II. - GOLLODION
GoUodlon bamlde pour le portrait.
Les préparations à la gélatine sont aujourd'hui presque exclusivement employées par les photographes de profession et par les amateurs. Malgré leur prix plus élevé que celui des plaques préparées au collodion, elles ont envahi tous les ateliers, grâce à leur régularité, à leur rapidité, et grâce aussi à la simplification extrême qu'elles ont apportée dans les manipulations.
C'est à elles que la Photographie doit l'extension si considérable qu'elle a prise dans ces derniers temps, c'est à elles surtout que l'on doit cette armée d'amateurs qui augmente tous les jours.
Mais ces préparations, si parfaites pour la Photographie ordinaire, sont inférieures aux anciennes couches de collodion lorsqu'il s'agit d'agrandissements. Comme nous Tavons dit, le bromure d'argent se trouve à l'état de grains dans les émulsions, et ces grains sont d'autant plus gros que la préparation est plus rapide : bien entendu que nous parlons de granulations microscopiques, impossibles à voir à l'œil nu.
120 CnAPITAE II.
Tout au contraire, les couches de collodiou ou d'albumine préparées par immersion dans un bain de nitrate d'argent contiennent des composés sensibles, iodure et bromure d'argent dans un état de division extrême; et^ lorsqu'on applique le microscope à l'examen d'une couche de collodion sensible, on aperçoit le réseau formé par le coton dissous et non les molécules argentiques. Aussi, avec ces couches, les agrandissements n'ont, pour ainsi dire, plus de limites, et, lorsqu'on fait usage d'objectifs convenables, la finesse est telle qu'on obtient des images nettes, même après une amplification considérable.
Donc, si vous voulez atteindre la perfection dans l'agrandissement, faites vos clichés sur collodion.
Pour les portraits, la méthode du collodion humide sera la seule possible; nous ne la décrirons pas, car elle est trop connue, et tous les Traités de Photographie donnent à ce sujet tous les détails désirables.
Développez au fer et ne renforcez pas; enfin vernissez à l'albumine, ou pas du tout, ce qui vaudra encore mieux.
Gollodion sec pour le paysage.
Pour le paysage, remploi du collodion sec, au tannin ou à l'albumine, sera indispensable, et comme ces procédés ne sont plus usités aujourd'hui, nous allons les décrire aussi complètement que possible, car c'est avec des glaces ainsi préparées que l'on obtiendra les meilleurs clichés de paysage pour l'agrandissement.
Procédé au t&nnin. — Les verres sont d'abord décapés avec soin en les plongeant un temps assez long dans la solution suivante :
Eau 1000"
Bicbroraaio de potasbc 200''
Acide sulturique 100''
Après vingt-quatre heures de séjour dans ce liquide, les verres seront lavés à grande eau et essuyés avec un torchon de âl vieux et parraitement lavé. Les verres simplement séchés à l'air libre ne seraient jamais sur- Qsamment propres.
Pour achever leur nettoyage et pour assurer la soli-
FiK. 50.
dite de la couche, il faut les passer au talc. Cette opération se fait ainsi :
Avec un pinceau doux (blaireau ou pinceau i trois plumes des aquarellistes | on passe du talc sur toute la surface de la plaque convenablement maintenue dans une presse à vis (fig. SO).
Avec un tampon de coton cardé, on polit ensuite la
plaque de façon à ne plus laisser de talc à la surface. Avant de mettre la plaque ainsi traitée dans la boîte à rainures, on essuie fortement les bords avec un linge propre. Au moment de collodionner la plaque, on aura encore le soin d'éliminer avec un blaireau toutes les parcelles de talc ou les poussières qui pourraient encore adhérer à sa surface.
On coUodionne suivant l'usage avec un collodion de la formule suivante :
Éther 600«'
Alcool 400
Coton poudreux 8
— soyeux 4
lodure de cadmium 8
— d'ammonium 3
Bromure de calcium 2
Teinture d'iode Sgouttes.
Pour être bon, ce collodion doit avoir au moins quinze jours de préparation.
On sensibilise dans un bain de nitrate d'argent à 8 pour 100, acidulé à 3 pour 100 par l'acide acétique; l'immersion de la couche doit se prolonger assez pour que la transformation en iodure et en bromure d'argent soit complète (six à dix minutes environ, suivant l'état du bain).
La plaque est ensuite plongée dans une cuvette contenant de l'eau acidulée par l'acide acétique à 3 pour 100, et on la laisse dans ce bain pendant que l'eu sensibilise une nouvelle plaque.
On fait suivre ensuite des lavages assez prolongés
pour éliminer toute trace de nitrate d'argent, puis on verse à la surface de la plaque le bain préservateur suivant :
Eau chaude 1000"
' ■ " Tannin à l'éther. - 35''
Deitrine jaune 20"
Acide acétique 20''
Fie. SI.
Ce liquide jaunâtre est filtré deux ou trois fois, puis OQ ajoute 50" d'alcool; au bout d'un certain temps, il devient brunâtre, mais il n'a pas perdu pour cela de ses qualités, il sufât de le filtrer avant de s'en servir.
Les plaques ainsi couvertes de tannin sont placées verticalement contre le mur, couchées en dedans et sur plusieurs épaisseurs de papier buvard. Quand l'excès de liquide est ainsi absorbé, on les place sur un séchoir
à baguette (fig, b\) et on les laisse sécher dans robscurité.
Elles sont meilleures au bout de quelques jours et donnent alors des couches plus uniformes; elles se conservent bonnes pendant des mois à la condition de les mettre à l'abri de la lumière et de l'humidité.
Nous décrirons plus loin le développement de ces plaques, car il est le même que celui des couches albuminées.
Procédé au collodion albuminé. — Les couches de collodion au tannin donnent déjà des épreuves extrêmement ânes; mais, si l'on veut atteindre le maximum de netteté, il faut employer les couches de collodion recouvertes d'^bumine sensibilisées. Les préparations sont un peu plus longues à effectuer, elles ne sont pas difficiles; elles n'exigent qu'un peu de patience de la part de l'opérateur.
Les verres décapés, talqués comme dans le cas précédent, sont couverts de collodion de même formule auquel on ajoutera
Éther 200*'
Alcool 50
afin d'avoir une couche plus mince.
Les lavages se feront comme pour le procédé au tannin; et, à la place de tannin, on versera à leur surface une couche d'albumine ainsi préparée.
A trois blancs d'œufs on ajoute Is"^ d'iodure d'ammonium et lOg*" de dextrine jaune dissous dans 25s'^ d'eau
phocédés négatifs. \2h
chaude ; le tout est battu eu neige à Taide d'une fourchette de bois. Le liquide qui se produit au bout de quelques heures (huit à dix) est filtré deux fois sur du papier blanc et se trouve prêt à servir.
Les plaques séchées à Tair libre sont conservées dans des boîtes jusqu'au moment de la seconde sensibilisation.
Il faut, en effet, immerger une seconde fois ces plaques dans un bain d'argent pour leur donner toute leur sensibilité.
Ce bain d'argent se compose de :
Eau 500"
Azotate d'argent 50»'
A cide acétique cristallisable 30<'
La plaque ne devra séjourner dans le bain que trente secondes, puis elle sera lavée abondamment et recouverte enfin d'une solution d'acide pyrogallique dans l'eau distillée à 1 pour 500.
Les plaques sèches se conservent en bon état pendant un mois environ.
Le développement des plaques au tannin ou à l'albumine se fait de même façon au moyen des^solutions suivantes :
A. Eau 1000"
Carbonate d'ammoniaque GO»'
Bromure de potassium 2«'
B. Alcool 2006*^
Acide pyrogallique 10«'
On choisira du carbonate d'ammoniaque en gros
IIQ CHAPITRE II.
morceaux et l'on aura le soin d'enlever les parties extérieures devenues opaques au contact de l'air, pour n'employer que le centre qui est au contraire transparent.
On immerge la plaque dans le bain de carbonate de soude, et après quelques secondes on ajoute 4<^° ou b^' de la solution d'acide pyrogallique, en ayant soin de bien agiter le liquide. L'épreuve commence aussitôt à paraître, mais au bout d'un certain temps elle ne monte plus, on peut alors ajouter une nouvelle dose d'acide pyrogallique, mais sans trop insister sur ce moyen.
Pour lui donner toute sa valeur, il faut avoir recours à un nouveau bain acidulé et au nitrate d'argent.
A. Eau 250"
Acide pyrogallique 3*'
Acide citrique 26'
B. Eau distillée 200"
Nitrate d'argent 10e'
Acide citrique 36'
On passe tout d'abord sur la plaque préalablement lavée à l'eau un bain d'eau acidulée par l'acide acétique à 2 pour 100, afin d'éliminer toute trace d^alcalinité.
On verse ensuite à sa surface, au moyen d'un verre à expériences à bec, une petite quantité du bain A additionné de quelques gouttes du bain B. L'épreuve monte rapidement, et lorsqu'elle a atteint l'intensité voulue, on arrête le développement par un lavage abondant. L'épreuve est ensuite ûxée h l'hyposulfite de soude, lavée et sécbée,
Dans les procédés au collodion, les lavages n'ont pas besoin d'être aussi prolongés que dans les procédés à la gélatine, l'hyposulûte est éliminé beaucoup plus rapidement et il n'est pas besoin de laisser tremper les clichés dans l'eau.
Procédé au collodion émulsionné. — De même qu'avec la gélatine on obtient des émulsions au collodion. Les méthodes proposées à ce sujet sont en général longues et coûteuses et elles ont été abandonnées un peu trop vite, croyons-nous. Il est cependant facile de fabriquer rapidement et simplement des émulsions de ce genre d'une grande finesse, qualité de premier ordre pour les couches destinées [aux agrandissements.
Voici une formule qui nous a toujours donné d'excellents résultats.
Le choix du coton-poudre était regardé autrefois comme le point le plus important du procédé, et Ton recommandait de n'user que de cotons précipités ; aujourd'hui, on a reconnu que la seule qualité à exiger était de n'employer que des cotons récemment préparés; au bout d'un certain temps, tous les cotonspoudres se décomposent, et c'est à cette décomposition qu'il convient d'attribuer la plupart des insuccès dans les procédés au collodion.
Il vaut mieux cependant choisir le coton et faire un mélange à parties égales de coton-poudre soyeux (préparé à basse température) et de coton poudreux (préparé à haute température),
On fait un collodion avec
Alcool 240«'
Éther 240
Coton-poudre 12
On dissout dans un petit ballon de verre 21 8^ de nitrate d'argent dans 30 ^^^ d'eau distillée, en facilitant la dissolution à Taide de la chaleur; puis on ajoute 5 gouttes d'acide azotique pur, et Ton verse cette solution d'argent par petites parties dans le collodion, en agitant fortement le flacon après chaque addition ; quelquefois le nitrate d'argent se dépose en cristaux en arrivant dans le collodion, mais cela n'a pas d'in* convénient, il suffit d'agiter.
On fait dissoudre, d'un autre côté, Ils' de bromure de zinc dans 25 «« d'alcool, et Ton filtre pour éliminer l'oxyde de zinc qui est presque toujours mêlé au bromure.
On ajoute cette dissolution au collodion comme l'argent, par petites portions, en agitant fortement chaque fois. Lorsque Ton a versé tout le bromure de zinc, on a un mélange d'aspect crémeux, et orangée par transparence.
Il faut alors s'assurer que l'émulsion contient un excès de nitrate d'argent, condition nécessaire pour obtenir une préparation rapide et des images nourries. Le réactif le plus commode à employer est le chromate jaune de potasse; on laisse évaporer sur une plaque de verre une goutte d'émulsion, et Ton verse dessus une petite quantité de solution de bichromate
jaune de potasse; s'il y a excès d'argent, l'émulsion se colore en rouge, et cela avec d'autant plus de rapidité que le nitrate d'argent est en excès plus considérable; la coloration doit se faire assez lentement si le dosage est bon.
Si, au contraire, cet essai démontre qu'il n'y a pas de nitrate d'argent libre dans la préparation, on ajoute par très petites quantités du collodion à l'argent, et après avoir fortement agité le flacon, on recommence l'essai au chromate de potasse.
Vingt-quatre heures après, il convient de.transformer cet excès de nitrate d'argent en chlorure, ce qui s'obtient au moyen de 9^^ d'eau régale ; celle-ci étant composée de 1 partie d'acide azotique pur et de 2 parties d'acide chlorhydrique ; le mélange est d'abord incolore, mais il devient au bout d'un certain temps d'un beau rouge orangé : c'est alors seulement qu'il convient de s'en servir.
L'émulsion ainsi préparée pourrait être immédiatement employée, mais elle s'améliore en vieillissant; il faut la laisser mûrir pendant quelques jours, huit jours en été, un mois quelquefois en hiver.
Un essai préalable ayant démontré que l'émulsion a acquis toutes ses qualités, on procède à son étendage sur les plaques de verre.
Celles-ci auront été préalablement lavées et talquées, comme nous l'avons indiqué plus haut.
On étend l'émulsion à leur surface, en opérant avec lenteur, de façon à obtenir une couche assez épaisse; quand elle a fait prise, on la plonge dans une cuvette
(l'eau distillée et on l'agite jusqu'à ce que toutes les veines huileuses aient disparu; on passe dans deux autres cuvettes, et Ton étend sur la couche de collodion le préservateur suivant :
Eau 100"
Albumine lOs'
Acide acétique 2«'
Fortement agité et laissé en repos pendant douze heures, ce mélange est filtré et appliqué à deux reprises différentes sur les plaques.
Celles-ci sont mises à sécher contre le mur en les faisant porter sur plusieurs doubles de papier buvard ; elles se conservent fort bien, et se développent au moyen des solutions alcalines que nous avons déjà mentionnées. Le temps de pose est plus court que pour les glaces à l'albumine, à peu près égal à celui des plaques au tannin.
Emploi des plaques isochromatiques et des plaques
orthochromatiques.
Il y a déjà longtemps que l'on a remarqué que la Photographie était impuissante à rendre dans leurs valeurs réelles certaines couleurs, telles que le rouge, le jaune, le vert, que celles-ci exerçaient une action peu marquée sur les plaques sensibles ordinaires, tandis qu'au contraire le bleu et le violet impressionnaient presque autant que les blancs ces mêmes surfaces photographiques.
l'ROCÉDÉS NÉGATIFS. 131
Des recherches approfondies, et dans le détail desquelles il n'y a pas lieu de s'arrêter ici, ont appris qu'il était possible d'atténuer ces défauts en ajoutant aux surfaces sensibles certaines matières colorantes; les composés ainsi obtenus ont été appelés isochromatiqueSf ou bien encore orthochromatiques.
. Dans la reproduction des tableaux, l'emploi de ces plaques s'explique tout seul, et aujourd'hui il n'est plus permis de tenter une reproduction de ce genre sans faire usage des procédés orthochromatiques : tous les résultats que Ton obtient avec eux sont supérieurs aux autres.
. Dans le paysage, on arrive aussi, mieux qu'on ne l'avait fait jusqu'à présent, à rendre aux grandes masses de verdure leur véritable valeur, leurs diverses teintes. Enfin les lointains, qui disparaissaient trop souvent, les nuages, que l'on n'obtenait que par accidents, peuvent être rendus avec la plus grande facilité.
11 est donc important pour le photographe de connaître ces procédés; ils sont devenus faciles aujourd'hui, et l'on trouve déjà dans le commerce d'excellentes pré» parations orthochromatiques.
Ces plaques s'emploient tantôt comme les plaques ordinaires, tantôt en interposant sur le trajet des rayons lumineux un verre coloré en jaune; celui-ci a pour efiFet d'atténuer la trop grande intensité des teintes bleues et violettes, point important dans les paysages dans lesquels les arrière-fonds sont éloignés, et lorsque Ton tient à obtenir les ciels avec nuages.
Des expériences concluantes à ce sujet ont été faites
132 CUAPITRE II.
par M. Boissonas, Cet opérateur habile a remarqué qu'il obtenait de meilleurs résultats dans le modelé des chairs, que les taches jaunes de la peau se marquaient moins sur le négatif, enfin que lesjcheveux blonds étaient beaucoup mieux rendus par les plaques orthochromatiques que par les plaques ordinaires. Pour toutes les poses courantes et pour la plus grande généralité des poses de costumes, il n'interpose aucun médium jaune dans Tobjectif. Le temps de pose semble alors être légèrement diminué. Dans des cas très rares, pour des cos- .tumes, par exemple, une pellicule jaune très claire est placée dans Tobjectif.
Pour les instantanéités, les plaques orthochromatiques conviennent aussi bien que les plaques extra-rapides du commerce. Pour les photographies de paysages, les essais de M. Boissonas ont porté sur différents points.
Il a constaté, en premier lieu, que, lorsqu'on a à reproduire un paysage sans lointain ni nuages, une plaque orthochromatique rendra mieux les différents tons du feuillage qu'une plaque ordinaire, même si l'on ne fait pas usage d'une pellicule jaune. En général, il est cependant préférable d'employer une pellicule de teinte moyenne.
Si le paysage comporte un premier plan de verdure, des seconds plans et des plans très éloignés (montagnes ou nuages), il est de beaucoup préférable d'interposer une pellicule foncée. Dans la grande généralité des cas, l'effet rendu sera le meilleur possible, les premiers plans restant à leur valeur et les lointains n'étant pas perdus dans l'atmosphère.
rnOCÉDÉS NÉGATIFS. 133
Si Ton se propose d'obtenir le relevé d'un point très éloigné (vue panoramique de montagne), sans attacher trop d'importance aux premiers plans, on pourra faire usage d'une pellicule encore plus foncée. Mais alors un inconvénient surgit, c'est que les verdures des premiers plans deviennent trop claires et paraissent neigeuses.
Si Ton essaie de photographier une surface bleue et blanche, on obtiendra avec une plaque ordinaire un négatif dans lequel les deux couleurs ne pourront se distinguer, car le bleu a une action presque aussi forte que le blanc.
Si l'on interpose une pellicule jaune, on obtient le résultat suivant :
Le bleu p«lle du dessin coloré paraît vert si on le regarde à travers la pellicule jaune, le fond blanc paraît jaune. Or, la plaque orthochromatique est deux fois plus sensible au jaune qu'au vert; elle reproduira ces deux couleurs d'une manière bien distincte.
Etendons ce cas à la Photographie de paysage et supposons que la teinte bleu pâle de notre planche soit remplacée par le bleu du ciel, et la couleur blanche par une montagne neigeuse se détachant sur le ciel bleu. Évidemment la plaque ordinaire reproduira ce paysage comme elle l'aurait fait de notre planche bleue et blanche, c'est-à-dire d'une manière confuse; on ne distinguera donc pas la montagne neigeuse sur le négatif. Tandis qu'au moyen de la plaque orthochromatique et d'une pellicule jaune placée dans l'objectif les deux teintes seront reproduites d'une manière bien distincte, et par conséquent la montagne sera visible
sur la photographie absolument comme elle était visible en nature.
Plus la pellicule jaune sera foncée, plus le ciel deviendra vert foncé par rapport à la montagne neigeuse qui restera jaune clair, plus par conséquent la plaque orthochromatique sera capable de la reproduire : c'est pour cette raison qu'il est convenable d'employer une pellicule jaune foncé pour l'obtention des vues très éloignées.
Il est bon d'ajouter encore que, dans le cas de photographie de montagnes éloignées couvertes de neige, l'emploi du médium jaune est excellent, même avec les plaques bromurées ordinaires ; la rapidité de la pose est très peu diminuée, le bromure d'argent étant assez sensible aux rayons jaunes.
En effet, le maximum de sensibilité des plaques orthochromatiques se trouve dans le bleu et le violet; conditions qu'exagère la difficulté d'obtenir les horizons, surtout ceux de montagnes dans lesquels le bleu et le violet dominent. Il faut donc ralentir l'action des bleus et des violets et aider en même temps la venue des couleurs, le vert (le feuillage, les herbages), .le jaune et le rouge (les roches). On arrive à ce résultat en interposant un verre coloré sur le parcours des rayons lumineux formant l'image photographique.
La couleur jaune est celle qu'il faut employer : une glace jaune plane etpoZie, à surface aussi parallèle que possible, se Rxe en avant de l'objectif à la place de l'obturateur; les opticiens exécuteront facilement ce petit accessoire.
On peut également employer pour le même usage des pellicules de gélatine colorée par l'aurantia. Voici la formule donnée à ce sujet par M. Boissonas.
Pour obtenir ces pellicules jaunes, que j'emploie en quatre teintes, je prépare d'abord les deux solutions suivantes :
A. Eau 950"
Gélatine 75«r
Glycérine lO*'
Solution d'aurantia à 5 pour 1000 . . 50«<'
B. Eau 1000"
Glycérine 10«
Gélatine 75s'
Celles-ci, filtrées, seront coulées dans les proportions données plus loin sur des glaces préparées comme suit :
Les glaces (le verre ne convient pas à cause de son manque de planimétrie) ayant séjourné deux heures dans l'acide nitrique, sont soigneusement lavées à l'eau courante, puis essuyées avec un linge propre. On les frotte alors vigoureusement avec un tampon de laine imbibé d'une solution de cire dans la benzine (5 pour 100) de manière à les en couvrir uniformément.
On chauffe les glaces sur un fourneau à gaz et on les polit avec un tampon de laine, les réchauffant deux ou trois fois. Cette opération répétée permet à la cire de pénétrer dans les pores de la glace. On polit alors soigneusement* les glaces avec un tampon de laine propre, jusqu'à ce que Ton n'aperçoive plus de traînée de cire.
Quoique, en apparence, on ait enlevé toute la cire de la surface de la glace, il en restera suffisamment pour permettre le détachement de la pellicule. Les glaces polies, on enlève le long des bords, sur tout leur pourtour, environ 5"'"» de la couche de cire, au moyen d'une touffe de coton imbibée de benzine ou d'éther, et Ton passe sur cette bordure de verre laissée à nu un pinceau trempé dans l'albu-
mine. Cette opération a pour but d'assurer l'adhérence de la gélatine jusqu'à sa complète dessiccation.
Pour couvrir une glace 13 x 18, on prend :
Pellicule n* 1.
Solution A 10"
Bien mélanger, filtrer les bulles d'air à travers un peu de coton hydrophile, verser le liquide sur la glace préalablement nivelée et retendre en s'aidant d'un morceau de bristol.
Pellicule n* 2.
Solution A 20"
Pellicule n* 3.
Solution A 30«
Pellicule n^ 4.
Solution A 40"
Avec la pellicule n© 1, une plaque orthochromatique exige le même temps de pose qu'une plaque ordinaire de sensibilité égale, exposée sans interposition de pellicule jaune.
La pellicule n^ 4 donne un orthochromatisme parfait; par son emploi, les bleus et les violets sont suffisamment retenus et les couleurs peu réfrangibles prennent leur valeur. Le temps de pose devient alors quatre fois plus long.
PROCÉDl^S NÉGATIFS. 107
On peut également faire usage de plaques de verre mince; le meilleur verre est celui qui sert à confectionner les porte-objets de microscopie, que l'on recouvre d'une couche de collodion à l'aurantia. Mais ces couches sont plus délicates que celles à la gélatine, elles sont cependant plus faciles à faire et, dans certains cas, elles peuvent être fort utiles.
Voici la formule de collodion jaune proposée par Vogel :
A 100" de collodion contenant l?^5 de coton-poudre soyeux, on ajoute Os'', 3 d'aurantia, ce qui donnera la teinte la plus foncée. Il est bon de faire également un autre collodion ne contenant que Or, 2 d'aurantia, pour obtenir une pellicule plus claire.
Ces verres à l'aurantia doivent être conservés à Tabri de la lumière, car ils pâlissent alors assez rapidement. Il faut donc faire provision de pellicules, et les conserver dans des boîtes fermées; et il est prudent de renou' vêler souvent celles dont on fait usage.
Deux méthodes peuvent être employées pour l'obtention des plaques isochromatiques : dans la première, on mélange la substance sensibilisatrice à l'émulsion avant de l'étendre sur les plaques ; dans la seconde, on se contente d'Immerger des plaques émulsionnées sèches dans une solution isochromatique. Les deux méthodes sont également bonnes, mais l'immersion dans le bain donne des surfaces qui ne se conservent pas longtemps (quinze jours environ), tandis que les plaques préparées avec une émulsion orthochromatique se conservent comme les plaques ordinaires.
138 CHAriTRE II.
On trouve dans le commerce plusieurs espèces de plaques de ce genre : en France, M. Attout-Tailfer fabrique des plaques orthochromatiques excellentes et d'une très grande régularité; elles peuvent suffire à tous les besoins du photographe. En Angleterre et en Allemagne, on trouve également des préparations de ce genre, mais elles ne sont en rien supérieures à celles de M. Attout-Tailfer. Tout récemment, M. Van Monckhoven vient également de fabriquer des plaques orthochromatiques excellentes.
Il est quelquefois fort commode de préparer ces plaques isochromatiques, et la méthode des bains colorants est devenue aujourd'hui très simple, grâce aux préparations à l'éosinate d'argent qui se trouvent dans le commerce et que l'on doit à M. Mathet. Ce sel, que l'inventeur obtient très pur par des cristallisations successives, se vend en solution, dans des flacons rouges.
Suivant la nature du sujet à reproduire, on préparc des bains de sensibilisation plus ou moins concentrés, en se basant sur ce principe, que plus l'objet est vive- |Tient coloré, plus le bain doit être riche en matière colorante.
La dose moyenne de 20s' de solution (soit la pleine mesure qui accompagne chaque flacon) pour ISOs*" d'eau distillée suffit dans la plupart des cas, pour le paysage notamment.
On pourra diminuer la dose de moitié pour les portraits, les vues de monuments.
Après avoir préparé un volume de bain suffisant pour
bien recouvrir les glaces, on procède à la sensibilisation.
Dans le laboratoire, très faiblement éclairé à la lumière rouge, on plonge une première glace dans la cuvette, en ayant soin que la solution recouvre uniformément et sans temps d'arrêt toute la surface de la glace; celle-ci séjourne deux minutes dans le bain, qu'on agite en balançant légèrement la cuvette ; après quoi, la plaque est retirée, égouttée et plongée dans une seconde cuvette à moitié pleine d'eau distillée, durant vingt à trente secondes, et enfin lavée encore à l'eau distillée dans une troisième cuvette.
On place ensuite les glaces sur un égouttoir à rainures de verre ou de porcelaine, rigoureusement propre, et on les laisse sécher dans une obscurité complète; il est prudent de faire adhérer à l'angle inférieur un morceau de papier buvard blanc qui absorbe le liquide en excès.
Les seuls insuccès que l'on pourrait constater tiennent à ce que la solution n'aurait pas recouvert uniformément et d'un coup toute la surface de la glace; c'est là un point qui demande quelque attention de la part de l'opérateur. Il sera facile d'éviter tout accident de ce genre en faisant usage des cuvettes à recouvrement. De même on constaterait des zones et des irrégularités si, le volume du bain étant insuffisant, quelques parties restaient sans être recouvertes.
Si l'on sensibilisait plus de huit ou dix glaces dans le même bain, les dernières présenteraient des piqûres, et leurs propriétés orthocbromatiques seraient moins marquées,
La solution s'altérant à la lumière par réduction du composé sensible qu'elle contient, elle deviendrait bientôt inutilisable si elle y restait longtemps exposée; on la conservera donc dans l'obscurité, et l'on tiendra le flacon droit et non couché, pour éviter l'absorption de la matière colorante par les pores du bouchon de liège. Le bain ne doit enfin être préparé qu'au moment de s'en servir.
Tous les révélateurs conviennent à ces plaques; mais les bains devront être cependant moins concentrés que ceux que l*on utilise pour les glaces ordinaires, car les couches orthochromatiques donnant des clichés très intenses , même avec des révélateurs] faibles, il pourrait y avoir excès si Ton se servait des bains aux doses généralement indiquées.
M. Mathet donne la préférence à Tacide pyrogallique, qu'il emploie de la manière suivante :
On mélange dans une cuvette, pour une plaque 13 X 18:
Eau 80*
Sulfite de soude à 25 pour 100 5" à 6'
Bromure de potassium 2 gouttes.
mélange auquel on ajoute quelques centigrammes d'acide pyrogallique solide; la glace exposée, plongée dans ce bain, commence généralement à montrer l'image; quelquefois même elle prendra, sans autre addition, toute la densité nécessaire. Dans tous les cas, ce n'est que lorsque le développement paraît s'arrêter, qu'on ajoutera peu à peu une solution de carbonate de soude
à. 25 pour 100; on continue ensuite comme à Tordinaire, mais en ayant toujours soin de ne retirer la glace du révélateur que lorsque l'image paraît voilée par réflexion. Ce n'est que peu à peu qu'elle doit arriver à se présenter ainsi; dans le cas contraire, elle aurait reçu trop de pose.
Les glaces fixées présentent une légère coloration rose qui est sans inconvénient pour le tirage ; un lavage prolongé permet d'ailleurs de la faire disparaître à peu près complètement.