ENGORGEMENTS CHRONIQUES DE LA GLANDE LACRYMALE
rapporte en tous points: « Sur une coupe fraîche, on constate un aspect grenu, rou- » geàtre, ayant la ressemblance la plus frappante avec la structure des glandes eu
> grappes; à la pression, on obtient de nombreux grumeaux qui, sous le microscope, se » montrent être des culs-de-sac allongés en groupes et lobules. Les canaux terminaux » sont allongés et varient entre un eldemi et un demi-millimètre de largeur. Avec de forts
> grossissements, on reconnaît leur membrane propre, finement grenue, recouverte de » libres, très-ténues, éloignées les unes des autres. A sa face interne, on voit beaucoup » de noyaux d'épilbélium de 5/1000 de millimètre, renfermant un ou deux nucléoles » punctiformes; on ne voit qu'un petit nombre de cellules rondes de 1/100 de millimètre, » mais un grand nombre de corps allongés, cylindriques, de S/100 de millimètre de v longueur sur 6/1000 à 7/1000 au plus de large; leur intérieur est homogène et opalescent. » L'acide acétique, ainsi que la solution de potasse, ne les altère point. »
Il s'agissait donc ici, à toute évidence, d'une hypertrophie de la glande lacrymale par cause traumatique, affection rare et d'un diagnostic généralement obscur. Les suites de l'extirpation ont été aussi heureuses que possible: le globe oculaire a repris sa place, la vision s'est conservée, et sauf le prolapsus de la paupière supérieure, qui existait avant l'opération, celle-ci n'a rien laissé à désirer dans les conséquences qu'il était permis d'en attendre.
Nous avons cependant un regret et un scrupule à exprimer : si notre diagnostic eût été plus exact, nous eussions vraisemblablement tenté l'opération imaginée par M. Halpin, et qui consiste, comme on sait, à tirer fortement en bas la paupière supérieure, puis à faire une incision courbe à convexité supérieure, commençant immédiatement au-dessus du tendon du muscle orbiculaire, se terminant à un demi-pouce au-dessus de la commissure externe, et divisant le sourcil dans toute sa longueur, en laissant du côté du front environ la moitié de sa hauteur. La tumeur eût pu être extraite par celle ouverture, qu'on eût ensuite réunie par des points de sulure, En agissant de la sorte, le muscle releveur de la paupière supérieure aurait pu être ménagé, et peut-être les mouvements de celte dernière, depuis longtemps abolis, auraienl-ils reparu.
Obs. 17. — Hypertrophie énorme de la glande lacrymale (1).— - Une femme de trente ans se présente, le 30 juin 1862, à la clinique. De l'orbile droit sort une tumeur arrondie, dure, immobile, recouverte par la paupière supérieure et de 2 pouces 1/2 de diamètre. La paupière montre une cicatrice adhérente à la tumeur et qui provient d'une cautérisation ancienne. Le globe de l'œil est complètement luxé sur la pommette en bas et en dedans, et descend un pouce plus bas que celui du côté opposé. Il est légèrement aplati, et la cornée s'est assez notablement opacifiée, à la suite d'une kératite panneuse, pour que la malade puisse à peine, de cet œil, compter les doigls à un pied de distance. Il y a cinq ans que la tumeur a paru ; au bout d'une année, elle avait les dimensions d'nn œuf de pigeon : il y a deux ans, la malade pouvait encore lire de l'œil droit. L'extirpation fut facile el l'œil replacé dans l'orbile. La tumeur mesurait cinq cenliinèlres et demi de longueur sur cinq de largeur; elle étail compacte, et la section y montra un contenu gélatineux. Le professeur Butil constata, au moyen du microscope, qu'elle provenait de l'hypertrophie de la glande lacrymale. Après la guérison, la cornée recouvra uiie partie de sa transparence, et la malade put compter les doigts à quatre pieds de dislance.
Obs. 18. — fhjpertrophie de la portion palpébrale de la glande lacrymale (2). — M..., âgé de vingt ans, opticien, se. présente à la clinique de notre confrère, le 7 octobre dernier, se plaignant d'éprouver depuis quatre ans de la douleur vers la partie externe de la paupière supérieure droite. H a remarqué qu'il était pris de larmoiement de l'œil droit seul, toutes les fois qu'il regardait soil le soleil, soit la lumière d'un beede gaz, soit
(I) Rothmund. Klinische Monatsblattcr, etc., 1863, B. I,S. 264. (21 Fako. Gazette des Hôpitaux, 1862, n° 133.
Relativement aux opinions de Wo.Tn, Ani.T, etc., sur l'hypertrophie de la glande lacrymale, V. Med. Times and Gazette. 18 13, Jau. 3, p. 17. — Dans un cas de tumeur qui englobait les surfaces de la dure- mère, le docteur Pull™ trouva, à l'examen mirroscopique, que la masse présentait, outre de nombreux corps nucléaires et plusieurs fibres-cellules très distinctes, une grande quantité de tissu fibreux. On trouva dans les poumons de petites musses de dépôts de nature maligne. (Brit. Med. Journ. 1838, oct. 23, p. 882.)
MALADIES DES ORGANES SÉCRÉTEURS DES LARMES
la lumière d'une lampe ordinaire. Ce larmoiement cessait dès que le patient ne fixait plus l'une des trois sources lumineuses précédentes. M. Fano constate que lorsque M... porte l'œil droit fortement en bas cl en dedans, et qu'on relève aussi haut que possible la paupière supérieure, pendant qu'on abaisse l'inférieure, il existe au niveau de la partie externe du cul-de-sac supérieur de la conjonctive, précisément à l'endroit où se trouve à l'état normal la portion palpébrale de la grande lacrymale, une tumeur du volume d'un petit haricot flageolet. Celle tumeur est d'une consistance moyenne; la portion de conjonctive qui la recouvre n'est pas mobile sur elle ; la muqueuse est très injectée non-seulement à ce niveau, mais encore dans le voisinage. Dès qu'on cesse de maintenir la paupière fortement relevée, la tumeur disparaît, ou toul au moins se cache. Séance tenante, noire confrère procède à l'extirpation de la petite tumeur. Les paupières élant convenablement écartées par un aide, au moyen d'une pince à griffes, il saisit la portion de conjonctive qui recouvre la production morbide, et excise celle-ci avec des ciseaux. Le lendemain, la conjonctive est à peine injectée; il y a une légère ecchymose de la paupière supérieure. Le 14 octobre, il existe une exsudation blanchâtre à l'endroit où la conjonctive a subi une perte de substance. Dès le 13, celle exsudation diminue; la conjonctive oculaire est médiocrement injectée dans les divers points de son étendue; l'ecchymose palpébrale est résorbée. Le 15, la plaie conjonclivale est cicatrisée; la vascularisation de la muqueuse oculaire a diminué. M. Fano engaçe le patient à reprendre ses travaux d'opticien. Le 23, il vient lui rendre compte de l'effet produit par l'exercice des yeux. Il affirme ne plus souffrir et ne plus être pris de larmoiement lorsqu'il travaille à la lumière du gaz. La conjonctive resie à peine injectée aux environs de la cicatrice.
La tumeur est formée d'une série de granulations de couleur grisâtre, du volume d'un grain de chènevis, nettement séparées les unes des autres, mais adhérentes à la petite portion de conjonctive qui a été enlevée. M. le docteur Ordones ayant fait, sur la demande de M. Fano, l'histologie de celle tumeur, a reconnu qu'elle était formée par une hypertrophie glandulaire. Voici la note rédigée par cet habile micrographe :
« La masse de la lumeur est constituée par un grand nombre d'acini glandulaires, entourés d'une trame assez serrée de tissu fibrillaire (cellulaire) dans laquelle se trouvent plusieurs capillaires sanguins de nouvelle formation. Les culs-de-sac glandulaires présentent un volume au moins double de celui de l'état normal. La paroi propre de ces culs-de-sac glandulaires est fortement distendue par la pression qu'exercent de dedans en dehors la grande quantité de cellules d'épilhélium nucléaire développées dans leur cavité, de manière que celle-ci en est entièrement comblée. La même hypergenèse cellulaire s'observe dans les canaux excréteurs de ces glandes. La distension de la paroi propre des culs-de-sac glandulaires est telle, qu'en faisant des préparations microscopiques, la paroi se crève facilement par l'action des aiguilles à dissection. On peut alors constater que la cavité des culs-de-sac est comblée par la multiplication des cellules d'épilhélium nucléaire; que l'enveloppe épilhéliale est convertie en une masse de cellules conservant la forme du cul-de-sac. Les cellules ne présentent aucune déformation. »
Obs. 19. — Cancer ence'phaloïde de la glande lacrymale (I). — C. M., célibalaire, âgée de 33 ans, vient me consulter le 22 septembre 1857. Il y a dix semaines que son œil droit est saillant hors de son orbite. Elle ne peut soulever complètement sa paupière supérieure. Le globe oculaire esl abaissé et ne peut être dirigé en haut. On sent, dans la région de la glande lacrymale, une tumeur bosselée mais non dure. La malade n'accuse aucune douleur. La vision de cet œil est obscurcie, de sorte qu'elle ne peul en lire que lentement. Avant que je l'eusse vue, elle avait éprouvé, dans le côlé droit de la poitrine, des douleurs pour lesquelles on lui avait appliqué des sangucs et un vésicatoire. Des applications de sangsues sur la tumeur orbitalre, l'iodure de potassium intus et extra n'ayant amené aucune amélioration, je procédai à l'extirpation de la glande. Elle était molle partout et offrait l'aspect cérébriforme. Après son extirpation, je pus facilement introduire le doigt profondément dans l'orbite.
Quelques jours après l'opération, dont la malade se remit parfaitement, elle me montra une masse cancéreuse dure, située sous la peau à laquelle elle adhérait, et occupant
(1) Mackenzie. Oplilhal. Reviens Jan. 1865, n° 4, p. 335.