‹ Traité pratique des maladies cancéreusesChapitre 39 sur 77 · CANCER DU PALAIS , DES AMYGDALES ET DU PHARYNX · texte numérisé non relu

CANCER DU PALAIS , DES AMYGDALES ET DU PHARYNX

§ 1er. Anatomie pathologique,

Le cancer du palais prend quelquefois son origine dans sa partie osseuse. Il sera question de cette forme à l’occasion du cancer des os. Le plus fréquemment , il se développe dans les parties molles , dans le tissu sous-muqueux , ou dans l’épaisseur même du voile du palais, dans les diverses couches de ses éléments anatomiques. En général, on n’est appelé à examiner cette maladie qu’à une période déjà trop avancée, pour pouvoir toujours préciser d’une manière bien exacte son point de départ,

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Nous distinguons surtout deux formes dont la plus fréquente, celle d'une tumeur diffuse, montre des limites peu nettes. Parfois la base est plus circonscrite, mais on ne la trouve guère assez étroite pour pouvoir considérer cette tumeur comme pédiculée, caractère plus spécialement propre aux polypes. La seconde forme, plus rare, est celle du cancer enkysté que nous avons eu occasion de rencontrer deux fois. La tumeur alors développée dans le tissu sous-muqueux fait saillie au-dessus du voile du palais et montre même une certaine mobilité. Le volume est variable ; nous avons vu le cancer enkysté atteindre celui d’un oeuf de pigeon. Le cancer diffus tend ordinairement à être volumineux, occupant peu à peu la partie postérieure de la bouche, dans toute son étendue, et envahissant les parties situées au-dessus de l’ouverture supérieure des organes respiratoires et digestifs. De là proviennent même ses principaux symptômes fâcheux. La surface de ce cancer montre , lorsqu’elle est intacte , une teinte rouge foncée allant jusqu’au violet. Lorsque le cancer est ulcéré, ce qui n’est pas le cas le plus fréquent , l’ulcère présente des végétations fon- .gueuses, molles, rougeâtres, saignant facilement. On observe quelquefois dans le carcinome du palais une altération assez curieuse des rapports de position du voile du palais. La production acciden- I telle, après avoir poussé celui-ci d’abord vers la base de la langue, le fait ensuite saillir en avant et le pousse peu à peu tellement dans cette direction qu’il finit par former un angle aigu avec les parties osseuses du palais : dans un cas très remarquable observé par M. Durand-Fardel, des adhérences avaient commencé à s’établir entre la muqueuse du voile et celle de la voûte palatine. La consistance de ces carcinomes est généralement plutôt molle ; il est cependant i bon de noter qu’elle est plus élastique et plus ferme sur le vivant,

1 qu’après l’extirpation ou à l’autopsie, ce qui provient de ce que la tumeur renferme, pendant la vie, une quantité plus grande de sang; parfois ce tissu cancéreux, mou et élastique, renferme des portions plus dures et plus consistantes, mais nous y rencontrons généralement plutôt la forme encéphaloïde que la forme squirrheuse. Lorsqu’on examine cette substance sur une coupe fraîche , on v trouve une teinte d’un jaune mat, une vascularité très peu notable, et tantôt une charpente fibreuse très apparente, remplie d’une substance molle, tantôt une substance d’une mollesse uniforme , sans fibres ; distinctes à l’œil nu. Une légère compression fait toujours sortir aisément une quantité abondante de suc cancéreux blanchâtre, trouj Lie et lactescent, dans lequel le microscope fait reconnaître de nom-

breux globules cancéreux, ronds ou allongés , ayant de 0mm,015 à 0mm,02, et renfermant un noyau de 0mm,01 à0mm,015. Les noyaux atteignent surtout ce dernier diamètre lorsqu’ils ne sont pas entourés d’enveloppes ; parfois celles-ci les entourent si étroitement , qu’il faut le secours de forts grossissements pour en reconnaître l’existence. Les noyaux renferment toujours des nucléoles volumineux de 0n,m,0025 à 0mm,0033 , ternes et opaques dans leur intérieur. Dans un cas , nous avons rencontré des noyaux offrant seulement en moyenne 0mm,0075. On trouve, en outre, dans ce tissu, des fibres cellulaires, des éléments graisseux, de la cholestérine, etc. Ce cancer peut parfois s’étendre aux piliers et même aux amygdales; d’autres fois il fait disparaître ces parties par compression. Parfois les glandes lymphatiques du cou, de la région sous-maxillaire ou des autres régions du cou, se tuméfient et deviennent cancéreuses. L’infection générale de l’économie , avec dépôt de matière cancéreuse dans d’autres organes , n’a ordinairement pas lieu dans le cancer du palais , ce qui ne peut s’expliquer que par la terminaison funeste avant que l’infection générale puisse s’opérer. Parmi les lésions concomitantes non cancéreuses, on a signalé la pneumonie, qui , ainsi que la pleurésie, termine souvent les maladies chroniques les plus diverses. Dans le cas de M. Durand-Fardel, cité plus haut, une tumeur ossiforme volumineuse a été trouvée dans la substance du cœur.

Le cancer des amygdales est une affection rare. Il est tantôt primitif, tantôt secondaire. Ce dernier point n’est pas toujours aisé n décider, et les observations que nous avons consultées à ce sujet ne renfermaient pas de détails suffisants sur la succession dans le tdéveloppemènt des diverses tumeurs cancéreuses trouvées à l’autopsie. Le cancer peut occuper une amygdale ou les deux à la fois ; on le rencontre ordinairement sous forme de tumeur développée dans l’épaisseur de ces glandes, et, à une période plus avancée, il se présente sous l’aspect d’un ulcère étendu qui offre tous les caractères de l’ulcère carcinomateux. Nous avons observé cette forme chez une femme très âgée qui a succombé dans l’espace de quelques mois à cette maladie, sans présenter à 1 autopsie de localisation de cancei dans d’autres organes. Les glandes du cou se tuméfient aussi dans cette affection et deviennent le siège de dépôts cancéreux. Des tumeurs cancéreuses peuvent , en outre, se développer dans le voisinage du dépôt primitif, ce dont Lobstein cite un exemple curieux.

Le cancer du pharynx est une maladie d autant plus mal connue,

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