DE LA DOULEUR
rents peuvent être comparées entre elles, pourvu qu'ils donnent la mesure de la montre qu'ils ont l'habitude d'employer dans l^urs recherches.
C'est ainsi que Kramer nous apprend que la sienne s'entend à 10 mètres et pour une bonne oreille. — La mienne ne s'entend guère à plus de 2 mètres : M. Deleau paraît ne s'être servi qu'exceptionnellement d'une montre pour mesurer l'ouïe de ses malades, et il semble n'avoir tenu compte que de la facilité plus ou moins grande, des sujets soumis à ses observations, à percevoir la voix articulée. Mais, comme je l'ai fait voir précédemment, ce moyen est trop infidèle pour qu'il soit permis aujourd'hui d'ajouter la moindre confiance aux résultats qu'il nous peut donner.
D'nprès un grand nombre d'observations que j'ai faites à ce sujet depuis dix ans, il est bien rare qu'un malade entendant encore la voix dans ses notes élevées , et à quelque distance de son oreille (un demi-mètre), ne perçoive pas le battement d'une montre au contact. — Et tout malade qui peut parvenir à entendre la montre à 1, 2, 3 ou A centimètres, peut déjà suivre une conversation à distance et sans effort.
— Du reste, comme Ta très-bien fait remarquer M. Kramer, la sensibilité de l'oreille humaine est spécialement adaptée à la perception des sons vocaux : il n'y a donc rien d'étonnant qu'ils nous impressionnent plus facilement que tous les autres bruits.
Après la diminution de la faculté d'entendre, vient la douleur, signe des plus importants.
B. — Douleur.
Si Ton excepte l'otalgie, ou névralgie de l'oreille, dans laquelle la douleur se montre par accès, sans trace aucune de phlegmasies des membranes, atteint rapidement -on plus haut période et disparaît de même, on peut affirmer qu'elle indique toujours un état inflammatoire de l'organe. Deux observations d'otalgie, choisies parmi plusieurs autres, vont nous montrer quels sont ses causes, ses symptômes, sa nature et son traitement.
re Oit-Ei'.VATiON. — Otalgie, suite de maux de dents. — En août
— une jeune fille me fut adressée par un confrère; — depuis huit jours elle avait une douleur violente et continue dans l'oreille gauchi :
celte douleur était caractérisée par des élancements violents, qui augmentaient d'intensité vers le soir, et surtout pendant la nuit. — Différentes huiles narcotiques avaient été conseillées sans aucun succès.
Désireux de connaître la cause qui produisait des souffrances aussi rebelles, je résolus de faire un examen aussi complet que possible de l'appareil auditif et de ses annexes, et voici ce que je constatai :
Etat actuel. — C'est une jeune fille, bien constituée, au teint coloré, d'une bonne santé et n'ayant jamais eu de maladies graves; sans aucune trace d'abcès ou de scrofules au col, elle ne tousse point, elle est bien réglée : elle ne se plaint que d'une douleur violente qu'elle éprouve dans l'oreille gauche, au point d'avoir perdu le sommeil depuis huit jours.
Signes anatomiques. — Le pavillon de l'oreille est bien conformé ; rosé, transparent; l'angle qu'il forme, est bien dessiné. — Le méat est cérumiueux ; le conduit auditif convenablement ouvert. — Le tympan transparent; la trompe perméable à l'air. — La gorge saine ; — mais la dernière molaire inférieure gauche est cariée : en la touchant légèrement avec un stylet d'argent, on éveille une douleur subite, qui s'étend à l'oreille correspondante et cause un véritable paroxysme. La gencive qui entoure la couronne de cette dent est déchiquetée a sa circonférence, et présente un peu de tuméfaction également douloureuse.
Signes physiologiques. —Douleur continue, exacerbations la nuit. — Surdité, avec éréthisme; la voix dans ses notes aiguës, est très-pénible ; — aucuns bruits anormaux. — Il n'y avait pas de points douloureux à la face, au front, etc.; pas de fluxion à la joue.
En présence des renseignements fournis par l'examen anatomique, le diagno^ic n'était point douteux : nous avions sous les yeux une otalgie, véritable névralgie de l'oreille, et déterminée par la molaire cariée.
Je proposai à la malade de la guérir de sa douleur, mais en la privant de sa dent : elle accepta sur-le-champ : — et la douleur disparut en quelques instants après l'extirpation de la dent malade. — Je conseillai en outre, pour la nuit suivante, un cataplasme de farine de lin, et quelques gouttes d'huile tiède, instillée dans le conduit auditif, et le lendemain, l'ouïe était revenue à l'état normal.
2e Observation. — Otalgie.— Le 13 février 1855, je fus appelé à voir mademoiselle ..., affectée d'une violente douleur dans l'oreille gauche depuis plusieurs jours.
Celte douleur violente, et se faisant sentir comme par accès , a commencé vers le mois de mai 1854, — tout d'un coup, sans cause connue;— cette douleur intense, se porta tantôt sur l'oreille droite, tantôt sur la gauche : la malade était privée de sommeil, et les élancements s'irradiaient dans la joue, le nez , la tempe, le côté du col