‹ Traité pratique des maladies de l'oreilleChapitre 43 sur 106 · MALFORMATIONS · texte numérisé non relu

MALFORMATIONS

A. — Malformations congénitales.

Elles portent généralement sur le dépassement plus ou moins marque du pavillon : l'auricule se trouve comme étalée, aux dépens des divers replis et sinuosités dont le rôle est si important pour la marche des ondes sonores.

Rien n'est si commun que ces oreilles sur lesquelles l'hélix manque complètement, ou dans une étendue plus ou moins considérable, sur lesquelles l'antihélix faisant aussi défaut, les divers sillons qui séparent ces deux replis sont complètement effacés.

Mais une autre malformation que l'on a eu occasion d'observer, e^t celle qui consiste en l'absence totale du pavillon. Et, chose non moins étonnante, on a même rencontré plusieurs sujets qui présentaient des pavillons multiples pour le même con-

Fig. 14 et 15. — Malformation congénitale du pavillon de l'oreille, par excès de développement, corrigée par une opération, par dj Martino, de Naples (1).

duit auditif externe. Dans un cas non moins curieux que je vais rapporter brièvement, les pavillons avaient des proportions >i grandes qu'il en résultait une véritable difformité : voici le fait. Les anomalies de l'oreille par excès du développement de son pavillon, quoique rares, ont été cependant signalées par les au-

(1, Observation communiquée par le docteur Anast. Guido.

teurs, niais, que je sache, il n'est pas dit qu'on ait pratiqué d'opération dans le but de corriger ces difformités.

L'observation suivante du docteur di Martino offre pour cela un certain intérêt.

10e Observation. — Il s'agit d'un jeune homme appartenant à une famille distinguée de Naples, qui portait un développement congénital très-considérable du pavillon des deux oreilles. Cette difformité jetait tant de désaccord dans les traits du visage que ce jeune homme en était vivement affecté, et c'est dans le but de la corriger qu'il s'adressa au docteur di Martino.

Celui-ci, après avoir tâché de dissuader le client d'une opération de pure complaisance et où la difformité, du reste, pouvait être masquée par l'allongement des cheveux, dut cependant cédera ses instances réitérées, et voici quel est le procédé qu'il a suivi :

La figure 14 représente l'anomalie. M. di Martino, après avoir tiré de sa main gauche sur le pavillon pour en effacer autant que possible les anfractuosités, a fait avec un coup de ciseau une incision AB oblique, de haut en bas, et qui va du bord libre du pavillon jusqu'au centre de la conque. Par une section semblable CB et éloignée extérieurement de la première d'un demi-pouce (1 centim.), il rejoint l'extrémité interne de celle-ci de manière à détacher un lambeau triangulaire ABC (tig. 14).

La résection faite , il a réuni les bords delà plaie par quatre points de suture entrecoupée. Cela fait, il a appliqué de petites compresses en dedans et en dehors du pavillon pour le matelasser et a fixé le tout avec un mouchoir ployé en cravate.

Le malade ne s'est pas ressenti de l'opération, et dès le deuxième jour il a repris ses occupations ordinaires.

Le cinquième jour on a ôté l'appareil et l'on a trouvé que toute la plaie s'était réunie par première intention. La cicatrice était presque linéaire. (Voy. fig. 15.)

Pareille opération a été pratiquée quelques jours après sur l'autre oreille, et a été couronnée du même succès.

Cette opération, quoique de pure complaisance, est justifiée par la difformité elle-même. A plus forte raison elle serait indiquée dans le cas où un développement excessif du pavillon altérerait la fonction auditive. — Dans le cas actue, l'audition ne paraît pas avoir été modifiée.

Dans le cas de malformation par défaut ou arrêt du développement, il faudrait chercher à pallier l'inconvénient qui en résulte, à l'aide d'instruments appropriés.

DEFORMATIONS. 141

C'est ainsi que l'on se trouvera bien de remploi des divers cornets acoustiques disposés en forme de conque, ou même, si le cas le permet, on pourra avantageusement remplacer le pavillon naturel absent, par un de ces pavillons artificiels en caoutchouc dont l'industrie vient d'enrichir la thérapeutique. Dans le cas, au contraire, où un malade présenterait plusieurs pavillons, le chirurgien devrait intervenir pour restituer à l'organe sa forme primitive.

B. —Malformations acquises.

Ces malformations sont dues aux obstacles que l'on apporte souvent au libre développement du pavillon de l'oreille, chez les enfants.

La mauvaise habitude de couvrir à l'excès la tête de ces petits êtres, d'emprisonner leurs oreilles entre de véritables liens, s'oppose au libre accroissement de ces parties, et leur imprime bientôt une direction vicieuse. Le pavillon reste aplati et accolé sur la tempe , au lieu de former avec elle un angle légèrement ouvert en avant et dont la physiologie nous révèle la haute importance. Lorsque le pavillon reste accolé à la tempe, la perception des sons est notablement entravée, et il en résulte une infirmité d'autant plus fâcheuse que nous n'avons qu'un moyen mécanique à lui opposer. Suppléer par un petit cornet artificiel, le pavillon mal formé, si l'audition est assez gênée pour que le malade ait besoin de recourir à un tel moyen ; voilà tout ce que peut l'art contre cette affection.

§ 2. — Déformations du pavillon.

Ces déformations sont le résultat des diverses maladies qui, en changeant la forme ou la structure de cet organe, nuisent à ses fonctions. Ces affections varient, du reste, beaucoup; elles sont physiques ou vitales : nous n'examinerons ici que les plus fréquentes, celles qui peuvent amener de la gêne dans l'audition, par suite des lésions organiques qu'elles laissent après elles. 1° Plaies. — Nous insisterons fort peu sur ces blessures; car elles présentent par elles-mêmes un intérêt fort médiocre. Aussi, nous occuperons-nous seulement de celles qui, déformant le pavillon, peuvent gêner ses fonctions. C'est ainsi que les plaies par instruments piquants sont presque insignifiantes : car elles entrai-

nent bien rarement, je dirai même presque jamais, des accidents sérieux. Tous les jours, on voit les joailliers perforer impunément le lobule pour satisfaire les caprices que fait naître la mode. Et de plus ces plaies par instruments piquants n'entraînent, le plus souvent, aucune déformation. Le pronostic est donc peu grave, et l'art, généralement, n'a pas à s'en occuper.

Les plaies par instruments tranchants sont déjà plus importantes, non par l'hémorrhagie primitive qui, ordinairement, est insignifiante et peut facilement être arrêtée, mais par la déformation qui peut résulter d'une cicatrisation vicieuse de la plaie.

Éviter cette déformation, voilà le but que doit se proposer le chirurgien. Aussi n'hésitera-t-on pas à réunir immédiatement les lambeaux : peu importe que l'on comprenne dans la suture le cartilage lui-même: nous savons qu'elle est erronée, cette opinion des anciens, qui ne voyaient que nerfs et substance nerveuse dans les tendons, ligaments, cartilages, etc., et tout ce qui, en général, a une apparence blanche.

Le chirurgien réunira donc les bords de la plaie, comme le conseille Leschevin, et malgré le sentiment contraire d'Ambroise Paré.

D'ailleurs, cette conduite est pleinement justifiée par les succès bien authentiques des chirurgiens qui ont vu des oreilles . détachées entièrement , reprendre leur vitalité et se greffer complètement, lorsqu'on avait soin de pratiquer la réunion des lambeaux.

Les deux faits suivants nous ont semblé dignes d'être rapportés.

Dans le courant du mois de décembre 1819, M. Percy communiqua le fait suivant à la Société de médecine :

11e Observation. — Un jeune soldat au 3e escadron de chasseurs, ayant eu la partie supérieure du pavillon emportée par un coup de sabre, apporta immédiatement son morceau d'oreille, enveloppé dans son mouchoir, au chirurgien de garde qui, après avoir arrêté l'hémorrhagie venant d'une artère divisée, remit le fragment en place et le maintint à l'aide de deux morceaux d'emplâtre agglutinatif et d'un bandage médiocrement serré.

Le blessé et les assistants n'approuvaient point ce parti et voulaient qu'on jetât la pièce séparée, comme une partie désormais inutile.

Le quatrième jour, l'oreille fut trouvée pâle, insensible, froide. L'appareil ayant été cependant laissé en place jusqu'au dixième jour

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le chirurgien trouva le pavillon recollé pafaitement et sans suppuration. (Bulletin de la Faculté, t. VI, p. 507.)

12e Observation. — Dans un autre fait, dû au docteur Manni, il s'agit d'une oreille tout entière, séparée par un coup de sabre et conservée dans la poche du blessé, qui ne la présenta au chirurgien qu'après plusieurs heures. Celui-ci l'ayant trouvée froide, un peu écrasée, la nettoya avec de l'eau aleoolisée, raviva les parties, les réunit et les maintint à l'aide de quatre points de suture, et d'un bandage convenable.

Huit jours après, le pavillon commençait à reprendre sa chaleur vitale. L'extrémité lobulaire se consolida la première. — Les autres points suppurèrent et des bourgeons charnus se développèrent sur le cartilage ; en un mois la guérison était complète. (Archives générales de médecine, 2e série, t. V, p. 300.)

Les plaies, coutures et les contusions sont plus graves que les plaies par instruments tranchants. La réunion immédiate, ici, n'est plus praticable : les bords de la plaie, mâchés ou plus ou moins mortifiés, doivent être éliminés en partie, avant que la cicatrisation puisse avoir lieu. Aussi la cicatrice est-elle , généralement, étendue, et par conséquent la forme et la structure du pavillon restent toujours assez modifiées pour entraver l'audition d'une manière fâcheuse.

2° Contusions. — Le pavillon de l'oreille peut être soumis à des contusions plus ou moins fortes ou répétées, dont les effets différent suivant ces circonstances. Nous devons à M. le docteur Jarjavay des réflexions intéressantes sur ce sujet : dans les efforts auxquels se livrent les lutteurs, le pavillon de l'oreille se trouve souvent engagé , sous les bras de l'adversaire , ou pris entre les deux têtes fortement pressées l'une contre l'autre. Or, le résultat de ces froissements, c'est souvent le décollement de la peau, séparée du cartilage, dans une plus ou moins grande étendue et la formation d'une poche qui se remplit de sang. La répétition des pressions et des froissements qui s'opèrent ainsi, finit par déterminer une hypertrophie du tissu cellulaire sous-cutané : aussi les individus qui se livrent a ces exercices, se (ont-ils remarquer par le développement exagéré de leurs oreilles : les téguments plus rouges, plus épais, ont perdu leur souplesse et forment une sorte de bourrelet, de dimensions si monstrueuses, dans certains cas, qu'ils entraînent le pavillon et le font retomber comme celui de certains animaux.

Lorsque ces contusions ont été répétées, il n'est pas rare de voir se former à la face externe du pavillon un kyste sanguin, auquel M. Jarjavay donne le nom d'hématocèle.

Ces kystes peuvent se produire dans deux conditions différentes : 1° chez les lutteurs ; 2° chez les aliénés.

Les kystes hématiques que l'on voit sur le pavillon des lutteurs, ont manifestement pour causes, les pressions fortes et répétées auxquelles l'oreille est exposée; ces pressions décollent la peau, déchirent les vaisseaux et préparent la cavité accidentelle qui recevra plus tard la matière de Fépanchement. Celui-ci est formé par un mélange de sérosité claire ou sanguinolente, de sang et de caillots qui occupent le fond de la cavité. Dans un des cas observés par M. Jarjavay, la guérison fut obtenue en trois semaines par l'incision de la poche, qu'on tamponna ensuite avec de la charpie, de manière à provoquer la suppuration, la granulation et le recollement de ses parois. — Dans un autre cas, huit jours de traitement suffirent : six ponctions avaient été faites avec la lancette: la première avait donné issue à du sang pur; les suivantes fournirent de la sérosité, d'abord sanguinolente, puis trouble, limpide et de plus en plus rare.

§ 3. — Tumeurs du pavillon.

1° Kystes. — Nous traiterons successivement des kystes, tumeurs érectiles et fibreuses.

Les kystes séro-sanguins du pavillon sont assez communs chez les aliénés. M. le docteur Bird en a fait connaître six cas, M. Cossy trois autres, M. Belhomme un seul, et M. Merland quatorze, observés dans une seule année à l'asile de Charenton. Ces kystes ont pour siège habituel, chez les aliénés, la cavité de l'hélix, c'est-à-dire la surface externe du pavillon. Les deux oreilles peuvent être affectées simultanément, mais le plus souvent une seule est malade. On voit d'abord une tuméfaction diffuse de l'oreille qui devient en même temps rouge ou bleuâtre, chaude, luisante et parfois douloureuse. La tumeur remplit la conque dès le premier jour, selon M. Cossy; après plusieurs jours seulement, si l'on en croit M. le docteur Bird : on dirait alors une moitié d'œuf appliquée sur la conque. Le conduit auditif se trouve ainsi fermé. Si l'on vient à palper la tumeur, une

fluctuation obscure et quelquefois une légère crépitation se font sentir; et dans toute son étendue, la peau est comme ecchymosée. L'ouïe est intacte; l'état général est bon. Une ponction pratiquée au début chez les malades de M. Cossy, donna issue à un liquide sanguinolent, mêlé de caillots. M. Merland, de son côté, a trouvé trois fois le kyste rempli de sérosité sanguinolente et une fois de sérosité pure. La maladie abandonnée à ellemême, dans les six cas du docteur Bird, on remarqua les phénomènes suivants : Vers la quatrième semaine, la tumeur s'affaissa, perdit sa chaleur en même temps que la douleur disparut. La peau rougit, se fendilla et donna issue à une sérosité jaunâtre, mêlée de grumeaux de sang noir. Un peu plus tard, le pavillon fut complètement dégagé, mais la peau resta épaissie et même indurée : dans deux cas, la cicatrice se contracta de telle sorte que la confusion des éminences et des anfractuosités avait produit une véritable déformation de l'oreille. Cette déformation serait due, suivant M. Belhomme, à une hypertrophie du tissu cellulaire et du cartilage. MM. Cossy et Merland pensent, au contraire, qu'il y a formation d'un cartilage nouveau sur les parois du kyste.

L'étiologie de cette singulière affection n'est pas encore bien élucidée. Dans l'observation de M. Belhomme, le malade, assis dans un fauteuil à coussins latéraux, se frappait constamment les côtés de la tête. MM. Bird et Cossy n'ont rien vu de semblable. Cinq fois sur six M. Bird a noté une congestion vers la tête. M. Merland regarde cette affection comme le cachet des formes incurables qu'affecte l'aliénation mentale et comme liée intimement à la paralysie générale ; aussi l'observe-t-on rarement chez les femmes, qui sont aussi moins exposées à la paralysie générale.

D'un autre côté, on observe souvent chez les aliénés un état cachectique, une tendance scorbutique même, liés à une émaciation générale très-prononcée, et l'on est conduit à se demander si cet état mauvais de la constitution ne suffirait pas à produire la lésion auriculaire que nous décrivions à l'instant.

Quant au traitement de ces kystes, les faits de M. Bird nous ont montré que la nature seule peut en opérer la guérison dans l'espace de un à deux mois; seulement il en résulte une déformation et une induration du pavillon. Les malades de M. Cossy

ont ete guéris en moins d'un mois par des ponctions successives et rapprochées : une compression méthodique aurait ici son utilité.

L s injections irritantes employées comme pour les autres kystes nous semblent aussi pouvoir être employées avec succès; le sétoa a déterminé des accidents graves (inflammation diffuse, abcès i.

-2 Tumeurs érectiles. — Les tumeurs érectiles de l'oreille ont été rencontrées sous les deux formes qu'elles affectent le plus souvent : la forme veineuse et la forme artérielle.

Les tumeurs érectiles veineuses se présentent à l'état de macules bleuâtres, d'un aspect livide, repoussant. Elles sont en général circonscrites.

Les tumeurs érectiles artérielles occupent une grande partie et mette la totalité du pavillon : cet organe offre une teinte rougeâtre : il est augmente de volume et la dilatation des rameaux artériels de l'oreille s'étend aux vaisseaux du voisinage. Dans une observation communiquée en 1853 aux Archives générales de médecine, par le docteur Mussey, nous lisons les détails suivants .

I3i Observation. — Un jeune homme de dix-neuf ans perlait plusieurs tumeurs pulsatives au pavillou de Toreille gauche : ces tumeurs s'étant ulcérées, des hémorrhagies abondantes menaçaient les jours du malade. —L'artère carotide du côté malade avait été liée, mais l'hémorrhagie continuait. Dans ces circonstances, le chirurgien, ayant remarqué que la compression de l'autre carotide arrêtait l'effusion du san?, résolut d'en pratiquer la ligature. Celte opération hardie eut un plein succès et le malade fut guéri et de sa tumeur et des accidents graves qu'elle avait causes.

14* Observation. — Dans un autre cas rapporté par le docteur Peixoto [t), la tumeur offrait, avec l'hypertrophie considérable du pavillon, une dilatation des troncs et des rameaux auriculaires, avec des battements violents. Malgré la ligature des artères auriculaires, les hémorrhagies se renouvelaient, et la ligature de la carotide fut pratiquée.

A lachute du fil, il y eut une hémorrhagie abondante, à laquelle le chirurgien remédia par une ligature d'attente placée sous le tronc brachio-céphalique : celle ligature ne fut pas serrée et servit seulement à

(l) Mémoires de V Académie de médecine. Paris, 1SS5, t. XIX, p. 23.

faire la compression pendant quelques jours. Lhémorrhagie ne se reproduisit pas et la guérison paraît avoir été complète.

- observations nous montrent que la ligature des artères auriculaires d'abord, et. quand elle est insuffisante, celle des carotides, sont les seuls moyens à opposer, dans . . aves,

avec dilatatio:. nx, ulcération, hémorrhagie; mais si

tumeurs érectiles du pavillo: efl sans compli-

cation, on pourrait les traiter par les moyens ordinai- fig.

la cautérisation, les tons filiformes ou la vacci- y/

nation.

S Tumeurs fibreuses.

15e Observation. — Tumeurs fibreuses du pavillon.

— J'ai enlevé dernièrement une tumeur fibreuse du volume d'une moite d'œuf, et qui était implantée sur la face rieure du pavillon d'un homme de trente-cinq ans ; elle s'était développée lentement , dépuis une di d'années, sans cause connue.

Elle ne faisait point souffrir le malade ; mais comme elle était un objet de difformité et de gêne, on me pria de l'opérer : en quinze jours la plaie était complètement cica'.

et le pavillon, luié en avant par la tumeur, avait repris sa place ordinaire, à la grande satisfaction du malade.

Fig. 1<5. — t la tumeur rue en place, — ce bord postérieur de l'kelix poussé es axaot par la ta-

■car.

M. le docteur Charles Robin ayant eu la bonté de l'examiner, voici la note qu'il nous transmit :

Le tissu de la tumeur était peu vasculaire, blanc, tenace, difficile à déchirer; sa coupe offrait un aspect fibreux B fais-

ceaux de ce tissa observes isolément, ont tous présenté une structure identique. Ils Paient formés de fibres de tissu cellulaire ; disposées ea

faisceaux microscopiques irès-serrés, elles étaient difficiles à isoler les unes des autres, réunies par une petite quantité de matière amorphe résistante. Les faisceaux de fibres étaient onduleux, entre-croisés les uns avec les autres, sans ordre très- constant. On ne trouvait de vaisseaux capillaires entre eux que vers la périphérie de la tumeur et point vers le centre.

Ainsi, on voit par ce résumé de la structure intime de celte production, qu'elle offrait tous les caractères des tumeurs fibreuses proprement dites.

4° Fractures simples du pavillon. — D'abord le cartilage du pavillon peut-il se fracturer à la manière d'une pièce osseuse?

Boyer et M. Velpeau répondent par la négative.

Pour nous, sans vouloir résoudre la question d'une manière absolue, nous pensons néanmoins que la fracture peut parfaitement exister sur ce cartilage; malgré sa flexibilité ordinaire, il peut se rompre sans aucun doute. M. Jarjavay en cite un exemple remarquable, et il est certain que le cartilage du pavillon peut, après avoir été ployé d'une manière exagérée, persister dans cette déformation, même indéfiniment, et offrir les mêmes inconvénients qu'une véritable fracture.

Les fonctions de cornet acoustique que doit remplir le pavillon sont atteintes en proportion de l'étendue de cette déformation.

5° Congélation. — Quant aux congélations, les détails qui s'y rapportent sont ceux des plaies contuses avec perte de substance.

6 Les engelures du pavillon n'offrent rien de particulier.

7° Brûlures du pavillon. — Ces brûlures se remarquent surtout chez les enfants, à la suite d'une chute dans un foyer ardent, et s'accompagnent ainsi presque toujours d'une brûlure analogue plus ou moins étendue de la face.

Cette lésion, quoique n'intéressant nullement la vie du malade, en tant que brûlure du pavillon, est cependant d'une fâcheuse gravité pour l'audition. Le tissu inodulaire de cicatrice, qui ne tarde pas à se montrer, déforme d'une manière singulière l'organe affecté et entrave ainsi mécaniquement le jeu des ondes sonores.

Prévenir les suites fâcheuses d'une cicatrice vicieuse, tel est donc surtout le rôle du chirurgien spécialiste : éviter que le conduit auditif externe ne soit oblitéré, maintenir le pavillon sous son même angle d'insertion ou protéger les diverses inéga-

lités de sa surface; telles sont les indications que le praticien cherchera à remplir.

8° Dartres du pavillon. — Sous ce nom générique, qui maintenant est à peu près rayé de la science, on comprenait autrefois toutes ces maladies de la peau que Alibert désigna sous le nom de dermatoses.

Ces affections diverses sont excessivement nombreuses et différentes; mais toutes elles offrent ceci de commun, qu'infiltrant les tissus du pavillon de produits inflammatoires, elles en changent la structure et, jusqu'à un certain point, la forme.

C'est sous ce point de vue que nous allons rapidement passer en revue les diverses sortes d'inflammations du pavillon.

A. — D'abord l'érysipèle. "

Cette affection, quoique n'affectant, le plus souvent du moins, le pavillon que secondairement et par extension de la face à l'oreille, n'en mérite pas moins toute l'attention du spécialiste.

Le tissu cellulaire, en effet, du pavillon, comme on le sait, excessivement lâche, se laisse facilement infiltrer des produits de l'inflammation et acquiert ainsi une dureté et une déformation que Ton doit se hâter de prévenir par tous les moyens préconisés contre l'érysipèle en général.

Les émollients, mais surtout les divers agents substitutifs (sulfate de fer, sel de zinc ou de cuivre, nitrate d'argent, etc.), trouveront ici leur indication.

B. — Les divers exanthèmes, pustules, vésicules, tels surtout que les impétigo ou les eczémas, envahissent aussi très-souvent le pavillon de l'oreille et occasionnent généralement des lésions plus graves que l'érysipèle, par cela seul que leur marche est plus chronique.

Aussi s'attache-t-on à les combattre d'une manière toute particulière.

Les émollients, les anti-phlogistiques, au début, feront bientôt place dans l'état chronique à l'huile de cade et aux diverses pommades minérales employées chaque jour contre les diverses maladies de la peau.

En même temps, Ton se trouvera souvent très-bien d'un traitement général et de l'emploi des amers, des dépuratifs et même des purgatifs sagement administrés. L'éléphantiasis du pavillon, quoique très-rare, a cependant été observée par kramer.

150 MALADIES Dl PAVILLON DE L'OREILLE.

Cette affection n'est, le plus souvent, qu'une simple hypertrophie de nature scrofuleuse ou syphylitique, mais rarement cancéreuse, comme le prétend cet auteur. Toutefois, son influence sur la libre fonction de l'oreille justifie parfaitement les efforts que l'on doit tenter pour la guérison.

A un traitement local, qui consiste surtout en l'excision d'une plus ou moins grande portion du pavillon, doit se joindre un traitement général anti-scrofuleux ou anti-syphilitique, suivant la cause diathésique qui a présidé au développement de la maladie.

16« Observation. — Herpès par plaques du pavillon de l'oreille. — En novembre 1854, un enfant âgé de neuf ans, sans cause connue, est prisd'une douleur légère au pavillon de l'oreille, avec démangeaison. — La rainure de l'hélix commença à être rouge; puis le lendemain, dans la nuit, des petits points acuminés se montraient. Bientôt ils devinrent blancs; se remplirent d'humeur purulente: groupés en trois places principales au nombre de 6, de la grosseur d'une tète d'épingle ; le nombre total est de 18.

Toute la conque de l'oreille est rouge-violacée ; peu de démangeaison.— Pas de fièvre. —Langue naturelle. — Peu d'appétit. — Il tousse un peu et cependant pas de malaise. — C'est une affection toute locale.

Lotions émollientes. — Saupoudrer de farine d'amidon.

On le purgera tous les deux jours, avec 20 grammes de sel d'Epsom. — Guérison en douze jours.

17e Observation. — Eczéma limité à l'entrée du conduit auditif externe. — Marie L., âgée de cinquante-sept ans. En juillet 1854, cette malade a commencé à éprouver des démangeaisons, et c'est quelques jours plus tard qu'un écoulement a paru pour la première fois (sans cause connue). — Cet écoulement abondant était jaune, fétide. — Il a duré depuis cette époque, et dure encore aujourd'hui.

Examen de la malade. — La gorge est saine. — Les yeux et le nez également. — La malade est sujette aux coryzas.

Examen de l'oreille. — Les deux pavillons se présentent avec une configuration normale, seulement ils sont rouges écailleux, avec des squames jaunâtres ; en examinant de très-près, on voit des vésicules très-fines, signe non équivoque de l'eczéma.

Epaississemenl de la peau du pavillon et de l'intérieur du conduit auditif. — La phlegmasie ne s'étend pas très-loin.

Le pavillon est devenu dur. — 11 n'a pas perdu sa transparence. — L'entrée du conduit auditif externe est un peu rétrécie par suite de la

tuméfaction de la peau, qui s'enfonce dans le conduit. — Celte peau est saine dans toute l'étendue du conduit. — Le tympan est sain aussi. — La montre n'est entendue qu'à 0,10 centimètres des deux côtés.

Prescription. — Lotions. — Eau 200 gr., sulfure de pot. 40 gr., un bain de vapeurs tous les deux jours. Infusion de pensée sauvage avec 60 gr. suif, soude. — Régime modéré, légumes. Point de café ni eaude-vie.

9 janvier 1855. — La malade a pris des bains de vapeurs.

Le gonflement du pavillon et du méat a sensiblement diminué.

16 janvier 1855. — Les croûtes sont tombées; il n'y a plus que quelques rares vésicules nouvelles. — Même traitement.

23 janvier 1855. — Diminution du gonflement. — Onctions malin et soir avec la pommade suivante : axonge 20 gr., turbith miner. 1 gr. Deux pilules d'Anderson tous les deux jours.

10 février 1855. — La malade a pris six pilules d'Anderson. — Elle a éprouvé l'effet vomitif et purgatif.

Le pavillon du côté droil a repris sa souplesse : il est débarrassé des croûtes eczémateuses dont il était recouvert. On voit cependant encore quelques vésicules dans le fond de la conque. — L'intérieur des deux méats est tuméfié. — On y trouve aussi quelques vésicules qui donnent un peu de pus.

13 février 1855. — L'amélioration se continue.

27. — L'eczéma est presque entièrement guéri. — Elle entend à gauche à 0,08, adroite, à 0,18. — En sondant la trompe gauche, on constate qu'il y a un catarrhe considérable qui ne permet à l'air de passer que difficilement.

10 mars 1855. — L'eczéma est entièrement guéri. — A gauche, elle entend à 0,10, à droite, à 0,18.

17 mars 1855. — A gauche, entre 0,11 et 0,12, à droite, à 0,33. — Douches d'air.

29 mars. — Douches d'air dans les deux oreilles; on constate des mucosités dans la trompe gauche.

2 avril. — A gauche, 0,20 ; à droite, 0,35.

18e Observation. — Eczéma impètigineux de Voreille droite avec épaississemenf des membranes du conduit auditif externe droit. — En juillet 1855, Désirée M., âgée de cinquante-neuf ans, nous donne les renseignements suivants sur les commencements de sa maladie : A l'âge de vingt ans, elle remarqua une diminution de l'ouïe, qui dura deux ans, et disparut après pour reparaître depuis dix ans. Cette surdité est venue à la suite de démangeaisons.

Etat actuel. — Cette femme, d'une bonne constitution, rouge de figure, mariée, a eu quatre enfants ; réglée à quatorze au-, la surdité

n'est point venue à la suite de ses couches, mais bien après un refroidissement, au dire de la malade.

Signes anatomiques. — A droite, nous trouvons le pavillon rouge, aplati, vasculaire ; les veines sont très-gonflées, la peau est luisante et bleuâtre. Toutes les saillies sont hypertrophiées, le tragus, l'antitragus, l'hélix. La peau qui revêt l'entrée du méat présente les croules qui dénotent l'eczéma impéligineux. Le conduit auditif est complètement oblitéré; à la partie antérieure et inférieure, on trouve une petite tumeur en relief de la grosseur d'un gros grain de blé, qui n'est aune chose qu'un abcès chronique induré. On nepeut voir le tympan. Pas de ganglions sublobulaires.

Signes physiologiques. — Pas de douleur, surdité complète, bourdonnement comparable à un torrent d'eau qui tombe. Il y a un peu d'érélhisme.

A gauche. — Quant au côté gauche, les signes anatomiques sont peu évidents à cause de l'étroilesse du conduit. On y constate un peu de cérumen. Les signes physiologiques sont les mêmes que ceux du côté opposé. En faisant moucher la malade, on n'entend de bruit ni d'un côté ni de l'autre, en auscultant la caisse.

Traitement. — Suif, de soude 200 grammes.

Jalappulv j gramme.]

M. f. dix paquets.

Un tous les matins, dans un verre d'eau.

Cataplasmes de fécule. — Lotions d'eau de sureau. — Viandes grillées. — Pain grillé. — Un peu devin. Huit jours de ce traitement suffirent à faire tomber les croûtes. La pommade suivante fut alors mise en usage :

Axonge fraîche ....

Turbilh minéral. . . .

Mêlez.

Gros comme un petit pois en onctions sur le pavillon, matin et soir. Guérison en quinze jours.

§ <4. — Inflammation du tissu cellulaire du pavillon.

Cette inflammation peut se présenter sous forme circonscrite ou sous forme diffuse.

La forme circonscrite constitue ce que l'on nomme le furoncle. Cette légère petite affection réclame, surtout ici, un débridement hardi. Prévenir la formation du pus et du bourbillon, par con-

AUTOPLASTIQUE. 153

séquent empêcher une plaie qui entraînerait une cicatrice fâcheuse, tel est le but que l'on doit se proposer.

L'inflammation diffuse du pavillon de l'oreille constitue ce que l'on a nommé le phlegmon.

Cette affection est, heureusement pour l'audition, assez rare: aussi ne la mentionnons-nous que pour mémoire.

Souvent de pareilles phlegmasies se terminent par suppuration. Cette terminaison se remarque surtout dans certaines épidémies et se trouve, par conséquent, liée à une cause générale qui nous échappe. Lorsque la suppuration est étendue, la cicatrice sera considérable, et l'on comprend alors combien doit en souffrir la forme du pavillon.

Le traitement sera, ici comme dans le phlegmon des autres régions, entièrement anti-phlogistique.

§ 5. — Autoplastique.

La perte du lobule, ou même d'une partie du pavillon, peut se réparer par les procédés autoplastiques. M. Dieffenbach l'a tenté avec succès.

Procédé de M. Dieffenbach. — Le bord altéré de l'oreille étant, régularisé et partout rafraîchi, on taille, selon le besoin, un lambeau de la peau, soit en avant sur la tempe, ou à la partie supérieure de la conque, ou en arrière sur l'apophyse mastoïde, ou enfin au-dessous de cette apophyse. On le dissèque à la méthode de Celse, de telle sorte qu'il suffise de le tirailler un peu, sans tordre aucunement le pédicule, pour rapprocher son bord libre du bord mutilé de l'oreille ; et on les réunit par des points de suture entrecoupée qui comprennent toute l'épaisseur de l'oreille aussi bien que du lambeau. On passe ensuite, derrière l'espèce de pont qui résulte de cette réunion, une bandelette enduite de cérat, pour prévenir le recollement de la peau disséquée, et l'on recouvre le tout de compresses imbibées d'eau de guimauve tiède.

Lorsque l'agglutination est bien faite, c'est-à-dire après trois ou cinq jours, ou même plus tard, on peut ôter les aiguilles. Mais ce n'est que du quinzième au trentième jour que la cicatrice est assez solide pour permettre, sans crainte de gangrène, de séparer totalement le lambeau du crâne. On a soin, en opérant

cette division, de lui donner la forme convenable, d'en régulariser les angles, et de lui donner une largeur au moins de moitié plus considérable que ne l'est la perte de substance ; puis on le panse, à part de la plaie qu'il laisse à la tête, avec des émollients.

On voit que sa face cutanée répond à la face externe du pavillon, et la surface saignante ou suppurante reste postérieure. Il finit par se rétracter, s'épaissir, se durcir, prendre la forme d'un bourrelet; après avoir pâli d'abord, il acquiert une teinte rouge, et demeure longtemps plus coloré que le reste du pavillon.

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