II. TUMEURS MULTIPLES
Os seuls 2
Méninges seules 2
Masse encéphalique seule, 6
Os et méninges. 2
Méninges et cerveau. . 3
Total
Nous avons exclu de ce tableau les 4 cas d’anévrismes que nous avons plutôt fait entrer dans nos notes pour la partie pathologique que pour l’anatomie; car elles produisent des symptômes en tout analogues à ceux des tumeurs méningiennes de la base. Ces 4 anévrismes avaient leur siège : 1 fois dans le tronc basilaire, 1 fois dans l’artère communicante postérieure , 1 fois dans l’artère cérébrale postérieure , et 1 fois , enfin , dans les deux carotides internes , de chaque côté de la selle turcique.
Nous arrivons à un point capital de ce travail , à la détermination de la structure de toutes ces tumeurs que l’on a assimilées au cancer, manière de voir qui a même été adoptée par M. Cruveilhier, qui est ordinairement si sagace à séparer du cancer tout ce qui ne lui appartient pas en propre.
STRUCTURE DES TUMEURS CÉRÉBRALES CANCÉREUSES ET D APPARENCE CANCÉREUSE.
Nous donnerons dans cette partie nos propres observations presque exclusivement , vu que la plupart des laits [empruntés même aux meilleurs auteurs sur cette matière sont trop incomplets sous le rapport de la détermination de la nature du tissu.
Nos observations nous montrent que sur 21 cas , dans 9 il s’agissait incontestablement de tumeurs fibro - plastiques , et nous avons la conviction que bien souvent des tumeurs de ce genre ont été confondues avec le cancer; car, dans tous les cas dont il s’agit, des hommes de mérite avaient commis cette erreur. Nous indiquerons , du reste , bientôt qu’indépendamment de la structure microscopique différentielle, bien d’autres caractères encore montrent la nécessité de séparer ces productions de celles de nature carcinomateuse. Dans 8 cas nous avons pu mettre hors de contestation la nature vraiment cancéreuse de ces tumeurs , ce qui prouve qu’on irait également trop loin si l’on voulait trop étendre la séparation sur laquelle nous venons d’insister. 1 fois nous avons trouvé des tumeurs épithéliales à la surface interne de l’arachnoïde pariétale ; 1 fois nous avons rencontré une tumeur fibrineuse à la base, et 2 fois, enfin, des anévrismes dans les artères cérébrales. Nous rappellerons de nouveau ici que nous excluons complètement dans cette analyse les tumeurs tuberculeuses , hydatiques , les altérations provenant d’épanchements sanguins circonscrits et les abcès enj kystés.
Nous avons été obligé de mettre beaucoup de réserve à adopter la détermination des auteurs sur la nature des tumeurs chaque fois qu’ils n’entouraient pas leur opinion de preuves suffisantes et de détails exacts. Nous dirons qu’à part les 4 cas d’anévrisme , dont 2 nous appartenant , à part les 21 cas de nos observations propres , nous ne trouvons , pour les 73 cas qui restent des 98 , que 12 dans lesquels la nature des tumeurs nous a paru déterminable : 5 fois c’étaient des tumeurs fibreuses , 6 fois des cancers , et 1 fois une tumeur dans le plexus choroïde qui présentait tous les caractères des tumeurs érectiles.
11 ne reste donc ici à décrire avec quelques détails , que la structure des tumeurs cancéreuses et des tumeurs fibro -plastiques , les unes hétéromorphes et substituant un tissu nouveau à ceux au milieu desquels elles se développent; les autres consistant bien plus dans un épanouissement hypertrophique, fibro~p7astique et plus ou moins
vascularisé, d’une portion restreinte des éléments normaux fibrocelluleux et vasculaires des méninges.
1° Les tumeurs cancéreuses crâniennes et intra-crâniennes se composent, le plus souvent, d’un tissu mou et encéphaloïde, et présentent plus rarement l’apparence dure du squirrhe , variété que nous avons plutôt rencontrée dans les tumeurs cancéreuses de la dure-mère que dans celles des autres parties. L’élément fibreux, dans ces cas , est plus abondant. On rencontre enfin un tissu intermédiaire entre le cancer dur et le cancer mou , d’aspect et de consistance lardacés. Le tissu encéphaloïde est ou mou et jaunâtre, ou d’un gris rosé ou d’un rouge violacé tirant quelquefois sur la teinte lie-de-vin , à cause du mélange du tissu cancéreux très vasculaire avec des épanchements sanguins.
Ces tumeurs forment des masses isolées, plus rarement une infiltration diffuse qui alors occupe ordinairement une portion assez étendue d'un des lobes cérébraux ou cérébelleux. La multiplicité des tumeurs n’est pas rare lorsqu’elles sont cancéreuses. Quanta leurs dimensions, nous les avons vues varier entre celles d’un petit pois et celles du poing d’un adulte et au delà. Les tumeurs les plus volumineuses siégeaient autour de la partie convexe du cerveau ; celles dé la base étaient généralement de dimension moyenne; les plus petites, enfin, étaient celles qui se trouvaient dans la substance de la protubérance et de la moelle allongée , parce qu’elles tuent avant d’atteindre un volume considérable. Quant à la forme , il y a une variété qu’il faut signaler : c’est celle qui consiste en plaques étendues de tissu cancéreux, qui, d’un côté, dépriment les lobes du cerveau , et qui , d’un autre côté, tendent à perforer les os du crâne; leur forme aplatie tient évidemment au manque d’espace et à la conformation des parties entre lesquelles elles se développent.
Les éléments microscopiques ont été généralement caractéristiques. Dans 6 observations détaillées de ce genre, nous trouvons de grands noyaux et de grands nucléoles et des parois cellulaires de forme variée, quelquefois fusiformes. La dimension moyenne des cellules a été de 0mm,02. Il n’y avait que les cellules mères qui fussent plus volumineuses. Les noyaux variaient en moyenne entre 0mm,0125 et 0“m,015. Les nucléoles variaient entre 0"‘m,0025 et 0mn> ,0033 . Plusieurs fois nous avons rencontré des granulations d’un jaune terne au milieu du tissu cancéreux. Les cellules alors avaient subi l’infiltration granuleuse. Dans une tumeur hématode et hémorrhagique des méninges , les cellules cancéreuses étaient générale-
ment de petite dimension. Elles variaient entre O™111, 01 et 0nim,0125; Iles noyaux oscillaient entre Omm, 0075 et 0mra,01; les nucléoles avaient leurs dimensions ordinaires. L’épanchement hémorrhagique, enfin , dans ce cas, présentait de fort beaux globules hématiques formés d’une enveloppe cellulaire transparente et de globulins d’un jaune irougeâtre dans leur intérieur. Il y avait, en outre, quelques cristaux [hématiques.
Dans plusieurs de nos dissections, nous avons rencontré des portions de tissu cancéreux assez étendues, d’un jaune pâle et terne, et qui n’étaient autre chose que le tissu phymatoïde que nous avons déjà ■plusieurs fois eu occasion de décrire. Nous trouvons , enfin , dans les Bulletins de la Société anatomique (1), une observation fort remarquable, recueillie par M. Durand-Fardel, dans laquelle le tissu mancéreux d’une tumeur des méninges, ainsi que de plusieurs autres .organes de l’économie, était entièrement composé d’une substance de couleur vert-pomme. Nous venons d’observer un cas analogue ifmars 1851).
2 ’ Les tumeurs fibro-plasliques intra-crâniennes montrent, dans lia majorité des cas, une connexion assez intime avec les méninges. 1 Elles prennent tantôt leur origine de la dure-mère, tantôt de l'arachnoïde, et elles offrent cela de particulier qu’elles ne contractent guère i’adhérences avec les parties voisines et qu’elles n’exercent, en aucune façon , sur les tissus qui les entourent, ce mode d’extension substitutive que nous connaissons aux tumeurs cancéreuses. Elles
[peuvent comprimer le cerveau , le cervelet, les nerfs et les os, creuser dans les organes voisins des gouttières et des cavités , mais sans y entraîner la moindre altération fibro-plastique. Leur forme est ordinairement arrondie, tantôt plutôt sphérique, tantôt ovoïde. Ul n’est pas rare de voir leur surface présenter un aspect mamelonné.
■ 2n les disséquant avec soin, on arrive souvent à un point d’implan- .ation beaucoup plus étroit que le reste de la tumeur constituant jarfois un véritable pédicule et paraissant former un épanouissement Hypertrophique, pour ainsi dire, d’une portion circonscrite des iriemiranes du cerveau. Dans une de nos observations, l’origine était plus ’ranchement diffuse, et cela s’expliquait par le point de départ , car '.'était une tumeur fibro-plastique du péricrâne, production morbide ôrt étendue, plate, d’un rouge sarcomateux, parsemée de réseaux isseux , dépourvue de tout suc trouble, et ne montrant à l’examen
(l) Bulletin f de ta Société anatomique , t. XI, p. 198-199.
microscopique que des éléments propres au tissu fibro-plastique. Le siège de ces tumeurs, lorsqu’elles sont intra-crâniennes , et c’est là le cas de beaucoup le plus fréquent, est plutôt la base du cerveau que sa partie convexe. Leur volume varie entre celui d’une noisette et celui d’une grosse noix, quelquefois au delà. Entourées d’une enveloppe fibro-celluleuse, vasculaire , à surface mamelonnée ou tabulée , elles offrent déjà extérieurement une coloration variée dans laquelle on voit alterner des portions jaunes, rosées, rouges, et, dans des cas pas trop rares, un tissu d’une teinte verdâtre. Cette diversité de coloration devient plus manifeste encore sur une coupe fraîche ; celle-ci fait reconnaître , en outre , l’absence de tout suc trouble et lactescent , et ce tissu , ordinairement d’une bonne consistance élastique, ne fournit ordinairement , même à une forte pression , qu’un suc transparent , quelquefois accidentellement teint de sang. La consistance est quelquefois différente dans les diverses parties d’une même tumeur, ce qui est alors en rapport avec le degré de vascularité. Celle-ci est-elle prononcée , et le tissu d’un rouge plus ou moins vif, la consistance est molle, et elle devient d’autant plus ferme, que l’élément vasculaire diminue et que l’élément fibreux, au contraire, prend le dessus. Nous trouvons dans les auteurs des observations où l’aspect fibreux était tellement général, que la tumeur était comparée aux corps fibreux de l’utérus. M. Andral a même trouvé, dans une tumeur iriéningienne de cette espèce, les concrétions calcaires si fréquentes dans les tumeurs fibreuses de la matrice.
A ces caractères physiques : délimitation nette par rapport aux tissus et aux organes voisins, origine par épanouissement méningien, absence de suc lactescent, vient s’ajouter le témoignage de l’analyse microscopique qui fait constater l’absence de tout élément cancéreux, et l’existence constante, au contraire , de tous ceux que nous rencontrons journellement dans les productions fibro-plastiques. Ce sont de petites cellules , rondes ou ovalaires , dépassant à peine 0mm,012, renfermant un très petit noyau de 0mm,005 ; on y voit, de plus , de nombreux corps fusiformes , étroits , munis d’un noyau ovoïde , aplati , et dans l’intérieur duquel le nucléole n’est marqué que comme un petit point noir. Toutes les formes intermédiaires enfin , entre la fibre et les corps fusiformes, s’observent dans ces tumeurs. Nous y avons rencontré aussi ces grandes cellules a noyaux très petits et très nombreux, que nous avons signalées ailleurs dans les tumeurs fibro-plastiques provenant du périoste ou de l’os, cellules qui se distinguent bien aisément des cellules mères du
CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DU CERVEAU. 757 cancer par leur aspect, ainsi que par leurs dimensions et l’aspect de leurs petits noyaux.
Le tissu jaune -verdâtre que nous avons plusieurs fois observé dans ces tumeurs devait sa coloration en partie à l’existence de matières grasses se présentant sous l’aspect de vésicules opalisantes offrant tous les caractères de vésicules graisseuses et n’en différant que par la nuance de leur coloration. La vascularité de ces tumeurs est, nous l’avons vu , non seulement variable d’une tumeur à une autre , mais même dans les diverses parties d’une tumeur. Dans celles qui sont mamelonnées ou lobulées , on voit quelquefois des réseaux de vaisseaux autour de chaque mamelon.
Une observation attentive démontre donc que des caractères distinctifs incontestables séparent les tumeurs intra-crâniennes fibroplastiques, de celles de nature cancéreuse, caractères auxquels nous pouvons encore ajouter celui de la multiplicité de ces dernières tumeurs dans d’autres points de l’économie, lorsque la tumeur cérébrale est vraiment carcinomateuse, tandis que les tumeurs fibro-plastiques des méninges sont ordinairement les seules de l’économie.
Nous n’avons que peu de remarques à ajouter sur les autres tumeurs que nous avons fait entrer plus haut dans notre analyse. Les deux anévrismes dont nous avons déjà signalé le siège avaient le volume d’une petite noisette et une structure en tout conforme à ' celle des anévrismes dans les autres parties du corps. La seule tumeur fibrineuse non organisée que nous ayons observée à la base du cerveau avait le volume d’un petit œuf, et n’était pas bien régulière de forme. Elle montrait sur une coupe fraîche , dans son centre , un aspect rougeâtre de couleur de sang ; cette couleur allait en diminuant, à mesure qu’on approchait de la périphérie , et par [places même il y avait une coloration jaunâtre. La tumeur avait une consistance plus ferme que l’encéphaloïde ; elle se désagrégeait en grumeaux par une légère compression ; aucun suc ne l’infiltrait. '•Sa structure était fibroïde , c’est-à-dire, composée de couches irrégulièrement fibreuses , ressemblant beaucoup aux concrétions de fibrine coagulée. On apercevait , de plus , de nombreux grumeaux irréguliers qui, par places, offraient une forme régulière de globules ;
| un certain nombre de globules sanguins y étaient restés presque intacts. En un mot, nous, y rencontrons les éléments des tumeurs fibrineuses , avec absence de tissu fibreux , ainsi que de tissu encéphaloïde.
Nous avons rencontré une fois des tumeurs épithéliales de la sur-
758 CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DES CENTRES NERYEUX. face interne du feuillet pariétal de l’arachnoïde, tumeurs petites, molles , rougeâtres , et entièrement composées de vaisseaux et surtout de cellules épithéliales qui présentaient en tous points les caractères de l’épithélium de cette membrane séreuse..
Nous avons observé tout dernièrement un cas fort remarquable de tumeurs érectiles de la substance cérébrale, et nous en connaissons un autre rapporté par Guérard (1). C’était une tumeur qui avait son siège dans le ventricule latéral droit du cerveau , chez une petite fille de trois ans.
Après les détails sur le siège et la structure de ces tumeurs , nous arrivons tout naturellement à la question de leur influence sur l'organe dans lequel elles se développent et sur les nerfs qui en proviennent, question très importante surtout pour expliquer une bonne partie des symptômes dont nous allons donner l’analyse.
Il n’est pas rare de voir la substance cérébrale presque intacte autour de ces tumeurs, surtout si elles proviennent des méninges et se développent à leur surface externe. En outre , une compression lente et tout à fait graduelle peut produire à la longue des dépressions assez marquées de diverses portions du cerveau, sans amener une altération bien notable de' structure. Nous avons surtout rencontré ces sortes de dépressions à la surface convexe des hémisphères et à leur base, ainsi que dans le voisinage du bulbe , de la moelle allongée et des lobes du cervelet. Nous avons vu plusieurs fois les circonvolutions ainsi comprimées s’atrophier et se déplisser pour ainsi dire. Si la structure intime s’altère, l’induration survient quelquefois, mais le ramollissement circonvoisin est l’altération la plus fréquente. Celui-ci présente le plus souvent un aspect rouge et inflammatoire , plus rarement une teinte pâle, et cet aspect comme tremblotant que M. Cruveilhier a désigné comme l’un des caractères du ramollissement gélatiniforme. La gêne que les tumeurs produisent par compression sur la circulation veineuse des méninges fait augmenter sur divers points, selon leur siège, la quantité d’exhalation séreuse sous-arachnoïdienne ou ventriculaire , et il n’est pas rare de trouver les ventricules latéraux distendus par une quantité notable de liquide, dont la quantité peut aller à 100 et à 120 grammes et au delà ; le liquide céphalo-rachidien peut aussi augmenter notablement dans sa quantité.
Une déviation de certaines parties de la base par le développe*
(1) Bulletins de la Société anatomique, t. VIII, p. 223-227.
CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DU CERVEAU. 759 aient de la tumeur s’est rencontrée aussi plusieurs fois clans les faits que nous avons analysés. C’est ainsi que nous avons vu le bulbe rrachidien , les pédoncules cérébraux et cérébelleux déviés de leur position naturelle, les ventricules latéraux déprimés par des tumeurs des hémisphères, le troisième ventricule, enfin, refoulé en haut par '.une tumeur de la base.
Les méninges étaient plusieurs fois partiellement adhérentes les unes aux autres et assez fortement injectées autour des produits accidentels. Quant aux épanchements sanguins dans les méninges ou dans la substance cérébrale, nous les avons plutôt rencontrés à une certaine distance des tumeurs que dans leur proche voisinage. Les épanchements purulents se trouvaient plusieurs fois dans les : méninges comme conséquence de la méningite terminale, et deux fois les abcès enkystés existaient dans le cerveau près des produits accidentels. Nous verrons plus loin qu’un état phlegmasique aigu des membranes de la surface du cerveau se montre souvent pendant les derniers jours de la vie ; mais on ne trouve pas toujours à l’autopsie es altérations correspondantes ; on rencontre un état congestif très inarqué, ainsi qu’une augmentation d’exhalation séreuse, plutôt que des épanchements purulents.
Nous arrivons à présent à l’un des points essentiels de cette esquisse anatomique : c’est l’altération des nerfs cérébraux par suite le la compression exercée par la substance des tumeurs. Malheu- ’eusement les faits que nous avons eu sous les yeux n'ont pas tous ;té complets sur ce point. Toutefois nous avons pu mettre hors de Toute les altérations des nerfs dans un certain nombre de cas où les troubles fonctionnels des sens avaient existé pendant la vie. Les îerls de la base du cerveau étaient tantôt comprimés et aplatis, tanôt atrophiés à leur sortie du cerveau, tantôt, enfin, dans un état de ohlegmasie avec injection vasculaire vive et ramollissement de leur substance.
Dans un petit nombre de cas , enfin , dans lesquels des troubles ensoriels avaient existé, ces altérations matérielles correspondantes l’ont pu être constatées dans ces nerfs. Cela n’a rien d'étonnant , et ’on comprend fort bien qu’une compression légère puisse exister penlant un certain temps et être plus forte même par moments, par .uite d’un état congestif de la tumeur et de ses alentours , sans qu’il r ait un commencement de désorganisation de la pulpe nerveuse. La :ompression, en pareil cas, peut altérer pendant longtemps les foncions, avant d'atteindre moléculairement la structure.
760 CANCER El' TUMEURS NON CANCÉREUSES DES CENTRES NERVEUX.
Vu l’état incomplet d’un certain nombre de nos matériaux sur ce point , nous nous bornerons à signaler les altérations sans le concours des données statistiques.
Les nerfs qui souffrent le plus fréquemment sont , sans contredit , les trois premières paires cérébrales et la cinquième paire. Les nerfs olfactifs ont été plusieurs fois comprimés, aplatis, et même partiellement détruits, tantôt d’un côté, tantôt des deux côtés. Les nerfs optiques avaient éprouvé des altérations ou après leur sortie du chiasma, ou dans ce dernier point, et plusieurs fois l’altération se trouvait plus haut encore dans les parties du cerveau qui donnent indirectement naissance aux nerfs de la vision. C’est cette paire de nerfs qui , sans contredit , souffre le plus souvent. La troisième paire, le nerf moteur oculaire commun , est encore assez souvent malade dans ces cas; c e®t notamment lorsque , pendant la vie , nous avions constaté la paralysie de la paupière supérieure accompagnée de strabisme fixe et externe, que nous l’avons trouvée altérée. La cinquième paire était aussi assez souvent malade, aplatie, en partie détruite , offrant des fibres éparpillées, comprimée dans le ganglion de Gasser. Les altérations de ce nerf se manifestaient toujours par des troubles correspondants dans les fonctions sensorielles et la sensibilité de la face. Parmi les altérations les plus remarquables de ce nerf à son origine , que nous ayons rencontrées dans les faits analysés, nous citerons une observation recueillie par M. Landouzy (1) :
« Sous la tumeur s’engage le nerf trifacial , dont tous les filets , séparés les uns des autres , semblent faire une espèce de réseau qui embrasse sa convexité inférieure. Ses filets nerveux, qui se confondent avec le tissu de la tumeur, au moment où ils forment le ganglion de Gasser , se rendent dans une masse cancéreuse occupant la place du ganglion , et se terminant , comme lui , par les trois nerfs. L’intervalle osseux qui sépare le trou grand rond du trou ovale est détruit.
» La branche ophthalmique a son volume et sa position naturels ; mais à sa sortie du ganglion, dans l’intervalle d’un centimètre environ, elle est complètement unie à la masse cancéreuse qui se prolonge sur elle, et dont il est difficile de la séparer.
» Le nerf maxillaire supérieur paraît n’avoir subi aucun changement ; l'inférieur, qui n’a plus la texture nerveuse, est beaucoup plus volumineux que de coutume : parvenu dans la fosse zygomatique , il
(I) Bulletins de la Société nnntoinii/ne, t.. XIII, p. 340 à 348.
CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DU CERVEAU. 761 .,e confond tout de suite avec la masse cancéreuse qui remplit cette osse, et qui fait suite à la tumeur de la joue.
» La dure-mère qui recouvre la tumeur est modifiée dans sa texure de manière à avoir l’apparence de fibrilles nerveuses , écartées es unes des autres ; le nerf lingual a son volume et sa direction ordinaires ; le nerf facial , à sa sortie du trou stylo-mastoïdien , se perd out de suite dans la tumeur.
» Le ganglion cervical supérieur ale volume d’une grosse amande ; Il comprime l’artère carotide et le nerf pneumo -gastrique. »
Le facial et l’auditif sont souvent altérés ensemble ; si l’un des deux •,eul est malade , c’est de préférence le nerf de l’ouïe. Le glosso-phayngien et le pneumo-gastrique n’ont été trouvés malades, dans nos ibservations, que quand un certain nombre de nerfs avaient été comîrimés à la fois. Nous nous serions attendu , il est vrai , à trouver le meumo-gastrique plus souvent malade à cause de la fréquence des i roubles digestifs, et surtout des vomissements et de l’existence , pas irès rare non plus , d’un ralentissement notable de la circulation. Nous n’avons vu l’hypoglosse qu’une seule fois atrophié et ses racines détruites.
Il n’est pas très rare de voir plusieurs paires de nerfs à la fois omprimées et malades, comme l’optique et l’olfactif, ces deux nerfs i't le nerf auditif ; la troisième et la cinquième paire, la deuxième, la iroisième et la cinquième. Nous ne trouvons qu’un seul fait où presque ous les nerfs de la base du crâne ont été malades. C’est une observaion due à M. Boyer (1).
Il nous reste un dernier point à déterminer dans l’histoire anatonique des tumeurs cancéreuses et non cancéreuses du cerveau : c’est a proportion de la généralisation. Nous trouvons avant tout une absence complète d’infection de l’économie dans tous les cas où la tuneur a été reconnue fibro-plastique , et nous insistons de nouveau out particulièrement ici sur ce point. Il nous reste donc à déterniner la proportion de généralisation pour les tumeurs cancéreuses proprement dites : en éliminant toutes les observations qui, sous e rapport , n’offrent pas des détails suffisants , nous arrivons au hiffre de 48 ; sur ce nombre il y en a eu 16 où des cancers seconlaires ont été observés. Ainsi , dans un tiers des cas, proportion inérieure, il est vrai, au chiffre des cancers les plus infectants, mais :upérieure de beaucoup à celui indiqué dans les auteurs pour le can-
(l) Bulletins de la Société anatomique , t. IX, p. 266 à 271,
762 CANCER ET TUMEURS NON CANCEREUSES DUS CENTRES NERVEUX, cer cérébral , on comprend, du reste, que le mal tue souvent avant que l’infection ait pu avoir lieu. Ce chiffre de 16 pourra encore éprouver une restriction, si l'on élimine 3 cas dans lesquels il est probable que le cancer cérébral a été secondaire , tandis qu'il a été primitif dans les 13 autres. Nous serions évidemment arrivé à un chiffre bien plus élevé, si nous avions compris ici tous les cas dans lesquels la multiplicité des tumeurs existait dans toute l’économie, car nous avons vu plus haut que nous constations déjà 15 cas de tumeurs multiples, rien que pour le crâne, les méninges et le cerveau ; mais nous n’avons voulu faire entrer ici en ligne de compte que les observations dans lesquelles tous les principaux organes du corps ont été examinés avec soin à l'autopsie. Ainsi sur les 15 cas mentionnés plus haut , 10 seulement ont pu entrer dans cette analyse, de même que le nombre de 98 faits se trouve réduit au chiffre de 48.
Dans 5 autopsies, le cancer du cerveau était unique ; mais il y avait plusieurs cancers secondaires dans les parties molles et les os : 1 fois dans les deux poumons, 1 autre fois dans la rate et le tissu cellulaire autour du rectum ; 1 troisième fois dans les poumons , le foie, les reins et l’amygdale gauche ; 1 fois dans le foie et les deux reins; et 1 fois enfin dans le rein gauche et dans un grand nombre d’os du squelette, y compris ceux du crâne.
Dans 3 autopsies, la multiplicité des tumeurs n’existait qu’à la tête ; dans 1 cas, il y avait multiplicité à la fois dans les os du crâne et le cerveau. Chez 4 sujets , les tumeurs multiples existaient dans les os du crâne , les méninges , le cerveau , et sur divers points du squelette et des parties molles. Sur ce nombre il y avait surtout un cas fort remarquable par la multiplicité des dépôts cancéreux qui existaient à la fois à la partie interne de la voûte crânienne , à la surface du cerveau, à la partie postérieure du sternum, sur le trajet des gros vaisseaux, sous la plèvre , dans les poumons , dans le foie, et à la surface du pancréas.
Parmi les 3 cas , enfin , dans lesquels le cancer cérébral était secondaire, il était 2 fois multiple dans le cerveau. Il était, dans le premier cas , consécutif à un cancer du sein ; dans le second à un cancer du pylore , et dans le troisième à un cancer de la matrice.
Nous dirons en terminant qu’outre ces altérations cancéreuses secondaires, l’autopsie nous a révélé plusieurs fois l’existence de ces phlegmasies terminales des voies respiratoires, que l’on observe, du
■este, dans beaucoup d’autres affections cancéreuses, et, en général , dans la période ultime des maladies chroniques les plus diverses.
§ II. Pathologie.
Si la description anatomique des produits accidentels qui nous occupent dans ce chapitre est déjà hérissée de difficultés par rapport •i la détermination du siège précis et de la nature intime de ces tuneurs, il y a des difficultés bien autrement grandes encore lorsqu’il «s’agit de tracer lasymptomatologie de ces maladies ; car ici il est non • seulement nécessaire d’avoir à sa disposition un certain nombre d’observations détaillées, mais il s’agit véritablement de trouver le fil l’Ariane dans ce labyrinthe de confusion, de théories non prouvées* :1e descriptions vagues et toutes plus ou moins empreintes du cachet lie l’imagination.
Pour notre compte, nous avons bien fait quelques efforts pour rnser la corrélation des lésions et des symptômes de ces affections -,ur l’analyse des faits; mais nous sentons vivement combien ce ravail présente encore d’imperfections. Cependant, selon notre hai ûtude , nous préférons de beaucoup montrer les problèmes dans oute leur nudité , que nous servir de la méthode ingénieuse des métaphysiciens , qui savent toujours Cacher, par des raisonnements pécieux , ce qui manque de solidité et de vérité à leurs arguments.
Nous commencerons par la description générale des symptômes des tumeurs cancéreuses et cancroïdes de la boîte crânienne et de son ontenu ; et ce ne sera qu’après avoir tracé cette histoire pathologique générale, que nous donnerons quelques détails sur la valeur les symptômes spéciaux qui correspondent aux altérations des diverses parties constituantes de la masse encéphalique.
Nous analyserons avant tout les signes du début, puis nous passe- ■ons successivement en revue les signes physiques et externes appréciables à la surface de la tête, et ensuite les signes physiologiques ]ui portent sur les grandes fonctions en connexion plus ou moins ■ntime avec les centres nerveux.
Nous nous appuyons dans ce travail sur l’analyse de 90 observations.
Nous trouvons , sur ce nombre de faits , 5 cas dans lesquels la naladie a été tout à fait latente , aucun symptôme spécial n’ayant ait soupçonner l’existence d’une tumeur cérébrale que l’autopsie
seule est venue révéler. Nous reviendrons plus loin avec détail sur ces faits auxquels nous pourrions en ajouter d’autres , dans lesquels une tumeur crânienne seule faisait reconnaître une lésion qui , pendant assez longtemps au moins , ne s’était manifestée par aucun désordre fonctionnel. Il résulte de ce fait , qu’il faut cependant regarder comme tout à fait exceptionnel , que des tumeurs peuvent se développer lentement, graduellement, et se créer, pour ainsi dire, un droit de domicile dans l’encéphale, sans troubler les parties qui les entourent, et cela dans un organe dont les moindres lésions peuvent cependant entraîner des accidents graves.
Avant de passer à l'analyse détaillée, nous allons esquisser les traits principaux de la symptomatologie des tumeurs cérébrales en un tableau succinct.