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CHAPITRE IX

On entend par polypes, en général, des tumeurs charnues, vaviables par la couleur, la forme, la structure, la consistance de leur tissu. Un caractère commun permet cependant de les rapprocher, c'est qu'elles naissent et se développent sur la marge muqueuse des orifices naturels, nez, pharynx, rectum, col de l'utérus, méat auditif.

Cette manière d'envisager les polypes est celle qu'ont adoptée les auteurs dans leur définition des polypes du nez, de Uoreille, etc.

« La membrane du conduit auditif, dit Boyer, a de l'analogie avec les membranes muqueuses et est sujette, comme elle, aux excroissances polypeuses. »

« On donne (1) le nom de polype à une excroissance déve- « loppée sur les membranes tégumentaires. — On ne considère a communément les polypes que sur les membranes mute queuses ; cependant certaines parties de la peau offrent quela quefois des excroissances en tout semblables aux polypes : « ainsi, l'entrée du vagin, du conduit auditif. »

Nous voyons par ces deux définitions semblables et répétées dans tous les auteurs, que les membranes muqueuses et la peau elle-même peuvent donner naissance aux polypes.

Mais cette définition, qui convient surtout aux polypes du nez, pour lesquels on l'a créée il y a tantôt deux mille ans, n'est pas applicable aux polypes de l'oreille. En effet, je vais prouver, dans la suite de ce travail, que les polypes de l'oreille ne sont autre chose que des fungosités, sortes d'excroissances charnues, qui naissent et se développent sur les membranes externes et internes de l'oreille affectées d'écoulements chroniques et puriformes ; de la même manière qu'on voit la surface enflammée des vieux exutoires, des ulcères anciens, se couvrir parfois de chairs baveuses et saignantes, etc. Or, rien de sem-

{]) Dictionnaire de médecine, an. Polypes.

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blable ne se rencontre dans l'étiologie des polypes du nez, du moins si l'on en croit la description de nos meilleurs classiques. Cette confusion de deux maladies, qui n'ont réellement de commun que la même dénomination, a introduit dans la pratique un abus déplorable, celui de soumettre l'une et l'autre aux mêmes moyens de traitement. Les différences importantes que j'ai signalées tout à l'heure en quelques mots me semblent cependant indiquer une autre route à suivre; elles me paraissent aussi mériter une démonstration complète. Tel est le but que je me suis proposé dans les pages suivantes.

§ 1. — Historique et faits observés par les auteurs anciens et modernes.

Les auteurs anciens, Hippocrate, Celse, Galien, vEtius, Paul d'Égine, en traitant des polypes, dans plusieurs passages de leurs écrits, n'ont entendu parler que des polypes du nez.

Ainsi, Hippocrate (1) décrit en quelques mots trois variétés de polypes qui se développent dans les fosses nasales.

Pour Celse : le polype est une excroissance de chair, qui s'attache aux os des narines, a Polypus verô est carnicula qua? a narium ossibus inhœret. »

D'après Paul d'Égine : « Le polype est une excroissance, dont les racines s'étendent dans tous les points des fosses nasales. »

Telle est la tradition que l'on retrouve dans les chirurgiens du moyen âge, Guy de Chauliac,Pigray, etc., mais il n'est point question, dans leurs écrits, des polypes de l'oreille (2). Nous arrivons ainsi au seizième siècle, représenté par A. Paré (3). Ce chirurgien avait déjà entrevu que : a la fluxion tombée aux oreilles qui fait apostème, engendre ulcère kypersarcorse ou chair supercroissante. » Et plus loin : « Quand cette chair est fort profonde, elle ne se peut guérir. »

Il est vrai que cette phrase concise et qui renferme tant d'enseignements, est là jetée au hasard, dans un chapitre ignoré, où l'on rencontre seulement quelques vues théoriques sur la surdité.

(1) Hippocrate, OEuvres complètes, trad. par E. Littré.

(2) V. Guy de Chauliac, le Maître en chirurgie, p. 392 ; Pigray, Epitome en chirurgie, p. 4281.

(3) OEuvres complètes, édit. de Malgaigne, t. II, p. 601.

La première observation positive de polype de l'oreille, rapportée dans la science, est due à Fabrice de Hilden (1). Cette observation a été reproduite inexactement par tous les auteurs qui ont écrit après lui : et comme elle a servi de thème aux descriptions dogmatiques publiées depuis cette époque, je crois indispensable, avant d'aller plus loin, de la transcrire textuellement, afin de rétablir les faits dans toute leur vérité.

79e Observation. — Fungus scirrhosus ex aure propullulans. — En 1594, une jeune fille de noble origine, Marguerite de Martines, âgée de huit ans, fut atteinte de la variole : l'éruption fut à peine sensible ; un an après (1595), cette jeune personne ressentit de violentes douleurs dans l'oreille droite, avec élancements violents. Quelques jours plus tard, un abcès s'ouvrit dans le méat, et la matière de l'écoulement ressemblait à de la lavure de chairs [loturœ carnis ad instar). — Cet écoulement devint bientôt jaunâtre et après quelques intermittences, il s'établit définitivement, pour ne plus disparaître : mais la douleur n'existait plus.

Cinq ans plus tard, en 1600, les parents ayant remarqué que l'ouïe était plus faible de ce côté, eurent la curiosité de regarder l'oreille malade et virent, non sans quelque surprise, qu'elle était obstruée presque complètement par une excroissance charnue (excrescentiam quamdam carnosam) . L'écoulement continuait toujours. Mais comme la noble malade montrait une grande répugnance pour les opérations chirurgicales, on hésitait beaucoup à réclamer les secours de l'art.

Ce fut dans l'hiver de 1604 seulement, que les parents consultèrent Fabrice.

V excroissance fongueuse, dont il nous a laissé plusieurs dessins dans son bel ouvrage, avait la forme du conduit, dans la partie qui s'y trouvait renfermée; mais celle qui se montrait dehors était inégale, dure, livide, et s'épanouissait sur la conque par plusieurs tubercules mûri formes.

L'opération fut fixée au retour de la belle saison et Fabrice employa la ligature, le 23 mai 1604, pour élreindre la partie profonde de la tumeur. — Elle se détacha le troisième jour, mais ses racines ne furent détruitesqu'àl'aide de cautérisations nombreuses, et la guérison ne fut définitive que vers le mois d'août de la même année, 1604. — C'est-àdire que le traitement avait duré un peu plus de trois mois.

Cette version diffère sensiblement de la suivante, que je lis dans Itard (2) :

(1) Cent. 3, obs. 1 (annoicoi .

(2) Traité des maladies de l'oreille, T. Il, p. 26.

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Pour ne point fatiguer l'attention du lecteur, un peu plus loin, par des répétitions, je demande la permission d'anticiper un moment sur les dates, et de discuter ici même cette observation importante, afin de lui restituer son véritable sens :

Les applications du caustique, selon Uard, furent renouvelées jusqu'à ce qu'en explorant le conduit auditif, on pût voir la membrane du tympan parfaitement libre et dégagée. La guérison fut complète et l'ouïe enlièremenl rétablie le 24 octobre 1613. C'est-à-dire neuf ans après l'opération.

Ce petit passage, malgré sa concision renferme trois erreurs que je dois signaler à l'attention du lecteur : ce point est capital. 1° D'abord il n'est nullement question de membrane du tympan, libre et dégagée : puisqu'on ne trouve dans le texte que ces quelques mots : « Illa autem (radix) prope tympanum erat. »

Mais Fabrice pouvait supposer à bon droit, que l'excroissance, longue de4centim.(Voir fig. A, page 18i); pouvait avoir sa racine près du tympan, sans qu'il soit permis d'inférer de là, que le tympan était libre et dégagé : car, on ne trouve rien de semblable dans le passage que je viens de transcrire. Fabrice n'a point vu, ni cherché à constater l'état du tympan ; car il n'eût pas manqué d'en donner la description et la figure, lui qui dans sa minutieuse exposition, nous représente la racine du polype, les fils, le serre-nœud, qui ont servi à l'opération ; et jusqu'aux lames de cire, avec lesquelles il protégeait les parois du méat, contre l'action de ses escarrotiques.

Fabrice n'a donc pas voulu indiquer l'état de la membrane du tympan, dans la phrase concise que j'ai rapportée plus haut : et d'ailleurs, cela n'était pas possible, puisque chez cette malade, comme chez les autres, dont je parlerai plus loin, le tympan devait être détruit.

2° « La guérison fut complète et l'ouïe entièrement rétablie le 24 octobre 1613. »

Voici le texte :

« Post mensem (1) (Juin) pro corroboràtione et exsiccatione partis affectœ. Linimentum consului. »

Puis il ajoute :

« Sic divine- aspirante Numine pristinœ sanitati resfituta fuit puella, qua et ad hodiernum usque diem 24 octobris 1613 (quo hœc scripsi) féliciter utitur et quidem in matrimonio non infelici, etc. »

Après la lecture de ce texte, tout commentaire est inutile. Le traitement fut terminé vers la fin de juillet 1604 ou au commencement d'août; et c'est seulement en 4613, que Fabrice, dans une de ses lettres, communique ce fait remarquable à un de ses amis.

3° Quant au troisième point, non moins important : « Que la malade recouvra complètement l'ouïe. » Fabrice dit en effet : « Et auditum recuperavit. » Mais il suffit d'avoir vu un certain nombre de sourds, pour savoir qu'une seule oreille restée saine, peut suppléer complètement à l'imperfection ou au défaut de l'autre. — Et comme Fabrice ne donne aucun détail sur ce sujet, je pense qu'il s'est fait illusion à lui-même à cet endroit : et cette illusion est vraiment bien excusable, si l'on réfléchit un moment au doux enivrement de l'amour-propre, que cette cure lui procura (1). Ce fait est reproduit parDuverney (v2) de la manière suivante :

« Pour se faire une juste idée de la curation de la quatrième espèce d'obstruction qui est faite par des excrescences fongueuses et charnues, il suffirait presque de lire la première observationjde la centurie 3 de Fabricius Hildanus, où il a fait la description d'une excrescence fongueuse et scirrheuse qui était survenue au conduit, ensuite d'un abcès : avant d'en faire l'extirpation, il prépara soigneusement le corps de sa malade ; après quoi il coupa tout ce qu'il put par la ligature, mais comme la racine de l'excrescence était fort profonde etque ses instruments ne pouvaient pas aller jusqu'au fond du conduit, il fut obligé de se servir de quelques caustiques; ce qui lui réussit. »

Dans l'appendice qui fait suite à V Arsenal de chirurgie, de Jean Scultet, on trouve l'observation suivante :

80e Observation. — De aurium polypo, surdifatis auctorc , ferro sublato, cum restitutionc audilûs (3). — Occasione nepotis, quatuor-

{I) V. 188, obs. chir. cent. 3.

(5) Duverney, Trait, de l'organe de l'ouïe, p. 13(J, édit. 1688-1731. (3) Joannis Sculteti Armentarii chirurgici. Appendi.c. Amsterdam, 1741. Pars. 2, obs. lô, éd.

decim annorum juvenis, Leerdamo hue venit cum génitrice, eegritudinis historiam referente anno 1660, meconsulendi gratia pro sanioso aurium stillicidio, quod jam ab ipsis contraxerat incunabulis, lam fœdo, ut uon modo sibi sed adstanlibus foret gravis ; audito, quod mater de valetudine sollicita ubivis locorum anxiè, ob surditatem in dies increscentem, sed frustra, conquisiverat remédia, auris inspeximus meatum , ubi fongosam instar polypi deprehendimus ex ista fœda lue, luxuriare substantiarn, quae aeris ad lympanum ingressum omninô praecluderet ; quapropter non alia via, quam secando et urendo recuperandani esse sanilalem judicavimus.

Dolorosum hoc remedii genus, abnuentes discesserunt; sed post semestre spalium redeuntes operationem hanc admiserunt; facta accurala corporis expurgatione et parato inslrumento instar valsellœ, intus caro prœcisa est prout Aquapendens, ad polypos extrahendos, depinxit , quo sœpius in aurem immisso sensim omnis luxurians caro educta est; atque postmodum cauterio per canulam immisso, carnis reliquiœ inustœ sunt ; adhibilis tum medicamentis crustas removenlibus, tum exsiccantibus, auditu restituto, inducta est cicatrix.

Evidemment cette observation n'est pas complète; mais on y trouve cependant noté avec soin le point important d'étiologie sur lequel je veux fixer l'attention : L'écoulement chronique de l'oreille (depuis la plus tendre enfance). — Quant à l'état de la membrane du tympan, il n'en est pas question.

Leschevin (1), comme les auteurs de l'appendice de Scultet, a passé sous silence l'observation de Fabrice ; mais son Mémoire renferme le passage suivant :

« Il peut survenir des excroissances aux ulcères de l'oreille; comme à ceux de toutes les parties. On peut les détruire avec Finstrument tranchant ou avec le caustique, selon le cas. — Mais outre cela, la membrane glanduleuse du conduit auditif est susceptible d'un autre genre d'excroissances, telles que celles fournies par la membrane pituitaire, dans l'intérieur du nez et qui sont connues sous le nom de polype. »

Puis il ajoute :

g On trouve dans Scultet l'histoire d'un polype de l'oreille, qui avait causé la surdité, en bouchant exactement le conduit, et qui fut guéri, en partie par arrachement, en partie par le cautère actuel. »

(1) Prix del'Acad. de chirurgie, 1764.

EII-TORJQCE. — OBSERVATI"\i.

Im vu tout à l'heure ce qu'il fallait penser de cette

observât ion :

81e 0bse»tatk>5. — J'ai tu aussi, poursuit LescheTin, il y a quelques années, une jeune fille incommodée d'une pareille excroissance implantée fort avant dan? le conduit auditif et qui sortait au

un demi-ponce. — ( ::ce, que je regarde comme un

▼rai polype, était fongueuse et rendait une suppuration fétide. — fut extirpée par arrachement. Ce moyen seul fut empl aura opéré une guérison radicale, n'ayant pas f u la malade depuis ce temps-là.

tte observation est trop incomplète pour servir à éclairer jlogie des polypes de l'oreille.

(foui la trouverons plus loin quand il s'agira du traitement.

Desmonceaux (1;. dans un [ r ce

sujet :

« Le second accident, qui porte atteinte à l'organe de l'ouïe, se manifeste lorsqu'après une fluxion avec dépôts, il ?e forme un funrjus. une carnosité quidérai.. la nature. »

Et un peu plus loin il ajoute I :

c Avec lei injections, on peut déterger et cicatriser

cette plaie renoi^ante: avec l'aide d'une curette tranchante, on peut emporter ce f un - us. — Miis s'il inr humeur soit

entretenue par un dépôt laiteux, il faut mettre le malade au régime. - r, lui faire prendre des sodorifi jblir pendant un an le sainbois au : - ne et finir par un cautère permanent.

1 stuset Schenkius a rapportent avoir vu succéder - du conduit de l'oreille dr -dans

tait torn noueuses qui bou-

chaient le diamètre du conduit auditif externe; tout ce. semblable à ce qui se ans certains ulcères des autres

parties du ce:

Mais Ravaton ne s'arrête ians Tétiologie : « J'a

jours cru, dit-il, que la plupart de o- Ures,

srt entretenues par quelque vice du sang, prin<

'filadies des yeus et des oreilles, Pu ta, 171 <56.

. Ibid., p. 4S8.

. f"j-.jue moderne de la chirurgie, Pa: - I,p. 360.

316 DES POLYPES DE i/OREILLE.

Y écrouelleux , et qu'on ne pouvait se promettre de les terminer qu'en conseillant aux malades des remèdes qui conviennent à chacun d'eux. »

Nous empruntons à Pelletan (l) l'observation suivante :

82e Observation. — Un jeune homme de quinze ans, grand et mince, d'une sanlé délicate, et même portant quelques caractères du vice scrofuleux, avait dans le conduit auditif du côté gauche, une tumeur qui remplissait et dilatait ce conduit. Elle faisait saillie au dehors et on lâchait depuis longtemps de la détruire par une cautérisation de sa portion visible; mais loin de réussir, on avait déterminé le développement de la douleur et une suppuration abondante.

Ayant examiné celte tumeur , je reconnus sa consistance cartilagineuse, et ne pouvant juger du lieu de son origine, je pris le parti de faire fabriquer une pince concave sur ses deux lames et propre à engaîner la tumeur. Cette pince fut introduite profondément, jusqu'à ce que je sentisse la résistance du fond du conduit ; alors je serrai la tumeur et par un mouvement de torsion, je parvins à l'extraire non sans causer une douleur vive, mais de courte durée.

Le lendemain, l'oreille étant nettoyée, la grande dilatation du conduit auditif me permit de voir le lieu, d'où la tumeur avait été détachée et il ne restait que la surface d'implantation. — Je pus aisément y déposer une goutte d'acide nitrique, pour détruire les racines de la tumeur ; je répétai trois fois cette légère cautérisation et la malade a été guéri radicalement.

La maladie était en dehors de la membrane du tambour, qui n'avait pas été endommagée, non plus que les fonctions de l'organe de l'ouïe, que le sujet a recouvrées complètement, après la soustraction de la tumeur.

Il y a à peu près trois mois que j'ai rencontré et traité un cas parfaitement semblable à l'Hôtel-Dieu, chez une femme d'environ trente ans, chez laquelle il n'existait aucun autre caractère de maladie.

En analysant les principaux détails de cette observation, on voit que Pelletan Ta écrite d'après des souvenirs.

Le malade présentait quelques-uns des caractères du vice scrofuleux. — Mais l'auteur ne nous dit pas s'il y avait eu précédemment des écoulements par le méat, comme cela se voit si fréquemment chez les sujets lymphatiques; nous ignorons aussi

(I) Clinique chirurgicale, Paris, 1810, t. I, 240.

les différentes phases que la tumeur avait dû présenter dans son évolution, depuis le moment où elle fixa l'attention du malade jusqu'à celui où le chirurgien l'examina.

D'après Pelletan, la maladie siégeait en dehors de la membrane du tambour ; — mais comment s'est-il assuré de l'état d'intégrité de cette membrane ?

C'est là un examen si difficile dans la plupart des cas, qu'il faut être bien certain que les auteurs sont familiers avec ces sortes de recherches, pour que l'on puisse accorder toute confiance à leur description. Quant aux fonctions de l'organe qui n'avaient point été endommagées, l'observation de Fabrice, citée plus haut, nous a montré combien l'illusion était facile, même pour un observateur consciencieux. — Boyer (1) a reproduit de l'observation de Fabrice le petit passage précédent , tiré de Duverney, et que nous avons rapporté tout à l'heure : « Ces polypes ressemblent à ceux de la membrane pituitaire; leurs effets se bornent au suintement puriforme. etc. »

Nous arrivons à Itard : je vais analyser aussi complètement que possible les six observations consignées dans son ouvrage ^2).

La première est celle empruntée à Fabrice de Hilden et que j'ai rapportée et discutée plus haut.

La deuxième est tirée de la Gazette de Santé (année 1777); elle est ainsi conçue:

83e Observation. — La fille de la veuve Fert, demeurant à Champeaui, âgée de vingt-neuf ans, était sourde depuis sa naissance; ses parents lui avaient enseigné la langue à la faveur d'un cornet qu'ils lui introduisaient dans l'oreille. — Ils l'avaient conduite à Paris plusieurs fois et fait voir à différentes personnes de l'art, qui dirent que c'était un mal sans remède : on me la fit voir, après qu'on eut pris différents avis, soit à Paris, soit aux environs de Champeaux. Après l'examen de la malade, je m'aperçus qu'il y avait dans le conduit auditif une excroissance charnue, que je regardai comme un polype, et je proposai l'opération en prédisant tout ce qui est arrivé.

Le 1er de ce mois, m'étant transporté à Champeaux, je fis l'extirpation du corps étranger, qui était la seule cause de l'infirmité de cette fille. C'étaient deux polypes, qui avaient un pouce sept lignes en long; l'un avait trois racines ou pédicules et l'autre deux. Nous avons vu

(1) Traité des mal. ciiirurgica'.es, Paris, 1831, t. VI, p. "J5. [t] Itard, t. II, p. i5 et suiv.

avec plaisir cette sourde de vingt-neuf ans, entendre ensuite plus clair que tous ceux qui étaient présents. Ce succès inespéré a excité la curiosité d'un grand nombre de personnes, qui sont accourues pour s'assurer du fait.

La montre à la main, je n'ai pas été quatre minutes à faire l'opération et à mettre l'appareil.

Ma malade va de mieux en mieux et sera bientôt guérie.

Comme on le voit, cette observation est très-incomplète et les renseignements les plus importants n'y sont point indiqués. Par exemple : l'auteur a oublié de nous apprendre, si la malade avait eu des flux d'oreilles? — Leur durée? — Le résultat définitif du traitement ? etc.

84e Observation. — Madame Crow, sujette dès son enfance à des inflammations de l'une et de l'autre oreille, qui se terminaient par un suintement sanguinolent et puriforme, finit par perdre l'ouïe de l'oreille droite, qui est celle qui a été le plus souvent affectée. Cette surdité fut accompagnée d'une sorte de gène douloureuse dans le fond du conduit, et de temps en temps d'un léger suintement séro-sanguinolent, qui diminuait un peu cette gêne, mais sans amendement de la surdité. — A la suite d'une fièvre catarrhale, pour laquelle cette dame reçut mes soins, elle me fit confidence deson infirmité, qu'elle évitait soigneusement de laisser connaître dans la société.

J'examinai de suite l'organe malade et j'aperçus dans le fond du conduit quelque chose de brillant et d'arrondi, que je pris pour une bulle d'air enveloppée d'un peu de sérosité.

Cependant en y portant la pointe d'un cure-oreille, je sentis une résistance qui me tira de mon erreur ; et me persuada que c'était une excroissance polypeuse. En effet, l'ayant explorée en plusieurs sens, je sentis qu'elle vacillait. Je glissai, entre le conduit et cette excroissance, l'extrémité concave du cure-oreille; et ayant brusquement ramené à moi l'instrument, avec l'attention de presser sur la tumeur, je l'entraînai du premier coup.

Elle était de nature graisseuse, de forme oblongue, un peu étranglée dans son milieu, et présentant à son extrémité un pédicule, qui avait tout au plus le diamètre d'une épingle.

Immédiatement après l'extraction, l'ouïe, qui était perdue, se trouva rétablie et persista à un haut degré de finesse jusqu'au lendemain, mais au bout de vingt-quatre heures, la surdité était tout aussi complète qu'auparavant; et ce qui est véritablement étonnant, c'est qu'en examinant au soleil, le conduit auditif, je le trouvai tout aussi libre, tout

aussi intact que celui de l'oreille opposée, tel enfin que je l'avais laissé la veille après l'opération.

Cette observation qui paraît avoir été recueillie par Itard, est tout aussi incomplète que celles dont j'ai parlé déjà ? — En quel état se trouvait la membrane du tympan, etc.

85e Observation. — Un maçon, nommé Pierre Devin, âgé de trentesix ans, devenu sourd de l'oreille droite, à la suite d'une otorrhée, qui avait duré plusieurs années, s'apercevant que l'oreille gauche s'affaiblissait à son tour, se décida à réclamer les secours de l'art et me fut amené par une de ses parentes, que j'avais guérie d'une pareille infirmité. Cet homme avait eu, au col, dans son bas âge, des tumeurs scrofuleuses qui avaient suppuré et une teigne, dont on ne l'avait pu guérir que par la calotte de poix. Devenu bien portant et robuste à l'âge de la puberté, il n'avait éprouvé depuis d'autre maladie que celle qui avait attaqué l'oreille droite.

L'écoulement s'était établi après une violente douleur dans le conduit et n'avait cessé qu'au bout de cinq ans, après avoir entraîné au dehors les osselets de l'ouïe et détruit complètement l'audition de ce côté.

Peu de temps après, il se déclara dans l'autre oreille des bourdonnements, des démangeaisons et un léger suintement sans douleur; ce qui ne tarda pas à amener un degré de surdité assez prononcé.

J'examinai l'une et l'autre oreille ; je trouvai la droite engouée d'une matière blanchâtre et fort dure. Après l'avoir ramollie et en partie enlevée par une douche d'eau chaude, je fis l'extraction de ce qui restait. Le conduit, ainsi nettoyé, ne m'offrit aucune trace de la membrane du tympan. Ce canal ne formait avec la caisse qu'une cavité continue, tapissée par une membrane rougeàtre et fongueuse. Cependant l'organe, débarrassé des matières qui l'engouaient, reprit assez de sensibilité pour percevoir quelques sons d'une manière confuse. L'oreille gauche, examinée à son tour, m'offrit vers le fond du conduit un tubercule arrondi, baigné d'une matière puriforme et que je reconnus pour la partie saillante d'une excroissance polypeuse. J'en fis à l'instant même la ligature, au moyen de laquelle je n'eus pas de peine à l'arracher complètement. C'était un corps arrondi, un peu allongé et terminé par un pédicule, qui se trouvait heureusement compris dans la ligature.

L'extraction faite, l'audition fut déjà un peu moins dure. En examinant de nouveau le conduit, je ne fus point surpris de n'avoir obtenu que cette légère amélioration : il était tellement rétréci, surtout au fond, [>ar le boursouflement de la membrane, que ses parois étaient presque en contact et qu'il était impossible d'entrevoir la cloison tym-

panique. Je portai dans celte partie du conduit, un cylindre très-effilé de pierre infernale et je l'appuyai fortement dans tous les sens. L'oreille flua abondamment pendant deux jours, au bout desquels Devin vint me revoir.

Il entendait beaucoup mieux ; le canal était plus ouvert et laissait entrevoir la membrane du tympan qui paraissait phlogosée. Pour la garantir de l'action du caustique, je poussai dans le fond du conduit un très-petit bourdonne! de colon et j'y soufflai ensuite de l'alun calciné au moyen d'un tuyau de plume, chargé de cette poudre. Cette application, renouvelée chaque jour avec la même précaution pendant une semaine, dégagea complètement le conduit, tarit l'écoulement : enfin l'ouïe se trouva parfaitement rétablie. Dans la crainte que l'otorrhée ne récidivât, ce qui est fort ordinaire, je conseillai à cet homme d'assurer sa guérison par un cautère à la nuque.

86e Observation. — Une de nos sourdes-muettes avait depuis son enfance un écoulement très-abondant par V oreille droite. En l'examinant avec soin, j'entrevis à l'entrée du conduit auditif une tumeur polypeuse , que je me proposai d'extraire, dans le seul espoir de tarir cet écoulement fétide.

L'opération faite, je trouvai le conduit rempli de carnosités, que je détruisis en quelques jours, avec la pierre infernale et l'alun, de la manière indiquée dans la précédente observation.

Cependant, quoique le canal se trouvât désobstrué par ce moyen, il me fut impossible de distinguer la membrane.

Je trouvai à sa place, dans le fond du conduit, de petits bourgeons fongueux semblables à ceux qui remplissaient le méat auditif. J'osai les attaquer avec le muriate d'antimoine, dont j'enduisis légèrement l'extrémité d'une allumette. La douleur ne fut pas très-vive, mais il résulta de cette application une suppuration fort abondante. Je laissai s'opérer le dégorgement des parties cautérisées et je me proposais d'en achever la destruction, quand je m'aperçus que la membrane propre du conduit se couvrait de nouvelles fongosités. Je remarquai déplus que malgré l'ablation du polype et la destruction de presque toutes les excroissances qui occupaient le fond de l'oreille, l'écoulement n'avait subi aucune diminution, ce qui m'en fît regarder la source comme très-profonde, et résultant de quelque altération de Voreille interne : en conséquence, je renonçai à toute tentative ultérieure de guérison.

Au bout de quelques mois, le conduit fut de nouveau obstrué par des végétations de la membrane, et une nouvelle tumeur de la nature des polypes remplit l'ouverture de l'oreille.

J'ai cité celte observation, dit Itard, comme un exemple de la dégénérescence fongueuse qui s'empare quelquefois de l'organe auditif.

L'observation suivante d'Itard et la dernière du chapitre, est un fait d'oblitération du conduit auditif, par une fausse membrane congénitale. — Ce fait ne doit donc pas figurer ici.

Après Itard,nous arrivons par ordre chronologique, aux mémoires du docteur Deleau ; mais on y trouve seulement les quelques mots suivants, dans un tableau (1) :

« On parvient à enlever ces productions qui nuisent considérablement à l'audition ; mais il faut beaucoup de dextérité. »

Voyons maintenant ce que Kramer entend par polypes de l'oreille (-2) :

(( Dans l'inflammation catarrhale du conduit auditif (avec flux mucoso-purulent) on voit se former des tuméfactions partielles de la peau du conduit qui souvent prennent assez de développement pour constituer des excroissances charnues. — Quelquefois, elles prennent la forme pédiculée et constituent de petits polypes ; d'autres fois, elles ont une large base, s'élèvent plus ou moins , deviennent hémisphériques ; elles s'endurcissent, prennent la consistance cartilagineuse, osseuse même. » — Ainsi donc voici une première variété de polypes du conduit auditif.

«Dans le premier cas (3) on peut les lier, les couper, et détruire ainsi l'écoulement du pus qui l'accompagne, ainsi que la surdité et les autres accidents. Cependant, même alors, la guérison radicale est souvent très-difficile ; la racine subsiste et donne lieu à la reproduction de la maladie. — Les polypes à large base, insensibles et qui ne saignent que difficilement, sont également difficiles à guérir. »

Kramer a vu un de ces malades qui avait un polype fort remarquable (4). « Ce corps charnu, longuement pédicule, ressemblait à une stalactite qui descendait de la partie supérieure du méat. Il était inséré près du tympan et offrait tant de dureté qu'il résistait au tranchant du bistouri. »

87e Observation (o). — Une jeune personne de quinze ans, d'une constitution délicate, est affectée depuis plusieurs années d'un écouleil) Tableau des maladies del'oreille, parle docteur Deleau. (5) Kramer, p. 10'».

(S) 1». 109, op. cit.

(5) Kramer, p. 126.

322 DES POLYPES DE i/OREILLE.

ment muqueux de l'oreille droite. L'ouïe de ce côlé est un peu faible et il y a de temps en temps de légers bruits. L'écoulement est inodore et l'intérieur du méat paraît sain, jusqu'auprès du tijmpan, où Ton trouve une sorte d'excroissance rouge, assez large et qui fait saillie dans le fond du conduit. Ma montre n'est entendue de ce côlé qu'à 2 centimètres. L'autre oreille est excellente. En cherchant à explorer cette tumeur, le sang coule en abondance, ce qui diminue beaucoup son volume; elle parait alors flasque, vide, sous la forme d'une bande assez étroite. Je la saisis avec une petite pince et l'enlevai par fragments, puis je desséchai la partie au moyen d'applications saturnines. Alors la même montre s'entendit à 20 centimètres et celte surdité dut être attribuée à un épaississement notable de la membrane du tympan. Celte altération était le résultat de l'espèce de fluxion inflammatoire, qui existait dans l'oreille depuis tant d'années.

88e Observation ( 1). — M., âgé de quarantç-six ans, éprouve depuis six mois, un affaiblissement notable de l'ouïe du côté droit ; celte oreille est en outre le siège d'un écoulement abondant et fétide, mais il n'y a pas de bruits anormaux. Le malade n'avait rien fait jusque-là. J'examinai le conduit auditif et je le trouvai rempli par un polype qui s'insérait latéralement. Ii était très-rouge, fort douloureux au loucher. Le malade éprouva aussitôt des vertiges, des vomissements; il ne pouvait plus tenir sa tète droite. Je fis appliquer des sangsues autour de l'oreille, on la couvrit de fomentations émollientes, et bientôt l'écoulement reparut.

Les accidents cessèrent avec le retour de l'otorrhée. Bientôt le polype prit un accroissement considérable; il survint de vives douleurs dans le conduit; la tète semblait entourée d'un cercle qui la comprimait et le malade était incapable de se livrer à aucun travail. Je saisis alors le polype avec des teneltes; je le tordis et je l'arrachai. Cela donna lieu à un écoulement de sang très-abondant; mais aussi les douleurs qui tourmentaient le malade cessèrent à l'instant même. Sous l'influence des applications saturnines, la racine du polype se flétrit, mais l'ouïe resta mauvaise, ce qui dépendait de l'épaississement de la membrane du tympan.

Comme on le voit, Kramer a négligé de préciser le point d'implantation.

Dans les observations précédentes, Kramer a décrit des polypes, qui, selon lui,, naissent dans le conduit auditif proprement dit.

(1) Kramer, p. 126.

Mais, d'après le même auteur, ces productions peuvent également se développer sur le tympan à la suite des phlegmasies aiguës (1).

« S'il y a des polypes attachés au tympan, et s'ils ont, comme cela est habituel, un court pédicule, on doit les enlever au moyen d'un couteau mousse, etc., quand le tympan est couvert de petites excroissances charnues du volume d'une lentille, on doit les attaquer avec le nitrate d'argent. Il est certain que ces petits polypes sont très-difficiles à détruire. Quand au contraire ces corps charnus sont blanchâtres, insensibles, durs, à large base, on doit s'abstenir de tout traitement. Les polypes qui se développent sur le tympan donnent lieu à une si grande altération de texture, que cet organe, même lorsqu'il est débarrassé de ces végétations charnues, ne peut recouvrer les propriétés nécessaires à l'exercice de ces fonctions.

89e Observation (2). — Un jeune homme de quinze ans est affecté depuis sa première enfance d'une otorrhée des deux côtés ; il entend mal et l'on ne sait à quoi attribuer sa surdité. La matière qui sort des méats est très-abondante, épaisse, fétide, et elle n'excorie pas les parties sur lesquelles elle coule. Je constate qu'il y a dans les deux conduits auditifs, une excroissance charnue, d'un rouge vif, molle, très-sensible, saignant au moindre froissement.

Le polype de l'oreille droite recouvre entièrement le tympan; celui du côté gauche laisse voir une partie de celte membrane, ma montre est encore entendue à 0,2o cent, de chaque côté. Les deux oreilles sont le siège debourdonnemenls continuels. J'ai donc cautérisé une ou deux fois par semaine les végétations charnues avec un crayon de nitrate d'argent, et dans l'espace de trois mois, elles ont été complètement détruites, les bruits et l'olorrhée ont disparu et ma montre a pu être entendue à 6 mètres.

Les deux tympans sont d'un blanc un peu opaque, ce qui explique pourquoi l'ouïe n'a pas repris toute sa finesse.

90e Observation (3). — M. est affecté dès sa première enfance de bourdonnements d'oreilles, de surdité, et enfin d'un écoulement de pus, par les deux méats. Un chirurgien consulté trouva dans le méat droit un polype qu'il enleva facilement, mais il ne vit pas une autre tumeur analogue plus grosse et qui remplissait le fond du conduit.

(1) Kramer, p. 157.

(2) Ibid., loc. cit.

(3) Ibid., loc. cit.

Comme il y avait des vertiges, de l'insomnie, des nausées, ce chirurgien pensa que ces accidents indiquaient une congestion cérébrale et prescrivit un régime sévère, des saignées, des purgatifs, sans obtenir un bon effet. Le malade était contraint de garderie lit.

Un examen attentif me fit reconnaître autour de l'oreille droite un gros polype arrondi que j'enlevai en partie avec des ciseaux et que je détruisis peu à peu, avec le nitrate d'argent. Les vertiges disparurent ptomptement et un bon régime rétablit bientôt les forces du malade. Toutes les fois que je touchais la racine du polype avec le petit crayon de nitrate d'argent, cela donnait lieu à des douleurs tellement vives et à un bourdonnement si violent, que je dus renoncer à ce moyen et le remplacer par la solution d'acétale de plomb. Ce topique dessécha la racine et les accidents disparurent bientôt. Deux petits polypes qui s'étaient développés sur le tympan gauche furent détruits par le caustique ; mais l'ouïe resta mauvaise. Cela dépendait d'une opacité et d'un épaississement de cette membrane, deux altérations qui sont la conséquence du développement de ces polypes.

Ainsi, comme je viens de le prouver par les citations précédentes, Kramer n'admet que deux espèces de polypes de l'oreille :

1° Les polypes du conduit auditif;

2° Les polypes du tympan.

M. H. Valleroux (1) admet deux sortes de polypes: 1° Les polypes muqueux ; 2° les polypes fibreux. Mais il ne précise point leur origine et leur point d'implantation. Contrairement à Itard, qui pense que le polype précède quelquefois l'écoulement du conduit, cet auteur croit avec Rust, Krukemberg et Kramer que l'inflammation préalable des parties où il prend racine est une condition nécessaire à son développement, ce qui est conforme à l'observation.

J'arrive au mémoire du docteur Bonnafont (2) ; il renferme des considérations théoriques plus ou moins erronées, et une seule observation ; je vais la reproduire en entier :

91^ Observation. — M. B. . ., préfet d'un déparlement du Midi, vint nous consulter,au mois de juin 1843, pour un polype qu'il avait depuis longtemps à l'oreille droite, lequel avait été opère trois ou quatre fois infructueusement depuis deux ans. L'écoulement puriforme était trèsabondant, et lorsqu'il cessait accidentellement de couler, les douleurs

(1) Traité des maladies de V oreille. Paris, 1846.

(2) Mém. sur les polypes de l'oreille. Paris, 1851 .

d'oreilles et de la tète devenaient parfois intolérables. Après avoir examiné la position du polype et son point d'insertion, qui avait lieu tout près delà membrane du tympan, nous conseillâmes l'opération immédiate et nous insistâmes d'autant plus sur l'urgence, que la membrane du tympan était encore intacte, et que le nerf acoustique de ce côié avait conservé toute sa sensibilité, ce que nous prouvèrent les expériences du diapason, ainsi que celle d'une montre appliquée sur la surface du cràue. Je dis à M. B. .., que s'il différait trop de se faire opérer, il pourrait arriver que ce polype détruisit la membrane du tympan, et que. par suite, le nerf perdit toutou partie de sa sensibilité. Soit manque de temps, soit que le malade ne voulût de nous qu'un simple avis, je ne le revis plus. Un an après environ, en rentrant chez moi, à minuit, je trouvai une voilure et deux personnes qui m'attendaient avec impatience pour aller voir M. B. . ., horriblement souffrant depuis quelque temps, par suite de son mal d'oreille qui l'avait obligé de quitter précipitamment son département, pour venir chercher quelque soulagement à Paris. Déjà MM. Cloquet, Trousseau etChomel avaient été consultés, sans que les douleurs se fussent améliorées.

A mon arrivée, je trouvai le malade assis sur son lit, tenant sa tète avec les deux mains et étouffant des cris de douleur; il lui semblait, disait-il, que sa tète éclatait du côté de l'oreille malade; en outre, depuis plusieurs jours, l'estomac rejetait toute espèce d'aliments et même de boissons. Pressé par la douleur, le malade se levait, courait dans sa chambre en criant, et semblait être en proie à un accès de délire furieux. Après bien des instances et du temps, nous parvînmes à obtenir de lui un peu de tranquillité pour examiner son oreille, de laquelle s'écoulait une suppuration rougeâlre extrêmement fétide. Notre petit spéculum placé, et le méat auditif détergé, nous aperçûmes au fond du conduit le sommet d'un polype dont l'aspect rouge, lisse et luisant témoignait qu'il occupait tuule la capacité de ce tube, dont les parois exerçaient une pression sur lui. Sans rien dire au malade ni aux assistants, j'enfonçai la poiotet rès-aiguë d'un stylet dans le polype, à l'effet de provoquer une légère hémorrhagie et d'obtenir ainsi son dégorgement ; le sang qui s'échappa de l'oreille ayant effrayé les personnes qui m'entouraient, je dus prolonger ma visite afin de les rassurer. Du reste, celle ponction légère ne larda pas à produire des résultats satisfaisants ; car deux heures après, le malade, quoique souffrant encore, put néanmoins rester couché et goûter un peu desommeil, ce qu'il n'avait pu faire, depuis plusieurs jours, malgré les narcotiques qu'on lui avait fait prendre.

Le lendemain ce mieux avait cessé, et les douleurs étaient devenues aussi intolérables, A notre première visite, que nous fimi s avi c un des

médecins que nous venons de nommer, ayant parlé de l'extraction du polype comme de l'indication la plus pressante à remplir et la seule qui pût mettre un terme à une série de symptômes si alarmants, nous décidâmes que nous ferions un appel aux sages conseils de plusieurs vétérans de la science. En conséquence, une consultation, composée de MM. Chomel, Jules Cloquet, Trousseau, Pasquier et nous, eut lieu le soir même, laquelle, après examen du malade et des symptômes qui semblaient annoncer une lésion grave des méninges, décida qu'il pourrait y avoir quelque inconvénient à pratiquer une opération douloureuse dans une région si rapprochée du cerveau, et qui avait tant de rapports avec celui-ci et avec ses enveloppes. Le traitement, dirigé exclusivement contre la méningite, fut loin d'apporter aucune amélioration dans l'état du malade. Pendant les quatre ou cinq jours qui le suivirent, les symptômes devinrent même si graves et si alarmants, qu'ils donnaient des craintes très-sérieuses sur l'issue de la maladie. Une seconde consultation eut lieu ; et cette fois, après bien des hésitations que justifiait assez l'état du malade, l'opération fut décidée. M. B... la réclamait à grands cris depuis la veille. Le conduit auditif, étant dilaté par le spéculum et bien éclairé au moyen de notre appareil otoscope, nous glissâmes dans le conduit la pince bivalve (pi. 1 , E), et aussitôt que le polype fut engagé dans l'évasement des deux becs de l'instrument, nous pressâmes la canule mobile avec le pouce, et le polype fut ainsi écrasé. La douleur qui résulta de cette pression, très-vive d'abord, diminua sensiblement et devint au bout de quelques minutes très-supportable. Une assez grande quantité de sang s'écoula aussitôt de l'oreille; et, afin de produire un écrasement plus complet delà tumeur,nousôtàmes le manche de l'instrument, et laissâmes attachée au polype la pince avec sa canule. Comme le plus léger mouvement de la pince provoquait des douleurs très-vives dans l'oreille, nous nous gardâmes bien d'exercer aucune traction sur la tumeur. Tout ce que nous voulions obtenir, c'était son dégorgement, afin de juger de l'influence qu'il exercerait sur les symptômes. Nous retirâmes la pince au bout d'une demi-heure, et nous recommandâmes de faire des injections dans l'oreille avec une décoction de tête de pavot. L'opération fut pratiquée à onze heures du matin. A quatre heures, nous revînmes : nous trouvâmes notre malade dans son lit, fort calme relativement, et ayant pu trouver une heure et demie de sommeil. Le soir il put prendre et garder un peu de bouillon ; et la nuit, bien qu'agitée, le fut néanmoins beaucoup moins que les précédentes. Mais le matin, sous l'influence delà toux et du moucher, un amas de matière très-infecte fut chassé de l'oreille par l'action de l'air qui avait été poussé parla trompe d'Eustache dans la caisse du tympan. L'expulsion de ces matières qui engorgeaient probablement toute la cavité du tympan

produisit presque instantanément un soulagement très-sensible.

Le lendemain, le malade n'éprouvait que des douleurs fort légères et put rester levé une grande partie de la journée, mangea passablement et surtout sans que l'acte de la mastication produisît aucune douleur à l'oreille, comme cela avait lieu avant l'opération.

Depuis ce jour, l'état du malade ne fit que s'améliorer, et un mois après, il ne restait plus qu'un faible écoulement de l'oreille, que de légères cautérisations secondées par des injections astringentes firent disparaître presque complètement. Il y a maintenant six ans que M. B.. . a été opéré, et la guérison continue sans que le plus léger accident soit venu en troubler la marche.

Comme on vient de le voir, l'écoulement ne disparut qu7ncornplétement : or, selon nous, ce flux, étant la cause des polypes, la maladie était palliée et non guérie.

Je dois, en terminant cette partie de mon sujet, présenter les opinions de deux auteurs anglais contemporains, qui ont écrit sur la matière :

« Les tumeurs morbides appelées polypes, ditWylde (1), sont une complication fréquente de l'otorrhée : ces tumeurs peuvent se montrer à toutes les périodes de l'écoulement, vers la fin du premier mois d'une otite, accompagnée de perforation du tympan; on dans l'inflammation catarrhale chronique, le tympan restant intact. Quant à leur forme, elle varie beaucoup; tantôt les polypes ressemblent à un pois fendu, tantôt ils remplissent entièrement le conduit auditif et sortent à l'extérieur; mais quelquefois ils sont si petits et si bien cachés au fond du méat, qu'ils peuvent échapper à la vue. Un écoulement plus ou moins considérable les accompagne toujours et les engendre assez souvent : ceux qui ne proviennent point d'une inflammation ou d'un écoulement, sont de simples racines morbides, pédiculées, blanchâtres, insensibles, et je les crois extrêmement rares.

« J'ai employé le plus souvent, ajoute Wylde, les mots de polypes ou de fungus, pour dénommer ces excroissances morbides, résultat de l'inflammation et d'une otorrhée longtemps prolongée. Par fungus cependant, j'ai voulu désigner plus particulièrement ces masses granuleuses et vasculaires qui se développent sur un os malade ou après la destruction de la membrane du tympan.

(I) Practical observations on aurai Surgery. 1853, p. il...

« Les polypes, au contraire, sont pour la plupart confinés à la portion glandulaire du conduit auditif, à la membrane du tympan et sont attachés par des racines plus étroites que le fungus.

« Huit fois sur douze, ces polypes naissent des glandes cérumineuses ; ils sont généralement simples ; cependant, j'en ai vu quelquefois deux attachés à deux points du méat : ils peuvent coexister avec l'état granulaire de la membrane du tympan, ou avec des végétations fongueuses nées de l'oreille moyenne. Dans les cas de perforation du tympan, un polype sort de la cavité du tympan et passe par l'ouverture de la cloison ; sa forme est alors celle d'un clou ou d'un champignon étalé à la surface de cette membrane. Ainsi donc, Wylde admet trois espèces de polypes relativement à leur siège :

1° Polypes du méat;

2° Polypes du tympan ;

3° Polypes ou fungus de la caisse. »

Les polypes du méat ont été admis par tous les auteurs; ceux du tympan ont surtout été vus par W. Kramer. Quant aux polypes ou fungus de la caisse, leur existence a surtout été bien constatée par Itard : mes dissections et mes propres observations sont également dans le même sens. — Mais, dès ici, nous devons enregistrer une opinion favorable à la proposition que je veux démontrer, c'est-à-dire : « que les polypes sont une complication fréquente de l'otorrhée ; » mais Wylde n'a point rapporté d'observations à l'article polypes.

M. J. Toynbee (1) avait déjà cité quelques observations intéressantes que nous allons rapporter :

Pour cet auteur, « les excroissances appelées polypes se rencontrent assez souvent dans le méat externe, et sont généralement le résultat d'une longue irritation de la couche cuticulaire. Le plus souvent les polypes de l'oreille sont attachés au méat membraneux ; mais la surface extérieure de la membrane du tympan peut aussi leur donner naissance, et dans une dissection, j'ai trouvé un polype croissant dans l'intérieur de la caisse.

« Les polypes sont toujours accompagnés d'un écoulement abondant de fluide muqueux; l'odeur est si désagréable que le malade est souvent obligé d'éviter toute société. »

(1) On the Treatment of the polypi ofthe ear {Médical Times, 1862).

J. Toynbee admet donc, comme \Y. Wylde, que les polypes de l'oreille peuvent siéger dans le méat, sur le tympan ou dans la cavité du même nom. — Mais il ne parle pas de leur rapport avec l'écoulement qui les accompagne : heureusement pour nous, les observations qui accompagnent le travail de Toynbee. sont de nature à lever tous les doutes à cet égard. — Je vais les traduire et les reproduire en entier sous les numéros 92 à 100. Le lecteur pourra ainsi mieux juger la question.

En ce qui est de la nature de ces polypes, Toynbee les divise en trois classes :

1° Les polypes vasculaires ;

2° Gélatineux :

3° Globuleux vasculaires.

92e Observation. — Polypes vasculaires près de la membrane du tympan. Chant dans l'oreille. Puissance d'audition diminuée. — Traités avec la potasse ; yuérison. — M. W. J., âgé de quarante ans, me fut envoyé le 21 juillet I8o0, par M. Cock de Guy' s Hospilal. C'était un homme grand, fort et d'une bonne santé. Il raconte que depuis cinq ou six ans, il entendait difficilement de l'oreille gauche; mais que cette dureté d'audition avait été améliorée en seringuant l'oreille, ce qui en avait fait sortir unequantiié considérable de cérumen. Il fut trois mois sans souffrir; mais ensuite les mêmes symptômes reparurent dans la même oreille. Il trouva de nouveau du soulagement en seringuant de l'eau, mais celte opération fut suivie d'un écoulement de hrèsmauvaise nature, accompagné d'une sensation de chant dans l'oreille. En examinant le méat, je le trouvai plein de matières, qui, après avoir rté enlevées, consistaient en mucus gluant, mélangé avec l'épiderme, ce qui donnait à cette matière l'aspect du lait. En examinant le méat, après que le fluide muqueux eut été enlevé, je remarquai qu'il existait un polype d'une couleur rouge. Il était situé assez profondément dans le mé*l dont il occupait apparemment la partie intérieure, et cachait entièrement la vue de la membrane du tympan. La puissance de l'audition était diminuée de beaucoup. La montre dont je me sers depuis plusieurs années pour mesurer l'ouïe des patients n'était pasentendue, I lé lorsque je l'appuyais à la partie exléi ieure de l'oreille. Suivant les cas semblables que j'avais fus auparavant, je jugeai qu'il n'était pas nécessaire d'es-ayer l'enlèvement de cette masse avec des instruments, non-seulement parce quece polype était d'une nature molle et sensilive, maisau-si dans l'incertitude de savoir où les racines du polype étaient attachées. Je pensai que >i elles étaient fixées à la membrane du tympan, l'usage des instruments pour celte opéra' ion umrail à cet organe.

3 30 DES POLYPES DE i/OREILLE.

M'étant assuré depuis ce temps, par des dissections, que la couche fibreuse du méat n'est pas interrompue avec la couche laminée de la membrane du tympan, il semble désirable pour celte raison de ne point user de la force pour enlever un polype attaché au voisinage de la membrane du tympan, parce qu'une déchirure du méat peut s'étendre à la membrane du tympan.

21 juillet. — Le caustique fut appliqué à la surface du polype, comme je Tai décrit précédemment, dans l'espace d'une minute, la partie entière du polype qui pouvait être vue devint d'une teinte livide, et quand Foreille fut seringuée avec de l'eau tiède pendant cinq minutes, une quantité de petites parties du polype furent amenées au dehors. Le patient se plaignit d'une douleur légère qui disparut entièrement après quelques injections.

Le 22 juillet, le polype est plus petit et moins rouge, l'écoulement du méat copieux. Le caustique fut encore appliqué avec de pareils résultats.

Le 13 août, le polype semble beaucoupplus petit: au lieu de la masse qui, au premier examen, avait l'apparence d'une framboise, il n'y a plus maintenant qu'un petit bouton rond d'environ une ligne et demie de diamètre. Le caustique fut de nouveau employé.

Le 18 octobre, l'écoulement est diminué de beaucoup, son odeur est moins fétide; le polype a presque disparu ; l'audition est beaucoup améliorée.

13 novembre. — Depuis la dernière visite, une lotion composée d'un drachme de tannin dans huit onces d'eau, a été employée deux fois par jour. L'écoulement a presque entièrement disparu et est formé de lamelles épidermiques.

Le seul vestige du polype consiste dans la présence de deux très-petits boulons, gros comme une tète d'épingle. Ils sont attachés à la partie membraneuse du méat, contigus à la membrane du tympan.

29 novembre. — L'injection a été continuée; le polype a entièrement disparu ; le bruit semblable à des chants a cessé, la surface de la membrane du tympan est dure. La montre est entendue à six pouces de distance.

Cette observation intéressante se résume ainsi :

J° Quoique l'escarrotique fût appliqué à l'intervalle de plusieurs semaines, le polype n'augmenta point pendant ce laps de temps; mais, au contraire, il diminua graduellement.

2° Avec la destruction du polype, le chant de l'oreille disparut entièrement.

3° L'audition fut recouvrée à une distance convenable.

93e Observation. — Écoulement de l'oreille gauche pendant beaucoup d'années, vertiges. — Polype traité par le caustique. — Guérison. — M. H.C., ministre protestant, âgé de quarante ans, me consulta le 21 avril 1851. Sa constitution n'était pas robuste, il avait passé quelque temps aux Indes. Il a été sourd de l'oreille gauche depuis son enfance, et depuis celte époque, il a continuellement souffert d'un écoulement de mauvaise nature qui avait lieu par cette oreille.

Depuis peu, il souffrait d'attaques, de vertiges, spécialement quand il se levait soudainement de sa chaise. A l'examen, je remarquai un polype rouge assez volumineux pour remplir à demi le méat. Le même traitement fut adopté comme dans le cas précédent; seulement comme le malade demeurait à la campagne, on lui appliqua le caustique trois fois dans l'espace de neuf ou dix jours. Et ensuite, un long intervalle se passa avant qu'on en fit usage de nouveau. Le même résultat cependant fut obtenu, et à la fin du sixième mois le polype disparut entièrement, ainsi que les symptômes de vertige.

Dans un autre cas, un malade âgé de vingt-six ans, avait un polype de l'oreille qui remplissait le méat tout entier ; des portions furent enlevées à l'aide de pinces et les restes détruits par le caustique. En pressant sur la partie extérieure du polype, on donnait lieu à des vertiges.

Dans les cas de polypes qui existent avec l'inflammation calarrhale de l'épiderme du méat, il est désirable d'opposer une légère contreirritation en appliquant du papier à vésicatoires sur les cellules mastoïdiennes, pendant que le polype est traité par le caustique.

Pour enlever l'odeur désagréable de l'écoulement, on doit faire trois ou quatre fois par jour une injection, composée d'une partie de la solution de chlorure de chaux dans douze parties d'eau.

94e Observation. — Polypes gélatineux dans V oreille droite pendant sept années, dans la gauche pendant un an; bruits dans V oreille droite, vertiges à la pression du polype. Cure par extraction suivie de l'application de l'alun et du chloride de zinc. — Henriette AYenlock, âgée de cinquante-huit ans, blanchisseuse, forte, assez grasse et d'une bonne santé, à l'exception des symptômes produits par le polype, vint me consulter au commencement du mois d'avril 1850. Elle mentionne que depuis sept ans elle est affectée d'un écoulement provenant de l'oreille droite, lequel écoulement n'a jamais cessé. Peu de temps après l'apparition de l'écoulement, un corps rond fut observé à l'orifice de l'oreille gauche et un gonflement apparent bientôt à Tonne. , itérieur. Elle souffrait de grands bruits dans l'oreille droite. Ces bruits variaient beaucoup; quelquefois ils ressemblaient à des coups de marteau, ou au carillon des cloches lorsqu'on les sonne très-fort. Quand la

surface de la tumeur de l'oreille gauche est touchée, la malade sent des vertiges, et s'il y a continuation, elle s'évanouit et tombe. Elle dit encore que depuis très-longtemps elle entendait si difficilement, qu'elle priait les gens de lui parler très-haut et très-près de l'oreille. A l'examen de l'oreille droite, un polype rond, d'une couleur pâle, et de plus d'un pouce de diamètre, fut remarqué croissant à l'orifice du méat, et en bas, il y avait une autre excroissance de moitié de la grosseur de la première. Je ne trouvai aucun symptôme indiquant une affection de l'os. Je pensai qu'il était préférable d'enlever le polype, et je choisis l'oreille droite pour commencer. L'excroissance maladive fut enlevée avec la plus grande facilité à l'aide d'une pince, de la manière que j'ai décrite plus haut. La malade sentit la douleur du moment mais très-légèrement, et il y eut un suintement de sang de peu de durée. A l'examen du polype, après l'opération, je remarquai que le polype consistait en deux tètes arrondies déjà mentionnées, ayant chacune une seconde massed'environ la moitié de iagrosseur de la première et s'étendant presque aussi loin que les racines ; la dernière était trèsétroite, n'étant pas de plus d'une ligne ou d'une ligne et demie de diamètre. La surface de la partie étendue de ce polype fut trouvée couverte d'écaillés plates, semblables à celles de l'épiderme ; mais plus près de la racine, des cellules allongées, armées de cils, furent aussi distinguées. Les parties arrondies qui étaient exposées à l'air étaient plus molles et plus blanches que celles qui étaient enfermées, les dernières présentant en quelque sorte une surface ridée.

Le 22 avril, quinze jours après l'enlèvement du polype, j'examinai la partie: l'écoulement était plus considérable que d'habitude, et je remarquai une excroissance arrondie près de la membrane du tympan, et les racines du polype restaient encore. J'ordonnai une solution d'une demi-once d'alun dans deux onces d'eau pour être trois fois le jour injectée.

Le polype de l'oreille gauche fut enlevé, il consistait en un pédicule, un corps et trois têtes arrondies, deux pouvaient être vues à l'orifice du méat pendant son existence.

Le 29 avril, l'audition est améliorée, il y a une légère douleur dans chaque oreille, et aussi quelques vertiges. L'écoulement est moins abondant, mais il est encore d'une odeur très-désagréable. Dans l'oreille droite, les restes du polype se voient attachés à la partie supérieure du méat, près de la membrane du tympan. Dans l'oreille gauche, les racines du polype remplissent à demi le méat. Des gouttes de la solution d'alun sont continuées.

6 mai. — Oreille droite. — L'écoulement a cessé. L'audition est améliorée et est encore meilleure après que le malade se mouche. Le polype a entièrement disparu, la membrane muqueuse de la caisse

peutèlre vue à travers l'orifice de la membrane du tympan. Elle est épaisse et rouge.

Oreille gauche. — Les racines du polype sont dans le même état que la semaine précédente. J'ordonnai d'appliquer à leur surface du chlorure de zinc.

27 mai. — Oreille gauche. — Le polype est diminué. — Je fis de nouveau appliquer le chlorure de zinc.

24 juin. — L'écoulement de l'oreille gauche a cessé. Le polype a beaucoup diminué de grosseur. L'air passe à travers la membrane gauche du tympan. La solution d'alun fut continuée, et quinze jours après celte époque le polype avait complètement disparu.

95e Observation. — Polype gélatineux guéri par extraction. — L'ouïe est améliorée. — J. \Y.,âgéde vingt-quatre ans, étudiant en médecine, vint me consulter, le 2i octobre 1851, pour une dureté d'oreille tellement giande qu'on était obligé de lui parler à la distance d'un pied à peine de sa tète. 11 avait aussi un écoulement abondant de Voreille gauche. Voici son histoire :

Douze ans avant celle époque, il avail eu une attaque de porrigo pour laquelle la tèle avait été rasée ; durant cette atlaque il était trèssourd des deux oreilles; mais après celte maladie la surdité se passa complclemenl. Un an avanl l'époque à laquelle il vint me consulter, l'audiiiun devini pénible de l'oreille droite ; et depuis huit mois la gauche faiblissait graduellement. Il avait eu depuis quelque temps des douleurs dans l'oreille gauche, suivies d'un écoulement ; lequel écoulement variait beaucoup en quantité el avait une odeur ires-désagréable. 11 n'entendait ma montre de l'oreille droite seulement qu'à un demi-pouce de distance. La surface de la membrane du tympan était dure, el sa substance opaque.

Oreille gauche. — La montre est seulement entendue quand elle est pressée sur l'oreille. Un polype remplissait le méat et s'étendait jusqu'à l'oriûce du méat. Ce polype fut enlevé avec des pinces de la manière déjà décrite el l'audition s'améliora doucement.

06e Observation. — Polype gélatineux enlevé avec des pinces. — Caustique appliqué aux racines. — Guériton. — Mademoiselle E. H., âgée de vingt-six ans, me consulta le 14 avril 1851, pour tffl écoulement de l'oreille droite. L'histoire de ce cas, comme on me le détailla, fut qu'ai âge de seize ans, celle demoiselle eul une fièvre scarlatine accompagnée de douleurs dans les deux oreilles, mais spécialement dans la droite. La douleur dans l'oreille droite fut suivie d'un écoulement qui continua jusqu'à l'époque à laquelle elle me consulta ; à l'exception d'une occasion ou cet écoulement disparut pendant quinze jours, ce qui occasionna des douleurs beaucoup plus vives. A l'txa-

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men, je remarquai un polype d'une couleur de [plomb, il s'avançait jusqu'à l'orifice du méat. On m'observa que ce polype existait quatre mois avant qu'on vînt me consulter. La pression occasionnait toujours des vertiges. Celle croissance était attachée à la partie postérieure et inférieure du méat, près de la membrane du tympan. Je l'enlevai au moyen d'une paire de pinces, et comme les racines avaient de la tendance à croître, j'appliquai une fois le caustique, et elles furent complètement détruites.

97e Observation. — Polype vasculaire-globulaire. — Écoulement datant de trois ans. — Guéri par une solution de la liqueur de plomb. — Mademoiselle F. A. , âgée de douze ans , d'une constitution assez faible, me fut amenée, le 30 mars 1850. La mère raconte que depuis plusieurs années, l'audition est dure de l'oreille gauche et que cette difficulté d'audition s'est tellement accrue depuis peu de temps, que quand l'oreille droite est appuyée sur un oreiller, la malade ne peut pas entendre même la voix la plus haute.

Durant les trois dernières années, il y eut un écoulement de l'oreille qui était quelquefois très-mauvais, il était parfois d'une couleur noire, spécialement le matin. L'enfant ne se plaignait d'aucune douleur dans l'oreille ; mais elle était très-sensible. Parfois il y avait une douleur sur le sourcil gauche, qui s'étendait dans tout ce côté de la tête. A l'examen, je trouvai que la montre, qui était ordinairement entendue à trois pieds de distance, ne Tétait seulement que quand elle était appuyée sur l'oreille. A l'aide du spéculum, je remarquai une croissance globulaire de couleur rouge, semblable à un polype, qui masquait la membrane du tympan, à l'exception d'une petite circonférence d'environ une demi-ligne de diamètre qui était tout à fait opaque. — Comme cette croissance ne s'étendait pas loin dans le méat, qu'elle était d'une couleur rouge foncé et sa surface tout à fait unie, elle présentait une apparence très-analogue à celle de la membrane du tympan épaissie, qui aurait été hypertrophiée, au point de faire saillie dans le méat.

La présence de la membrane du tympan fut cependant constatée, à l'aide d'un spéculum : on pouvait entendre l'air entrer dans la cavité tympanique, mais il ne passait pas dans le méat. La petite portion visible de la membrane du tympan fut observée plus blanche et plus tendue quand la cavité tympanique était remplie d'air. C'est pourquoi il était évident que l'excroissance morbide était un polype.

Pour traitement, on appliqua à la surface du polype, trois fois le jour, une solution d'acétate de plomb, et comme je ne devais revoir la malade que deux ou trois mois après, je pensai convenable que cette solution fût moins forte. Elle fut composée de six gouttes de liqueur de plomb et une once d'eau.

HISTORIEE. 3 85

18 juin. — L'écoulement avait presque disparu et à l'examen du polype, on voit qu'il était réduit à la grosseur d'une large tète d'épingle. L'audition était améliorée : la montre était entendue à deuxpouces au lieu d'être entendue quand elle était appliquée sur l'oreille.

Je n'eus aucune occasion de voir davantage la malade; mais peu de temps après ma dernière visite, j'appris que l'écoulement avait cessé, et l'audition était tellement améliorée que la malade se considérait comme guérie.

98e Observation. — Folype globulaire dans l'oreille droite, arraché au moyen d'une pince. — application de la liqueur de plomb. — Guérison. — II. A. H., âgé de seize ans, vint me consulter pour la première fois le 13 avril 1850. Les deux tonsilles étaient hypertrophiées, sa santé s'affaiblissait. Voici les renseignements qui me furent donnés :

A l'âge de six ans, il eut une fièvre scarlatine : après celte maladie, l'ouïe était dure et cette dureté d'audition avait augmenté deux ans avant l'époque qu'il vint me consulter.

Il y avait un écoulement de l'oreille droite, depuis dix-huit mois.

Oreille droite. — A la simple vue, on constate un polype à l'extrémité intérieure du méat, croissant à sa partie supérieure près de la membrane du tympan. Ce polype était rouge, globulaire, et sa surface était unie et brillante. Il se composait de cellules rondes, pareilles aux excrétions des inflammations catarrhales de la membrane muqueuse du tympan ; le centre de ces cellules était rendu très-distinct par l'emploi de l'acide acétique. L'air en entrant dans la cavité tympanique, produisit un bruit semblable à une vessie pleine d'air qui se distend soudainement.

La montre n'était pas entendue sur l'oreille; mais elle était entendue quand on l'appuyait sur la tempe.

Oreille yauche. — La membrane du tympan était dure et sa surface était blanche. L'air passant dans la cavité tympanique, faisait entendre un son semblable à celui de l'oreille droite.

La montre est entendue à un quart de pouce.

17 avril. — Au moyen d'une pince rectangulaire, la partie extérieure du polype fut arrachée, non sans quelque douleur. Une solution d'acétate de plomb dans de l'eau (qualre grains pour une once) fut ordonnée pour en verser dans l'oreille trois fois par jour et un cérat canlharidien l'ut appliqué sur la nuque.

25 avril. — L'écoulement avait beaucoup diminué el l'odeur desagréable avait disparu. Le polype était diminué d'un tiers, el la membrane du tympan pouvait èire vue.

4 mai. — L'élat était le même je prescrivis une solution de

3 36 DES POLYPES DE i/OREILLE.

chloride de zinc (dix grains pour une once d'eau) : en verser dans l'oreille deux ou trois foischaquejour.

10 mai. — L'écoulement avait disparu; l'audition était tellement améliorée que parfois le malade semblait entendre tout à fait bien. — Seulement les racines du polype restaient encore. — Le même traitementfut continué, et le 13 septembre, je vis le malade pour la dernière fois, il était tout à fait bien.

99e Observation. — Polype vasculaire, détruit par une forte solution d'acétate de zinc. — Mademoiselle T., âgée de vingt et un ans, d'une complexion blonde, d'une bonne santé, me fit appeler le 13 janvier

Dix-sept ans avant cette époque, après un abcès qu'elle eut à l'oreille droite, l'audition fut considérablement diminuée sans qu'il y eût aucune amélioration depuis lors. Un écoulement qui durait depuis six mois et qui provenait de cette oreille, continuait sans interruption. A l'examen de l'oreille droite, je remarquai que la montre n'était entendue que quand elle était en contact avec l'oreille ; le méat contenait une quantité considérable d'écoulement muqueux. A l'extrémité intérieure du conduit, se trouvait un énorme polype de coulenr rouge : il était attaché à la partie supérieure du méat membraneux du tympan qu'il masquait entièrement, à l'exception d'une petite portion de sa partie inférieure.

Oreille gauche. — La montre est entendue à un pouce. La membrane du tympan est blanche, semblable à des tendons.

Traitement. — L'oreille devra être injectée trois fois chaque jour, avec de l'eau chaude, et, immédiatement après, avec une solution d'acétate de zinc (40 grains dans une once d'eau) : en verser quatre gouttes dans l'oreille. Une petite portion de papier à vésicatoires devra être maintenue sur chaque région mastoïdienne.

15 janvier. — Il y eut une légère douleur les trois premières fois que la solution fut employée. Hier, la malade se plaignait d'une sensation comme si les oreilles étaient distendues. L'écoulement est beaucoup moins considérable. Le polype est d'une couleur grisâtre; il saigne au moindre attouchement et il semble arraché partiellement.

19 janvier. — Le polype est plus petit. La malade a souffert une douleur considérable dans l'oreille. La solution est abandonnée.

22 janvier. — La douleur a cessé. 11 n'y a aucun écoulement. Le polype a disparu entièrement. La membrane du tympan peut être vue: sa partie supérieure et inférieure est blanche et épaisse; et à sa partie antérieure, il y a deux petites ouvertures, à travers lesquelles on voit la membrane muqueuse de la caisse, rouge et épaissie. L'audition est

améliorée : la monlre est entendue à trois pouces de distance de l'oreille droite et à deux pouces de l'oreille gauche.

J'ai appris plus lard que l'écoulement n'avait pas reparu et que l'audition continuait à s'améliorer.

400e Observation (1). Un jeune garçon était sujet à des accès de migraine dès le temps de sa première enfance. Vers l'âge de douze ans, on remarqua que son oreille gauche fournissait une certaine quantité de matière purulente et que l'ouïe de ce côté était mauvaise. A quatorze ans, on aperçut dans le fond du méat gauche une petite excroissance fongueuse que l'on traita par des applications de pommade citrine. L'otorrhée cessa promptement par suite de celle application topique, et il survint un violent mal de tète.

On cessa de faire usage de cette pommade, l'écoulement d'oreille reparut bientôt et la céphalalgie cessa. La même pommade ayant été de nouveau employée, les mêmes accidents se produisirent. On cessa de l'administrer, et l'écoulement revint, mais beaucoup moins abondant qu'avant celte suppression. Au bout de huit jours, il se déclara une céphalalgie considérable, puis de la stupeur et la mort arriva bientôt.

A l'autopsie, on trouva : 1° Les méninges remplies de sang; 2<> un abcès enkysté dans l'hémisphère gauche du cerveau. Le kyste adhère àla portion pierreuse du temporal. Il y a entre le kyste etl'os une ouverture de communication, qui permet au pus de fuser dans les cavités intérieures de l'oreille et d'en sortir par le conduit auditif externe.

101e Observation (2). — M. Seis, architecte, a élé atteint vers l'âge de douze ans, d'une fièvre nerveuse (typhoïde), suivie de surdité, de bourdonnements d'oreilles et d'une otorrhée abondante. Ces divers symptômes ont été traités par les bains russes, les eaux thermales de Warmbrunn ; on a même placé un selon à la nuque et le malade l'a porté pendant six mois, sans aucun avantage. La suppuration d'abord abondante, acre et fétide, est devenue depuis un an beaucoup moins copieuse, elle est presque séreuse et sans odeur. J'ai trouve le tympan droit opaque, rougeâtre, couvert en grande partie par une excroissance charnue d'un rouge pâle, plate et à peu près indolente, même au contact de la sonde.

Je crus devoir me borner à un traitement tout à fait local. Kn conséquence, je louchai les végétations polypeuses avec un crayon de nitrate d'argent ; mais ce caustique détermina de violentes douleurs dans L'oreiUe gauche, tandis que la droitfl n'en éprouvai! aucune. Celle particularité nie fit penser que le polype de l'oreille droite avaii

(1) Journal de Sédillot, t. \l Y , p. ,., ;.

(2) Krainer, Traité des mata lies de l'oreille, p. i'»j.

3 38 DES POLYPES DE i/OREILLE.

une texture à peu près cartilagineuse. L'ouïe ne s'améliora pas de ce côté, tandis qu'après un traitement qui dura six semaines, ma montre était entendue à gauche à la distance d'un mètre.

Le traitement ayant été suspendu pendant quinze jours, les végétations polypeuses prirent un tel accroissement qu'elles recouvraient les deux tympans. L'oreille gauche ne pouvait plus entendre ma montre qu'à 2 ou 3 centimètres. L'oreille droite était encore plus affaiblie. Je repris l'usage des caustiques et après un mois de soins assidus, ma montre était entendue du côté gauche, à la distance de 65 centimètres.

Le malade se plaignait de ressentir de ce côté un malaise occupant le fond du méat, une sorte de plénitude accompagnée de bourdonnements et de vertiges. Je me servis de la potasse caustique, mais sans modifier le polype.

Le traitement fut encore suspendu ; mais après quelques semaines, il fallut combattre de nouveau les excroissances charnues qui pullulaient au fond du conduit auditif. Le tympan en était presque complètement recouvert et cette production morbide, rouge et brillante, pouvait être touchée avec la sonde, sans qu'il en résultât de douleurs notables. Les vertiges qui s'étaient développés subitement exigèrent un fréquent emploi des purgatifs; je fis des frictions sur des régions mastoïdiennes, mais sans beaucoup de succès.

Le chlorure de zinc fut employé comme caustique, pour détruire les végétations, mais sans grands avantages; aussi j'engageai le malade à ne plus s'en occuper. L'ouïe ne s'améliorait presque pas à la suite de toutes ces tentatives et le motif me parut suffisant pour abandonner la maladie à elle-même.

102e Observation (4). — Un jeune garçon de douze ans éprouva, à l'âge de quatre ans, une surdité considérable qui s'était développée à la suite d'une scarlatine. Un praticien de Copenhague, sans faire attention aux oreilles, déclara que la surdité était de nature scrofuleuse.

En conséquence, il prescrivit un traitement intérieur destiné à combattre et à détruire cette fâcheuse cachexie. On devait instiller de la teinture de myrrhe dans les méats, frictionner la région mastoïdienne avec la pommade stibiée.

Je vis l'enfant dans ces circonstances : je trouvai deux larges perforations du tympan et de plus à gauche un polype plat très-considérable. Le jeune garçon était du reste parfaitement sain ; et le traitement conseillé ne pouvait avoir aucune influence heureuse sur la maladie locale : la teinture de myrrhe en contact avec les parties enflammées du fond

(l) Kramer, p. 178 et suiv.

de l'oreille, devait hâter le développement des polypes et augmenter l'érosion du tympan.

Kramer, dans cette observation, a oublié de nous apprendre deux choses des plus importantes : lo s'il y avait écoulement — et cela ne me paraît douteux en aucune façon. Une otite scarlatineuse, terminée par la perforation du tympan, est toujours accompagnée d'un flux plus ou moins considérable; et j'en ai fourni la preuve au chapitre des otites.

L'oubli de ce symptôme ne peut donc être attribué qu'à une erreur de rédaction, ou à la négligence du traducteur.

2° Mais je ne trouve point non plus dans l'observation, le lieu de l'implantation du polype : peut-être Kramer n'a-t-il pu le découvrir, et dans ce cas, il est permis de croire, d'après ce que Tanatomie pathologique nous a montré, que le polype n'était autre qu'une excroissance développée dans la caisse et faisant hernie dans le méat à travers une déchirure du tympan.

J'arrive à mes propres observations :

403e Observation. — Otite chronique avec destruction des deux tympans. — Pannus de l'oreille. — 28 novembre 1854. — B., âgé de soixante-dix ans. Ce malade dit qu'il est devenu sourd dans son enfance à la suite d'un écoulement d'oreilles, et nous raconte l'événernent suivant :

A l'âge de huit ans, c'est-à-dire en 1793, il est tombé dans une rivière, et c'est quelques jours plus tard qu'il fut pris d'une douleur violente de l'oreille gauche, avec écoulement purulent, jaune, fétide, abondant. Cet écoulement a disparu en 1853, sous l'influence d'un grand rhume et d'une toux. — Pendant cet intervalle, de 1788 à 1853, il a eu constamment des bourdonnements non-seulement dans l'oreille gauche siège de l'écoulement; mais encore dans la droite. Ces bruits sont comparés par le malade à ceux d'une machine à vapeur. Du reste, jamais de céphalalgie, et toutes ses autres fonctions et sens sont en bon étal.

En 1853, lorsque l'oreille gauche a cessé de fluer pendant le rhume dont le malade fut atteint, l'oreille droite, à son tour, fut atteinte d'un écoulement, mais peu abondant, et qui n'a duré qu'un mois. — Il y a soixante ans qu'il est sourd de l'oreille droite; mais l'oreille gauche était également dure.

En 1853, la surdité est devenue complète. — Il y a quelques mois qu'il a suivi le traitement du doutent Blanehel (douches éthéré», tous les deux jours), mais sans aucun résultat.

Examen du malade. — Pavillon petit, dur, peu transparent, aplati

3 40 DES POLYPES DE i/OREILLE.

vers les tempes. — Méats sans cérumen. — Tympans détruits. On ne voit à leur place qu'une surface rougeàtre qui occupe la place de la cloison. C'est une sorte de pannus.

Deux injections de potasse caustique étendue. Ce malade n'est pas revenu, mais j'ai appris qu'il se trouvait bien.

104e Observation. — Polypes doubles de V oreille. — Flavie R., âgée de onze ans. Le 23 juillet 1854, cette jeune fille me fut amenée par une de ses parentes ; il y a sepl ans qu'elle est atteinte d'un flux d'oreilles considérable, survenu à la suite d'une rougeole régulière. — Son père est mort phlhisique, il y a plusieurs années : sa mère vit encore; elle est bien portante. — Deux sœurs de notre malade ont une belle santé.

État actuel. — C'est une jeune fille d'une taille peu élevée pour son âge , mais cependant assez forte : les cheveux blonds, le teint coloré, la peau fine et blanche, annoncent une constitution éminemment lymphatique : on ne trouve point de traces d'abcès au col, ni d'engorgements ganglionnaires cervicaux ou sous-maxillaires. Toutes les autres fonctions de l'économie sont en bon état.

Signes anatomiques. — Pavillons réguliers et bien conformés; la suppuration a érodé la peau de la conque et du lobule : après avoir enlevé, à l'aide de plusieurs injections, le pus verdàlre et fétide renfermé en grande quantité dans les méats, on peut constater que les deux tympans sont détruits : de chaque côté existent des fongosilés du volume d'un pois rond et s'étendant vers la partie moyenne du méat. — Elles ont bien évidemment leurs racines dans la muqueuse de la caisse. Ces fongosités sont d'un rouge pourpré, très-douloureuses à l'approche du stylet et saignant au moindre attouchement. — Leur base est profondément implantée dans la caisse; leurs extrémités libres et en contact avec les parois du méat ont l'aspect mûri forme. Du côté gauche la surface de ces excroissances est rosée plutôt que rouge et leur structure plus franchement cellulo-vasculaire, rappelle tout à fait les bourgeons charnus des plaies granuleuses, en voie de suppuration : le sang en sort aussi facilement que des premiers.

Signes physiologiques. — Surdité complète. — Bourdonnements. — Douleur intermittente. — Depuis que celte enfant est devenue complètement sourde (il y a un mois à peu près), elle parle rarement et par monosyllabes : objet de dégoût et de moquerie, pour les compagnes de son atelier, elle a trouvé dans la commisération d'une tante qui Ta recueillie, un abri temporaire à son infirmité.

Traitement. — Séance tenante, j'emportai des polypes ou fongosités, faisant saillie dans le méat, tout ce qu'il me fut possible d'atteindre avec une pince, à mors plats et étroits: deux injections d'eau froide

arrêtent l'écoulement sanguin, qui fut assez abondant, et une injection avec parties égales d'eau et de teinture d'iode iodurée remplace bientôt la première, de chaque côté. — Le liquide est maintenu, dans chaque oreille cinq minutes à peu près, en faisant incliner alternativement l'oreille injectée du côté opposé.

Le traitement général suivant fut prescrit :

1° Prendre tous les matins une cuillerée abouche de sirop de ményanthe composé, dans une tasse d'infusion de racine de gentiane.

2° Tous les soirs une cuillerée delà solution iodurée :

Eau distillée 200 grammes.

Iodure de potassium 5 grammes.

3° Toutes les deux heures, injecter dans l'oreille (après l'avoir lavée), la mixture suivante :

Eau 60 grammes.

Sulfate de cuivre 1 gramme.

Mêlez.

4° Frictionner les régions mastoïdiennes, avec la pommade stibiée. — Suspendre quand l'éruption paraîtra, — et recommencer quand les pustules seront desséchées.

5° Régime tonique : un peu de vin.

25, 26 juillet. — Nouvelle injection iodée.

27. — La montre est entendue à droite à 8 centim. ; à gauche à 9 centim. — (Même traitement.)

7 août. — La suppuration a sensiblement diminué; mais les bourgeons charnus polypiformes, semblent avoir une puissance de repullulation considérable, — et malgré les injections de teinture d'iode pure, on les voit croître peu à peu.

Alors, je remplaçai les injections iodées, par l'insufflation de cuivre porphyrisé, faite de deux jours l'un. — Ce traitement fut couronné du plus complet succès et dans l'espace de cinq mois, les excroissances avaient disparu avec la suppuration, et l'on ne voyait plus au fond de chaque méat qu'une verrue rougeàtre, de la grosseur d'une petite tète d'épingle . — une ou deux gouttes d'un llux muqueux se voient chaque matin dans l'oreille : niais la inèi e, craignant que la suppression complète de cette humeur ne vint à retomber sur la poitrine de sa fille, s'opposa formellement à ce que le traitement lût continué.

105e Observation. — Polypes doubles de l'oreille. — Le 10 novembre 1853, un jeune homme, âgé de dix-huit ans, se présenta à ma consul-

!4fl DES POLYPES DE L OREILLE.

talion pour un flux d'oreilles. — Cet écoulement s'est montré pendant la convalescence d'une fièvre typhoïde, il y a quatre ans, et n'a point cessé depuis cette époque. — Du reste, la santé générale est bonne. C'est un garçon lymphatique, assez grand, d'un blond rougeâtre, à peau blanche, parsemée de taches de rousseur : on trouve quelques ganglions engorgés au col et sous la mâchoire ; mais le ganglion auriculaire, que j'appelle sub-lobulaire, n'existe point. Le malade avait eu plusieurs angines tonsillaires et les amygdales sont volumineuses.

Etat local. — Les pavillons sont bien conformés; les deux méats sont remplis d'une suppuration fétide, verdàlre et abondante.

Une injection d'eau tiède permet d'examiner les conduits auditifs dans toute leur étendue. — Des deux côtés on ne voit plus la membrane du tympan ; mais à sa place et se détachant de la paroi interne de la caisse, on voit deux excroissances poiypiforraes rougeàtres et fongueuses du volume d'un pois. Leur partie profonde est largement implantée ; l'extrémité libre qui fait saillie dans le méat est granuleuse et donne une certaine quantité de sang, quand on vient à l'explorer à l'aide d'un stylet.

Quant aux symptômes physiologiques, nous trouvons que le malade n'entend pas la montre au contact : la voix n'est perçue que dans ses notes les plus élevées et quand on crie près de l'oreille. — Bourdonnements à timbre grave, continuels. — Peu ou point de douleur. — En examinant la gorge, je trouvai des amygdales volumineuses et chroniquement enflammées. Convaincu que les phlegmasies tonsillaires et pharyngées ont la plus grande influence sur celles de la trompe et de la caisse, je résolus de commencer le traitement local par l'ablation des amygdales. En conséquence, le 20 novembre, je pratiquai l'ablation des deux amygdales, mais sans amélioration de la surdité.

Après quelques jours de repos, le traitement local et général fut institué de la manière suivante :

1° Tous les jours injection matin et soir d'eau tiède pour nettoyer les méats : immédiatement après, une deuxième injection de teinture d'iode affaiblie (au tiers).

2° Tous les deux jours, je touchais les excroissances avec un petit pinceau imbibé de teinture d'iode pure.

3° Matin et soir, une cuillerée de la solution iodurée (10 grammes d'iodure de potassium pour 200 grammes d'eau distillée) ; dans une tasse de tisane de gentiane.

4° Frictions avec la pommade stibiée derrière les oreilles.

Après quinze jours de ce traitement, les excroissances commencèrent à s'affaisser et à diminuer de volume. La montre était entendue à 2, 3 centimètres de chaque côté.

Vers la fin de février 1854, l'amélioration fit des progrès rapides : es végétations fongueuses furent complètement détruites, la suppuration tarie ; les bourdonnements avaient cessé ; les battements de la montre étaient perçus à un demi-mètre de chaque côté.

Il était curieux de s'assurer si l'on retrouverait des traces de la cloison tympanique. La circonférence paraît normale; mais vers le centre et à la partie inférieure de la membrane, on peut constater à droite une perforation assez large pour admettre une grosse tète d'épingle.

A gauche, une plaque blanche se voit dans le même endroit, et l'on se demande s'il n'y a pas eu là une perforation qui s'est cicatrisée.

L'aspect blanchâtre, comme leucomateux de cette portion du tympan, rappelle bien les cicatrices de la cornée, quand son tissu a éprouvé une perle de substance. Les deux trompes sont perméables à la douche d'air qui s'échappe en sifflant du côté droit, où la perforation existe encore.

Depuis cette époque, j'ai revu ce jeune homme plusieurs fois, et il a continué le traitement général, plus de six mois après sa guérison, pour éviter toute rechute. L'ouïe s'est même tellement améliorée, que ce pauvre garçon devenu, soldat, regrettait amèrement que sa guérison fût arrivée avant l'époque où le sort pouvait l'appeler sous les drapeaux.

106e Observation. — Polypes doubles de Voreille. — Un jeune garçon de quinze ans me fut présenté le 5 mai 1853, pour être traité d'un flux abondant par les deux oreilles.

Sa mère raconte qu'à sept ans, il fut atteint d'une fièvre typhoïde grave, pendant laquelle se manifesta la surdité qui dure encore aujourd'hui. — Cette femme ne peut trop préciser le traitement mis en usage pendant la fièvre typhoïde; cependant elle se rappelle que plusieurs purgatifs ont été administrés. — La maladie et la convalescence n'ont pas duré moins de deux mois. — Lt c'est à peu près vers cette époque, qu'à la suite de douleurs violentes dans les deux oreilles, un écoulement de pus brun et fétide apparut presque en même temps de chaque côté : comme la surdité n'avait point été améliorée pendant la convalescence, la mère pensa que le flux abondant survenu aui oreilles apporterait quelque soulagement à cette infirmité. — Aussi, pour tout traitement, de simples lotions d\-au de guimauve furent pratiquées de temps à autre et dans un simple but de propreté.

Depuis sept ans, aucun autre moyen n'a été employé. Voi i l'état actuel :

C'est un garçon assez grand, d'un Moud châtain, sa peau esl Manche et colorée au visage; il y a quelques ganglions engorgés au col d

sous les mâchoires; mais on ne trouve point de cicatrices d'abcès froids. — Toutes les autres fonctions sont en bon élat.

Etat local. — Les pavillons sont bien conformés; un écoulement médiocrement abondant remplit les méats. — Après avoir pratiqué une injection d'eau tiède, on peut constater que les tympans sont détruits ; deux excroissances fongueuses, d'un blanc rose, indolentes, occupent le fond du conduit. Le stylet, en les circonscrivant, permet de reconnaître qu'elles ne sont point attachées aux parois du conduit, mais qu'elles viennent de la caisse : un noyau de cerise peut en donner l'image assez fidèle ; leur surface est lisse et luisante et ne donne point de sang.

Signes physiologiques. — Surdité presque complète. — La montre n'est entendue qu'au contact et faiblement. — Point de bourdonnements ni de douleurs.

Séance tenante, j'arrachai avec une pince à mors larges tout ce que je pus de ces deux excroissances : quelques gouttes de sang s'écoulèrent, et immédiatement une injection tiède fut pratiquée, puis je donnai les conseils suivants :

i° Matin et soir, après avoir nettoyé les oreilles, injecter, à deux reprises différentes, la solution iodée et la laisser séjourner plusieurs minutes.

2° Frictionner l'apophyse mastoïde avec la pommade stibiée.

3° Prendre également matin et soir une cuillerée de la solution iodurée suivante :

Iodure de potassium 5 grammes.

Eau distillée 200 grammes.

et une cuillerée de sirop de ményanthe composé.

4° Régime tonique. — Viandes rôties et vin.

Quatre mois de traitement amenèrent la guérison des polypes et de l'écoulement ; mais l'ouïe resta toujours faible et la montre n'était entendue qu'à 4 centimètres du côté droit, et 5 à gauche. — Les trompes étaient perméables à la douche d'air; mais en examinant le fond du conduit auditif, on pouvait s'assurer qu'à la place du tympan existait une surface rosée, qui n'était autre chose que la cicatrice des polypes, dont la racine était implantée dans la caisse.

107e Observation. — ■ Un enfant de treize ans, élève de l'école protestante, sise rue des Billeltes, ne pouvait suivre les cours, tant sa surdité était intense.

Le 29 juillet 1854, dans une de mes inspections, on me pria d'examiner cet enfant, et sa mère que je fis mander nous donna les renseignements suivants : Il avait eu une fièvre typhoïde à douze ans,

c'est-à-dire un an auparavant. Pendant la maladie, les deux oreilles avaient été prises du flux qui dure encore, et de la surdité.

Cet enfant est d'une constitution molle, lymphatique; il n'y a pas de glandes au col ni de ganglions auriculaires. — L'écoulement des oreilles est peu abondant, mais verdâtre et fétide. — Les deux lympans sont détruits en partie et l'on voit engagées, à travers la perte de substance, deux excroissances rouges, lisses, grosses comme un petit pois. — La montre n'était entendue qu'au contact. — Point de douleurs ni de bruit.

Le traitement précédent, continué pendant deux mois, fit disparaître les polypes naissants et l'écoulement. — La montre était alors entendue à 0,17 centimètres des deux côtés.

108e Observation. — Rougeole. — Flux d'oreilles. — Polypes dans les deux oreilles. — Paul-Ëmile M..., âgé de treize ans, a eu la rougeole à six ans, en 1847. L'éruption suivit ses phases régulières; mais pendant la convalescence un flux abondant se déclara par les oreilles et a continué sans interruption depuis lors. — Vers la fin de 1849, sa mère s'aperçut d'une excroissance qui se développait dans l'oreille gauche; elle était près de sortir du méat : son volume, sa forme, sa couleur lui donnaient l'aspect d'une framboise.

2 ans plus tard, l'enfant ayant été mené à l'hôpital Beaujon (1851), le polype fut arraché avec une pince; mais le chirurgien ne conseilla aucun traitement pour s'opposer à la répullulalion.

Aujourd'hui, 15 novembre 1854, cet enfant m'est présenté.

C'est un garçon rouge de cheveux, avec des taches de rousseur dans la figure; le nez épaté, les lèvres épaisses, la peau fine, sont des indices non équivoques d'une constitution lymphatique ou strumcuse. Il est cependant bien développé pour son âge, n'a jamais été malade avant sa rougeole ni depuis cette époque; la poitrine est large, point de toux, etc. — Quelques ganglions au col ; l'auriculaire manque.

Etat local. — Les deux méats portent des traces de l'écoulement. A gauche, on trouve le conduit auditif rempli par un polype, plus gros qu'une forte plume d'oie, renflé en champignon à son extrémité libre qui sort du méat; sa couleur est blanc rosé; une membrane cuticulaire l'enveloppe de toutes parts; il est baigné d'un pus fétide. Ce polype, qui est la reproduction de celui qu'on a déjà enlevé, ne ressemble cependant pas tout à fait au premier, si l'on en croit la mère du malade. Celui-là était rouge, granuleux ; celui-ci, au contraire, est blanchâtre, lisse. Cette excroissance n'est point unique : on voit poindre sur ses côtes, au fond du conduit, plusieurs granulations fongueuses, rougeàtres et qui saignent facilement. — Llles naissent de la caisse, avec le polype principal. — Le tympan est détruit. — A droite,

34 6 DES POLYPES DE i/OREILLE.

cette cloison n'existe également plus; à sa place on trouve des fongosités, sortes d'excroissances, grosses comme une forte tête d'épingle ftg. 20 et baignées dans la suppuration. — Une d'elles, plus grosse, plus ferme, fait une saillie prononcée, se moule déjà sur les parois du méat et nous révèle en un instant par quel curieux mécanisme ces productions végétantes, une fois nées de la muqueuse de la caisse, finissent par grandir en traversant le conduit auditif externe, qui leur sert en quelque sorte de filière et les conduit insensiblement au dehors. A celte époque de leur évolution, le tissu mou, vasculaire et cellulaire, à la fois, dont elles sont formées, ne trouvant plus de résistance, s'étale en formant une sorte de bourrelet ou champignon, à l'orifice du méat. — Du côté gauche, la montre est entendue à 0,01 centimètre; du côté droit, à 0,06 centimètres. — Point de douleurs ni de bourdonnements.

Le traitement suivant est commencé le 18 novembre 1854. — Le malade étant exposé à la lumière du jour, le polype principal (du côté gauche) est saisi avec une pince à anneaux, le plus près possible de sa racine, tordu et arraché : la douleur fut à peine sentie. — Peu ou point de sang. — Injections tièdes.

La figure 20 représente le polype ; il a 3 centimètres de long sur un de large (1).

Le surlendemain, 20 novembre, le traitement général et local est institué :

1° Matin et soir, la solution iodurée. — Le sirop antiscorbutique comme dans les observations précédentes.

2° Insufflation de sulfate de cuivre porphyrisé, à l'aide d'un chalumeau, dans chacun des conduits auditifs, tous les deux jours. — Frictions avec la pommade stibiée derrière chaque oreille.

Le 25 novembre, cet enfant est pris d'une pneumonie qui nous force à interrompre le traitement. — La pneumonie fut traitée par le tartre stibié à dose rasorienne, et pendant l'espace de dix jours que dura cette phle?masie pulmonaire, l'écoulement fut complètement supprimé. Vers le 15 décembre, on reprit le traitement pendant un mois à peu près; à la fin de janvier 1855, les excroissances fongueuses avaient disparu sous l'influence des cautérisations avec le sel de cuivre; et l'écoulement était réduit à quelques traces d'un suintement séreux, que l'on nettoyait le matin seulement. — Mais l'ouïe n'a pas été sensiblement améliorée.

l) Je le conserve dans l'alcool.

109e Observation. — Otite scarlatineuse à droite. Polype de l'oreille droite. — Le 20 avril 1854, un jeune lycéen me fut présenté par sa mère

— qui me donna par écrit les détails suivants : « A l'âge de quatre ans « l'enfant a eu la fièvre scarlatine : cette maladie détermina une fièvre « cérébrale, dont on désespérait, lorsque le huitième jour, il se fit un « écoulement par l'oreille droite : on le traita d'abord par un vésica- « toire à l'oreille, puis au bras ; des injections de sauge : l'huile de « foie de morue. Ce traitement n'a pas diminué l'écoulement qui dure « depuis dix ans. »

État actuel. — C'est un grand jeune homme, bien constitué, aux cheveux châtains, — la peau du visage est très-blanche et semée de taches de rousseur : le nez est épaté ; les lèvres épaisses et pourprées.

— La physionomie est intelligente à un rare degré. — Toutes les autres fonctions ou appareils sont en bon état. La gorge est saine.

Les pavillons sont bien conformés : le méat droit est baigné d'un pus brun noirâtre et fétide, en grande quantité. — Après avoir nettoyé le conduit par une injection tiède, je constate que la peau qui le revêt est excoriée, dans plusieurs points : aussi le spéculum n'est-il supporté qu'avec difficulté.

Au fond du conduit se rencontrent deux excroissances polypiformes, du volume d'un pois : mais le stylet permet bientôt de rectifier cette erreur : car la base d'implantation est unique, et a lieu dans la caisse: mais la surface qui proémine dans le conduit est réellement divisée par un sillon assez profond, qui la sépare en deux lobes : couleur d'un rouge violacé ; — sensibilité exquise au contact. — On ne voit pas de traces du tympan. — Cophose complète. — Bourdonnements à timbre grave.

J'arrachai immédiatement la plus grande partie de ces végétations charnues : elles étaient comparables de tous points aux bourgeons des plaies qui suppurent.

I oe petite quantité de sang s'écoula ; et après avoir injecté un peu d'eau légèrement tiède, je tamponnai l'oreille droite avec du coton.

Le lendemain il n'y avait pins de suintement sanguin ; mais le conduit était encore plein de pus. — Le traitement suivant fut institué :

1° La solution iodurée [S inanimés d'iodure de potassium, pour 200 grammes d'eau distillée] a la dose d'une cuillerée, matin et soir. — En même temps sirop de ineii\,»ntlie a la même dose et après la solution ;

2° Bains salés. — Exercice au soleil ;

1 rictions stibiées de façon àobtenir unepustulisation permanente, derrière l'oreille;

i" Injections matin et soir avec la solution de sulfate de cuivre — (1 gramme de sel pour 30 grammes d'eau) ;

Dl S POl VP1 - I>1 1. OREILLE.

huis les déni jours, insufflation de cuivre porphyrisé: avec la précaution de mettre ce caihérétique en contact avec 1rs points seulement que l'on veut détruire.

traitement lui continué depuis le 13 avril 185 (Jusqu'au commencement de janvier 1855. le dois l'air.' observer que ce malade, demeurant très-loin, n'assistait pas régulièrement à mes pansements. —

Il est resté une l'ois quinze jouis; une autre l'ois, un mois sau< venir

m.- donner de ses nouvelles.— Et chaque fois qu'il revenait apr an» d nés, on pouvait constater une recrudescence dans

la maladie.

Au mois de janvier 1855, malgré la négligence de ee malade, l'écou-

lemenl consistait eu un suintement muqueuz, sans odeur, exigeant

à peine quelques soins de propreté. — Le polype était réduit à la grosseur d'une tête d'épingle et tout semblait annoncer qu'une cicatrice

solide allait se former. La montre (".ait entendue à 0,06 cent. Seulement de

1 10« Obsi n\ mon. — Otite scrofuleuse. — Polypes de T oreille gauche. — Al Utiles, fistules mastoïdiennes. — Hémiplégie facial

ridante. — Dans les premiers jours d'avril 1853, un eofanl âgé de sept ans, et affecté depuis trois mois d'un écoulement de l'oreille droite, un- tut présenté par sa mère : ce (lui d'oreille était survenu, à la suite d'un rhume de cerveau [coryza), — mu- avoir été précédé, ou accompagné de ces douleurs violentes qu'on rencontre en pareil cas. Depuis celle époque, l'écoulement a continue, tantôt plus tantôt moins abondant. — 11 y a un mois, un abcès s'est développe derrière l'oreille : il S'est ouv( ri de lui-même, au milieu de souUVances assez vives : aujourd'hui, une fistule e\i>te en cet endroit, qui livr> m pus, en même temps q .e le conduit auditif. — La mère nous fait encore

observer que depuis ce moment, le côté correspondant du fis subi le changement, ou mieux encore la déformation singulière dont nous constatons le degré le plus avance : en effet, la joue gauche est

comme hypertrophiée •' les parties molles qui la composent, projetées

en avant, offrent par leur insymétrie, un contraste bizarre, quand on vient a comparer ce côté de la race avec celui du côte opposé.— li commissure labiale est déviée du côté droit : la paupière gauche est

immobile, laissant l'œil à découvert, etC, : en un mot, nous trouvons la tous les symptômes d'une hémiplégie faciale.

ijuanta l'appareil auditif, il présente les altérations Suivantes :

Le pavillon est bien conformé; le méat droit est rempli de pus ver-

dâlreel fétide qui est enlevé au moyen d'injection* d'eau tiède ; vers

la partie moyenne du conduit auditif existe une excroissance charnue

d'un rouge brun, livide, du volume d'uu haricot; molle, fougueuse.

niSTOHIOIF. — OBSERVATK 3 49

■rffftf peu douloureuse. On ne trouve plus de iraces de la cloison tympanique. — L'n stylet mousse, circonscrit la racine de la tumeur qui parait être large 6l tirer manifestemenl son origine de la i La surdité est complète : point de bourdonnements, de douleur, rouve à la partie moyenne de l'a la fistule

dont j'ai deji parlé : c'est un orifice étroit, sinueux et en cul-de-poule, il laisse sourdre quekffl l - 10 pus brunâtre: le stylet introduit

rient par i lot dans les cellui-

diennes et les peu' m itroment a

lore, la sensation d'une multitude de i. — La mi :ppelle pas avoir vu

sorl.r. Inil auditif. d<:

i s du petit mal • - veux

.oirs; mais ia peau est d'un b'anc mat et rose au • icaux et maorieu |ue. — L'enfant ne tousse point, il s

diarr ut est bon .—

WHlitner la nu . i maladie, nous avions

irrtmle te r suppura-

tion, , <iu ivm} i .

- dans l'intérieur même de la Le trait-

i roui les matins, ho de morue, i dote* su mvemesU

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.ite ;

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5° InstiL : inture d'iode pure dan> l'oreille,

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elioralion HMil sorties par la :

Émane. — > Aoi 1854. — J

I le enduit auditif, tous les deux j

le polype diminua alors sensiblement, avec la suppuration, et disparut complètement dans les premiers jours de janvier 1855. — La fistule mastoïdienne est fermée; la cophose n'a subi aucun changement; l'hémiplégie faciale esta peine sensible.

IIIe Observation. — Polype, suite d'otite catarrhaie interne, abcès de la caisse, avec destruction du tympan à gauche. — A droite, phlegmasie chronique du conduit auditif externe et du tympan. — Victor F.. âgé de cinquante-six ans. — Cet homme est d'une constitution forte d'ailleurs et remarquable par une acnea rosacea des plus prononcées. Sa santé avait toujours été assez bonne jusqu'à 1830, époque à laquelle il eut une fièvre typhoïde qui le retint au lit pendant six mois. L'ouïe ne parait pas avoir été influencée par cette affection. Cependant c'est quelque temps après, à un intervalle que le malade ne peut préciser, que l'écoulement de l'oreille gauche s'est montré. Voici dans quelles circonstances: c'était dans les grandes chaleursde l'été, le malade était atteintd'un coryza, autant qu'on eu peut juger par sa narration. En ce temps-là notre malade servait les maçons, et un jour qu'il avait chaud, il reçut de l'eau sur la tète du côté où l'oreille est aujourd'hui malade.

Quelques jours après cette oreille est devenue dure, une douleur violente ne tarda pas de s'y faire sentir et bientôt, selon ^expression du malade : l'oreille se creva et un écoulement fétide, abondant, puriforme se manifesta qui dure encore aujourd'hui. Quelques années plus tard le malade fut atteint de chancres et deblennorrhagie dont il fut traité à l'hôpital du Midi pendant onze jours seulement; mais le traitement ne fut pas suivi au delà de l'hôpital ; si l'on en croit la narration du malade, la nature de son écoulement d'oreilles a été modifiée par les accidents syphilitiques dont nous venons de parler: ainsi, il croit que son écoulement jusqu'alors très-épais est devenu à cette époque plus séreux, plus fétide, plus abondant. Cette narration ne mérite d'ailleurs qu'une certaine confiance, car nous ne trouvons point dans les accidents de symptômes d'infection générale.

État actuel. — C'est un homme fort, trapu, au visage maculé d'acné. Rien à noter aux fosses nasales, à la gorge : la vue est bonne, l'appareil auditif seul doit par conséquent attirer notre attention.

Signes anatomiques. — Oreille gauche. — Pavillon bien conformé, rougeàtre, excorié par l'écoulement sanieux qui souille ses bords. Des poils nombreux sont agglutinés par le pus à l'entrée du méat.

En exposant convenablement le conduit auditif à la vue, on voit d'abord et sans spéculum une masse rougeàtre, granuleuse, vasculaire qui obture ce canal, sa surface n'est point uniforme, mais grenue, divisée par de petits sillons qui la segmentent et lui donnent l'aspect muriforme. Le moindre attouchement détermine un écoulement sanguin. En circonscrivant le polype avec un stylet il devient

notoire que sa base est implantée dans la caisse et non sur les parois du conduit auditif, il est entendu que le tympan ne peut être reconnu .

Oreille droite. — Pavillon bien conformé, l'oreille doit être pleine de concrétions pelliculaires cérumiueuses qui cependant ne l'obstruent pas complètement. On les enlève avec une injection d'eau tiède. Le fond de ce conduit auditif est rougeàtre, la membrane est comme saignante et témoigne des vieilles phlegmasies qu'elle a subies. Le tympan est opaque, bleuâtre et semé de taches blanche-.

Signes physiologiques. — Point de douleurs, bruit dans les oreilles à droite comme à gauche, par léréthisme; pas de suffocation.

Traitement. — On enlève immédiatement la masse charnue à l'aide d'une pince à pansement, elle est grosse comme un petit pois. En le faisant souffler la bouche fermée, on voit l'air sortir de la caisse et se mêler au sang qui s'en écoule.

1° Iodurede potassium, 10 gr. ; eau distillée, 200 gr. ; prendre une cuillerée matin et soir de celte solution;

2° Injection d'eau tiède, quatre fois par jour.

26 mai 1855. — Insufflation dans l'oreille de sulfate de cuivre porphyrUé.

20 mai. — Depuis que le polype est enlevé, l'écoulement puriforme d'une odeur si fétide a disparu. — On ne voit plus qu'une surface plane et roui-'eàtre, au fond du conduit auditif. — (Insufflation de sulfate de cuivre.} — Le malade accuse une céphalalgie persistante : et comme sa face est très-rouge (acné); une ventouse est appliquée derrière Toreille gauche aujourd'hui. 31, friction Btibii

1er juin. — Publication derrière chaque apophyse mastoïde. — l'eu ou point d'écoulement : la racine apparaît comme une surface plane , rougeàtre, légèrement chagrinée. — 11 entend de ce côté la montre à 0,12.

Le traitement est continué — et le malade, voyant l'écoulement presque tari, sus| end le traitement, dan- la crainte que l'humeur ne lui retombe sur la poitrine. 5

112-- Observation. — OUtt scrofuleuse. Abcèt de la caisee. Polype à

droite. — 2* avril 1 \ me homme, d'une constitution lympha-

tique, nous est par sa mère qui non- fournit les

menu siiivant> :

Vers \'^j'- de trois ans, quand l'enfant fut ramené de n<> s'aperçut dans sa famille qu'il u du moins qu'il ne

parlaii pas. La ttoon ic< était nia médecins consu

cette époque, Itard pal mi eux, p< ns< renl que t'aboliti »n de l*< u cet enfant, et le mutisme était ut «lu- au >mplet dans lequel il

avait pendant U

3 52 DES POLYPES DE i/OREILLE.

Quoi qu'il en soit, cet enfant remis aux soins de sa mère, apprit bientôt à entendre et à parler.

Il n'avait point d'écoulements d'oreilles; — mais, d'après le récit de la mère, il avait les deux incisives supérieures cassées. — D'où la mère conclut que cet enfant était tombé.

Est-il permis de supposer qu'il y ait entre cette chute présumée et le mutisme de l'enfant un rapport de cause à effet. C'est ce que nous ne pouvons résoudre sans nous abandonner à des hypothèses plus ou moins probables, et nous ne voulons point faire d'hypothèses.

Il y a deux ans, c'est-à-dire en 1853, pendant l'hiver, on s'aperçut que cet enfant devenait sourd de l'oreille droite. — Des douleurs se faisaient sentir. Il y avait un peu d'œdème, un peu d'empâtement, et le malade signale l'existence de petites glandes qui n'existent plus.

Ce n'est que quelque temps après qu'on vit apparaître l'écoulement qui dure encore aujourd'hui.

État actuel. — C'est un garçon de 19 ans assez grand, d'une bonne santé habituelle, qui porte quelques-uns des attributs du tempérament lymphatique. On voit sur le menton une plaque d'herpès circiné et quelques écailles au nez. Avant que l'oreille ne fût le siège de l'écoulement, les lèvres étaient habituellement croûteuses. — - Les lèvres sont rouges, épaisses, le visage coloré.

La muqueuse du nez ne présente rien de particulier. — La gorge est rouge, les amygdales chroniquement hypertrophiées. — On trouve profondément dans la région latérale du cou des ganglions engorgés à droite.

Les dents sont saines, mais mal entretenues.

Examen local. — Les pavillons sont bien conformés, on trouve dans fig. 2i. ce*ui du colé droit des traces d'un écoulement jau-

nâtre, fétide, abondant. Après avoir enlevé la matière de l'écoulement, à l'aide d'une injection, on trouve ulcérée la peau qui tapisse le méat.

On trouve dans le fond du conduit et arrivant jusqu'à la moitié du méat, une production charnue considérable (fig. 21). — C'est un polype comparable à unegrosse cerise et qui distend complètement le conduit auditif; sa surface n'est point uniforme, plusieurs sillons la parcourent dans plusieurs sens, et il en résulte une surface chagrinée, présentant des bosselures et plusieurs points muriformes de la grosseur d'un petit pois rond. — Ce polype saigne

avec une merveilleuse facilité; on peut le circonscrire directement

avec le stylet et il prend naissance dans la caisse.

Signes physiologiques. — La douleur est intermittente, légère; elle se montre parfois sous forme d'élancements. — Quelques étourdissemenls ; de temps en temps un peu de suffocation. — Un peu de toux. Santé générale excellente,— et quant à la surdité, nous avons déjà dit que le malade entend de ce côté la montre à 0,01.

Traitement. — 1° Sirop de ményanlhe. — 2° lodure de potassium. — 3° Injection avec le sucre de Saturne. — 4° Frictions derrière l'oreille avec la pommade stibiée.

5 mai 1855. — La production charnue est réduite à l'état d'un tubercule rougeâlre que l'on aperçoit au fond de l'oreille. — Aujourd'hui nous constatons la présence des ganglions sous-auriculaire et antitragien. — Insufflation de sulfate de cuivre porphyrisé.

La puslulisalion stibiée est très-complète; elle couvre tout le pourtour de l'oreille.

22 mai. — Insufflation de sulfate de cuivre dans l'oreille droite; on ne voit presque plus de traces de ce polype.

24 mai. — Insufflation de sulfate de cuivre.

31 mai. — Les racines du polype sont presque entièrement détruites. Insufflation de sulfate de cuivre.

2juin, 20°. — Peu ou point d'écoulement, qui paraît réduit à un suintement muqueux. Insufflation de sulfate de cuivre.

19 juin, 12°. — Il va encore un peu de suintement purulent, et en regardant au fond de l'oreille avec attention on aperçoit un petit mamelon charnu dans l'oreille moyenne. Il y a toujours un peu de suintement ; on continue les insufflations de sulfate de cuivre.

3 juillet. — La caisse est bien cicatrisée ; on ne voit plus qu'une petite plaque rouge; l'écoulement a presque entièrement disparu.

17 juillet. — Il entend de ce côte à 19 centimètres. 11 n'y a plus de suppuration.

31 juillet. — Le malade ne présente plus désormais d'écoulement; la cicatrisation du polype est parfaite, d'un blanc rosé; il entend à 0,70 centimètres du côté droit. — Guérisoo complète.

§ 2. — Description des polypes.

Causes et anatomie pathologique. — Après cette longue énumération des opinions émises sur le sujet qui nous occupe, et appuyée sur les observations des auteurs eux-mêmes, je serai bref dans la description qui me reste à faire : nous avons en présence deux opinions principales sur les polypes de l'oreille ; L'opinion ancienne qui assimile les polypes de l'oreille aux polypes du nez, et l'opinion moderne qui en fait une maladie toute différente.

L'opinion ancienne est erronée et démentie par ce fait : que les polypes du nez se développent spontanément, sans suppuration antécédente et sous l'influence de causes inconnues.

Pour les polypes de l'oreille, au contraire, je ne connais pas un exemple authentique où le polype se soit développé sans avoir été précédé de flux ou suppuration chronique. On trouve cependant dans Itard une observation où l'écoulement précurseur n'est pas mentionné. On en trouve encore une seconde observation du même genre dans Toynbee ; mais ces deux observations sont incomplètes et je crois que l'attention des observateurs n'étant point éveillée sur ce point important, ils ont négligé de rechercher si l'apparition d'une suppuration dans la caisse avait précédé la formation du polype de l'oreille.

Les excroissances charnues ou les polypes de l'oreille se développent presque toujours, je n'ose pas encore dire toujours, à la suite des suppurations chroniques de l'appareil audi'if. Ces suppurations se rencontrent le plus souvent à la suite des catarrhes aigus ou chroniques, soit de l'oreille externe, soit de l'oreille moyenne. Les dissections que j'ai faites, m'ont démontré que c'est principalement à la suite des otites chroniques qu'on voit naître ces polypes : que ces otites soient dues à une inflammation franche et légitime de l'oreille externe ou de l'oreille moyenne, ou bien qu'elles soient nées dans le cours d'un exanthème ou d'une fièvre grave.

C'est principalement à la suite des otites qui se développent dans le cours des fièvres graves que les polypes de l'oreille sont fréquents.

Dans le chapitre V, des otites (p. 225 et suiv.), j'ai rapporté dix observations, toutes terminées par l'autopsie ; et dans ces dix autopsies, j'ai trouvé des excroissances charnues quelquefois arrivées à un degré très-avancé, au point d'avoir déjà perforé le tympan et de faire saillie dans le conduit auditif externe, mais d'autres fois elles étaient bien moins développées. On trouvait l'intérieur de la caisse baigné d'un pus sanieux, et la muqueuse hypertrophiée, mamelonnée, avait un aspect chagriné et présentant de petites saillies qui, avec le temps, seraient devenues des polypes, si le malade eût survécu. Voilà ce qu'on trouve lorsque la maladie est seulement arrivée au troisième septénaire, car les malades dont j'ai pu examiner les temporaux avaient tous suc-

combé vers le vingtième jour de la maladie (1). J'ai donc surpris la nature sur le fait au moment où le polype commence à se développer, j'ai pu constater aussi la fin et le résultat de ce travail chez les malades qui viennent chaque jour à ma clinique : chez tous j'ai appris que la maladie était déjà ancienne, et qu'avant l'apparition du polype il y avait eu écoulement de l'oreille. Cet écoulement était lui-même ordinairement la suite d'une fièvre grave, fièvre typhoïde, petite vérole, rougeole, etc.

Mais quelquefois les polypes surviennent non plus à la suite d'une fièvre grave, mais à la suite d'une otite aiguë et franchement inflammatoire -, c'est là une seconde variété de polypes qui produit les mêmes ravages que la première; la suppuration de la caisse, la perforation du tympan, mais ces polypes sont plus faciles à réprimer que les précédents.

Enfin, j'admettrai une troisième variété de polypes, siégeant sur le méat ou sur les parois du conduit auditif externe, et survenant à la suite des phlegmasies du conduit auditif ou du méat : ce sont de petites excroissances charnues, sessiles, sans pédicules, tandis que les précédentes avaient un pédicule trèslong et ne faisaient saillie à l'extérieur qu'après avoir traversé tout le conduit auditif.

Si je voulais admettre une quatrième variété de polypes ayant son siège sur le tympan, je dirais que c'est la variété granuleuse et vasculaire de Toynbee. En effet, je possède déjà un certain nombre d'observations d'inflammation chronique de la membrane du tympan et dans ces inflammations on voit se développer, sur le tympan, une espèce de production charnue analogue au pannus de la cornée; appeler cette maladie un polype est à mon sens employer une locution vicieuse. J'aimerais mieux l'appeler pannus du tympan.

Siège. — D'après ce que nous venons de voir, les polypes peuvent, relativement à leur siège, se diviser en trois variétés :

\° Polypes qui se développent dans l'intérieur de la caisse;

Ce sont les plus fréquents, la règle.

2° Polypes qui ne viennent que du conduit auditif externe ou du méat ;

(l) Fièvre grave.

356 DES POlYPES DE i/OREILLE.

3° Polypes qui siègent sur le tympan, c'est-à-dire les polypes vasculaires ou le pannus du tympan.

Nature. — Relativement à leur nature, nous ne trouvons point pour les polypes de l'oreille les mêmes divisions que pour ceux du nez. Nous ne trouvons ici que trois variétés, formées d'éléments homéomorphes :

La première comprend des excroissances de forme plus ou moins dure, mais présentant toujours la couleur et la forme des végétations charnues qui poussent sur les plaies et sur les os cariés. Tous ces polypes semblent avoir une même nature, c'est la nature des bourgeons charnus, une nature celluleuse et dans la composition de laquelle on trouve des éléments tibro-plastiques en grande quantité. Je leur donnerai le nom de bourgeons charnus et je les comparerai aux bourgeons qui naissent sur les plaies, à la surface des vésicatoires.

La deuxième variété de polypes comprend les polypes vasculaires qui se développent sur le tympan et que nous avons reconnu être une maladie analogue au pannus de la cornée.

La troisième variété sera le polype cartilagineux qu'on devrait plutôt regarder comme une transformation, une sorte d'enchondrôme.

Par cette discussion, j'ai fait l'anatomie pathologique, les symptômes correspondants et l'étiologie de ces polypes.

Un mot relativement aux symptômes physiologiques :

Symptômes. — Les symptômes fonctionnels des polypes de l'oreille sont d'abord les symptômes des maladies qui engendrent ces polypes. Ainsi, il faut noter en première ligne les symptômes des écoulements d'oreille, du catarrhe de l'oreille externe et de l'oreille moyenne, des otites, et enfin des otorrhées en général.

Nous avons encore pour symptômes fonctionnels la gêne que les polypes apportent aux fonctions de l'oreille, la douleur qui résulte de la distension du conduit auditif. L'altération de l'audition varie suivant le volume des polypes; si le polype remplit tout le conduit auditif, il peut y avoir cophose complète ; si le polype est peu volumineux, la dureté d'ouïe est également peu marquée. Jamais on n'observe ce que nous avons appelé l'excitation de l'ouïe, mais la plupart du temps il y a des bourdonnements, bourdonnements à timbre grave. J'ai fait voir, à propos des productions cérumineuses, par quelle théorie on pouvait

expliquer ces bourdonnements. C'est la théorie qui les attribue à la gêne mécanique apportée au passage de l'air dans lecondui auditif, mais la théorie qui pourrait faire considérer comme cause de ces bourdonnements l'inflammation des cavités labyrinthiques et de la lame spirale ne me répugne nullement : car dans le plus grand nombre des cas, cette phlegmasie de l'oreille interne peut se démontrer à l'autopsie : et cette lésion suffit à elle seule pour expliquer ces bourdonnements.

Tels sont les symptômes fonctionnels des polypes de l'oreille; les symptômes anatomiques ressortent de ce que nous avons dit de l'anatomie pathologique. Un dernier mot.

Diagnostic. — Si l'on examine l'oreille malade, on voit une masse charnue qui est quelquefois recouverte d'une pellicule mince, et d'autres fois présente une surface saignant au moindre attouchement : et même, lorsque ce sont des végétations vasculaires qui s'étendent du tympan au méat, ces polypes sont constamment le siège d'un suintement de sang et il importe d'en débarrasser le malade le plus tôt possible.

Lorsque le polype est profond, il faudra pour l'explorer se servir du spéculum : le spéculum introduit, s'il y a du pus dans l'oreille, vous la débarrasserez de ce pus à l'aide de quelques injections d'eau tiède; alors vous verrez le polype et vous chercherez à reconnaître sa base d'implantation. Quelquefois il sera très-difficile de reconnaître cette base d'implantation. Dans ce cas, on a conseillé, lorsque le polype est profond, de chercher à circonscrire sa base avec un stylet, mais cette exploration est sou vent difficile, douloureuse, et pour reconnaître un polype qui vient de la caisse on n'a souvent que les signes commémoratifs.

Le diagnostic différentiel des polypes est assez facile.

On les distinguera des autres corps étrangers de l'oreille à la différence de forme et de coloration, différence que l'on peut apprécier à l'aide d'une exploration faite avec soin et précédée d'une injection. Un autre caractère distinctif des polypes, ce sera le suintement sanguin qu'on peut déterminer quelquefois en les explorant avec le stylet.

Les concrétions cérumineuses de l'oreille se distingueront des polypes et par leur aspect différent el par la facilité qu'elles ont de se dissoudre sous l'influence d'une injection d'huile ou d'eau tiède, convenablement pratiquée.

Le pronostic des polypes de l'oreille est grave. Tous ces polypes ont de la tendance à durer des années. Nous avons vu dans

Fie. 22. —A. Pince longue à bascule pour les polypes petits et profonds.— B. Petit couteau destiné à couper le pédicule dans les cas où il présente une grande résistance.

Fig. 23. 1. Pince ordinaire pour saisir le polype lorsqu'il fait saillie à l'extérieur. — 2. Même instrument vu de côté. Ces instruments ont été fabriqués par M. Liier, dont l'habileté est bien connue.

l'observation de Fabrice de Hilden que la malade portait son polype depuis plusieurs années et qu'il mit trois mois à la guérir. Il faut toujours compter que le traitement durera plusieurs mois.

Quant à savoir si les malades recouvreront complètement l'ouïe, il faut être réservé sur cette question. Sur dix malades atteints de polypes, il y en aura neuf chez lesquels le polype viendra de la caisse, et alors après la guérison du polype l'audition n'éprouvera aucune amélioration, sera perdue ou restera imparfaite. C'est ce qui résulte des observations d'Itard , de Toynbee et des miennes. Quant à Fabrice de Hilden, il dit que sa malade recouvra l'ouïe, niais nous devons observer qu'elle avait toujours entendu d'un côté et qu'il se peut bien qu'après la guérison du polype, l'oreille malade n'ait pas recouvré la faculté d'entendre; or, comme Fabrice de Hilden ne parle pas d'expériences faites pour s'assurer si la malade entendait des deux côtés ou seulement du côté resté toujours sain, on peut supposer que la malade entendait du côté resté toujours sain et pouvait bien ne pas entendre du côté où avait été le polype.

Notons encore que dans une des observations de ce travail et empruntée au journal de Sédillot, le malade mourut d'un abcès au cerveau.

§ 3. — Traitement des polypes de l'oreille.

Quels sont les moyens de traitement à mettreen usage contre ces polypes? On en a préconisé trois principaux : la ligature, l'arrachement, et la cautérisation.

Lorsque le polype siège près du méat et qu'il est peu volumineux, c'est à la cautérisation qu'il faut avoir recours; on la fait au moyen de porte-caustiques, de canules ouvertes seulement sur un de leurs côtés.

Lorsque le polype est volumineux, surtout s'il est profond, il faut d'abord en extraire par L'arrachement tout ce qu'il est possible à l'aide de l'un des instruments placés ligures 2-2 et 23, et cautériser ensuite la racine du polype, avec le sulfate de cuivre en poudre, que l'on insuffle au moyen d'un tube en argent, proportionné à la capacité «lu conduit qui doit le recevoir.

Toynbee, comme on l'a vu, préfère la potasse caustique, portée dans l'oreille, avec les mêmes précautions.

Scultet employait un petit cautère actuel, etc.

360 DES POLYPES DE i/OREILLE.

Les observations que l'on a lues plus haut, renferment du reste tout ce qu'il est nécessaire de savoir à ce sujet.

Un dernier mot. Il faut en outre, à ces moyens locaux ajouter un traitement général; par exemple : un traitement antiscrofuieux, antisyphilitique, antirhumatismal si vous reconnaissez une des diathèses strumeuse, syphilitique, rhumatismale; et persévérer longtemps dans l'emploi de ces moyens locaux et généraux pour éviter une récidive.

I 4. — Résumé statistique des observations de polypes de l'oreille.

Nous venons de décrire trente-trois observations de polypes de l'oreille, empruntées à différents auteurs : Fabrice de Hilden, Leschevin, Scultet, Itard, Kramer, Toynbee, Pelletan, Sédillot, et à notre'propre pratique. Nous allons en donner le tableau sommaire avant d'exposer les déductions qui en découlent naturellement.

Sur ces trente-trois observations, l'âge a été noté vingt-sept fois. Le plus jeune des malades avait huit ans et le plus âgé soixante-dix ans, faisant deux catégories : de huit à trente ans et de trente à soixante-dix ans, nous trouvons.:

De 8 à 30 ans 20 malades.

De 30 à 70 ans 7 malades.

Le sexe a été noté trente-trois fois ; nous avons :

11 femmes ou jeunes filles ; 22 hommes ou jeunes garçons.

Quant à la profession, nous la trouvons mentionnée douze fois, par exemple, celles de maçon, blanchisseuse, étudiant en médecine, ministre protestant, architecte, fleuriste, tailleur d'habits, coiffeur, tapissier et tourneur en cuivre.

Il faut remarquer que sur les trente-trois malades, il y a douze enfants au-dessous de quinze ans et qui se trouvent, par conséquent, dans l'âge où la profession n'est point encore décidée.

La constitution a fixé également mon attention, et j'ai été fort étonné de voir que ce point d'étiologie de la plus haute importance avait été négligé par les auteurs qui ont écrit sur la matière avant moi.

Sur nos trente-trois observations, la constitution n'a été notée

que dix-neuf fois. Les auteurs ont parlé quatre fois d'une constitution faible, délicate, sans trop nous dire ce qu'ils entendent par ces mots : trois fois d'une constitution forte ou bonne, et nous avons le regret de citer Toynbee et Itard parmi les auteurs qui ont passé si légèrement sur ce point essentiel. Mais dans les dix observations qui nous sont propres, recueillies à notre clinique, on trouve notée huit fois la constitution lymphatique et strumeuse, et deux lois seulement le tempérament sanguin. Les saisons paraissent n'avoir exercé aucune influence. Et quant au climat, celui de Paris ne le cède en rien au ciel brumeux de Londres, puisque en sept mois de temps j'ai pu recueillir neuf observations de polypes bien complètes, tandis que Toynbee n'a pas été moins de trois ans à rassembler les huit qui composent le mémoire dont j'ai donné la traduction page 328 et suiv.

Tels sont les documents que nous avons recueillis en ce qui concerne les causes prédisposantes. Quant aux causes déterminantes, elles ont été notées trente-trois fois, et nous trouvons sur ces trente-trois fois un écoulement précurseur noté trente fois, et pour les trois autres cas, l'observation est muette à cet endroit. Les causes de l'écoulement peuvent être réparties ainsi qu'il suit :

Douze fièvres éruptives ou graves;

Vingt et une fois une otonhee, le plus souvent de cause catarrhale, autant qu'on en peut juger, datant depuis fort longtemps et quelquefois depuis l'enfance des malades.

La migraine parait avoir précédé une fois l'écoulement de quelques jours, une fois aussi des tumeurs scrofuleuses au cou et deux fois la teigne ont coïncidé avec l'otorrhée.

Toutes les fois que la quantité et la nature de l'écoulement se trouvent notées, nous voyons que l'écoulement était abondant, fétide, de couleur verdâtre, strie de sang.

Dans vingt-trois observations, Pétat de la trompe d'Eustache et de la caisse n'a pas été noté; mais dans mes dix observttions, la trompe d"Eustache était perméable à l'air et la i restait sUencieose pendant l'insufflation.

Quant à la date du polype depuis sa naissance jusqu'au moment de l'observation, les renseignements sont douteox et ne peuvent recevoir qu'une solution approximative aujourd'hui. Cependant, dans un cas, c'est trois ans après l'apparition de

l'écoulement, que l'oreille parut obstruée par une excroissance charnue ; dans plusieurs autres cas, on trouve sept ans, huit ans, dix ans, vingt-cinq ans. Toutefois, il ne faut attacher qu'une médiocre importance à ces chiffres, car il est impossible d'apprendre des malades l'époque précise à laquelle le polype a commencé à se développer, et les seuls renseignements positifs qu'ils peuvent nous fournir sont ceux relatifs à la date de l'écoulement. C'est donc ailleurs qu'il faut chercher la solution de ce petit problème, ainsi que je l'ai montré pages 354, 355. Je rappellerai seulement que sur dix malades morts dans le cours d'une fièvre grave et du quinzième au vingt et unième jour, avec des écoulements d'oreille, j'ai constamment trouvé la muqueuse de la caisse hypertrophiée et formant déjà de petits mamelons qui ne sont, à vrai dire, que le point d'origine des polypes de l'oreille.

La douleur a été notée dix-huit fois ; quinze fois les malades entendaient des bruits ou des chants bizarres dans leur oreille (variétés de bourdonnements).

L'état de la gorge a été noté dans toutes mes observations, et une fuis seulement dans celles de Toynbee : huit fois la gorge était saine, deux fois les malades ont accusé des angines tonsillaires chroniques, pour lesquelles on a dû pratiquer la résection des amygdales.

Les symptômes physiologiques et anatomiques doivent être rangés en deux catégories : dans les premiers entrent la douleur, les bourdonnements et la surdité plus ou moins avancée. Nous avons déjà parlé de la douleur et des bourdonnements. Quant au degré de surdité, nous le trouvons noté vingt et une fois seulement, et encore devons-nous retrancher onze cas empruntés à Toynbee et àKramer, dans lesquels on trouve tout simplement que les malades étaient atteints de dysécée; le douzième cas est relatif à une sourde-muette. Cette indication est trop vague et nous devons la négliger.

Les observations dans lesquelles on a mesuré la surdité nous donnent les chiffres suivants :

Dans cinq cas, les malades n'entendaient la montre qu'au contact, et dans les autres cas nous trouvons comme chiffres extrêmes : la montre entendue au contact d'une part, et de l'autre 25 à 27 centimètres.

Quelques observateurs ont également noté des vertiges ; par exemple, ce symptôme est noté quatre fois dans les sept observations de Toynbee et pas une fois dans les vingt-six autres, les miennes comprises.

Les symptômes anatomiques ont consisté en un écoulement plus ou moins fétide, abondant, et ayant précédé pendant un temps plus ou moins long l'apparition du polype. Le polype lui-même s'est présenté sous deux formes principales, sans pédicules ou avec pédicules. Le pédicule du polype a été noté deux fois seulement ; dans un cas il avait 14 millimètres de long, et dans l'autre 3 centimètres. Et à l'exception d'un cas dans lequel le polype était cartilagineux, dans tous les autres cas il ressemblait à une masse charnue, rougeâtre, ayant la plus grande analogie avec celle qu'on voit naître à la surface des vésicatoires.

Le lieu d'implantation du polype n'a malheureusement pas été noté par tous les observateurs, avec la même exactitude.

Ainsi, dans l'observation de Fabrice de Hilden, le polype siégeait, selon lui, près du tympan. Mais j'ai fait voir, dans la discussion (p. 312 et 313), que Fabrice n'avait point vu le tympan et qu'il n'a pu être conduit qu'à une supposition.

Dans l'observation de Scultet, il n'est nullement question du lieu d'implantation du polype. Il en est de même dans le fait de Leschevin.

Pelletan croit que la membrane du tambour n'était pas endommagée chez le malade dont il nous a donné l'histoire; mais j'ai fait précédemment voir que cette narration avait été faite de mémoire, et qu'elle ne méritait d'ailleurs qu'une médiocre confiance, comme toutes celles trouvées dans sa clinique.

Dans les deux premières observations d'Itard, l'état du tympan n'est pas mentionné. Dans la troisième et la quatrième observation du même auteur, nous lisons qu'il était impossible d'entrevoir la cloison tympanique.

kramer n'est guère plus explicite à cet endroit. C'est ainsi qu'il nous apprend (obs. 87, p. 322), que la tumeur fait saillie au fond du conduit (Vas. 88, p. ,>2r>) ; son insertion a lieu latéralement, mais il n'est point question du tympan. Cependant dans l'observation 89, p. 323, nous trouvons que le polype de l'oreille droite recouvre entièrement le tympan, et qu'à gauche il laisse voir une partie de cette membrane. Ces détails sont

insuffisants : en effet, constamment les excroissances de la caisse, après avoir traversé la membrane du tympan perforée, d'ailleurs, le plus souvent à l'avance, par un abcès, viennent s'épanouir à la surface sous la forme d'un champignon. L'illusion est donc facile et il n'y a rien de surprenant que nos sens puissent être ainsi trompés. Pour éviter l'erreur, il faut, comme je l'ai montré dans toutes mes observations, circonscrire doucement le polype avec un stylet mousse, et l'on voit qu'il pénètre, en suivant la base de la production charnue, jusque dans l'intérieur de la caisse proprement dite.

Toutefois, Kramer a observé des productions charnues développées sur le tympan même, et ses observations 12 et 22 en sont la preuve. Ce ne sont pas là, à vrai dire, des polypes, mais une sorte de pannus tout à fait analogue à celui qui se développe sur la cornée, ainsi que je l'ai démontré le premier pour le tympan.

En ce qui concerne Toynbee, le tympan n'a pas été vu dans ses observations 92% 93e, 94e, 95e, 96e, 97e et 99e, et le siège du polype est resté douteux (1).

Dans ses observations 18e et 20e, Toynbee nous apprend que le polype masquait la plus grande partie de la surface du tympan; mais il ne dit point s'il a exploré la racine et s'il s'est assuré de l'endroit précis de son implantation.

Dans toutes mes observations, l'état du tympan a été noté avec soin et cette membrane a été trouvée détruite (2).

Nous arrivons au traitement :

32 malades ont été traités, un par la ligature et la cautérisation ; 20 par l'arrachement et les cautérisations subséquentes, avec la potasse caustique ou le sulfate de cuivre; une fois le polype a été enlevé avec l'instrument tranchant; 9 fois la cautérisation a été pratiquée, soit avec le nitrate d'argent, soit avec la potasse caustique, soit avec la teinture d'iode pure; une fois chez un jeune garçon, la pommade citrine fut appliquée pendant huit jours; il y eut suppression immédiate de l'écoulement, accidents cérébraux et mort. (Observation de Kramer.)

Dans deux cas, Toynbee se servit d'une simple injection à la

(1) On the treatment ofthepolypi of the ear (Med. Times, 1852).

(2) Je possède maintenant plus de cinquante observations, recueillies à ma clinique depuis que celles-ci ont été rédigées, et je dois dire qu'elles sont en tout point la confirmation des premières.

liqueur de plomb pendant quatre mois, et le malade n'éprouva qu'une légère amélioration ; Kramer n'a pas été plus heureux en cautérisant le polype avec le crayon de nitrate d'argent seul, et nous arrivons à cette conclusion : que l'arrachement suivi de la cautérisation, soit avec la potasse caustique, soit avec le sulfate de cuivre, sont les seuls moyens qui peuvent détruire radicalement la tumeur.

Réunissant ensemble nos trente-trois observations, nous avons :

13 guérisons complètes; 1 amélioration considérable ; 1 cas d'ouïe rétablie pendant quelques heures et perdue le

lendemain ; 6 améliorations ; 1 malade non traité ; 5 observations sans indication ; 5 cas d'insuccès; 1 mort.

Total égal... 33.

La durée du traitement est indiquée dix-neuf fois; quatorze fois les observations ne renferment aucun renseignement.

Sur ces dix-neuf cas, dans lesquels la durée du traitement est mentionnée, nous trouvons que chez onze malades le traitement a duré de 8 jours à 3 mois; chez sept malades, de 3 à 6 mois; un malade a été traité pendant deux ans, avant d'obtenir une guérison radicale.

Nous pouvons encore former le tableau suivant :

8 jours 1 malade ;

10 id 1 id.

15 id 1 id.

1 mois 3 id.

2 id 1 Id.

3 id 3 id.

3 id. et demi 3 id.

4 id 4 id.

G id 3 id.

2 ans 1 id.

Réduisant en jours les chiffres précédents, nous obtenons une moyenne de 121 jours pour le traitement de chaque malade amélioré ou guéri, soit quatre mois (1).

(I) Nous exceptons le malade mort dans l'espace de huit jours.

Le résultat définitif du traitement par rapport à l'ouïe n'a été noté à l'aide de la montre, que dans neuf observations, et nous avons les chiffres extrêmes suivants :

Des malades entièrement sourds avant le traitement ont entendu depuis 4 et 5 centimètres jusqu'à deux mètres, distance presque normale.

Quant à la question suivante : à savoir si le traitement général antistrumeux que j'ai administré à tous mes malades, concurremment avec le traitement local, a eu de l'influence sur la terminaison heureuse ou sur la rapidité de la cure, les chiffres que je possède aujourd'hui ne peuvent résoudre complètement ce point de thérapeutique.

A cet égard, ma conviction est positive, mais il me faut un plus grand nombre de faits pour qu'il me soit permis de la faire partager au lecteur.

Dans dix cas, qui me sont propres, on a cherché l'influence que l'hérédité pouvait avoir eue sur le développement de la maladie, et toujours le résultat a été négatif.

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