MONTAGE
Le montage des épreuves ainsi obtenues peut se faire sur cartons ou sur châssis entoilés , ces derniers étant les seuls possibles pour les grandes dimensions et supérieurs dans tous les cas aux cartons.
L'épreuve, plongée dans l'eau jusqu'à ramollissement complet, est ensuite placée sur un verre talqué, ce qui évitera les accidents, enduite de colle d'amidon ou mieux de colle de pâte dextrinée , suivant la formule que nous donnons plus bas, et appliquée sur le car-
128 GHAPITHE II.
ton OU sur la toile du châssis enduits également d'une couche de colle. On applique l'épreuve en évitant les plis et les bulles. d'air en s'aidant d'une éponge légère* ment mouillée. Sur l'image ainsi appliquée, on étend une feuille de papier buvard qu'on fait toucher partout avec le plat de la main, sans trop appuyer, afin d'enlever les gouttes d'eau laissées par l'éponge et qui, sans cette précaution, laisseraient des marques sur l'épreuve.
On laisse sécher à plat, après quoi, si l'épreuve est sur carton, on passe au laminoir et l'on procède à la retouche.
Le montage sur châssis demande à être fait avec beaucoup de soin, mais les résultats qu'il donne sont infiniment supérieurs au montage ordinaire sur carton.
On fait préparer par un menuisier un cadre en bois assemblé à mi-bois dans les angles, pas trop épais pour ne pas l'alourdir trop. On se procure également de la toile de coton écrue bien lisse, àtrame serrée, et surtout bien égale, sans nœuds, sans rugosités. On donne à la toile 8<^°^ de plus que les dimensions du châssis, afin de pouvoir rabattre les bords. On mouille légèrement pour faciliter l'opération du tendage, et l'on pose le châssis sur la toile. Il faut maintenant la fixer convenablement avec de petits clous de tapissier dits semence. Un petit marteau d'horloger, ou mieux un marteau de tapissier, servira à enfoncer les clous.
Placez tout d'abord un clou au milieu d'un des bords du cadre (sur la tranche, bien entendu), puis un deuxième sur le milieu du bord opposé en tendant la
toile; faites de même sur les deux autres côtés. A 3^°» environ de chacun de ces clous plantez-en un second à droite et un autre à gauche, faites de même au côté opposé, puis sur chacune des deux autres faces, et continuez de même en allant du centre vers les angles.
De cette façon seulement il est possible d'éviter les plis, condition essentielle pour obtenir une épreuve bien plane. Il faut quelque soin pour tendre également la toile, et surtout agir avec lenteur en vérifiant toujours régalité de la tension ; si Ton voit les fils de la toile se dévier à droite ou à gauche, l'opération est mal faite, et il faut chercher à ramener la toile dans la direction voulue par une traction dans le sens opposé. Un peu de pratique en apprendra du peste plus que toutes les descriptions que nous pourrions ajouter.
L'épreuve, convenablement ramollie, est collée sur la toile comme nous l'avons déjà indiqué.
L'opération du collage faite, laissez sécher à plat, l'épreuve en dessus, sans jamais la placer devant le feu pour activer le séchage ; elle se gondolerait infailliblement.
La colle de pâte dextrinée, de beaucoup supérieure à la colle d'amidon, parce qu'elle est beaucoup plus adhésive, se prépare ainsi : on fait un mélange de trois parties de farine de blé contre une partie de dextrine jaune ; dans ce mélange placé dans une casserolle en tôle émaillée, de grandeur convenable, on verse une très petite quantité d'eau froide, et en s'aidant d'une cuiller, on fait une pâte épaisse que l'on bat fortement afin de la rendre bien homogène. Cet effet obtenu, on
ajoute de l'eau de façon à obtenir un liquide à consistance de crème. On met alors sur le feu, et Ton fait cuire en remuant sans interruption avec la cuiller, et jusqu'à ce que le tout prenne une consistance pâteuse.
La colle ainsi obtenue serait trop épaisse pour l'emploi, il faut rétendre avec de l'eau en quantité convenable, ce que l'expérience apprend facilement.
La colle d'amidon se prépare ainsi :
Amidon 40»'
Eau froide 50"
délayer et ajouter en agitant
Eau bouillante 450>'
Faire bouillir trois minutes, retirer du feu et ajouter
Alcool 10«'
Thymol 1
BRILLANTAGE DE L*ÉPREUVB.
Quelquefois il est bon d'augmenter le brillant de certaines épreuves; les détails prennent alors plus d'effet; les sculptures, les armes, par exemple, gagnent beaucoup, alors que les grands portraits, au contraire, ne peuvent supporter ce brillant.
Le moyen le plus simple consiste à recouvrir l'épreuve montée sur carton, et préalablement satinée à froid, d'une couche de collodion normal.
Mais l'emploi des vernis est préférable.
Première formule. — Préparer une dissolution de
gomme laque dans le borax en faisant bouillir jusqu*à complète dissolution :
Eau 1000"
Borax 45»'
Gomme laque 250
La gomme laque doit avoir été blanchie nouvellement; dans le cas contraire, le vernis manquerait de brillant.
On laisse refroidir et reposer pendant vingt-quatre heures, on décante le liquide en rejetant d'abord la matière grasse qui surnage, on filtre au papier.
On verse cette solution dans une cuvette de porcelaine très propre, on enlève les bulles qui peuvent s'être formées à la surface, et l'on plonge l'épreuve dans le bain quelques secondes seulement. On enlève et Ton suspend par un angle. Mais, pour réussir complètement, il faut opérer dans un atelier très chaud, sinon le brillant ne se produirait qu'incomplètement.
Deuxième formule. — On peut encore préparer la dissolution de gomme laque en opérant comme il suit :
Eau ordinaire 1000"
Gomme laque blanche concassée 250^'
On fait bouillir en ajoutant peu à peu ce qu'il faut d'ammoniaque pour dissoudre la gomme laque ; on décante et l'on filtre comme pour la solution au borax.
La couche ainsi obtenue est peut-être un peu moins dure que la première.
BETOUGHE .
La retouche des grands portraits agrandis demande à être faite avec soin, et surtout par un artiste qui puisse comprendre, interpréter le sujet qu'il a sous les yeux. Bien souvent il suffit de très peu de chose, quelques coups de grattoir sur les blancs, quelques coups de force dans les noirs pour changer du tout au tout une épreuve, alors qu'un travail minutieux et qui chercherait à corriger tous les petits détails ne donnerait qu'une œuvre dépourvue de toute valeur artistique.
Ici nous ne pouvons traiter ce côté artistique de la question, il doit être connu par avance de celui qui veut faire de la retouche; nous ne pouvons qu'indiquer les moyens d'exécution les plus usités, ceux qui permettent d'obtenir les meilleurs résultats.
D'une manière générale, la retouche demande comme outils : un grattoir à lame étroite, de la gomme à gratter, de la poudre de pierre ponce, plusieurs bons pinceaux de diverses grandeurs, une dissolution très épaisse de gomme arabique et les couleurs suivantes broyées à l'eau (couleurs en tube) : encre de ^Chine, teinte neutre, carmin et blanc de Chine.
Dans un portrait on s'occupe tout dabord de la figure. Avec le grattoir, on fait disparaître tous les grains noirs provenant des défauts grossis du cliché, grains de poussière que, la plupart du temps, on n'a pas eu le soin d'enlever avant la pose, et qui font une multitude de trous sur le cliché. Enfin les pores de la peau produisent aussi cet effet de grains noirs.
Avec le grattoir on accentue vivement le brillant des yeux, les éclats de lumière qui se trouvent sur le nez, sur une partie du front, des joues, du menton, et qui peuvent se rencontrer aussi dans les lingeries : col, chemise, etc.
On enroule alors un morceau de vietfx linge autour du doigt, on Timbibe de salive, et l'on frotte toutes les parties qui ont subi l'action du grattoir. Puis, à l'aide du pinceau et d'un mélange de couleurs délayées et fortement gommées, dont la teinte doit être en harmonie avec le ton de l'épreuve, on bouche toutes les granulations blanches, cherchant à bien fondre ces retouches avec les parties avoisinantes.
On s'occupe ensuite du modelé, qui doit consister à harmoniser les parties les plus éclairées, à faire valoir les ombres portées, et à adoucir les éclats de lumière que le grattoir aurait trop accentués. Le modelé peut s'obtenir soit par un piquage, soit par une touche hardie de lignes larges ou fines, serrées ou écartées, suivant le goût du retoucheur.
Pour donner de la transparence à certaines ombres, on peut employer une solution de gomme ainsi faite :
Gomme arabique 30«'
Sucre candi 10
Eau 300"
Acide acétique 15
Alcool 15
Quelquefois les couleurs prennent mal sur la surface de gélatine; il faut alors employer une solution de
gomme ammoniacale qui se prépare de la façon suivante :
Eau 100"^
Alcool 25
Gomme arabique lô»»
Ammoniaque.... quelques gouttes (10 à 12).
On ajoute l'alcool et Tammoniaque dans la solution de gomme dans l'eau; il se produit alors un précipité, mais en chauffant la solution au bain- marie le précipité se dissout de nouveau.
Nous ne pouvons entrer ici dans tous les détails que comporterait la question de la retouche artistique, et nous renverrons le lecteur aux excellents traités de M. Klary (M.
(') C. Klary, L'ArZ de retoucher en noir les épreuves positives sur papier. In-18 Jésus; 1888 (1 fr.). — Les portraits au crayon, au fusain et au pastel obtenus au moyen des agrandissements photographiques. In-18 Jésus ; 1889 (2 fr. 50). — Traité pratique de la peinture des épreuves photographiques avec les couleurs à l'aquarelle et les couleurs à rtiuile, suivi de différents procédés de peinture appliqués aux photographies. In-18 Jésus; 1888 (3 fr. 50 ). — (Tous ces Ouvrages sont édités à la librairie Gauthicr-Villars et fils, Paris.)