EXERCICES SPÉCIAUX. — MOUVEMENTS ACTIFS
2° Scoliose lombaire (scoliose lombaire à convexité gauche).
1. — Le sujet couché latéralement sur le côté droit, dans la position de la figure 146, se relève sans effort, en décrivant un arc de cercle.
2. — Le sujet debout, une main appliquée au niveau de la convexité de la courbure, l'autre main derrière la nuque, le membre inférieur, du côté de la concavité, faisant un pas en avant, puis se fléchissant au moment de l'exercice, incline le tronc latéralement et avec un léger mouvement de détorsion, au niveau de la convexité lombaire de la courbure.
3. — Le sujet, la région lombaire gauche, au niveau du sommet de la convexité lombaire, appuyant contre le rouleau de l'appareil de Wolm, exécute des mouvements d'inclinaison latérale que le chirurgien accentue.
4. — Le sujet incline légèrement le tronc à gauche, le chirurgien exerçant une pression au niveau de la région lombaire gauche et faisant à certains moments une légère résistance au niveau du membre supérieur droit.
5. — Le sujet, placé dans la station verticale, debout sur un tabouret, les mains appuyées sur les barreaux d'un montant, élève la hanche gauche, tandis que le chirurgien résiste à ce mouvement en exerçant des tractions au niveau de la jambe (exercice destiné à corriger l'abaissement de la hanche gauche).
3° Scolioses à plusieurs courbures.
Quelques-uns des exercices décrits s'appliquent au traitement des scolioses cervicales totales (en C), cervico-dorsales, dorso-lombaires.
L'exercice suivant convient particulièrement aux scolioses en S :
Le sujet, les talons rapprochés, maintenus par une saillie du plancher, les pieds tournés en dehors, s'appuie sur une barre rembourrée, placée au niveau du bassin. La main gauche est derrière la tête, la main droite derrière la hanche droite (scoliose dorsale droite, lombaire gauche). Il incline alors fortement
le tronc en avant et se relève lentement pendant que le chirurgien, placé derrière, oppose une certaine résistance à ce mouvement avec la main gauche à plat au niveau de la convexité lombaire gauche, la main droite au niveau de la partie saillante de la gibbosité dorsale droite. Les efforts du chirurgien sont faits suivant des directions bien déterminées, selon une ligne diagonale, aux sommets des convexités.
§ 2. — Mouvements passifs.
Les mouvements passifs, employés dans le traitement gymnastique des scolioses, sont obtenus par traction exercée aux deux extrémités de Tare vertébral, ou par pression. Ils produisent surtout la mobilisation du rachis et l'assouplissement des parties molles rétractées du côté de la concavité. Nous étudions, en diverses parties de notre Traité, les effets obtenus par la suspension verticale oblique et horizontale. Dans notre étude des manipulations nous décrivons les mouvements passifs qui n'agissent pas par Faction musculaire, mais sont produits par des pressions appliquées en divers points du rachis ou du thorax.
Signalons quelques exercices exécutés avec des appareils, particulièrement les exercices de suspension pratiqués avec le bâton de Lentin, avec l'appareil de traction de Larghiader, avec les échelles, avec les anneaux, avec le trapèze, etc.
Nous sommes peu partisans des exercices de suspension avec les bras qui ont souvent une action nuisible. Nous recommandons quelquefois dans les scolioses dorsales, la suspension, à deux barres parallèles d'un trapèze, la pointe des pieds touchant le sol, la main du côté de la concavité plus haute que la main du côté de la convexité.
Nous étudions en détail (p. 362), les effets et les indications de la suspension et de l'auto-suspension avec l'appareil de Sayre.
IL — Exercices généraux.
Les exercices gymnastiques généraux sont extrêmement nombreux et variés. Ils sont surtout destinés à fortifier la musculature générale, mais ils doivent néanmoins être choisis avec soin
et modifiés pour quelques cas particuliers, suivant l'indication d'agir sur les muscles vertébraux, dorsaux ou lombaires, sur les muscles affaiblis d'un des côtés du corps ou d'un des membres, sur les muscles susceptibles de corriger les attitudes vicieuses. Ils sont combinés le plus souvent avec les exercices spéciaux favorables au redressement des courbures.
Nous ne citons que les principaux exercices généraux que nous recommandons dans notre pratique.
Ces exercices sont exécutés dans diverses positions du sujet. Nous recommandons surtout les exercices pratiqués dans le décubitus dorsal ou ventral ; ces positions, en supprimant l'effet nuisible du poids du corps, permettent, en effet, d'obtenir à la fois le redressement du rachis et une action musculaire plus énergique.
Les exercices dans la position verticale sont surtout utiles pour la correction de quelques attitudes vicieuses. Les exercices dans la position verticale, le corps fléchi en avant, qui renversent l'action de la pesanteur et redressent les courbures légères, sont justement recommandés par J.-B. Reynier.
1° Exercices dans le décubitus dorsal. — 1. Le sujet, dans le décubitus dorsal, toute la face postérieure du tronc exactement appliquée sur une table ou sur le plancher, les talons joints, les membres supérieurs étendus le long du corps et en supination, exécute au commandement des mouvements rythmés des membres supérieurs : élévation dans le plan horizontal jusqu'au-dessus de la tête, puis abaissement dans la position primitive.
2. — Le sujet, dans la même position, élève d'abord les membres supérieurs en croix, les étend au-dessus de la tête, jusqu'à la verticale et les replace ensuite dans la position primitive.
3. — Le sujet, dans le décubitus dorsal, exécute divers exercices rythmés des membres supérieurs et inférieurs (circumduction et mouvements de rotation des hanches et des épaules; élévation, abduction et adduction des membres inférieurs; circumduction, abduction, adduction des pieds ; mouvements de flexion latérale du tronc).
4. — Le sujet, primitivement dans le décubitus dorsal, s'asseoit sans s'aider des bras, le dos droit, la tète étendue, se recouche
lentement, sans arrondir son dos, et recommence plusieurs fois le même exercice.
Cet exercice agit sur plusieurs muscles, en particulier sur les muscles respiratoires et sur le psoas-iliaque. On peut utilement, pendant l'exercice, fixer le bassin ou les membres inférieurs avec une courroie. Le même exercice peut être exécuté, le tronc dépassant en partie le bord de la table, libre dans l'espace.
o. — Le sujet, dans le décubitus dorsal, tend la jambe, l'élève verticalement, la porte en abduction et la ramène ensuite lentement dans la position horizontale.
Cet exercice agit sur les muscles du bassin et sur le muscle psoas-iliaque.
6. — Le sujet, dans le décubitus dorsal, la tête et le cou dépassant l'extrémité de la table, fléchit doucement la tête, puis l'étend, pendant que le chirurgien exerce une résistance avec sa main placée sur l'occiput.
7. — Le sujet, dans la même position, exécute des mouvements de flexion latérale, de rotation de la tête.
2° Exercices dans le décubitus ventral. — Le sujet, placé dans le décubitus ventral, peut exécuter la plupart des exercices précédents. Nous recommandons souvent les mouvements de la natation et surtout les exercices de flexion et d'extension dans les positions indiquées dans la figure 146, le tronc du sujet, dépassant le bord de la table, libre dans l'espace, les jambes fixées et immobilisées par une sangle.
3° Exercices dans la station assise. — 1. Le sujet, assis sur une chaise à dossier droit, exécute les divers mouvements des bras indiqués plus haut, les exercices respiratoires les exercices avec le bâton, surtout utiles dans la cyphose.
2. — Le malade, assis à califourchon sur une table, les mains, suivant les cas, placées derrière la nuque ou au niveau des hanches, exécute des mouvements de flexion, d'extension, de latéralité, de rotation du tronc.
4° Exercices dans la station verticale. — Les exercices sont faits avec ou sans appui.
1. — Le sujet exécute, dans la station verticale, les genoux tendus, les épaules effacées par la contraction des muscles trapèzes, les mouvements indiqués plus haut, mouvements de
flexion, d'extension, de rotation, de latéralité' du tronc. 2. — Le sujet, dans la station verticale, les bras pendants, fléchit fortement le tronc en avant, les bras tombants en avant, jusqu'à toucher le sol. IL se redresse ensuite et se renverse en arrière, sans plier les genoux, les bras pendants en arrière. Pendant la flexion en avant, le sujet fait une profonde expiration; pendant le renversement, une forte inspiration. Cet exercice, très utile pour assouplir la colonne vertébrale et pour fortifier les muscles thoraciques et vertébraux, est en même temps un excellent exercice respiratoire.
3. — Le sujet, dans la station verticale, renverse la tète en arrière et porte horizontalement les bras en arrière, pendant qu'il exécute une forte inspiration. Pendant l'expiration, il ramène les bras en avant et les croise sur la poitrine, exerçant une compression sur les côtes avec ses mains placées au niveau des aisselles.
4. — Le sujet, toute la partie postérieure du corps appuyée contre un poteau vertical, exécute des exercices d'extension du tronc, des mouvements d'élévation et d'abaissement des membres supérieurs, des mouvements de rotation du bassin.
5. — Le sujet debout, les pointes des pieds légèrement tournées en dehors, les mains derrière la tête, les coudes à angle droit par rapport au tronc, se tient sur la pointe des pieds, plie les genoux et les hanches, se relève ensuite en maintenant le dos aussi droit que possible. Suivant les indications, dans les cas d'asymétrie du bassin, on recommande des flexions, avec abduction ou adduction, de l'un des membres inférieurs.
Les exercices d'équilibre sur les membres inférieurs (Delpech), le port de fardeaux légers sur la tête pendant la marche sur une planche étroite (appareil de Nycander), ou sur le bord d'une planche placée de champ, la marche et la course sur la pointe des pieds sont utiles, en apprenant aux sujets à coordonner leurs mouvements et à corriger leurs attitudes vicieuses.
Les exercices de suspension avec les bras au trapèze, aux échelles, etc., sont le plus souvent nuisibles et ne doivent être que très rarement recommandés. Plusieurs exercices de la gymnastique ordinaire, exécutés avec les bras (rétablissements, etc.), développent inégalement les muscles et aggravent les courbures scoliotiques.
Nous considérons, de même, comme dangereux les exercices de gymnastique exécutés avec des poids placés dans les mains du sujet.
Récemment, J. Teschner (de New- York) a recommandé, pour le traitement des déviations vertébrales, des exercices de gymnastique exécutés devant une glace, le sujet ayant dans ses mains des barres de fer ou des haltères, dont on élève graduellement le poids de 2 à 78 livres, jusqu'aux limites des forces du sujet.
Les exercices, la plupart symétriques, consistent en divers mouvements des membres supérieurs et inférieurs, en des flexions et des extensions du tronc.
Les exercices avec des poids exposent au surmenage des muscles et à l'aggravation des courbures scoliotiques. Ils ne conviennent que dans quelques cas très particuliers, pour la correction des altitudes vicieuses.
Les exercices respiratoires sont la base des exercices de gymnastique générale à recommander dans le traitement des scolioses. Nous avons indiqué les rapports des déformations thoraciques avec les scolioses et étudié l'insuffisance respiratoire des scoliotiques; de là, la nécessité de modifier, dans certains cas, la forme de la cage thoracique et d'augmenter la capacité pulmonaire. Nous avons déjà signalé quelques exercices de gymnastique respiratoire, actifs ou passifs, qui s'exécutent principalement grâce à l'élévation alternative des bras. Nous recommandons encore les exercices suivants :
1. — Le sujet, couché sur le dos, sur un rouleau ou un coussin très dur placé au-dessous des épaules, dans la position de la figure 148, exécute des inspirations lentes et profondes par le nez, des expirations lentes par la bouche. Les mains du chirurgien, placées à plat sur les parties latérales du thorax, exercent, à certains moments, des pressions d'opposition aux mouvements respiratoires.
Les bras du sujet, verticalement élevés, puis reprenant la position horizontale, accompagnent les mouvements d'inspiration et d'expiration (inspiration pendant l'élévation verticale des bras, expiration pendant l'abaissement).
2. — S'il existe une déformation thoracique unilatérale, le sujet est couché latéralement sur un rouleau en bois correspon-
dant au côté non déformé. 11 exécute des mouvements étendus d'inspiration et d'expiration, le bras, du côtéthoracique déformé, étant élevé pendant l'inspiration, abaissé pendant l'expiration.
Fig: 148.
Les mouvements du thorax et des membres supérieurs peuvent être passifs, le chirurgien, tenant les mains du sujet, élève et abaisse les membres supérieurs, pendant l'inspiration et l'expiration.
Fier. 149.
3. — Le sujet étant dans le décubitus dorsal, Je chirurgien soulève le thorax et, pendant l'inspiration, lui fait prendre, ainsi qu'au rachis, une forme arquée, à l'aide de son poing fermé,
disposé suivant les indications delà figure 149; puis il laisse reprendre lentement au tronc sa position primitive, pendant l'expiration. Cet exercice respiratoire est aussi un excellent correctif de la cyphose dorsale.
4. — Le sujet étant assis sur un tabouret, le chirurgien debout, devant ou derrière, saisit le thorax au-dessous des aisselles et exécute des mouvements de soulèvement, pendant l'inspiration et l'expiration.
S'il existe une déformation thoracique unilatérale, le chirurgien soulève le thorax et le fléchit, en même temps, latéralement vers le côté qui n'est pas déformé.
5. — Le sujet étant dans la même position que dans l'exercice 4, le chirurgien, placé derrière, le saisit par les bras, au niveau de l'épaule, en passant sous l'épaule ; il appuie le dos du sujet contre sa poitrine et attire fortement les bras en arrière, pendant l'inspiration, dilatant ainsi la poitrine, et la faisant bomber en avant.
Les exercices de balancement latéral, de rotation rapide et de
Fig. 150.
rotation alternative du tronc, les exercices avec projection rapide des bras vers la gauche, à la façon du faucheur, augmentent la mobilité thoracique.
EXERCICES GÉNËUAUX.
Les exercices respiratoires peuvent être exécutés avec divers appareils, avec notre appareil à ramer (fig*. 150 et 1.51), avec l'excellente chaise respiratoire deRosbach (d'léna),que nous employons journellement.
|fe Les figures 152 à 155 indiquent la disposition et le mode de fonctionnement de cet appareil.
On peut encore faire des exercices respiratoires avec divers
Fig. 151.
modèles de spiromètres. Nous nous servons, dans notre pratique, du spiromètre de Joal.
En dehors de l'influence favorable sur l'état général, les exercices respiratoires, ainsi que nous l'avons constaté par des recherches spirométriques très précises, augmentent, d'une façon notable, la capacité respiratoire des poumons. Combinés avec les manipulations de redressement, ils modifient la forme de la cage thoracique, si les sujets sont encore jeunes, si les os sont flexibles et si la déformation n'est pas très ancienne.
Les exercices respiratoires élargissent le thorax, augmentent sa mobilité, rendent plus active la circulation cardiaque et pulmonaire.
Parmi les appareils de gymnastique qui permettent de fortifier les muscles du tronc et de produire l'amplialion de la cage
thoracique, citons le char de Pravaz, l'appareil de Paz-Burlot,
les appareils déZander,de Nycander, de Beely (fig.156 et fig.157).
Citons encore les exercices avec les cordes parallèles et
Fig. 152 et 153. — Chaise respiratoire de Rosbach.
Fig. 154 et 155. — Chaise respiratoire de Rosbach.
inclinées de Delpech, avec la roue de Ch. Heiser, avec la marcheuse orthopédique de A.-L. Petit.
Pendant l'exercice de la roue de Ch. Heiser, le sujet doit faire tourner l'appareil avec la main du côté opposé à la convexité scoliotique.
La marcheuse de A.-L. Petit est disposée de telle sorte que le sujet peut exécuter des exercices de marche sur des cylindres,
pendant que le rachis est redressé et que les attitudes vicieuses
sont corrigées.
L'équitation et l'escrime doivent être rangées dans la catégorie des exercices nuisibles au scoliotique. L'escrime, surtout recommandée par Lachaise, et plus récemment par Félizet et par Lagrange, est très difficile à surveiller dans ses effets sur le ra-
Fig. 156. — Appareil de Beely.
chis. Elle est certainement très dangereuse dans les scolioses à plusieurs courbures ; exceptionnellement, elle peut servir à corriger des attitudes vicieuses ; elle ne convient que dans quelques cas légers, avec des courbures longues uniques et avec position très vicieuse des épaules. Elle doit être, dans ces cas, pratiquée du bras qui répond à la concavité.
L'exercice de la bicyclette, avec attitude vicieuse du sujet, siège trop élevé dans l'axe des pédales, guidon trop bas, fatigue et surmène les muscles vertébraux, affaisse et courbe la colonne
vertébrale. A l'aide de certaines dispositions du siège et du guidon, on peut cependant incliner et courber la colonne vertébrale dans un sens déterminé (Kiliani, Hallipré).
On peut mettre à profit ces intéressantes et utiles indications, lorsque le jeune scoliotique demande avec insistance à continuer ses exercices vélocipédiques ; mais nous ne pensons pas que l'on
,^tïr
Fig. 151
Le même, en action.
doive, de parti pris, recommander l'exercice de la bicyclette, avec des positions spéciales du siège ei du guidon, aux sujets atteints de déviations vertébrales.
La position assise sur le siège de la bicyclette est peu favorable au bon fonctionnement des muscles vertébraux. Les attitudes vicieuses sont difficilement corrigées et maintenues en correction par des positions statiques spéciales.
Terminons ce chapitre en indiquant, d'après noire expérience de plusieurs années, la valeur et les indications de la gymnastique dans le traitement des scolioses.
Les exercices iï auto-redressement et de redressement actif ont une action très favorable sur les attitudes vicieuses et sur les simples llexions observées au début des scolioses.
Les exercices spéciaux de gymnastique, en fortifiant les muscles dorsaux vertébraux, en agissant plus particulièrement, dans quelques cas, sur certains muscles affaiblis, corrigent rapidement les attitudes vicieuses.
Ils modifient avantageusement la flexion, l'inclinaison latérale du tronc, l'inclinaison dorso-lombaire, les positions vicieuses des épaules, du bassin et des membres inférieurs. Ils améliorent l'aspect général du tronc, et, en agissant sur les flexions vicieuses, enrayent les progrès des courbures vertébrales. Ils donnent aux sujets des muscles capables de maintenir le redressement et la correction des difformités obtenus par d'autres méthodes, particulièrement par le traitement mécanique et par le redressement forcé.
Ils sont de puissants agents du traitement dit antistatique, en plaçant les sujets dans des attitudes corrigées favorables au redressement.
Us produisent le redressement temporaire des courbures, lorsque la scoliose est flexible ou qu'elle a été rendue flexible par la mobilisation passive.
D'après nos recherches, nous admettons le redressement des courbures par la contraction de certains groupes musculaires, mis en action dans des exercices spéciaux.
Il est incontestable que la répétition de certains mouvements, les attitudes prolongées, en attitude inverse, redressent les courbures et arrêtent les progrès des déformations osseuses.
Les exercices gymnastiques modifient peu la rigidité du rachis scoliotique. Quelques exercices passifs, surtout s'ils sont exécutés avec des appareils spéciaux, produisent cependant une légère mobilisation du rachis ankylosé et l'assouplissement des parties molles, rétractées du côté de la concavité des courbures.
La kinésithérapie, agissant surtout par l'action musculaire, n'a que peu d'influence sur V élément déformation ; elle ne peut à
elle seule, modifier la forme des os, corriger les déformations vertébrales et thoraciques, agir efficacement sur la torsion vertébrale.
Les exercices respiratoires, combinés avec des manipulations, modifient cependant la forme de la cage thoracique, chez les sujets jeunes dont les os sont mobiles et flexibles.
Les exercices de gymnastique généraux sont très utiles en fortifiant tout le système musculaire, en agissant plus particulièrement sur les muscles vertébraux et thoraciques, en améliorant l'état général des sujets.
Nous considérons, en conséquence, que le traitement gymnastique a une assez grande valeur et de nombreuses indications.
Appliqué seul, sans adjonction d'autres méthodes thérapeutiques, il ne convient que dans les scolioses au début, dans les cas caractérisés surtout par des attitudes vicieuses et par l'asthénie des muscles vertébraux.
Combiné avec d'autres méthodes de traitement, qui s'adressent à l'élément ostéo-articulaire, il est indiqué à presque toutes les périodes de la déformation. Il est un adjuvant indispensable de ces méthodes.
Il est souvent très utile dans les scolioses rigides, à une période avancée, en fortifiant les muscles du tronc et de la poitrine, et en permettant ainsi d'atténuer les troubles circulatoires et respiratoires.
Les manipulations, qui agissent sur le squelette et sur les articulations vertébrales ankylosées, doivent être différenciées des exercices de gymnastique, qui ont pour base l'action musculaire et les mouvements actifs du sujet. Elles doivent être rapprochées des manœuvres de force que nous recommandons dans notre méthode de traitement des scolioses.
Elles ont pour but :
De mobiliser le rachis ankylosé ;
D'assouplir les parties molles du côté concave ;
De redresser temporairement les courbures scoliotiques ;
De corriger l'inclinaison du tronc, la torsion vertébrale et les difformités thoraciques.
Qu'il s'agisse de redressement par la main ou par les machines, les pressions correctives doivent s'exercer d'après les principes indiqués par la mécanique et par l'étude anatomopathologique des scolioses.
Les points d'application de la force de pression, la direction des pressions, varient suivant les cas. Les pressions sont exercées, le plus souvent, au niveau du sommet des courbures ou aux extrémités de l'arc vertébral. On peut encore agir sur le rachis, par voie indirecte, en exerçant des pressions sur les côtes, pressions qui sont transmises par l'extrémité verlébrale costale et modifient les courbures et la torsion.
Aux pressions directes, sont combinées, dans un grand nombre de cas, des pressions de torsion et des mouvements de circumduction du tronc.
La direction des pressions et leur point d'application varient suivant la variété de ladéformationthoracique et de lagibbosité.
Dans la forme la plus fréquente, le thorax étant obliquement rétréci, les pressions sont faites aux extrémités du grand diamètre diagonal, suivant une ligne oblique dirigée d'arrière en avant.
Si le thorax est transversalement et unilatéralement rétréci, une main presse en avant, près du sternum, du côté de la convexité, l'autre main appuie sur la partie latérale du thorax, du côté de la concavité.
On peut encore, clans les cas &1 aplatissement très marqué d'un côté du thorax, presser en avant au niveau ou près du sternum et en arrière, du côté de la convexité, dans un point correspondant de la paroi postérieure du thorax.
Les pressions sont exercées avec la paume de la main ou, dans quelques cas, avec l'extrémité des doigts. La main du chirurgien, iléchie à angle droit sur l'avant-bras, doit agir avec souplesse et légèreté. Les pressions ne doivent pas être brusques, douloureuses ; elles augmentent graduellement d'intensité, pour diminuer ensuite progressivement.
Pratiquées avec prudence et suivant une technique régulière, les manipulations sont exemptes d'inconvénients.
La façon de pratiquer les manipulations est très variée. Assez souvent, les manipulations sont exécutées pendant des mouve^ ments actifs ou avec résistance des sujets.
Dans notre pratique, nous recommandons les principales manipulations suivantes :
1. — Le sujet étant étendu aplat ventre sur un plan résistant, le chirurgien, placé du côté de la convexité, l'extrémité des doigts des deux mains dirigés perpendiculairement au plan du dos, dans la gouttière vertébrale du côté de la convexité, repousse les corps vertébraux et les apophyses épineuses, en redressant autant que possible la courbure scoliotique. Pendant ces manœuvres, un aide immobilise le bassin, et exerce une légère pression et une contre-résistance au niveau du sommet de la convexité de la courbure de compensation.
2. — Le chirurgien se place ensuite du côté de la concavité et accroche, avec ses doigts recourbés, les apophyses épineuses, du côté de la convexité, les tirant vers lui et produisant un mouvement de mobilisation et de redressement analogue au précédent.
3. — Le sujet étant étendu à plat ventre {scoliose dorsale à con-
Fig. ir>s.
vexité gauche) (fig.158), le chirurgien à gauche, du côtédela gibbosité, exerce avec la paume delà main gauche, sur laquelle appuie
la main droite, de fortes pressions exactement dirigées suivant le diamètre allongé du thorax, c'est-à-dire, dans le cas particulier de scoliose dorsale à convexité gauche, représenté par notre figure, suivant une ligne oblique, allant de gauche en arrière, à droite en avant.
Un aide peut exercer une contre-résistance au niveau de la partie antérieure de la poitrine, du côté opposé (gibbosité antérieure) et au niveau du bassin, ou mieux encore une main placée au niveau de la partie latérale droite du thorax au-dessous des aisselles, l'autre main appliquée sur la partie latérale droite du bassin.
Les pressions, dirigées suivant ces indications, redressent la courbure, modifient la forme de la gibbosité et du thorax.
4. — Le chirurgien, dans la position de la figure 459, presse
Kig. 159.
fortement, suivant la direction indiquée plus haut, au niveau de la gibbosité, avec sa main droite, sa main gauche exerçant une contre-résistance au côté droit du bassin du sujet.
5. — Le chirurgien, dans la position de la figure 159, presse avec sa main droite dans le sens du diamètre diagonal allongé, sa main gauche exerçant une contre-résistance à la partie antérieure du thorax, au niveau de l'extrémité antérieure saillante des côtes du côté droit. Il cherche, par des pressions,
à produire un mouvement de détorsion, redressant ainsi la courbure, modifiant la forme des côtes et augmentant le diamètre diagonal raccourci.