans ces conditions, la pratique de la Radiographie est devenue d'une telle importance en Médecine et en Chirurgie, que tout praticien éclairé ne veut plus se passer des renseignements qu'elle donne; non pas qu'elle puisse s'appliquer encore dans tous les cas, il y a encore bien des lacunes à combler, bien des progrès à réaliser, néanmoins le terrain conquis est déjà assez vaste pour justifier sa nécessité dans la pratique journalière. L'étude que nous allons faire va le prouver, nous l'espérons, d'une façon surabondante.
Reprenant l'expérience fondamentale de Rœntgen, la Radiogra-
Bras de cadavre.
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phîe va nous donner sur la formation des os, sur leur constitution, sur leurs modifications pathologiques, des renseignements de grande valeur.
Formation du système osseux.
En prenant un certain nombre de radiographies sur des sujets normaux d'âges différents, on pourra suivre d'une manière très précise la formation du système osseux. Ces éludes exécutées sur le vivant et qui ne sont pas susceptibles d'altérer les positions respectives des os, compléteront les travaux déjà faits sur la question, grâce à la dissection, mais dans lesquels certaines erreurs peuvent se produire malgré toute l'habileté de l'opéraleur. Nous donnons un certain nombre de dessins exécutés d'après des radiographies de M. Ducretet et qui montrent l'état du système osseux à divers âges {fig. 67).
Cette méthode aura une importance capitale en Médecine légale, car elle permettra, sans altérer en quoi que ce soit le corps d'une victime, d'en déterminer l'âge avec grande précision, surtout dans la période où la croissance n'est pas terminée. En appliquant ce procédé, nous avons pu, avec notre excellent ami, M. le D*" Paul Richer, reconnaître qu'une main dé momie qui nous avait été i*apportée d'Egypte, avait appartenu à un enfant âgé de huit à neuf ans. (La Nature, 17 juillet 1897, ^owfig, Sg.)
La vérification de la croissance du système osseux est importante à faire lorsque, dans certaines affections, i( y a eu arrêt de développement, et que Ton a appliqué certains traitements destinés à faire cesser cet état : tel est le cas des myxœdémateux soumis à la médication thyroïdienne. Les travaux importants de M. Hertoghe d'Anvers sont particulièrement instructifs à ce sujet.
Un des cas les plus typiques que nous puissions signaler est le suivant (*). M. O..., âgé de dix-neuf ans, atteint de myxœdème, est envoyé à la Salpêtrière, à la clinique de notre maître, M. le Professeur Raymond. Sa taille ne dépasse pas i",o3 et il présente tous les phénomènes apparents de cette affection. Avant
(*) Note préicnléc à l'Académie des Sciences le 21 mai 1898, par MM.,|Gasne et. A. Loade.