‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 3)Chapitre 75 sur 144 · FONGL'S DE LA CONJONCTIVE · texte numérisé non relu

FONGL'S DE LA CONJONCTIVE

Sarcosis bulbi. Schwammiehle Exophllialniie, Gcr. Fig. Von Ammon, tlil. Il, lal). 1, fljt. 5, 6 et 7.

La conjonctive est sujette à deux cs])èces d'aflections fongueuses ; aucune d'elles n'est produite par les maladies spécifiques auxquelles nous donnons le nom d'ophthalmies. La première de ces deux afleclions fongueuses a été décrite et figurée par Beer, sous le nom de exoplithahnia fungosa (1). Quanta la seconde, je ne l'ai trouvée décrite dans aucun auteur. Au reste, toutes deux sont rares (2). ^ Symptômes. — La première variété de fongus de la conjoiu'live est d'une couleur rouge foncé, tirant sur le livide; elle allaque surtout

(1) Lfhre von dcn Augcnkrankheilcn, vol. II, pp. 223, XXX, pl. II, lie. 6. Wien, ISI7.

n;:^ V^, ^^■■'m^ dans son Trailnlo <li-lle princii)»!! Malallii- decli

Occlii, vol. II, p. 505. Pavia, 18IG. ^

5G0 MALADIES DE LA CONJONCTIVE

la conjonclive qui l'ocouvrc la scléroliquc, au-dessus de laquelle elle s'élève eu masses ii'régulières, molles, unies; elle naît quelquelbis de. la face iuleriic des paupières, mais jamais de la surface de la cornée. .| Le fongus se trouve néanmoins refoulé par les paupières, vers laj cornée, cl quelquefois à un point tel, qu elle en est entièrement cachée. . Cette alfeclion, (jui n'est point douloureuse, s'accroît jusqu'à ce qu'elles vienne faire saillie entre les paupières et s'ojiposer à leur rapj)roclie- ment. Si on la néglige, elle peut acquérir un volume considérable, et i être quelquefois confondue avec la dernière période de la tumeur i spongoïde (cancéreuse) du globe de l'œil. L'action de l'air transformer en croûte la matière sécrétée par la surface du fongus, tandis quer l'irritation produite par le contact des corps étrangers le rend sensible H et disposé à saigner. La circonférence du fongus s'ulcère quelquefois, .| et ollVe alors l'aspect blanchâtre d'une eschare : des portions de la tu- J meur peuvent ainsi se détruire. Cette maladie a une marche très lente, . et ceux qui en sont atteints offrent l'habitus scrofuleux très pro- noncé.

La solidité de la cornée et de la sclérotique leur ])ermet de résister r pendant un certain temps aux effets de la pression exercée paru la masse morbide qui les entoure, et qui se dirige surtout entre les 8 paupières qu'elle écarte et où elle fait saillie en avant ; mais finalement i le globe de l'œil ressent les effets de la pression : il s'enflamme et crève, ou bien le travail d'ulcération s'étend du fongus à la sclérotique et i détruit l'œil.

La seconde variété de fongus de la conjonctive a une consistance ; presque gélatineuse; elle est d'un jaune clair ou brun. On la rencontre • principalement à la face interne des paupières, surtout de la supérieure, et dans le repli supérieur de la conjonctive. Elle atteint quelquefois un volume considérable, et, bien qu'elle soit molle et privée de i vaisseaux rouges, elle détermine parfois la destruction du globe de i l'œil, par suite de la pression qu'elle exerce sur lui.

A supposer qu'aucune de ces deux affections fongueuses de la conjonctive n'ait un caractère malin, il n'en est pas moins démontré que rien que par leur effets mécaniques, elles peuvent entraîner nonseulement la perte de la vision, mais même celle de la vie. Lors même que l'œil a été détruit par la pression qu'elles exercent, elles peuvent encore continuer à s'accroître, attaquer les os de l'orbite, et user le malade par la douleur et la fièvre. J'ai quelquefois été amené a soupçonner que la seconde variété pourrait bien être de nature cancéreuse (1). Le volume considérable de la tumeur et la texture molle da la masse fongueuse la distinguent suffisamment du cancer épilhelial de la conjonclive; dans cette dernière affection, la conjonctive devient

(i) Canstatt. Uber Markschwamm dts Auges und amaurolisches KaUcnauge, p. il. Wûrzburg, 1851.

TUMEUHS CONJONCTIVALES ET SOUS-CONJONCTIVALES.

comme vemiqueiisc, la paupière s épaissit el s enllanune, cl la parlie finit par s'ulcérer.

Traitement. — Ou retirerait probablement quelques avantages, au début des aflections fongueuses de la conjonctive que nous venons de décrire, de lapplication de sangsues sur la conjonctive et de Icniploi de la teinture vineuse d'opium ou des astringents légers. A une période plus avancée, on songe naturellement aux escliarotiques, surtout au nitrate d'argent à l'état solide. Dans un cas appartenant à la première variété de l'affection, et que j'ai suivi pendant plusieurs années, l'huile de foie de morue à l'intérieur a produit des avantages. Lorsque la maladie continue ses progrès, il faut procéder sans délai à l'extirpation ' du fongus. Dans l'une et l'autre des deux variétés, on se trouvera bien tlo débuter par agrandir l'ouverture palpébrale à l'aide d'une incision partant de son angle externe et se portant vers la tempe, de façon à pouvoir ainsi étaler à la vue toute la portion de conjonctive malade. On procédera alors plus aisément à l'extirpation au moyen d'une pince à (lents et d'un petit scalpel, ou parfois de ciseaux. La première variété de fongus saigne beaucoup au moment où l'on cherche à la détacher d'avec la sclérotique, de sorte que l'aide doit s'être préparé à nettoyer le sang au moyen d'un jet d'eau froide dirigé sur l'œil à mesure que l'opérateur procède à l'extirpation. Lorsque la totalité du fongus a été enlevée, on réunit la commissure des paupières par un point de suture, lorsqu'on a jugé à propos de la diviser. La surface dénudée par suite de l'ablation de la tumeur, fournit du pus au bout d'un jour ou deux et finit par se recouvrir lentement d'une pseudo-conjonctive. On s'opposera à toute tendance à la reproduction par l'application du nitrate d'argent, et l'on se précautionnera contre le symblépharon en imprimant à l'œil de fréquents mouvements et en introduisant un peu depominade adoucissante dans les replis de la conjonctive (1). Lorsqu'on a laissé marcher le fongus jusqu'au point où sa pression a détruit le globe de l'œil, il devient difficile d'enlever le fongus isolément, et il est tout à fait inutile de l'essayer. Il faut, en pareil cas, procéder à l'extirpation de l'œil, en ayant soin d'emporter toutes les portions du fongus qui pourraient naitre de la face interne des paupières.

SECTION XVII

TUMEURS CONJONCTIVALES ET SOUS-CONJONCTIVALES.

Diverses espèces de tumeurs naissent de la conjonctive ou du tissu icellulaire qui l'unit aux parties voisines. Quelques-unes d'entr'elles sont congénitales, d'autres se développent après la naissance.

(1) Voyez un cas (rexcroissancc vasculairc de la conjonclivc, cxlirpée par M. L^^vnE^( l; lUncet January 2G, 1850, p. 126 : raffoclion éiail, .lil-on, de nalur. inaliRnc. Une oL^orivationile RAodans Jones' Oplithalmic Mediciru- and Siirgcrv. p. /lîiGi. London, 18i7.

3()'2 MALADIES DK LA CONJONCTIVR. 1

1. La lii^ure ci-joinle ropi'cscnU! un eus décrit par \v prolesscun Graolb (1), sous lo nom de Tridwsù hulbi. J'ai enlevé une tumeur r,

tout à l'ait semblable et qui occupait exactement la même situation. Elle était solide, , blanche, et il en naissait un grand nombre de poils minces, comme d'une môle. Elle avait' entretenu pendant longtemps la conjonctive i dans un état d'indammalion qui disparut dèsv que la tumeur fut enlevée. Elle était tellement i identifiée avec la sclérotique, que je dus enu laisser la base; mais l'usage de la solution de"' nitrate d'argent la fit disparaître. Chez uneii jeune fille qui se présenta au Glasgow Eye Infirmary, il existait uni. trichosis fixé au bord interne de la cornée et une tumeur mobile à la» commissure externe. M. White Cooper a rapporté un cas dans lequel il I existait un trichosis au bord nasal et un autre au côté temporal délai, cornée (2). Il y avait un poil qui prenait naissance sur une tumeur grais- seuse que j'enlevai de l'œil d'une jeune dame. Elle avait, du mêrae^ côté, des tumeurs congénitales qui lui pendaient de l'auricule (3).

M. Wardrop a décrit et figuré une tumeur du volume d'une fève environ, et dont une petite portion semblait naître de la cornée, tandis que le reste était situé sur la sclérotique, près de l'angle temporal de l'œil; sa surface était unie et recouverte par la conjonctive. Plus de 12 poils très longs et très forts naissaient de sa partie moyenne, passaient entre les paupières et venaient pendre sur la joue. Le sujet de l'observation, qui à cette époque avait 50 ans, fit remarquer que ces. poils ne s'étaient montrés qu'à l'âge de 16 ans, époque ou sa barbe availi aussi commencé à croître (4).

\Obs m - Le docteur W. T. Taliaferro, de Cincinnati, Ohio, rapporte un cas inlé-f ressant'dans lequel il existait une tumeur sous-conjonctivale congénitale sur 1 un et autre. Ses y ux d'u e jeune demoiselle de 15 ans. Ces tumeurs, d'un rouge cla>r a leur base, eta.e . b unes a leur sommet. On les avait aperçues au moment de la naissance et, depuis, elles . Suaient é é continuellement en s'accroissant. Lorsque cette demoiselle s'adressa au doc-

eu T a um u de l'œil gauche avait une base ovalaire dont le plus grand diamètre J m ura cinq lignes, et le plus petit trois lignes et demie; elle avait la forme d'un con .

pTaîiTc ?on six ignés de haiteur. Son plus grand diamètre éta l presque para lele à une gne tirée de l'angle interne à l'angle externe de l'œi^l. A une lumi re modé e , e le recouvrait presque les deux tiers inférieurs de la pupille. De son sommet PBrla.enl d x oj douze poils de seize lignes de long, et d'une teinte plus foncée que les cUs. Conune la Sur naissait de la partie exlerneel inférieure de la cornée, perpendiculairementau globe,

m Journal der Clm-urgic und Augenheilkunde , vol. IV, p. 157. Berlin 1822^ Voye'. , dans Aramon's leitschrift fuv die OplUhal^^olog.e voL II, p. o4o. Dre^don, 1831. Jones Ophlhalmic Me.lici.ie and Snrge.-y, P- ''«f, fig. 82 London, 1847.

(2) Médical Ga/xlle, vol. XXIX, p. 278. London 1841. .ur Icborddclal

ô Voir une observation de lun.eur congcnUa e garnuMle poils nomb. eux, su.

cornée, par Grae-e. Archiv fur Ophlhalinolog.e. 1, 2 p. 28/, iS'ox 4) Mo.-bi.l Analomy of IhcHun.an Eye, vol. 1, p. o2. London, 1819.

TUMKURS COiNJONCTIVALES ET SOUS-CONJONCTIVALES.

,k' l'œil, elle repoussnil lortciiieiU la paupière iiilérieure en ims el en tleliors. La supél ieure é'iait attirée en lias ; elle ne pouvait être que légèrement relevée, et les cils de celte naiipière se trouvaient en contact avec la tumeur et le globe de l'œil. L'action de l'air et lie la lumière déterminait un écoulement abondant, légèrement purulent, qui incommodait cvlrêmemenl la malade. La tumeur masquait les deux tiers inlérieurs de la pupille, et la naupière supérieure l'autre tiers, de sorte que la vue de ce coté était fort empêcliée. La iiimcurdc l'œil droit avait la même forme et la même disposition, par rapi)ort à l'œil, que irile du côté gauclie; elle était de moitié moins grande et ne recouvrait que le sixième iiilérieur de la pupille. Cet œil voyait bien en liaul et dans le sens liorizontal. Les pupilles (Haient plus larges qu'à l'état normal, la gaucbe avait un tiers de plus que la droite. L'éduration de cette demoiselle avait été très dillicile, et sa situation était des plus déplorables. „ On avait toujours conseillé de ne pas toucber aux tumeurs, sous peine de voir les yeux inévitablement détruits. » Après avoir diminué l'activité de la circulation au moyen d'une médecine el de la diète, le docteur T., le l'^'- juin, enleva la tumeur de l'œil gauclie à l'aide du couteau h cornée de Cliarrière, des ciseaux courbes et d'une pince à dents, l/opération fut longue à cause de la vascularisalion excessive de la portion de conjonctive (|iii recouvrait la tumeur et recevait un grand nombre de gros vaisseaux tortueux qui venaient y converger des deux angles de l'œil. La tumeur paraissait formée de lamelles séparées par du tissu cellulaire spongieux. Elle était très coriace. Les lamelles externes de la cornée, probablement par suite de la pression qu'elles avaient eue à souffrir, étaient presque entièrement absorbées à la partie inférieure, et fortement amincies et ramollies dans toute l'étendue occupée par la tumeur. Il était, en un mot, impossible de distinguer où la tumeur finissait et où la cornée commençait; son tissu fut donc fort entamé. Le traitement consista dans des applications froides sur l'œil, des laxatifs, un régime doux, etc., etc. Au bout de liuit à dix jours, la tumeur commença à reparaître. On l'enleva lit' nouveau, et on fit encore des applications froides; l'on fit usage, en outre, d'un collyre avec : nitrate d'argent 2 grains, eau distillée 1 once. La tumeur ne paraissant point arrêtée, on augmenta jusqu'à 20 grains la dose du nitrate d'argent sans en obtenir beaucoup d'aniélioration; on toucha alternativement avec le nitrate d'argent solide et le sulfate de enivre; la cicatrisation commença alors et s'acheva heureusement. A la fin de juin, le docleur T. enleva la tumeur de l'œil droit. On fit pendant plusieurs jours des applications froides et l'on toucha avec le crayon de nitrate d'argent solide. Il ne survint aucun symplôme fâcheux. Pendant quelque temps, il resta sur l'œil une opacité égale à l'étendue oceiipée par la base des tumeurs. Plus tard, la vision des deux côtés devint parfaite. AujouriThui, l'opacité de l'œil droit est à peine visible, et celle de gauche ne s'aperçoit que lorsque l'œil est dirigé en haut. Les paupières ont repris leur position normale (4). T. W.]

2. On rencontre assez souvent, fixées à la conjonctive, des tumeurs comme gélatineuses, claires et transparentes, ou d'autres petites, trèsdures et vésiculeuses ; il faut les retrancher d'un coup de ciseaux.

Obs. 223. — M. Wharton Jones m'a communiqué le cas d'un malade qui vint le Consulter pour une petite tumeur vésiculeuse située sous la conjonctive, entre le repli ■• semi-lunaire elle bord interne de la cornée. On pouvait la faire glisser au milieu du (issu cellulaire sous-conjonctival. M. Jones souleva, à l'aide d'une petite pince, un pli de la 'iinjonctive, au-dessus de la tumeur, qu'il retrancha d'un coup de ciseaux. La petite vi sicule s'échappa et fut reçue sur le bord de la paupière inférieure. En la plaçant sur lii paume de la main, et en l'examinant, il reconnut qu'elle avait la forme ovoïde; son plus grand diamètre avait environ deux lignes : elle était blanchâtre comme une hydatidc, mais n'avait pas de tète. Un examen an microscope lui fit reconnaître que le tissu ne • ressemblait pas à celui d'une hydatide. Ses parois étaient constituées par une membrane ! finement granulée; elle contenait un fiuide dans lequel on voyait des cellules plates â '1 noyaux, ressemblant à des cellules épitliéliales, les unes libres, les autres réunies, de I façon à former une sorte de membrane.

[(I) IIays, Amerlc. cdil. of Lawrence. Trcntise on llip Discascs of ilic Kvc p. ô-îi. Philadcl-

3G4 MALADIES DE LA CONJONCTIVE

[Nous avons (iiiehiiuîrois observé, à l'Inslilul de Bruxelles, des malades porlanlsur la coiijonclive une ou plusieurs peliles tumeurs parl'aileiiienl ari'oudies el, traiispar(Miles, semblables à des goutlelelles d'eau ou ii à de peliles perles, cnlr'aulrescbez une malade qui, par suite d'oplithalmie i^ranuleuse,availun commencemenlde eulisalionde la eonjonclive. Un de ses yeux élail s^arni de plus de dix de ees i)eliles lumeurs. L'une i d'elles, de la grosseur d'un grain de cbenevis , lui enlevée pour que r nous pussions l'examiner. Au mieroscope,nous la trouvâmes exclusivement composée de cellules épilliéliales pavinienleuses : les plus super- i licielles étaient parlaites; mais celles plus proroudémenl situées n'of- !- Iraient qu'un degré plus ou moins avancé de développement. Toutes n étaient inliltrées de petits granules qu'aucun réactif ne faisait dispa- railre. J'ignore ce qu'est devenue la malade; mais la dernière fois que . je l'ai vue, la culisation de la conjonctive faisait des progrès, el les > petites lumeurs persistaient. T. W.]

On rencontre quelquefois sous la conjonctive, ainsi que j'aurai ii l'occasion de l'établir ci-après, des cyslicerques el d'autres enlozoaires. ..

5. D'autres tumeurs conjonctivales ou sous-conjonclivales sontadi-i penses, sarcomateuses ou même cartilagineuses. Dans la plupart descas, leur extirpation est facile, car elles ne sont en général que fort lâchement unies à la sclérotique.

Il se forme chez quelques individus, au-dessous de la conjonctive, vers l'angle interne de l'œil, un dépôt de graisse qui s'élend en hauti derrière la paupière supérieure el s'accompagne d'une augmentation d'étendue du repli semi-lunaire. Le volume de ce dépôt est rarement assez considérable pour rendre quelque opération nécessaire.

Un point où il se forme assez souvent des dépôts de graisse, c'est derrière le repli supérieur de la conjonctive vers la tempe, ou entre le droit externe et la glande lacrymale. J'ai enlevé de cet endroit une tumeur graisseuse congénitale, en l'allirant au dehors avec des pnices: el en l'emportant d'un coup de ciseaux (1).

4 J'ai vu plusieurs cas qui paraissent être des tubercules scrotu leux naissant de la sclérotique el soulevant la conjonctive. C lumeurs sont d'une couleur blanchâtre ou jaunâtre : il semble quelles vont suppurer; néanmoins, elles continuentà rester dures, s'accroissen lentement jusqu'à acquérir le volume d'une noisette, se font jour a travers la conjonctive, mais ne suppurent pas. Un enfant présentait, enfoui dans la joue, un tubercule semblable à celui qui existait dan. rœil Le docteur A. Anderson a eu la bonté d'examiner au microscope une portion de tumeur de cette espèce, extraitede l œil. 11 troinn .lu'elle élail un peu noueuse ou légèrement lobulée à 1 exterieiu-. texture n'était point cassante ; elle se laissait déchirer par les aigu.ll. ^

(1) Voir Ka.ka. Tumeur lii.o.nalcuse .le la conjonctive oculaire. Annales .l'Oeul., .. XXM

TL'MEl!«S CONJONCTIV.VLES ET SOUS-CONJO.NCTIVALKS . 36?)

et élail évidciiiincnt fibreuse. Les fibres eu élaieal très minces; elles n'étaient jjoint lorl intriqiiées, mais se laissaient lacilemenl séparer en faisceaux parallèles les uns aux autres. Elles étaient eliargées de petites cellules qui s'en séparaient (piand on brisait le tissu dans une goutte d'eau. Ces tumeurs sont probablement semblables à d'autres qu'on rencontre à l'intérieur de l'œil, et que je décrirai dans un chapitre subséquent connne des tumeurs non malignes. Abandonnées à ellesmêmes, elles peuvent se terminer par la désorganisation et l'atrophie du globe de l'œil. Si l'on en tente l'extirpation, on trouve la masse morbide molle et facile à déchirer.

5. Millier lait mention d'une tumeur de la conjonctive palpébrale aussi grosse que le poing. Elle était presqu'entièremenl composée de corpuscules à queue arrangées à la façon de fibres. La tumeur était lobulée; elle se laissait rompre , et la surface de la rupture présentait ini aspect fibreux: on y voyait des faisceaux partant d'un centre commun pour se porter vers la paupière. Il regarde cette production comme appartenant à la catégorie du sarcome albumineiix bénin. On l'enleva (rois fois, et elle se reproduisit après chaque opération; mais on en avait plutôt incisé une portion que pratiqué l'extirpation. On en fit enfin l'ablation totale en emportant l'œil avec elle ; cette fois , la repullulation n'eut plus lieu, et le malade fut entièrement guéri. Elle avait pris naissance dans la conjonctive seule; le globe de l œil était parfaitement intact (1).

6. M. Abernethy (2) cite un cas curieux publié à Londres par le docteur Bouttatz, de Moscou : il s'agit d'une tumeur qui se développa au-dessous de la conjonctive et poussa cette membrane au dehors dans l'intervalle des paupières. Elle avait sept pouces de long, trois pouces ti demi de circonférence, et lorsqu'on l'eut enlevée, on trouva qu'elle pesait deux livres et demie. Quant à sa structure, M. Abernethy trouve qu'elle ressemblait exactement à ce qu'il a décrit sous le nom àesar-

• corne pancréatique. Elle offrait aussi les caractères propres à ce genre de fissu, c'est-à-dire un accroissement lent et régulier, et pas de tendance à l'inflammation ou à la suppuration. La tumeur était étroitefiment unie à la conjonctive qu'elle comprimait, mais elle n'avait point i envahi la cornée qui conservait sa transparence naturelle.

7. Non-seulement la conjonctive palpébrale est sujette à l'ulcération lancéreuse (F. page 184), mais on rencontre aussi des tumeurs de

^ -loi.? islir"' ^" °^ ''y p- p'- "s 10-

(2) Siirgical Observations on Tumours, etc., p. iô. I.oniloii, 1811. Bouttatz. Observations ■ P'^^'iqi'cs sur dillërcMtes maladies, p. 1, Londres. 1801. limic.MAiN.x et Bui.mlm.acii ont décrit hnrL "^^'^^ extraordinaire de prolapsus conjunciivœ, trouvé, le premier, .'^ur la léle d'un . v,""" ''^^ P™''"' ''O'""»' '!"« avait été décapité. On

L„..,L''T tI"«'q""""aiogie entre le cas de Bonllalz et le prolapsus ! P TrOrTs^r'/sSI '^oy'- '^«'ON's Zciiscbrili fiir die Opbllmimoiogic, v. I.

3GG MALADIES DE LA CONJONCTIVE

celle naliire iiaissaiil de la porlion de celle membrane qui recouvre la .1 scléroli(jue.

Obs. 224. — J'iii ùlé consullé piir un lionime, âge de nns, à propos d'uiio tumeur, ilii volume d'une petite lève, (jui imissiiit juste ù la partie moyenne de l'inlerviille qui. sépare l'ansle exieriie de l'œil de l'union de la sclérotique avec la cornée. Sa surface,, d'un rouge vil', était unie, luisante et loljulée. Elle avait été extirpée plusieurs fois, mais avait toujours repullulé. Je conseillai l'extirpation du globe de l'œil, qui a été pratiquée, je crois, par M. S^nie (1).

8. La mélanose débule assez souvenl dans ou sous la conjonclive. On aperçoil alors de pelils dépôts mélaniques à la circonférence de la h cornée; d'autres Ibis, on voit une masse, libre par en bas, pendre de la conjonctive.

Obs. 225. — Dans un cas de cette nature , chez un malade du Glasgow Eye In/irmary, une tumeur mélanique faisait saillie à l'angle interne, et soulevait la paupière supérieure. Elle naissait d'un pédicule et avait environ le volume de la moitié d'une petite noisette. On l'enleva d'un coup de ciseaux; elle reparut, et l'on recommença. Finalement, elle s'étendit tellement sur l'œil et affecta les parties internes de telle façon, qu'on dut extirper l'organe.

Obs. 226. — M. Travers rapporte l'observation d'une dame chez qui la cornée était cachée par une tumeur d'un pourpre noirâtre et qui faisait entre les paupières une saillie qui occasionnait une gêne et une difformité fort grandes. Elle paraissait lobulée, et ressemblait un peu à une grappe de raisin de Corynlhe à grains d'inégale grosseur. M. Travers pratiqua l'extirpation de la moitié antérieure du globe de l'œil. L'examen de la tumeur démontra que la sclérotique était intacte et que l'excroissance morbide, qui était appliquée contre la cornée et la sclérotique, auxquelles elle adhérait dans une petite étendue, devait son aspect lobulé à la dégénérescence de la conjonctive. On apercevait de minces bandes blanches, les seuls vestiges qui restassent de celle membrane qui, sous la forme de cloisons, séparait les lobules les uns des autres à des distances irrégulières. La substance même de la tumeur était en partie solide, en partie pulpeuse, d'une couleur noire, tachetée de blanc çà et là : son épaisseur élait d'un demi pouce (2).

Si M. Travers avait eu connaissance du siège superficiel de la tumeur, peut être aurait-il pu essayer de lextirper sans sacrifier aucune partie de Tœil. Dans l'explication dont il accompagne les deux figures qu'il a données de la tumeur, il dit que la première fois qu'il vit ce cas, il crut qu'il s'agissait d'un fongus naissant de l'iris ou de I choroïde, qui s'élail porté au dehors en perforant la cornée. Le malade se rétablit rapidement, et le reste de l'œil s'aflaissa. La couleur noireri de la tumeur et sa consistance en partie pulpeuse ne permellenl-elles pas de soupçonner qu'elle était de la nature de la mélanose? M. Traver rapporte que la surlace de la cornée était inégale, et avait une teinte brunâtre, comme si elle commençait à être envahie par un travail c dégénérescence semblable à celui de la masse morbide.

(1) DoBiE. Jlonthly Journ.l of Médical Science. Gel. 1853, p. 509, où Ion trouve rcpréscnlcs l'aspcel de l'œil et les cellules cancéreuses de la tumeur.

(2) Synopsis ofll.e Discases of llie Eye, pp. 102, o94 London, 1820.

TUMEl'llS CONJONCTIVALES ET SOUS-CONJONCTIVALES. Ô()7

r Voici une observation recueillie par nous à Vlnstiluf ophlludmique diiBrabant, et qui ollVe assez d uUérèl et d'analogie avee celle de Travers pour que nous croyions devoir la donner ici :

.,.)7 le 3 janvier 1853, l^lorent Cimier excise de l'œil droil d'un lioiniiie, •îgé d'environ 50 ans, une tumeur de forme irrégulière, n.ollc, légèrement lohulee,

mnlmïe sur la moitié externe de la conjonctive bulbaire et recouvrant le tiers .meneur irexS .0 de la cornée. La coloration de celle tumeur est d'un noir foncé comme la mélanose et offre par places des taches d'un rouge sale ; son étendue es de cinq a six

SuHresen loiissens; sa saillie au-dessus de la conjonctive de quatre millimelres environ On maintient les paupières écartées à l'aide du spéculum a ressort; puis Cumer saisit avec des pinces mousses la tumeur qui se déchire à la moindre Iraclion : il parvienl

epêndant à l'enlever entière à l'aide de plusieurs coups de ciseaux. On voit alors qu'elle Shérail point à la cornée, qu'elle ne faisait que recouvrir, et qui avait conserve sa ransnarence. La totalité de la tumeur a été si bien enlevée, qu'on voit dans le lieu de son

mnlantalion la sclérotique à nu, d'un beau blanc et n'offrant aucune trace d alleralion. Les vaisseaux de la conjonctive environnant la tumeur élant fort développes, U se fait un écoulement de sang abondant qu'on arrête à l'aide de lotions froides. Aucun pansement n'esl appliqué, ou se borne à prescrire au malade des applications d'eau froide. Aucun accident ne survint, el après quelques jours d'un écoulement purilorme, le malade pul sortir, la vision en bon étal et lœil n'offrant plus de traces apparentes de l'affection pour laquelle on avait opéré. - Examen de la limeur. - Elle esl constituée : l» par une matière noire, molle, qui teint en couleur d'encre de Chine les parties qu'elle louche ; 2" par une substance rougeàlre, membraneuse, plus ou moins épaisse, ressemblant a la conjonctive hypertrophiée, el qui enveloppe à la manière d'un kyste la substance noiro déjà décrite, kvsledont elle consliluerail la paroi antérieure; la postérieure, correspondant au point où a porté la section, n'existant plus. Au microscope, on reconnaît: 1» que le suc qui s'écoule de la partie noire, el qui ressemble à une solution d'encre de Chine légèrement gommeuse, contient : A un grand nombre de petits granules arrondis de 0,"'™007 . ayant un bord assez nettement accusé et le centre transparent; B de gros grains de 0,"'"'005 à O.^'^OOT, à bords très arrêtés et noirs, avec lecenlred'un noir plus clair el roug'e-brunàlre ; C de grandes cellules arrondies, ayant jusqu'à 0,"""03, à circonférence noire el bien arrêtée, offrant la même teinte que les granules B. Ces cellules paraissent formées par une enveloppe renfermant un plus ou moins grand nombre des granules II qu'on n'y aperçoit que fort confusément à cause de la teinte noire de la cellule. On voil de plus ffoller dans ce liquide tous les éléments du tissu fibro-plaslique (Lebert), à pari les cellules-mères. 2° Le tissu noir d'où provient ce suc esl aussi gluant, mou, facile à déchirer, ne paraissant pas contenir de vaisseaux; il présente, renfermés entre les mailles d'unlissuamorpheen certains points, offrant les caractères du tissu cellulaire dans d'autres, tous les éléments mélaniques el flbro-plasliques que nous venons de décrire. 3" Enfin, le tissu rougeâtre n'offre que du tissu cellulaire recouvert par un épilhélium pavimenteux • stralifié el des vaisseaux sanguins. Ce tissu n'est évidemment que la conjonclive, audessous el dans l'épaisseur de laquelle s'est ! épanchée la mélanose.

Deux ans après, cet homme revint à l'In- : stilul. 11 avait alors une tumeur noirâtre, I marronnée, occupant la face antérieure de I l'œil, gênant surtout le malade par la saillie I considérablequ'elle formeenlre les paupières.

En soulevant la tumeur, et en l'écarlant un peu ' de côté, on voil qu'elle ne fait que recouvrir

la cornée sans y adhérer. Elle prend encore

naissance sur la moitié externe de la conjonctive comme la première tumeur qu'on a enle-

vée; oulre qu'elle est plus volumineuse, elle i'''o- îj' l

esl d'une consistance plus ferme el se déchire moins facilement que la première fois.

La cornée offre une teinte uniformément blanchâtre, et la vision se trouve complélemeiil

MALADIES DE LA CONJONCTIVE

A, coupe delà lunieur. — B, cornée.

C, sclérotique.

aholic. La sanlô gchiérale du malade esl excelleiUc. La tumeur lui occasionne, ainsi que nous l'avons (Ic'jà dil, philôl do lu gêne que de la douleur. (V. lig. 51.) La Iranspuionce

de la cornée étant perdue et la tumeur paraissant de nature douteuse, M. Van Hooshroeck se.i résolut à pratiquer l'ahlation de la moitié antérieure de l'œil. Les choses marcl)èrent Irès-hien, le reste de l'œil s'affaissa, et au bout de trois semaines le malade put quitter l'institut oplilliulmi- ' que avec un moignon susceptible de recevoir un i.^ œil artiliciel. Depuis, il est probable que la maladie > n'a point reparu, car on n'a point revu cctlionimc m ù qui l'on avait soigneusement recommandé de venir se montrer aussitôt qu'il lui surviendrait i quelque chose de nouveau à l'œil. La tumeur en- levée offre dans son plus grand diamètre cinq centimètres environ, une coupe faite suivant son épaisseur est de près de deux centimètres, et enlin, bien qu'elle adhère intimement i

à la sclérotique et à la circonférence de la cornée, la dégénérescence n'a cependant encore envahi aucune de ces deux membranes. (V. Dg. 52. b, c.) Au i microscope, on retrouve les mêmes éléments que ceux décrits ci-dessus; mais cette fois on peut constater que les grandes cellulesarrondies de 1 sont des cellules cancéreuses infiltrées de mélanose ; on en aperçoit, avec tous leurs caraclères distinctifs, desnoyaux etdes nucléoles volumineux, sans aucune trace de matière noire à l'intérieur, d'autres qui commencent à se remplir de matière noire, d'autres enfin qui en sont complètement remplies et ressemblent trait pour trait à celles observées la première fois et dont on avait conservé le dessin. (V. flg. 53.)

[Fis- 35.]

Cette observation démontre que la mélanose et la matière cancéreuse peuvent s'épancher dans l'épaisseur de la conjonctive et rester longtemps confinées dans cette membrane sans envahir les autres tissus de l'œil; enfin, que le conseil donné par M. Mackenzie de respecter l'œil en pareil cas, quand la vision est intacte, est bon à suivre. Dans le cas dont nous venons de rendre compte, la première opération a permis au malade de jouir de son œil pendant un an au moins, et il est probable que s'il eût consulté aussitôt sa réapparition, une nouvelle ablation lui aurait encore fait gagner du temps. La seconde fois, le désordre était trop étendu : il n'y avait plus à hésiter, il fallait sacrifier l'organe.

Nous avons vu à Londres, au mois de juin une femme qui

avait été opérée en 18^42, par M. White Cooper, d'une tumeur mélanique de la conjonctive, située sur l'union de la cornée et de la sclérotique au côté interne de l'œil. Cette tumeur, qui présentait les caractères microscopiques du tissu cancéreux, n'a cependant pas récidivé; l'opération n'a laissé aucune trace appréciable, et la vue est parfaitement conservée. Celte observation est relatée dans le n" de décembre 1842 de London Médical Gazette. T. W.]

La figure que M. Travers a donnée de l'apparence externe de la tumeur ressemble beaucoup à celle de l'œil d'un gentleman qui me consulta il y a quelques années, et qui, conformément à mes avis, se

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