TABLEAU DES DIFFÉRENTES SCBDITÉS DITES NERVEUSES
1° Surdité par commotion.
2° — par congestion, apoplexie.
3° — par compression.
4° — par convulsions.
r aï.! f vermineuse.
5° — sympathique <
{ dyspeptique.
6° — par fièvre typhoïde.
70 — par fièvre intermittente.
Surdité nerveuse y go par le froid et ses influences (angines), symptomatique. \ 90 rhumatismale. 10° — syphilitique.
Il» — par inflammation chronique de la muqueuse de la caisse.
12° — par luxation de rétrier.
13° — par absence du liquide de Cotugno. 140 — par perversion de ce liquide. 15o — par inflammation des membranes labyrinthiques.
Surdité essentielle.
— hystérique.
18° — par le sulfate de quinine, la belladone.
Surdité nerveuse essentielle.
Symptômes. — A l'époque de la publication de son livre (en 1840), Kramer avait admis deux formes essentiellement distinctes de surdité nerveuse : 1° une surdité avec exaltation de la sensibilité, surdité avec éréthisme; 2° une surdité avec diminution de la sensibilité, surdité torpide.
Les bourdonnements d'oreille formaient ainsi le véritable caractère différentiel de ces deux espèces de surdité : la première était toujours accompagnée de ces bruits, la seconde en était exempte. Mais, depuis quelques années, Kramer a beaucoup modifié cette division. En effet, nous trouvons dans un mémoire (1) inséré dans ses additions, que les bourdonnements d'oreille peuvent accompagner toutes les maladies de cet organe.
Je commencerai d'abord par tracer rapidement les caractères propres à chacune de ces espèces; puis, dans un résumé général, j'étudierai plus particulièrement certains symptômes propres à cette maladie, comme le bourdonnement, les tintements, etc.
[ (I) Kramer, Deitracgr, zur Ohrenheilkunde, Berlin, 1S15.
lre espèce. — Surdité par commotion, — L'extrême mollesse du nerf labyrinthique. sa distribution, son épanouissement sur des parties osseuses, et par conséquent plus exposées que les autres aux contre-coups, aux ébranlements, expliquent assez comment il se fait qu'un coup sur la tête ou une chute sur cette partie frappe ce nerf d'une commotion profonde, tandis que les autres nerfs n'en reçoivent aucune atteinte. Il suffit même d'une chute sur les pieds, sur le coccyx, sur les genoux, ou d'un coup à la joue, un soufflet, par exemple, pour causer cette surdité. Des bruits violents et subits, tels que l'éclat de la foudre, l'explosion des pièces d'artillerie, peuvent également paralyser l'ouïe par commotion du nerf labyrinthique. En général, dit Ilard, quelle que soit la cause de cette commotion, la surdité qui en résulte est souvent incurable. Il est donc important de la distinguer des autres, pour ne pas tenter inutilement un traitement douloureux. Son caractère le plus constant est de se déclarer immédiatement après la commotion supportée par le crâne ; mais, ce caractère lui étant commun avec les surdités par congestion sanguine, il est important de se représenter les autres symptômes propres à cette dernière, pour ne pas les confondre entre elles. Dans ce cas, on ne trouve aucun signe de la présence d'un liquide sanguin dans l'oreille, aucune diminution ni augmentation dans la surdité, et nulle douleur. Le caractère propre de cette surdité sera donc moins douteux encore, si elle est survenue à la suite non d'une lésion directe de la tête, mais d'un véritable contre-coup, comme dans une chute sur les pieds. Bien que cette cophose soit le plus souvent rebelle à nos moyens de traitement, elle ne doit être jugée incurable qu'après plusieurs semaines; car on a vu quelquefois l'ouïe se rétablir spontanément quand la commotion n'avait pas été très-intense.
2e espèce. — Surdité par congestion. — Si, dans les catarrhes muqueux ou purulents des cavités de l'oreille, on voit constamment survenir la surdité à des degrés variés, le même effet doit se reproduire, et avec plus d'intensité, lorsque ces cavités se trouvent tout à coup remplies d'un sang extravasé. (Itard.) Le même auteur pense qu'il faut aussi admettre une semblable cause dans la plupart des cas où la perte subite de l'ouïe ne peut s'expliquer que par une forte accumulation ou un brusque refoulement du sang dans les vaisseaux cérébraux. Le sang ou sa
partie séreuse, pressé outre mesure dans les derniers rameaux, aura échappé à l'action de leurs parois. Telle doit être, d'après Jtard, l'étiologie de la surdité qui survient quelquefois après un accès de colère, dans les efforts du vomissement (1), à la suite d'un violent éternument (2) ou d'une forte constriction du cou.
Comme confirmatif, Littre (3) dit avoir vu un garçon de vingt ans, devenu tout à coup sourd-muet, pour avoir été serré fortement à la gorge par un homme robuste, avec lequel il s'était battu.
Sans doute le mutisme fut occasionné par la violence faite immédiatement aux organes delà voix; mais la surdité ne peut être attribuée qu'à un épanchement sanguin, déterminé par la réplétion des vaisseaux cérébraux, pendant la compression des veines jugulaires.
Telle est encore la manière dont survient la surdité après une attaque légère d'apoplexie. Dans quelques cas sans doute, et particulièrement dans ce dernier, l'épanchement a lieu à la base du crâne et probablement sur le trajet du nerf auditif; mais souvent il arrive aussi que le liquide s'épanche dans la cavité du tympan (4). Ce n'est point ici le lieu de traiter cette question; ce point de thérapeutique fait partie des épanchements divers qui peuvent se faire dans la caisse, et ce sujet m'a longuement occupé ailleurs (5). L'ouïe est le sens qu'affectent le plus gravement et le plus souvent les maladies de l'encéphale, et surtout les attaques d'apoplexie ; on peut même attribuer à quelques accès insidieux ou inaperçus de cette même maladie les surdités qui surviennent quelquefois dans le cours d'une nuit ou après un léger évanouissement à la suite d'un simple vertige. Presque toujours (ce qui est assez ordinaire à la paralysie du nerf auditif) les deux oreilles sont affectées, et la surdité n'éprouve aucune variation. Quelquefois, si le sujet e^t jeune, cette surdité diminue peu à peu d'elle-même ou cède aux excitants, employés
Fabrice de Hililen, cent. 5, obt. I - Ephém. nat. car., dec, "2, ann. *.'.
(3) Mémoires de l'Académie dos sciences, Palis, 1105.
(4) A. Cooper, De la perf. du tympan.
(5) Recherches pratiques pour servir à l'histoire des maia h>i de l'oreille, Paris, 16Ô3.
d'une manière soutenue; mais, dans l'âge avancé, la maladie augmente au lieu de diminuer.
3e espèce. — Surdité par compression. — J'ai rapporté plusieurs faits de cette surdité, quand j'ai traité de l'étiologie; j'ajouterai, pour compléter son histoire, les remarques suivantes : la surdité causée par la compression du nerf auditif a pour symptômes une céphalalgie intense et presque continuelle, des vertiges, des tintements, l'affaiblissement de la vue, des facultés intellectuelles et de la mémoire en particulier. Les progrès de cette surdité sont ordinairement lents, et quoique la cause soit ordinairement mortelle, elle ne conduit qu'après plusieurs années à cette terminaison fâcheuse.
Il n'est point question ici de la compression causée par la plénitude des vaisseaux sanguins ; cette cause de surdité appartient à la cophose par congestion. (Voir plus haut.)
La céphalalgie et les bourdonnements, qui sont également des symptômes de celle-ci, pourraient la faire confondre avec celle dont il est question en ce moment; mais, dans la surdité par congestion, les facultés mentales ne sont jamais gravement lésées, et les évacuations sanguines produisent toujours un soulagement marqué, ce qui ne peut avoir lieu dans la surdité par compression chronique.
4e espèce. — Surdité à la suite des convulsions. — Cette cause de surdité est fort rare chez les adultes et très-fréquente dans le premier âge; lorsque l'ouïe se perd dans les trois ou quatre premières années de la vie, c'est presque toujours à la suite des convulsions.
Un grand nombre de sourds-muets doivent leur infirmité à une pareille cause, qui, détruisant l'ouïe dans un âge trèstendre, entraîne à sa suite la perte de la parole. Itard fait remarquer que ce sont les convulsions les moins fortes, les moins prolongées, qui produisent le plus communément cet effet.
Nombre d'enfants devenus sourds à l'époque de la dentition avaient tout à coup cessé d'entendre après un léger mouvement convulsif. Avec cette paralysie du nerf auditif, il y a le plus souvent complication de la paralysie des membres ou d'un bras, stupeur de l'intelligence, perte de la mémoire. Cette grave infirmité rend les enfants très-peu susceptibles d'éducation. De toutes
les surdités, celle-ci est la plus rebelle aux secours de l'art et doit être regardée comme absolument incurable. (Itard.)
5e espèce. — Surdité sympathique. — Cette surdité est causée par l'influence sympathique qu'exercent sur l'oreille certains organes malades, celle qu'on voit survenir par suite de l'embarras gastrique ou intestinal ; la présence de vers est même assez commune; j'en ai rapporté une observation remarquable à l'article Étiologie. (Voy. obs. 10,11.)
Itard pense que cette espèce de surdité est due en partie à l'affaiblissement du nerf auditif, causé par une mauvaise disposition du tube digestif.
Les symptômes qui la caractérisent ne sont pas toujours trèsprononcés ; ordinairement, tout ce qui annonce un dérangement dans les fonctions de cet appareil sert à la caractériser ou plutôt à la faire soupçonner : ainsi le défaut d'appétit, la couleur jaune ou pâle du pourtour des lèvres, les digestions laborieuses, etc.
Cette surdité, rarement très-intense, est sujette à une foule de variations indépendantes de l'état de l'atmosphère; elle est presque toujours accompagnée de bourdonnements, de céphalalgie et d'un sommeil plus profond qu'à l'ordinaire. Les évacuants, les anthelminthiques chez les enfants réussissent à merveille.
6e et 7e espèce. — Surdité à la suite des fièvres intermittentes et typhoïdes. — On a vu quelquefois les fièvres intermittentes se terminer par une surdité neryeuse ; je ne parle point de celle qui survient et disparaît avec l'accès, mais de celle qui reste après la guérison de la lièvre.
On trouve dans les' Actes des curieux de la nature l'histoire d'une fièvre double-quarte, chez un homme de soixante ans, laquelle, après le neuvième accès, dégénéra en une surdité incurable. Assez souvent cette surdité se dissipe d'elle-même pendant la convalescence ; mais, quand elle persiste, il faut être très-réservé sur le pronostic. Quant à la surdité typhoïde, j'en ai longuement traité (chap. v, p. 224) les causes, les altérations, les symptômes.
C'est toujours, dans ce cas, à une altération de la muqueuse de la caisse, que nos moyens actuels d'investigation ne peuvent ap-
précier, qu'il faut attribuer la cause de cette surdité, d'ailleurs fort rebelle.
8e espèce. — Symptomatique de phlegmasies catarrhales répétées. — Dans cette surdité, les symptômes que l'on observe au début se rapprochent de la surdité catarrhale ; on la rencontre surtout chez les jeunes gens d'un tempérament lymphatique, d'une constitution molle, portant un teint peu coloré. En général cette surdité ne commence à se manifester qu'après une ou plusieurs bronchites, coryzas ou angines.
Ces maladies, ou plutôt ces indispositions, ont été guéries sans laisser de trouble apparent dans les fonctions de l'organe auditif, et ce n'est qu'après un temps plus ou moins long que les premiers symptômes de la surdité commencent à inquiéter le malade. Un symptôme assez constant dans cette espèce de cophose est une grande variation dans son intensité, et qui paraît rarement dépendre de l'atmosphère ; toutefois ces fréquentes variations deviennent plus rares, et cessent même de se faire remarquer, quand la surdité date de plusieurs années. Comme dans les autres variétés de cophose, les tintements et les bourdonnements sont fréquents, mais n'en forment point le caractère pathognomonique. Le conduit auditif présente une certaine sécheresse, et la membrane du tympan est transparente.
Quand on engage le malade à se moucher fortement, le nez et la bouche fermés, l'air pénètre facilement dans les trompes, et arrive jusqu'au tympan, en faisant entendre un petit bruit. Par le cathétérisme, on obtient le même résultat.
9e espèce. — La surdité rhumatismale a la plus grande analogie avec la précédente, et l'observation suivante, empruntée à Saissy , en montrera les principaux symptômes et le traitement (1 ) .
126e Observation.— M. Malibran, chirurgien à Saint-Ramberl-i'lle- Barbe, âgé de soixante-deux ans, était atteint de dysécie à Tune et à l'autre oreille, avec des bourdonnements considérables ; cette infirmité prenait tous les jours de l'intensité. L'âge avancé du malade n'était pour rien dans cette indisposition; une affection rhumatismale en était la cause. Les bourdonnements étaient forts et continuels ; Fouie était tellement dure, que la personne ne pouvait entendre que lorsqu'on lui parlait haut et près de l'oreille.
(1) Saissy, Essais sur les maladies de l'oreille, p. 175.
Le 25juin 1816, je commençai le traitement, qui n'a consisté qu'en injections d'eau minérale de Balaruc, portées dans l'intérieur de l'oreille par la voie de la trompe d'Eustache; je l'ai continué jusqu'au 3 août de la même année. Dès la sixième séance, les bourdonnements diminuèrent; ils se dissipèrent tout à fait par la continuation des injections.
Cependant l'ouïe avait peu acquis, lorsque nous cessâmes le traitement; mais, peu de temps après, M. Malibran remarqua que l'audition était plus facile et qu'elle se fortifiait tous les jours, quoique la saison fut rigoureuse, et que par état il fût obligé de s'exposera toutes les intempéries de l'air. Enfin ce chirurgien entend aujourd'hui comme un individu de cet âge qui n'a éprouvé aucune lésion dans l'organe auditif.
Ces faits tendent à prouver, ajoute l'auteur, que dans beaucoup de cas, quoique la surdité n'éprouve qu'un très-faible amendement pendant le cours du traitement, l'audition peut se rétablir dans la suite, si les bourdonnements ont cessé, ou à trèspeu près, par le fait de ce même traitement.
10e Espèce. — 127* Observation. — Surdité syphilitique. — Une jeune femme de vingt-cinq ans vint me consulter, au mois de juin 1853, pour une surdité dont elle était atteinte depuis un mois. Après l'avoir examinée longtemps et n'ayant rien trouvé ni dans l'oreille externe ni dans la gorge, je la décidai à se laisser pratiquer le cathétérisme de la trompe d'Eustache, et l'air insufflé me sembla passer difficilement du côté droit surtout; ma montre était à peine entendue au contact des deux oreilles; il n'y avait point de bourdonnements. J'allais conclure de cet examen à l'existence d'un catarrhe de la trompe d'Eustache, lorsque je m'aperçus que les ganglions cervicaux du cou étaient douloureux et engorgés; en même temps, je trouvai des croûtes dans les cheveux (syphilides pustuleuses). Il n'était plus possible de cacher l'existence d'une syphilis arrivée à la deuxième période. Aussi cette malade finit par m'avouer que huit jours avant d'être devenue sourde, elle avait eu de gros boulons aux parties génitales, et qu'elle les avait guéris promptement avec une pommade dont elle ignore la composition. Le doute n'était plus permis : il existait certainement dans la trompe ou la caisse des produi tioos syphilitiques, analogues à celles des organes sexuels, et telle était, selon nous, la cause de cette surdité.
En conséquence, je prescrivis un traitement antisyphilitique avec les pilules de proto-iodure, etc., et je fis moi-même lous les jours (pendant quinze jours) des injections dans la trompe d'Eustache avec une solution chlorurée. Les premières injections furent très-doulou-
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reuses ; mais, les jours suivants, la douleur alla en diminuant. Ce ne fut qu'à dater du huitième jour de ce traitement, que la surdité diminua d'une manière sensible, et, à la fin de la deuxième semaine, la guérison était complète. Cependant j'engageai la malade à continuer son traitement pendant un mois entier. Cette femme, si sourde, il y a quelques jours, entendait ma montre à une distance de près de 2 mètres.
4 je Ex 12e espèce. — Surdité nerveuse par inflammation chronique de la muqueuse de la caisse et luxation de Vétrier. — Les observations 114 et 118, qui ont été rapportées en détail à la section de l'anatomie pathologique, en donnent une description aussi complète que possible et me dispensent de revenir sur ce sujet.
13e espèce. — La description de cette variété rentre dans la précédente ; car, une fois la platine de rétrier chassée de la fenêtre, le liquide iabyrinthique s'écoule, et les ondes sonores ne peuvent plus ébranler les ramifications du nerf auditif qu'à travers les parois osseuses des cavités qui le renferment. Cette altération, qui doit être assez commune, n'offre que des ressources bien limitées à la thérapeutique; car les extrémités nerveuses, n'étant plus baignées par le liquide de Cotugno, et par conséquent sans cesse en contact avec l'air de la caisse, s'enflamment ainsi que la membrane ténue qui les supporte ; de là une source d'accidents nouveaux, douleurs violentes, cophose de plus en plus profonde, et n'offrant d'ailleurs point de signes extérieurs à nos moyens d'investigation.
14e et 15e espèce. — Ces deux espèces ont été décrites dans les observations J13, 115, 116, 119, 120 (voy. Anat. pathol.).
15e espèce. — De la surdité nerveuse essentielle. — Malgré cette longue énumération des altérations matérielles qui peuvent se rencontrer dans cette forme de surdité qu'on appelle nerveuse, parce que trop souvent la cause, échappant à nos sens, demeure inconnue, il me reste à parler de trois autres espèces, qui, dans l'état actuel de la science, doivent être attribuées à une lésion des propriétés vitales.
Ces trois espèces ou variétés sont la surdité hystérique, celle qui suit l'administration du sulfate de quinine, enfin la surdité nerveuse essentielle proprement dite ; un mot seulement.
16e espèce. — Dans un certain nombre de cas, on voit,à la suite
des accès d'hystérie, les malades rester plus ou moins sourdes, sans qu'il soit possible d'attribuer cette abolition subite de la faculté auditive à autre chose qu'à un certain trouble des fonctions nerveuses, survenu pendant l'accès ; à une époque où mon attention n'était pas encore éveillée sur ce sujet, je me souviens d'avoir noté ce phénomène morbide dans plusieurs observations recueillies pendant mon internat à THôtel-Dieu. Comme je n'ai pas de matériaux suffisants, il m'est impossible de tracer l'histoire de cette curieuse variété, et je ne veux que l'indiquer en passant.
17e espèce. — Surdité nerveuse par le sulfate de quinine. — Les réflexions précédentes s'appliquent de tout point à cette variété de cophose, et j'ai hâte d'arriver à notre dernière division.
18e espèce. — Surdité nerveuse essentielle ou paralysie essentielle du nerf auditif. — On entend par ces mots le manque d'excitabilité du nerf auditif, l'abolition delà vie de l'organe, soit accidentelle, soit originelle, comme dans la plupart des surdités de naissance. Cette surdité s'annonce le plus souvent d'une manière imperceptible, sa marche est très-lente, au point que ceux qui en sont atteints seraient très-longtemps à s'en apercevoir, si les personnes qui les environnent n'étaient les premières à les en prévenir.
D'abord, et même pendant plusieurs mois, il n'y a que les sons éloignés que l'oreille ne perçoive plus distinctement ; mais peu à peu la maladie se prononce, et les sons de moins en moins éloignés ne sont plus perçus que confusément : un peu plus tard, l'oreille n'est plus frappée que par ceux qui sont articulé avec force et à une petite distance. Arrivée à ce degré, la surdité dont il est ici question reste en général stationnaire, et lorsqu'un traitement convenable n'est pas institué, elle finit par devenir complète, surtout en approchant de l'Age mûr.
Dans cette espèce, le malade est principalement tourmenté par des bourdonnements et des bruits bizarres. (L'étude de ces bourdonnements ou bruits morbides a été faite au chapitre VI, et nous y renvoyons le lecteur.)
Je ne traiterai pas de nouveau la question du bourdonnement : — je renvoie au chapitre IV, part, n, pages 95 et suivantes. — Seulement, comme complément de ce chapitre, je
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mettrai sous les yeux du lecteur la traduction d'un article récemment publié par le docteur Kramer, sur ce point toujours controversé (1).
« Le bourdonnement (Ohrentœnen) est une affection de la corde du tympan, qui existe sans ou avec surdité.
{^expérience. — En pressant le tragus contre le méat auditif externe, on cause un bruit sourd (dumpf) dans l'oreille, qui est plus fort à mesure que Ton presse, et qui cesse immédiatement avec la compression.
2e expérience. — Le même bruit se produit quand on expire (souffle) la bouche et le nez fermés.
3e expérience, — Versez un liquide (non irritant), comme de l'eau pure, de l'huile, du mercure, tièdes,dans le méat externe, et vous produisez un grand bruit (Knall) dans l'oreille, aussitôt que la première goutte touche la membrane du tympan. Ce bruit est suivi d'un bruit sourd, avec sifflement, dès que la membrane du tympan est couverte du liquide.
Le bruit devient plus fort, si le liquide est plus lourd (c'està-dire plus la membrane du tympan est pressée). Ajoutez quelque substance stimulante, par exemple camphre 0,10 à l'huile pure (3 grammes), et vous observez un bruit bouillant, sifflant, qui est très-clair (helles zischendes Kocheri), accompagné d'un bruit sourd. Ces bruits disparaissent aussitôt que le liquide s'est écoulé.
Ae expérience. — Le toucher de la membrane tympanique par le méat externe ne cause aucune douleur, même si vous la touchez pendant quelque temps tres-doucement (vorsisslig), à l'exception du segment qui est au-dessus du processus brevis malleoli, sous lequel la corde tympanique passe (verlauft). Pendant le toucher, on entend le même bruit sombre, et plus fort, si l'on presse davantage la sonde contre la membrane. Le bruit disparaît aussitôt que l'on cesse l'attouchement.
« Le bruit qui est entendu dans ces expérimentations est d'une nature différente, et est produit par deux causes tout à fait distinctes.
a Le bruit fort (Knall) de la 3e expérience, quand la première goutte tombe sur la membrane, est la conséquence d'oscillations
(1) Recherches sur la nature du bourdonnement de l'oreille, par le D' Kramer (Deutsche Klinik, 1853, n. 8.)
plus fortes de la membrane tympanique (comme si l'on bat un tambour bien tendu).
« Mais le bruit continuel, sourd ou clair, que l'on observe dans les quatre expérimentations, ne peut pas être expliqué par des vibrations plus fortes de la membrane tympanique. parce que l'air comprimé (expér. 1 . -2 , les liquides (expér. 3) ou les corps solides (expér. A) exercent une pression continuelle contre la membrane, augmentent sa tension, et diminuent, par conséquent, au même degré, sa propriété vibratile. Il s'ensuit que l'on ne peut pas accuser la membrane tympanique (qui est une membrane très-petite), comme cause de ces bruits, parce qu'ils augmentent avec la tension de la membrane, et en raison inverse de sa propriété vibratile.
« Cette irritation mécanique dans quatre expériences, et dynamique dans l'expérience 3, produisant un bruit aussi longtemps qu'elle dure, n'irrite pas, par conséquent, la membrane tympanique comme membrane, mais ses nerfs (le nerf tympanique ou corde tympanique), qui sont le siège du bruit. Le plexus tympanique, qui est sensitif, n'y prend aucune part, parce qu'on produit dans ces quatre expériences des bruits sans douleur. Il ne reste que la corde du tympan, surtout d'après la 4e expérience, qui produit ces bruits (Knall), et on ne peut décider, si c'est par une excitation directe du cérumen ou par un effet réflexe du nerf acoustique.
« Il suffit, pour ces recherches, d'avoir prouvé que. par une irritation mécanique ou dynamique de la membrane tympanique, la première impulsion, pour l'excitation des bruits, est dans l'irritation de la corde tympanique, et que le nerf acoustique y prend part seulement en seconde ligne.
« — Le résultat de ces expériences, laites sur des oreilles parfaitement saines, est confirmé par l'existence du bourdonnement, et par sa guérison dans les maladies de l'oreille. Il esl vrai que ces résultats ne peuvent ê^ confirmés seulement que h l'on ne regarde pas le bourdonnement comme une maladie par elle-même (rhumatisme, congestion nerveuse, etc.) ou comme accompagnant les inflammations rhumatismales, arthrites. otorrhée (Wilde, Marc d'Espine, Enhardt), mais si l'on ne craint pas
la peine de bien examiner avec le Spéculum et le c.tthcter. « Il résulte d'un tableau publié par Kramer. (pie plus de la moi-
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tié des malades souffrent de bourdonnements, et en même temps de difficultés d'entendre ou de surdité. Il faudrait alors attribuer tous les cas de bourdonnements à l'hypercousie acoustique de Romberg, produite par l'augmentation d'irritabilité du nerf acoustique, et les traiter par des excitants particuliers, de la vapeur éthérée introduite dans le tympan, c'est-à-dire un traitement tout à fait contraire à l'expérience (1).
« Des accumulations morbides de cérumen dans le méat auditif externe de l'une des deux oreilles, ont été accompagnées de bourdonnements dans 537 de mes malades (et de difficulté d'entendre). Ces deux symptômes, mais particulièrement le bourdonnement quoiqu'il ait duré des années, ont disparu immédiatement aussitôt qu'on avait complètement nettoyé le méat auditif; un quart d'heure a ordinairement suffi pour la guérison d'une maladie pareille.
« En versant de l'huile douce dans le méat nettoyé, le bourdonnement apparaît tout de suite, comme dans l'expérience 3, pour disparaître aussitôt que l'huile est sortie du méat.
« Dans ces 537 cas la corde du tympan a été irritée par le cérumen mécaniquement, et même dynamo-chimiquement par une décomposition chimique du cérumen ; ce qui a produit le bourdonnement. Les différents bruits musicaux peuvent être expliqués, du moins approximativement, par les différents états chimiques du cérumen, qui est souvent décomposé de manière à irriter chimiquement la membrane.
a On peut attribuer seulement à l'effet d'une irritation locale, que le bourdonnement souvent disparaît soudainement quand on tire fortement l'oreille, quand on bâille, mâche, etc. Par ces mouvements de la mâchoire le cérumen est détaché de la membrane du tympan, et la corde du tympan est délivrée de son irritation mécanique. Au contraire, le bourdonnement est souvent produit dans des cas de surdité, si le malade essaye de se nettoyer l'oreille avec du linge et qu'il presse de cette manière le cérumen contre la membrane du tympan. On guérit alors la surdité et le bourdonnement par des injections.
{V Kramer est ici en contradiction avec lui-même : en effet, nous le verrons plus loin recommander la vapeur d'éther dans le traitement de la surdité nerveuse ; or, cette surdité a pour symptôme principal, un bourdonnement continuel. Voyez p. 420.
« Dans beaucoup d'autres cas l'altération mécanique du méat auditif externe par le cérumen produit la surdité, mais pas de bourdonnement, seulement parce qu'il ne touche pas la membrane du tympan. Car dans ce cas-là le bourdonnement arrive (est senti) aussitôt que Ton verse du liquide (de l'eau, de l'huile, du mercure) dans l'oreille, après l'avoir bien nettoyée (expér. 3).
« En tout cas, il s'ensuit de ce fait que 537 cas d'accumulation de cérumen avec bourdonnement et surdité ont été guéris complètement et instantanément par de simples injections d'eau : que dans tous ces cas la cause du bourdonnement n'est pas dans le nerf acoustique et qu'il ne peut pas être guéri par des irritants: que rien ne parle en faveur de l'existence d'une hypercusis (acustica de Romberg) dont la diagnose est, par conséquent, fausse.
« Dans beaucoup d'autres cas de bourdonnement et de surdité le méat auditif externe et la membrane du tympan sont sains. Mais il y a des mucosités dans la caisse, que l'insufflation d?air par le cathéter fera disparaître peu à peu ; à mesure que le râle et les mucosités diminuent, le bourdonnement disparaît aussi. Ce traitement purement simple et mécanique n'exige ordinairement pas un traitement général.
« Cela prouve qu'il y avait une cause mobile et matérielle du bourdonnement. La plus naturelle explication de ce phénomène, c'est qu'une sécrétion et collection abondante de mucus dans la caisse peut irriter la corde du tympan, et produire le bourdonnement aussitôt qu'il vient en contact avec la membrane tympanique. C'est d'autant plus vraisemblable que l'air insufflé dans la caisse frappe directement le segment supérieur de la membrane tympanique où est la corde, de sorte qu'elle est la première qui est délivrée des mucosités qui y adhèrent; et, en vérité, c'est dans cette forme de maladie d'oreille le premier résultat d'une forte insufflation, que le bourdonnement cesse. La guérison de la surdité, qui arrive peu à peu, s'explique facilement. Les mucosités sont d'abord dégagées de la membrane tympanique, mais beaucoup plus lentement et plus ditlicilement du reste des parois de la caisse.
« Si les mucosités sont si peu tenaces qu'elles n'adhèrent pas au segment supérieur de la membrane tympanique, elles n'irritent pas la corde du tympan, ne produisent pas de bourdonne-
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ment, quoique la surdité puisse exister même à un très-haut degré, et être guérie seulement par l'insufflation d'air.
« La guérison du bourdonnement par l'insufflation d'air dans ces cas d'accumulation de mucus dans la caisse prouve encore qu'il ne dépend pas d'une maladie du nerf acoustique (quoique accompagné de surdité), et ne doit pas être pris pour une hypercusis acoustica, ni être traitée par des nervins.
« Après ces cas de bourdonnement par irritation mécanique de la membrane tympanique, viennent ceux produits par l'inflammation de la membrane tympanique, et, par conséquent, de la corde du tympan.
« Si, en se baignant dans un fleuve ou dans la mer, l'eau pénètre dans les méats auditifs jusqu'à la membrane tympanique, on observe immédiatement dans l'oreille une sensation de compression, plénitude (comme si c'était de l'eau qui serait restée dans l'oreille), de la surdité, du bourdonnement, de la douleur. En examinant l'oreille avec le spéculum, on ne trouve alors pas une goutte d'eau, mais la membrane du tympan n'est plus pellucide, elle est rouge, sèche. En injectant immédiatement après de l'huile tiède en quantité suffisante pour couvrir la membrane, ces symptômes disparaissent graduellement dans vingt-quatre heures.
« Les mêmes phénomènes sont observés après l'injection de liquides irritants employés. — Pour guérir les maux de dents seulement à leur plus haut degré, et qui sont guéris par l'huile tiède, si elle est appliquée directement :
« L'inflammation reste dans ces cas dans la membrane du tympan et s'évanouit complètement après le même remède. Elle cause d'abord une exsudation de lymphe plastique dans les différentes couches de la membrane tympanique, et par cela un épaississement, par lequel la propriété de vibrer est diminuée. Le dernier phénomène prouve que le bourdonnement qui accompagne l'inflammation de la membrane du tympan, n'est pas causé par une augmentation de vibrations ; le nerf sensitif tympanique n'est pas affecté non plus, parce qu'on n'observe pas une connexion intime entre le bourdonnement et la sensibilité douloureuse de la partie affectée.
« Mais la corde du tympan qui est fixée à la partie interne de la membrane du tympan par un tissu cellulaire très-lâche, n'est pas affectée au commencement ; l'inflammation commence tou-
jours à la surface externe de la membrane tympanique, quand elle est irritée. Cette irritation produit un bourdonnement ou directement ou indirectement par une excitation rétlexe du nerf acoustique, et disparaît avec L'inflammation.
« Ce phénomène est tout à fait en accord avec cette opinion, que le bourdonnement apparaît le plus souvent au commencement, ou en général, avec une inflammation aiguë de la membrane (= 3 : i), et disparaît bientôt, même quand l'inflammation continue.
« Dans les inflammations chroniques de la membrane du tympan le bourdonnement existe plus rarement (=4:2 2/3) : dans ces cas la membrane et la corde sont désorganisées ; et plus la désorganisation fait des progrès, moins le bourdonnement est entendu souvent (= 1 : 3, 1 : 3 1/2, 1 : A 1/2). Ces désorganisations diminuent non-seulement l'irritabilité de la corde du tympan, mais aussi le bourdonnement, qui en dépend.
« Le bourdonnement dans les perforations de la membrane est d'autant plus rare, que la perforation est plus grande. Il manque, si la membrane est entièrement détruite, et j'ai acquis cette conviction dans quatre-vingt-deux cas (1). Puisque dans toutes les perforations, la muqueuse de la caisse, la membrane de la fenêtre ronde et très-souvent le labyrinthe aussi sont très-enflammés, la proportion dans laquelle le bourdonnement existe avec les perforations prouve qu'il n'est pas la conséquence d'une inflammation de la caisse ou du labyrinthe. Cela prouve d'une manière indirecte, que le bourdonnement dépend de la corde du tympan :
« Jamais le bourdonnement, qui est apparu avec une inflammation de la membrane ne dure plus longtemps que l'inflammation: mais la guérison ne peut être regardée comme complète que si la sécrétion du cérumen est revenue.
« Les inflammations de la peau, du tissu cellulaire, du périoste, du méat auditif, sont accompagnées pins ou moins souvent de bourdonnements, mais seulement quand elles affectent la membrane du tympan, et irritent la corde. C'est pourquoi le bourdonnement existe le plus souvent avec l'inflammation très-aiguë
(l) Cette proposition n'esl pas exacte ; en effet, dans un grand nombre des observations rapportées précédemment, et dans lesquelles le lympan était détroit: 1rs malades avalent des bourdonnements, Voy. obsen 104, 105, 10'J, 111, ete.
♦ 10 SURDITES NERVEUSES.
du tissu cellulaire, et non à cause de la plus grande douleur qui l'accompagne ; elle n'a aucune relation constante avec le bourdonnement. J'ai très-souvent observé les plus grandes douleurs sans le moindre bourdonnement.
« Dans la surdité nerveuse, ou ni le spéculum ni le cathéter ne trouvent la moindre altération morbide de l'oreille externe et de la caisse, si Ton insuffle de l'air par le cathéter dans la caisse, (qui dans ces cas-là n'est pas obstruée, et saine) contre la paroi interne et supérieure de la membrane du tympan, le bourdonnement, qui existait avant, est augmenté pour des heures, même des jours; ou bien il apparaît pour la première fois, s'il n'existait avant. En général la surdité n'est pas augmentée ou du moins pas d'une manière si frappante qu'on soit autorisé à regarder l'augmentation du bourdonnement et de la surdité comme une maladie du nerf acoustique.
« Les mêmes phénomènes s'observent quand on insuffle une goutte d'eau tiède, etc., dans la caisse, ou d'abord contre la corde du tympan : or, il est impossible que le nerf acoustique puisse être irrité par cette insufflation, mais il est bien vraisemblable que la corde est affectée quand elle est déjà dans un état d'irritation ; parce qu'elle est libre dans la caisse, sans protection de tissus, etc.
« En insufflant avec un cathéter très-fin, seulement une demigouttelette d'une solution de strychnine dans la caisse, d'abord entre la corde du tympan : chez beaucoup de malades le bourdonnement diminue instantanément, ou disparaît, même, pour des jours, et devient beaucoup moins fort.
Eau distillée 4 grammes.
Strychnine 0,05 centigr.
Mêlez.
« Quoique cette observation n'ait pas été confirmée chez un grand nombre de malades, pour préconiser ce remède comme un spécifique contre le bourdonnement; pourtant l'effet peut être expliqué seulement par une action sur la corde, et non sur le nerf acoustique.
« La surdité nerveuse arrive souvent jusqu'à la cophose, sans que le bourdonnement diminue ; et d'un autre côté, il existe des bourdonnements très-rares, sans que la faculté du nerf acoustique d'entendre, soit affectée.
« Dans ces deux cas, le nerf acoustique se trouve dans des conditions tout opposées : dans l'un il est presque mort, dans l'autre très-actif. Les deux cas sont accompagnés du même bruit, de sorte qu'on ne peut pas accuser le nerf acoustique d'en être la cause.
« Dans la véritable otalgie, on ne trouve jamais de bourdonnement, de sorte qu'on ne doit pas chercher dans les nerfs sensitifs de l'oreille (glosso-pharyngien), tympanique, la cause du bourdonnement.
« De toutes ces raisons positives et négatives, on peut conclure avec beaucoup de vraisemblance : 1° que le bourdonnement accompagnant la surdité nerveuse est produit par une surexcitation morbide delà corde du tympan ; 2° que le siège du bourdonnement est à chercher dans ce nerf, et que le nerf acoustique est peut-être affecté seulement en seconde ligne, par une action réflexe.
« Conclusions :
« \. L'excitation morbide du nerf acoustique n'est jamais la cause du bourdonnement. L'hypothèse de Romberg n'est pas fondée sur l'expérience, et n'existe jamais dans une surdité avec bourdonnement.
« 2. Le bourdonnement, avec ou sans surdité, consiste dans une affection de la corde du tympan, produite par une irritation matérielle, ou inflammatoire, ou spécifique, laquelle affecte le nerf acoustique par une action réflexe.
a 3. La surdité accompagnée de bourdonnement n'est pas dans une connexion essentielle, intime avec celui-ci; les deux affections coexistent sans dépendre l'une de l'autre.
« 4. Le bourdonnement est le résultat de maladies locales de l'oreille, bien différentes Tune de l'autre, qu'il fout diagnostiquer et traiter par l'application habile du spéculum et du cathéter.
« 5. Si la cause du bourdonnement est matérielle, il est toujouM bcileàguériret très-promptement; si c'est une inflammation, la guériaon est aussi sûre, mais plus lente el plus difficile (Micheboll); si la cause est une irritation vitale, la guérison est très-difficile, et résiste très-souvent au traitement le plus propre avec une grande obstination.
a G. Quant au traitement du bourdonnement, s'il est produit par
412 SURDITES NERVEUSES.
une irritation matérielle, injections liquides dans le méat auditif externe : insufflations d'air dans la caisse ; s'il dépend d'une irritation inflammatoire : traitement antiphlogistique de la membrane tympanique; — d'une irritation vitale, insufflations d'une solution très-faible de strychnine sulfurique dans la caisse; ou des vapeurs faibles d'assa fœtida ou de jusquiame avec précaution, dirigées dans le tympan, diminuent le bourdonnement, ou le guérissent même. »
Comme on le voit, Kramer attribue le phénomène du bourdonnement, à une lésion (irritation, compression de la corde du tympan) : — C'est là une hypothèse toute gratuite et suffisamment réfutée par les considérations qui se trouvent exposées, pages 95 et suivantes.
J'engage le lecteur à relire ce passage. Un dernier mot :
Depuis les belles recherches de M. Cl. Bernard (1) tous les anatomistes et les physiologistes sont restés convaincus que la corde du tympan était un filet moteur destiné à favoriser l'érection des papilles de la langue dans le phénomène de la gustation. Mais personne, que je sache, n'a jamais pensé à lui attribuer le phénomène du bourdonnement. Les quatre expériences de Kramer que nous avons rapportées textuellement, ne prouvent absolument rien en faveur de la théorie qu'il soutient.
En effet, 1° le bruit sourd qui est produit dans la première expérience, en pressant le tragus contre le méat auditif, s'explique tout naturellement par la diminution brusque de la capacité du conduit, par la difficulté delà libre circulation de l'air et la collision de ses molécules dans son intérieur. Je me suis longuement étendu sur ce point, p. 97, 98, et je me suis appuyé sur l'autorité d'Itard. 2° Dans la deuxième expérience, le même bruit se produit quand on expire, le nez et la bouche étant fermés ; ici l'explication est différente : d'abord, ce phénomène est très-variable et, selon nous, il indique déjà une altération de l'oreille moyenne : quand on expire le nez et la bouche fermés, la colonne d'air, qui pénètre dans la trompe, remplit bientôt la caisse, et, distendant les parois, exerce une pression plus ou moins forte sur les organes qu'elle renferme. La chaîne des osselets est la première à subir cet ébranlement brusque et saccadé ;
(1) Mém. in Ârch. gêner, de médecine, 1844.
or, comme elle ne saurait subir une série d'oscillations de cette nature, sans réagir sur la lymphe de Cotugno, au moyen de la platine de l'étrier, il en résulte un ébranlement particulier du nerf acoustique; et cet ébranlement, chez les sujets irritables, produit un bourdonnement, comme nous l'avons montré p. 99. 3° La même explication suffit pour nous rendre compte du bourdonnement qui survient dans la troisième expérience et même dans la quatrième. Mais d'ailleurs, ce n'est pas un bourdonnement proprement dit, qu'on entend dans ces deux cas :
A. Dans le premier, c'est le bruit de l'air qui s'échappe en sifflant d'un canal étroit et tortueux (conduit auditif), à mesure qu'on le remplit de liquide (eau, huile, etc.), et ce phénomène de physique est tellement élémentaire, qu'il ne saurait être contesté; B. dans la quatrième expérience, pendant Y attouchement de la membrane du tympan, il n'y a d'abord aucune douleur, mais un sentiment de démangeaison bien connu, et en second lieu, le bruit que l'on perçoit, est produit tout simplement par le choc exercé à la surface d'une membrane élastique, adaptée ellemême à une caisse sonore. Pour vérifier cette proposition, il suffit de toucher une des peaux d'un tambour, même légèrement, et vous percevrez alors un bruit rendu fidèlement par l'instrument et avec une augmentation proportionnée à sa capacité sonore. Or, dans un tambour il n'y a rien (paraît-il du moins) qui puisse simuler la disposition que la corde du tympan affecte dans l'économie de la caisse de l'oreille.
Ces considérations suffiront, je pense, pour réduire la théorie précédente à sa juste valeur, et sans l'autorité du nom qui s'y attache, je l'aurais passée sous silence.
D'ailleurs, mon expérience qui s'accroît tous les jours sur ce point, par l'examen d'un grand nombre de malades, m'impose l'obligation de dire en terminant : que l'opinion que j'ai souvent exprimée à ce sujet, laquelle tend à considérer, dans la plupart des cas, le bourdonnement et ses différents modes, comme devant être attribués à unephlegmasiedes parties profondes de l'organe de l'ouïe, cette opinion, dis-je, me semble aujourd'hui la plus admissible.
C'est pour moi une conviction : cette conviction, j'ai cherché à montrer sur quels arguments elle était appuyée, p. 100, 378 et 379.
414 SURDITES NERVEUSES.
Indépendamment des bourdonnements, l'ouïe peut également subir une dépravation qui consiste à entendre par moments deux bruits différents, au lieu d'un seul. Ce phénomène porte le nom de paracousie double.
128e Observation. — Sauvages en a rapporté deux exemples remarquables : l'un est celui d'un joueur de cor, qui fut pris de cette incommodité le lendemain d'un jour où il s'était exposé à l'humidité.
Quand il donnait de son instrument, il entendait le son qu'il voulait en tirer, plus un autre son du même rhythme, quoique tout différent ; ce qui lui rendait l'ouïe double. Ce n'était pas un écho, puisque les deux sons se faisaient entendre simultanément. Ce n'étaient pas non plus deux sons consonnants, car ils eussent été agréables; au contraire, ils l'étaient si peu, que, fatigué de cette discordance, le pauvre musicien abandonna son instrument.
129e Observation. — Le sujet de cette observation était un étranger venu pour consulter les collègues de Sauvages. Il se plaignait de ne pouvoir entendre parler sans avoir l'ouïe frappée de deux sons à la fois, dont l'un était plus haut que l'autre d'une octave, ce qui paraît douteux à Sauvages, qui observe avec raison que si les deux sons eussent été à cette distance l'un de l'autre, ils se seraient confondus dans l'oreille et auraient produit la douceur d'un véritable accord.
Je terminerai cette partie de mon sujet par une citation empruntée à Saunders : cet auteur (1), après avoir fait observer qu'on peut donner le nom général de surdité nerveuse à toutes les maladies de l'oreille interne, en décrit ainsi les symptômes :
a Cette surdité est accompagnée de douleurs différentes, suivant les cas, d'un sentiment particulier, d'un bruit confus dans la tête, tel que le murmure ou le bouillonnement de l'eau, le bruit du vent, etc. Quelques malades se plaignent d'un bruit isochrone aux battements du pouls, qui s'accroît, en même temps que les mouvements du cœur, par l'exercice. J'ajouterai que dans l'état actuel de nos connaissances, il n'est pas possible d'indiquer les conditions matérielles de ce phénomène; car la présence ou l'absence de ces bruits est tout à fait inexplicable, aussi bien dans les affections franchement inflammatoires que dans la surdité nerveuse proprement dite (2). »
(1) Anat. and diseases of the ear, 1806.
(2) J'ai discuté ce point important au chapitre VI.
§ 5. — Diagnostic.
Lorsque, par Fexamen des symptômes qui ont précédé et accompagné la surdité, on parvient à découvrir la nature de cette lésion et à la rapporter à une des espèces dont on vient de voir le tableau, on doit, sans différer, instituer un traitement rationnel; mais fort souvent, malgré l'investigation dirigée par la plus rigoureuse analyse, on reste dans l'incertitude sur la cause matérielle de la cophose qu'il s'agit de combattre.
C'est ici le lieu de tracer la marche expérimentale qu'il faut suivre dans ces cas embarrassants.
Ainsi qu'on le pratique pour éclairer le diagnostic de la plupart des maladies, on cherche à s'assurer si la lésion du sens auditif est circonscrite dans l'organe ou si elle tient à quelque disposition morbide d'un des grands systèmes.
Dans ce cas, on s'attache à combattre et à détruire cette cause générale, et l'on observe soigneusement ce que la cessation ou la diminution de la maladie principale produit sur l'organe de l'ouïe; dans la chlorose, par exemple.
S'il n'en résulte aucun avantage, on se rattache à la supposition de quelque lésion locale ; on la cherche dans le voisinage ou dans les relations sympathiques de l'organe, comme dans l'état des amygdales, le travail de la dentition, un catarrhe chronique de la membrane pituitaire ; et l'on traite la surdité en ramenant ces parties à leur état sain. Que si ces causes n'existent point ou n'existent plus, on est amené à conclure que la cause de la surdité est dans l'oreille ou dans le cerveau.
Des maux de tête, des vertiges, et souvent l'affaiblissement de l'intelligence, de la mémoire (chez les vieillards par exemple), annoncent que le siège de la lésion qui donne lieu au dérangement de l'ouïe est dans la téte; enfin, lorsque rien n'indique un état morbide du cerveau, voyez si le conduit auditif est libre, si la membrane du tympan est transparente, si la caisse ne renferme aucune cause appréciable de surdité, si les trompes d'Eustache ne sont point obstruées; et, si toutes ces parties sont dans l'ordre naturel, concluez que la cause de la surdité est dans le labyrinthe.
Telle est la marche indiquée par itard, pour arriver a connaître
416 SURDITES NERVEUSES.
la cause de la surdité en général et en particulier de celle qu'il appelle par paralysie.
Les observations 114, H8, 119, 120 nous ont cependant montré que de graves lésions peuvent exister dans la caisse, donner lieu à des symptômes de surdité nerveuse, sans toutefois être appréciables à nos moyens d'investigation.
Il y a donc là une série de tâtonnements, ou d'études préliminaires à faire pour instituer un traitement convenable ; car les moyens propres à ranimer l'excitabilité du nerf acoustique près de s'éteindre (chez les vieillards, par exemple) ne sauraient guérir la surdité avec mamelonnement de la muqueuse de la caisse, luxation de l'étrier, etc.
Comment donc trouver un moyen sûr de reconnaître les altérations des divers éléments qui composent l'appareil auditif, car malheureusement les seules parties accessibles à notre vue sont le conduit auditif externe et le tympan dans sa face externe seulement? J'admets encore qu'on puisse assez bien s'assurer de l'état des trompes par le cathétérisme; mais, pour l'oreille moyenne et surtout pour l'oreille interne, il est bien difficile (pour ne pas dire impossible) de déterminer sur le vivant l'état anatomopathologique où se trouvent ces portions de l'appareil auditif. Aussi voyons-nous Kramer rattacher ce qu'il appelle la surdité nerveuse aux maladies du labyrinthe, sans avoir réellement de motif plausible à alléguer en faveur de ce rapprochement.
Dans l'état actuel de la science, on ne peut affirmer qu'il n'existe pas certaines surdités que plusieurs auteurs désignent sous le nom de nerveuses, lesquelles s'établissent sans aucune lésion quelconque des organes de l'ouïe. D'un autre côté, Kramer et d'autres otologistes se sont-ils bien assurés que certaines surdités qu'ils ont considérées comme nerveuses ou labyrinthiques n'auraient pas pour cause quelque modification organique ou sécrétoire survenue dans Foreille moyenne?
Le docteur Yearsley (1) pense que la surdité nerveuse n'est, le plus souvent, que le second degré et la conséquence de l'inflammation de la muqueuse de la caisse ; suivant ce médecin, il arriverait, dans ce cas, que la sécrétion muqueuse cesse et que
(i) Contributions to aurai surgery, t. IV, p. 23.
la caisse se trouve entièrement sèche, de la même manière que l'on voit disparaître le cérumen du méat externe.
Parmi les médecins allemands, le docteur Ph. Wolff, qui a le plus étudié ce sujet, pense que la surdité nerveuse est due bien plutôt à une altération des nerfs de la caisse qu'à une lésion des nerfs acoustiques proprement dits ; il introduit dans la cavité de l'oreille moyenne des vapeurs chaudes fortifiantes ou calmantes. Le docteur Wolff dit avoir obtenu six guérisons par son mode de traitement, mais il oublie de nous apprendre dans combien de cas il a échoué.
Le docteur Swan, dans un travail inséré au tome IX des Transactions médico-chirurgicales, ne craint pas d'affirmer que la surdité dépend moins de la lésion des nerfs acoustiques que de celle de la branche faciale.
W. Wilde a reproduit cette assertion, sans l'appuyer de preuves; mais j'en ai dernièrement observé deux exemples, un à ma clinique (il y avait paralysie rhumatismale du nerf facial en même temps que surdité). La malade fut guérie par les ventouses, les douches d'éther, les bains sulfureux, et un traitement général par l'iodure de potassium.
L'autre exemple est une femme admise à la Salpêtrière pour une autre affection, etc.
Les recherches de M. Toynbee ont cependant jeté quelque lumière sur ce point obscur d'anatomie pathologique (1).
D'après cet auteur, la lésion la plus fréquente que l'on rencontre chez les sourds, c'est l' épaissi ssement de la muqueuse qui tapisse la caisse du tympan; cet épaississement peut être considérable pour étreindre entièrement les osselets et remplir même la cavité de l'oreille moyenne. Ce fait est très-vrai, mais il n'est pas nouveau ; car mes propres recherches sur ce sujet, commencées en 1 8i7, mes dissections continuées parcelles de Toynbee, et que j'ai communiquées en I848el 1849 à la Société de biologie, dans plusieurs recueils de cette époque (2), sont tout à fait de nature à me oonvaincre de cette rérité, qui constitue selon moi un progrès réel, a savoir: que dans un grand nombre de cas de surdité, où l'oreille externe paraît normale, ainsi que
(1) M'dicn-cliirurg. transactions, 18 il).
(2) Gazette des hôpitaux, IS5I; Moniteur des hôpitaux, 1853: Archivés générales de wédecme, 1851).
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le tympan, cas dans lesquels on peut insuffler sans bruits anormaux de l'air daus les trompes, où la montre est ou n'est pas entendue au contact de l'oreille, sans suppuration, sans otorrhée (bien entendu), et ces exemples sont très-communs! Eh bien, dans ces circonstances, j'ai la plus intime conviction que la surdité doit être attribuée à un épaississement mamelonné ou à une sorte de ratatinement de la muqueuse de l'oreille moyenne.
Parmi les observations dont la description a été donnée plus haut(observ. 114-118), deux sont destinées à confirmer cette proposition : les faits que je rapporterai quand nous nous occuperons du traitement sont également dans le même sens ; car ce sont les solutions caustiques qui ont le mieux réussi, et je les ai employées en douches et en injections dans la trompe et la caisse, au moyen du cathétérisme : Naturam morborum ostendunt curât iones.
On m'objectera, je le sais bien, que sur le vivant le diagnostic de ces lésions est presque impossible, qu'on ne peut y arriver qu'en procédant par exclusion et plutôt par tâtonnements que par une méthode rationnelle. Soit, j'en conviens; mais c'est là une imperfection, je dirais presque une difficulté, qui se rencontre malheureusement pour bien d'autres parties de l'art de guérir, et qui tient ici à la disposition même de l'organe, dont la structure ne permet qu'une exploration fort incomplète.
Du reste, qui de nous peut prévoir l'avenir? qui peut savoir ce que produiront des recherches actives, persévérantes, dirigées dans ce but et appuyées sur Yanatomie pathologique.
Je le répète, l'étude des maladies de l'appareil auditif est encore peu avancée, et la thérapeutique se ressent nécessairement de l'ignorance dans laquelle nous sommes encore relativement à Yanatomie pathologique, aux symptômes mêmes, etc.
J'ajouterai cependant, avec M. Marc d'Espine, que l'anatomie pathologique ne suffit peut-être pas à elle seule pour éclairer complètement l'histoire de la surdité ; on peut concevoir : 1° que sans altération appréciable pendant la vie et après la mort, les trompes par un boursouflement muqueux ou par un accolement purement mécanique des parois, peuvent causer une surdité se rapprochant beaucoup de celle qu'on appelle nerveuse, et que la moindre insufflation ferait cesser en pareil cas ; 2° que certains épaississements de la membrane muqueuse de la caisse.
à la condition de n'être pas très-prononcés, pourraient moins entraver l'audition que telle diminution de sensibilité purement essentielle, et non reconnaissable à l'autopsie, des expansions du nerf auditif.
Ne voit-on pas aussi quelquefois des membranes du tympan perforées et épaissies, des conduits auditifs en plein état d'otorrhée, comporter cependant un certain degré d'audition trèspassable ?
Quoi qu'il en soit, et tout en avouant qu'aujourd'hui il faut encore admettre une variété de surdité causée par une diminution essentielle dans la sensibilité des frêles et molles ramifications du nerf auditif, je n'en persiste pas moins à affirmer que le nombre de ces surdités (si faible qu'il puisse être) diminuera encore avec les progrès de la science anatomico-pathoiogique appliquée avec persévérance à l'étude des lésions de l'organe de l'ouïe.
Sur dix observations de surdité nerveuse rapportées par Kramer, deux reconnaissent pour cause, chez de jeunes sujets, l'influence du froid, des variations atmosphériques; sur nos quarante-six observations quinze reconnaissent aussi la même cause; 1-3 fr oid humide). Or, sous cette influence, ce sont les muqueuses qui s'affectent le plus facilement, et l'on connaît les relations qui lient étroitement les muqueuses pharyngées et celle qui revêt la caisse du tambour.
Par conséquent, puisque dans un certain nombre de cas l'étiologie nous conduit à admettre une phlegmasie chronique des muqueuses de l'oreille moyenne, c'est vers l'existence de cette lésion que nous devons diriger tout d'abord nos efforts, pour formuler un diagnostic et instituer un traitement rationnel.
Pour apprécier le degré de la surdité, Itard se servait de son acoumèlre ; aujourd'hui, tous les médecins autistes mesurent la portée de l'ouïe avec leur montre. 11 y a néanmoins encore dans l'emploi de cet instrument une cause d'erreurs : c'est que toutes les montres n'ont point un tic tac dont la force, le timbre, le rhythme, soient sensiblement égaux.
Ainsi, tandis que la montre de Kramer s'entend à 10 mètres, la mienne ne s'entend guère à plus de -2 mètres, et pour une bonne oreille; aussi mes résultats, quoique exprimés par des chiffres fort analogues à ceux de Kramer, sont cependant supérieurs, en raison de la différence du point de comparaison.
§ 6. — Pronostic.
D'après Kramer, la surdité nerveuse ne se guérit que quand le nerf acoustique n'a pas été trop fortement lésé. Lorsque sa sensibilité se perd de jour en jour, lorsqu'elle s'exalte au point de supporter très-difficilement les grands bruits, qui deviennent alors douloureux, on doit conserver moins d'espoir de remédier à ces troubles fonctionnels. On remarque, en effet, que l'oreille supporte avec peine les agents thérapeutiques applicables en pareil cas, et comme il y a peu de moyens qui ne soient excitants, les chances de guérison diminuent en proportion de ces inconvénients. En s'exprimant ainsi, Kramer n'entendait évidemment parler que des douches de vapeur d'éther.
En effet, en y joignant une tentative de magnétisme, et, dans un cas, quelques insufflations d'hydrogène, c'est là le seul moyen auquel il a recours, et les dix observations de son livre, mises en tableau, montrent bien cette vérité.
Or nous avons fait voir que la surdité nerveuse n'était, à vrai dire, qu'un symptôme correspondant à des lésions multiples; par conséquent, qu'un même moyen, aveuglément ou (si mieux l'on aime) empiriquement appliqué à tous les cas, ne pouvait avoir la prétention de les guérir toutes. On consultera donc avec fruit un résumé de mes observations, qui vient appuyer cette proposition. En effet, sur trente-six malades soumis à un traitement rationnel, institué surtout d'après les causes présumées, nous avons trente-trois guérisons ou améliorations notables, trois insuccès, les dix autres malades n'ayant point été mis
en traitement.
§ 7. — Traitement.
La thérapeutique des maladies de l'oreille a été si longtemps livrée au hasard et à l'empirisme, que l'on comprend, jusqu'à un certain point, comment Cleland (1) a eu la modestie de déclarer qu'il abandonnait la surdité nerveuse aux savants de la Faculté ; mais, comme le fait observer Kramer, il n'a point trouvé d'imitateurs parmi ses compatriotes : ainsi, Curtis, Swan, ont vanté le calomel, les saignées, les cantharides; Wright, le soufre; Saunders, les sangsues, les drastiques; Buchanan, les altérants, le vésicatoire, le séton.
(i) Transact phil., 1740, p. 848.
Mais il est difficile de pouvoir accepter sans réserve le résultat de leur pratique, car ils n'avaient point l'habitude d'explorer constamment la trompe d'Eustache: par conséquent, leur diagnostic ne présentepastoutes les garanties d'exactitude désirables.
Du reste, de quelque côté qu'on envisage cette question, on lui trouve deux phases ou périodes distinctes qui peuvent servir à caractériser la méthode.
Nous étudierons donc : l°la méthode empirique; 2° la méthode rationnelle.
1° Méthode empirique. — Dans les temps éloignés de nous, à une époque où l'on ne savait pas encore distinguer les surdités les unes des autres, il était tout naturel de chercher dans les moyens empiriques le soulagement ou même (s'il était possible) la guérison d'une pareille infirmité. On a pu voir, dans les développements historiques donnés à la question (1) , tous les remèdes et prétendues panacées qui avaient été vantés tour à tour dans le même but. C'est ainsi que, à une époque beaucoup plus rapprochée, nous voyons encore un auteur fort recommandable, Saissy, vanter les remèdes suivants, tirés de la pratique d'un médecin renommé en Italie :
Pierre Castro, premier médecin du duc deMantoue, se servait, dans les surdités complètes, d'un moyen ingénieux qui paraît avoir réussi. Après avoir purgé avec l'ellébore, l'agaric et le sirop de cuscute, il faisait raser la tête du sourd dans la région delà suture coronale ; il la faisait oindre avec un Uniment composé d'eau-de-vie, de nitre, d'huile d'amandes douces et d'eau de nénuphar. Il faisait bien nettoyer les oreilles et les narines, bien peigner le derrière de la tête, et mâcher une pâte composée de réglisse, de mastic, d'ambre et de musc.
Alors on parlait fortement sur la région coronale et l'on parvenait ainsi à rendre le sourd sensible à différents sons.
Le moyen suivant, que l'on trouve dans le même auteur, est certainement plus digne d'éloges.
D'après Schenkius, un baigneur bavarois avait imaginé un singulier moyen pour guérir la surdité : il faisait plonger le malade dans un bain chaud, pour déterminer le gonflement des petites veines qui rampent derrière l'oreille ; lorsqu'elles étaient asaei
(1) Moniteur deshôp., nov. I86i.
422 SURDITES NERVEUSES.
apparentes, il les ouvrait avec la pointe d'une lancette et en tirait beaucoup de sang, au grand soulagement des malades sur lesquels il pratiquait ce dégorgement.
La pratique la plus rationnelle peut accepter ce traitement, il convient à merveille dans les variétés de cophose qui sont dues à une congestion des centres nerveux ou de l'appareil labyrinthique/
Mais que penser des deux moyens suivants, vantés par Itard? Cet auteur avait remarqué que dans certaines formes de surdité nerveuse il y avait une grande sécheresse des méats. Une autopsie cadavérique lui avait permis, dans un cas semblable, de constater également une grande sécheresse des cavités labyrinthiques ; et, trouvant là une relation de cause à effet, il en conclut que la sécheresse des méats entraînant avec elle l'absence de liquide dans les cavités labyrinthiques, on devait chercher à rappeler la sécrétion cérumineuse dans le but de favoriser la reproduction du liquide de Cotugno.
Remarquons bien que ce liquide disparaît dans presque toutes les phlegmasies du labyrinthe et même de l'oreille moyenne, par conséquent que l'absence de ce liquide, mise en regard de la sécheresse du méat, dans un cas donné, ne peut absolument rien prouver; et cependant, pour obtenir le résultat si problématique dont je parlais tout à l'heure, nous voyons le célèbre médecin des sourds-muets conseiller sans hésitation « une application delà moitié d'un pain chaud, sortant du four, arrosé avec de l'huile de rue et mis sur la conque auditive, après avoir instillé dans l'oreille, pendant quelques jours, deux ou trois gouttes de cette même huile, ou après l'avoir tamponnée avec un bourdonnet enduit de pommade de Desanlt. » Et un peu plus loin : « Quelques substances tout à fait inertes ont paru provoquer cet effet par leur seule présence comme corps étrangers. » Tel était le remède qu'employait un curé de campagne, et qui consistait à remplir le méat auditif d'une espèce de mastic, fait avec de la farine de fèves, du plâtre et de l'urine.
Le tampon, après une semaine ou deux de séjour, provoquait
une crise de douleur et un suintement qui, en humectant ce
corps étranger, facilitait son expulsion et était quelquefois suivi
de la guérison.
2° Méthode rationnelle. — Ces citations, accumulées en plus
grand nombre, ne prouveraient rien, par conséquent nous devons chercher dans une méthode plus rationnelle le véritable traitement de cette maladie.
D'après les variétés nombreuses que présente la surdité nerveuse, et dans ses causes, et dans ses manifestations diverses. on ne peut raisonnablement croire qu'une seule méthode de traitement puisse lui convenir ; et cependant Kramer ne trouve qu'un moyen à lui opposer, ce sont les douches de vapeur d'éther. Passons rapidement en revue les divisions que nous avons admises, et nous verrons qu'un même moyenne peut être appliqué à tous les cas.
Ainsi, dans la surdité par commotion, c'est surtout aux dérivatifs qu'il faudra recourir (ventouse à l'apophyse mastoïde, une saignée au début) ; plus tard, des révulsifs, vésicatoires, moxas, cautères, un séton au cou. Enfin, pour exciter la sensibilitééteinte du nerf acoustique, les douches d'éther devront être tentées, mais en dernier lieu ; et, malgré un traitement sagement combiné, cette surdité ne laisse pas que d'être souvent incurable (Itard).
Dans les surdités par congestion, c'est aux antiphlogistiques qu'il faut recourir au début : des saignées, des ventouses, des purgatifs énergiques, et c'est dans ce traitement vigoureusement conduit que Ton peut seulement espérer une guérison. C'est probablement dans cette variété de cophose que la saignée des veines de l'oreille réussissait au baigneur bavarois cité plus haut.
Quant à la surdité causée par une compression (tumeur, épanchement desang, esquilles d'une fracture du rocher), elle est audessus des ressources de l'art.
. La surdité, suite des convulsions, doit être regardée comme absolument incurable (Itard).
La surdité qui suit quelquefois les lièvres intermittentes se dissipe d'elle-même pendant la convalescence (1). Quand cette heureuse terminaison n'a pas lieu, il tant chercher à l'obtenir par l'emploi des révulsifs et de> excitants feautères, vésicatoires, injections par la trompe de vapeurs éthérées ou de teintures, celle d'arnica, par exemple).
La surdité sympathique de la présence de vers ou d'un embarras gastrique guent rapidement par l'administration des
(t) C'est ainsi qu\>n peut expliquer le Buccé obtenu cette année parM. Duchenne, et dont ilfait honneur à l'électricité. (Voy. VAmi des sciences, t8.f>G.)
remèdes qui en font disparaître la cause (éméto-cathartiques, anthelniinthiques).
En ce qui concerne la surdité rhumatismale, j'ai rapporté une observation intéressante, et qui prouve l'efficacité des douches d'eaux minérales alcalines (voir Symptômes).
La surdité syphilitique sera combattue par un traitement spécifique. J'ai rapporté une observation curieuse, tirée de ma pratique (voir Symptômes).
Nous arrivons à ces surdités qui, sans lésion notable apparente, n'en sont pas moins causées par une altération de la muqueuse de la caisse, du liquide labyrinthique, l'inflammation de la membrane nerveuse, car nous avons trouvé dans cette forme de cophose :
1° Une phlegmasie chronique de la muqueuse de l'oreille moyenne ;
2° Une vascularisation des cavités labyrinthiques, avec sécheresse de leurs parois et absence de liquide.
Actuellement, je ne conçois qu'une manière d'améliorer cette forme de surdité : c'est, 1<> de combattre tout d'abord la phlegmasie qui peut s'étendrejusqu'au névrilemme du nerf acoustique (ventouses répétées) ;
2° Injecter des vapeurs d'eau tiède, émollientes ou médicamenteuses, par la trompe, de manière qu'elles séjournent dans la caisse assez de temps pour pénétrer par endosmose, à travers la membrane de la fenêtre ronde, dans les cavités labyrinthiques desséchées.
Il y a bien loin, je dois l'avouer, de cette manière d'envisager ces variétés de surdité et leur traitement, à tout ce qui a été écrit et enseigné sur ce sujet; malheureusement les occasions de mettre en pratique ces idées ne sont pas aussi fréquentes qu'on pourrait le supposer, et il faut du temps pour rassembler une série de faits probants.
La solution de potasse caustique a aussi donné de bons résultats, dans certains cas déterminés.
Je me suis servi, d'après l'indication de M. Marc d'Espine (1), d'une solution aqueuse concentrée de potasse caustique, étendue dans 20 ou 30 fois son volume d'eau, et j'employais ensuite des solutions de moins en moins étendues, à mesure que les trompes
(1) Archives générales de médecine, 1852.
s'habituaient à l'influence irritante de la potasse. Voici le procédé le plus facile à mettre en usage : à l'aide d'une pipette, d'une seringue ou d'un petit tube, j'aspire 15 à 50 gouttes de liquide ; je les instille dans le cathéter, pour les porter ensuite dans l'oreille moyenne à l'aide du soufllet en caoutchouc.
Les résultats obtenus par M. Marc d'Espine m'avaient frappé, principalement les quelques passages suivants :
« Les solutions irritantes, telles que la potasse et d'autres que j'ai employées depuis, peuvent être portées dans l'oreille moyenne, y causer même, au premier moment, une très-vive douleur, sans y occasionner aucun accident inflammatoire, car je n'ai pas eu un seul accident de ce genre à regretter. » Et plus loin : « 11 n'est point nécessaire de porter la solution de potasse à un très-haut degré de concentration pour en obtenir des effets favorables, et le degré le plus convenable m'a paru être celui où la solution détermine un léger picotement à la langue, sur laquelle on en fait couler quelques gouttes; à ce degré, la solution potassique ne produit pas une douleur vive dans l'oreille moyenne. Les trompes les plus sèches au début ne tardent pas à devenir humides sous l'action de la potasse, ce dont on s'aperçoit par le bruit de gargouillement qu'on y détermine en insufflant de l'air. La potasse a pour effet d'accroître non-seulement la sécrétion des trompes , mais encore de les rendre plus facilement perméables. »
Je dois dire que les injections potassiques m'ont rendu de bons services dans le traitement de la surdité: plusieurs malades ont dû leur amélioration, et quelques-uns la guérison, aux seules injections potassiques dans l'oreille moyenne.
Dans un cas où l'amélioration a consisté beaucoup plus dans un propres de distinguer les sons articulés que dans un accroissement de la perception des son>. cas évidemment qui se rattacherait plus à ce qu'on nomme les surdités nerveuses qu'aux surdites eatarrbales, la p<>ta>se a joué le principal rôle parmi les médicaments employés (4). D'autre part, la potasse m'a paru exercer peu d'influence sur les bruits d'oreille qui accompagnent fréquemment la surdité et en sont une des complications les plus désagréables, et lorsqu'ils ont cessé pendant son administration, cela n'a été que parce que, la solution de potasse axant guéri la
surdité, lagnérison a, par le fait, entraîné la ceasatioa|des bruits.
(1) Marc; d'Espine, méra. cité.
426 SURDITES NERVEUSES.
* Dans plusieurs de mes observations, j'ai pu constater l'efficacité de ce traitement.
Quant aux douches iodées, je les ai employées également en injections d'après la formule suivante : eau distillée, 100 gram. ; teinture d'iode, 10 grammes ; iodure de potassium, 1 gramme.
J'y ajoute le tiers, les deux tiers ou le quart d'eau, selon la susceptibilité de l'oreille, car en général ces injections sont fort douloureuses, et il faut réellement des malades courageux pour les supporter. Elles agissent, selon moi, de deux manières : 1° comme topique sur la membrane de la caisse (épaissie, mamelonnée, fongueuse, etc.) ; 2° la température seule de la cavité où séjourne l'injection suffit pour faire volatiliser une petite quantité de l'iode en suspension dans le liquide, et cette vapeur, par ses propriétés excitantes, va stimuler la membrane nerveuse du labyrinthe et le nerf auditif lui-même. On conçoit que c'est là un moyen énergique de réveiller la sensibilité de cet organe, quand la cophose est due réellement à un défaut d'excitabilité.
Enfin c'est dans les cas rebelles, et quand on a lieu de soupçonner réellement une paralysie essentielle du nerf, qu'on pourra tenter les douches de vapeur d'éther (avec l'appareil d'itard ou de Kramer), ou bien tout simplement à l'aide de la bulle de gomme élastique, comme j'ai l'habitude de le pratiquer. On verse quelques grammes d'éther acétique (en commençant par un gramme jusqu'à quatre et cinq, en différentes fois, dans la bulle de gomme munie d'un robinet) ; la seule chaleur de la main suffit pour volatiliser Féther : en approchant alors le robinet ouvert de la sonde préalablement introduite dans la trompe d'Eustaehe, une simple pression des doigts suffit pour chasser la vapeur dans les cavités de Foreille. La vapeur de chloroforme m'a réellement rendu des services, quand je Finjectais par le procédé qui vient d'être décrit ; c'est dans les cas de bourdonnement ou de tintement accompagnant la surdité.
130e Observation. — Surdité nerveuse typhoïde. — Le sujet de celte observation est un jeune homme de dix-neuf ans, coiffeur. Il n'y a pas de sourd dans sa famille. A Fâge de onze ans, il fut atteint d'une fièvre typhoïde qui dura deux mois; pendant sa convalescence, ses parents remarquèrent qu'il était devenu presque complètement sourd ; des bourdonnements accompagnés de tintements d'oreille se faisaient entendre des deux côtés, sans écoulement ni douleur. Des vésicaloires
appliqués sur l'apophyse mastoïde furenl les seuls moyens de traitement mis en usage. Je le vis dans le mois de novembre 1853; voici le résultat de l'examen auquel je me livrai : c'est un garçon peu développé pour son âge, sans trace de scrofule ni autre maladie diathésique ; les méats sont cérumineux; les tympans sont bleuâtres, sans transparence ni otorrhée; les trompes sont saines, la sonde d'argent pénètre facilement, et l'air insufflé arrive dans la caisse sans produire de bruits anormaux ; le pharynx, les amygdales, n'offrent rien à noter; ma montre est entendue à 0,30 centimètres du côté droit, et seulement à 0,15 du côté gauche. Évidemment ces signes se rapportaient bien à la surdité nerveuse. Pendant trois semaines, je fis tous les jours dans l'oreille moyenne des injections de potasse caustique avec la solution dont j'ai parlé précédemment (voy. Diagnostic); la douleur était médiocre, et dans la dernière semaine mes injections étaient faites, à parties égales, d'eau et de solution de potasse caustique concentrée. A celle époque, ce jeune homme Irouva sa position suffisamment améliorée, et il ne voulut pas continuer le traitement; la montre était entendue à 0,55 centimètres à droite; à gauche, 0,60 (1).
131e Observation. — Surdité nerveuse de cause inconnue. — C'est un homme de cinquante-cinq ans, fort robuste, bien conservé. Il n'y a pas de sourd dans sa famille. Depuis un an seulement, sans cause connue, il s'est aperçu qu'il entendait moins bien ; les personnes qui lui parlaient se trouvaient dans la nécessité de répéter plusieurs fois certains mots; cette surdité était accompagnée de bourdonnements très-incommodes, avec sifflements qui se faisaient entendre, sans interruption, la nuit comme le jour.
Quand je l'examinai, mon attention se porta tout d'abord du côté des méats, dans lesquels je croyais trouver des tampons cérumineux. si fréquents à cet âge. Mais, contre mon attente, je ne trouvai rien du tout; la membrane qui revêt les méats était luisante et sèche, le tympan était transparent, l'air pénétrait facilement dans les trompes, et
(1) Je fais faire une solution concentrée «le potasse caustique. Au commencement du traitement, j'en prends an certain nombre de gouttes, que je mêle avec une quantité d'eaa éuTflsànte, pour qu'en touchant la langue, on éprouve un petit chatouillement. Cette préparation faite, une pipette ou une petite seringue me servenl ;i chargi i la liqueur et à la porter dans la sonde, préalablement introduite dan- la trompe, puis avec le soufflet de caoutchouc, je lais pénétrer le liquide Inique dans la caisse. Quand l'opéra*
tion a bien réustl, le malade accuse un sentiment de chaleur avec fminiiil-
lements dans l'oreille. Cette douleur eat légère et disparaît asses vite; J'ai
cependant vu quelques malades la ressentir jusqu'au soir.
le malade, en portant la main à l'oreille, accusait suffisamment qu'il sentait la douche arriver au tympan ; la montre était entendue à 0,20 centimètres à droite; à gauche, à 0,30 centimètres. Le diagnostic ne pouvait être incertain ; c'était bien là une surdité nerveuse. Comme le chloroforme (dans un cas d'ailleurs incurable, et que je rapporterai plus bas, observation 135) avait momentanément produit une grande amélioration, surtout en calmant les bourdonnements dont les pauvres malades sont tant tourmentés, je résolus d'attaquer tout d'abord ce symptôme, pour mieux juger de l'état de l'ouïe quand je serais parvenu à le faire disparaître. J'injectai donc de la vapeur de chloroforme par le procédé suivant : dans une première séance, 5 gouttes furent versées dans le soufflet dont je me sers; puis, adaptant hermétiquement son robinet au pavillon de la sonde, préalablement introduite, je poussai la vapeur en prenant avec ma main, et à plusieurs reprises, la vessie de caoutchouc. La même manœuvre fut répétée de chaque côté. A la première douche, le malade manifesta un sentiment de stupeur et d'étonnement : il ne ressentit point de douleur dans l'oreille, et le bourdonnement cessa à l'instant même, mais l'ouïe n'était pas sensiblement meilleure.
Le lendemain, le bourdonnement se faisait entendre de nouveau; je versai 10 gouttes dans le soufflet, et je poussai la vapeur comme la veille; il y eut encore une amélioration, et les tintements ne se manifestèrent que le lendemain au réveil ; je donnai encore trois douches semblables (à la 2e, à la 4e du traitement, plus de bruit aucun); le lendemain, j'eus beaucoup de peine à décider le malade à en supporter une cinquième. Le malade se trouva dans un état de bien-être tel qu'il ne croyait pas que la guérison pût aller au delà ; la montre était entendue, à droite, à 0,80; à gauche, à 0,70.
Je ne L'ai pas revu, et je ne puis savoir si l'amélioration s'est maintenue.
132e Observation. — Surdité nerveuse par le froid, les angines répétées. — Jeune homme de vingt ans, sujet à des angines fréquentes depuis son enfance. Pas de sourd dans sa famille. Aussi loin que peuvent s'étendre ses souvenirs, il se rappelle qu'il avait l'ouïe dure; sa mère confirme ce récit et ajoute qu'il fallait toujours lui parler très-fort; il n'a point eu de fièvre typhoïde ni éruptive quelconque ; on ne peut donc trouver à cette surdité d'autre cause que des angines répétées.
En l'examinant, je trouvai le pharynx un peu rouge, les tonsilles ratatinées et présentant cet aspect cribleux que nous les voyons prendre dans les phlegmasies chroniques.
Les méats étaient sains avec un peu de sécheresse, la membrane du tympan sans altération, la sonde d'argent pénétrait dans les trom-
pes, et l'air pouvait arriver facilement dans la caisse; la montre était entendue à droite à 0,40, au contact du côté gauche ; pas de bourdonnements. Je tentai les injections iodées dans la caisse, d'après la formule que j'ai donnée; les douleurs furent médiocres le premier jour, et diminuèrent encore les jours suivants : je les continuai avec persévérance pendant trois mois, bien que l'amélioration fut déjà sensible après quinze jours. A la fin du traitement, la montre était entendue à 1 mètre à droite, à 0,90 centimètres à gauche.
133e Observation. — Surdité nerveuse parle froid. — Milliel (Auguste), vingt-deux ans, est atteint de surdité depuis cinq ans. Il n'y a pas de sourd dans sa famille. On ne peut trouver à cette surdité d'autre cause appréciable que le froid humide; ce jeune homme est commis, et couche au rez-de-chaussée. Depuis l'âge de quinze ans, des tintements, des bruits bizarres, ont commencé à se faire entendre; en même temps, l'ouïe diminuait sensiblement. Je le trouvai à la consultation de l'hôpital Saint-Louis pendant que j'étais encore interne, et voici ce qu'il me présenta : c'est un garçon assez grand, blond, qui est comme idiot, tant sa surdité parait influencer son intelligence; il répond cependant très-bien aux questions qu'on lui fait en criant très-haut, et me raconte son histoire comme je viens de la dire.
Les méats, les tympans sont en bon état ; il y a même un peu de cérumen dans le conduit auditif; la sonde pénètre dans les trompes, et l'air arrive facilement dans la caisse; la montre est entendue, à droite, à 0,10; à gauche, à 0,35.
Je le traitai par les injections iodées portées dans la caisse ; comme elles étaient douloureuses, j'y ajoutai, en commençant, parties égales d'eau pendant huit jours; quand la caisse s'y fut habituée, je pris la solution pure (indiquée plus haut), et je continuai les injections, pendant deux mois, tous les jours.
\ cette époque, l'oreille droite entendait la montre à t nuire 50 centimètres, la gauche à 0.70, sa physionomie de jeune homme avait repris un certain air d'intelligence ; il pot rentrer dans la maison d'où son infirmité l'avait tau sortir.
Depuis 1851, époque de sa guér^on, je l'ai vu trois fois, il entendait bien, niais, depuis un an, je l'ai complètement perdu de vue.
134e Observation. — Surdité mervêuu typhoïde. — Le sujet de cette observation est une jeune femme de fingt-einq ans que j'ai traitée à l'hôpital des Cliniques quand j't'i>n> encore interne dans cet établissement en 1852. Il n'\ a pas de sourd dans sa famille.
Une fièfre typhoïde, dont elles « lé atteinte a l'âge de quatora parait avoir d< terminé cette Bordité; depuis cette époque, -*<>n ouïe a toujours été en diminuant ; aujourd'hui la cophose est complète; la
montre est à peine entendue au contact. Les méats sont secs, les tympans paraissent à l'état normal, les trompes sont libres, l'air pénètre dans la caisse sans faire entendre de bruit morbide. Chez cette malade, d'ailleurs assez indocile, les douches iodées ne furent pas supportées; la douleur était violente et durait plusieurs heures. J'employai alors la potasse caustique en solution injectée, comme dans Tobserv. 17; ces injections furent faites tous les jours, danschacune des caisses, pendant trois mois. Mais l'extrême susceptibilité de la malade ne me permit jamais d'employer qu'une solution étendue. Après trois mois de ce traitement, la montre était entendue, à droite, à 0,50; à gauche, à 0,60. Je la pris plus tard à mon service, désireux de compléter sa cure; mais elle se trouvait bien, entendait le bruit des timbres de pendule, conversait, répondait. Comme elle ne voulait pas continuer le traitement, elle est sortie de chez moi et je n'en ai pas eu de nouvelles.
135e Observation. — Surdité sur venue par commotion, — C'est une pauvre femme de quarante-deux ans, complètement sourde depuis sa vingtdeuxième année. On ne compte pas de sourd dans sa famille. Jusqu'à l'âge de vingt-deux ans, elle entendait parfaitement bien, lorsqu'un accident imprévu, un coup violent qu'elle reçut à la tête, la rendit sourde en quelques instants. Voici comment elle raconte ce fâcheux événement : elle passait sous un bâtiment en construction, quand une planche détachée d'un échafaudage vint la frapper à la tête et l'étendil par terre sans connaissance. Quand elle revint à elle, on put s'apercevoi qu'elle était devenue sourde. Des saignées, des ventouses ne produisirent aucune amélioration. Depuis cette époque, elle n'a cessé d'entendre des bruits continuels dans les deux oreilles; ce sont des sifflements, des bouillonnements, etc., qui la privent même de sommeil. Les méats sont secs, les tympans et les trompes à l'état normal, les bruits les plus violents éveillent à peine une sensation confuse; cependant elle perçoit le roulement des voilures. Je me suis informé plus d'une fois auprès d'une de ses sœurs des circonstances de l'accident, je tenais à savoir s'il n'y avait pas eu des symptômes de fracture du rocher; tous les renseignements ont été négatifs, point de plaie extérieure, pas d'écoulement de sang par les oreilles; il n'y avait eu qu'une forte commotion.
Cette pauvre femme reçut sans aucun succès les plus actifs secours de la chirurgie, les bains, les douches, les saignées, les vésicatoires au cou et derrière les oreilles; un selon, des cautères multiples aux régions mastoïdiennes.
La cautérisation du pharynx, pendant trois mois, avec la teinture de gomme-laque ammoniacale, le nitrate acide de mercure, l'électri-
cité, les douches avec l'éther, le chloroforme, produisent seuls une amélioration momentanée, les bourdonnements cessent, elle perçoit quelques sons élevés; mais, quelques jours après, tous les mêmes symptômes reparaissaient ; je lui pratiquai même la perforation des deux tympans sans succès; le fer, uni aux amers, resta sans effet. L'inutilité de tous ces remèdes me fit regarder l'affection comme incurable, et je ne pus que consoler celte pauvre femme en accusant de ses maux l'approche de son temps critique, et lui faisant concevoir, au delà de celte fâcheuse époque, des espérances que j'étais bien loin de partager.
136e Observation. — Surdité nerveuse par congestion. — C'est une ouvrière en parfumerie, célibataire, âgée de cinquante-deux ans, devenue sourde peu à peu, il y a six mois, sans cause connue. Cependant, d'après ce qu'elle raconte, elle élail sujette aux maux de tèle depuis un an, époque à laquelle ses règles ont cessé. C'est une femme grande, assez forte, au teint coloré ; actuellement elle ne souffre que sur un point de la tète, mais ce sont des bourdonnements incessants qui la tourmentent ; la nuit, elle est réveillée tout à coup par des bruits bizarres, comme des sons de cloche. La montre esta peine entendue au contact des deux côtés. Les méals, le tympan, la trompe sont à l'état normal.
Comme tous les symptômes de la surdité avaient commencé à se manifester à son époque critique et n'avaient cessé d'augmenter depuis lors, et que d'ailleurs la face était rouge, animée, et les petites ■veines du pavillon de l'oreille'gonfiées, je me rappelai l'histoire du baigneur bavarois que j'ai cite plus haut, et je traitai cette femme par les saignées et les ventouses répétées à l'apophyse mastoïde ; enfin je fis prendre quelques doses fractionnées de calomel, j'administrai des douches de vapeurs d'eau que j'injectai dans les trompes. Quinze jours suffirent à la guérison de celte femme; elle pouvait alors entendre la montre, à droite, à 0,80 ; à gauche, à 1 mètre ; tous les bruits avaient disparu.
137e Observation. — Surdité nerveuse depuis treize ans. — Le 10 janvier 1855, je fus consulté pour un jeune homme d'une bonne santé habituelle, et dont les maladies antérieures paraissent se réduire à une fièvre continue (typhoïde), développée à L'Age de six ans et qui a duré deux mois. — Mais fouie n'en fut nullement influencée.
Pendant son enfance et après sa fièvre, il fut à diverses reprises affecté de douleurs dans L'oreille droite : ces douleurs intermittente! étaient calmées par les instillations d'huile dans Tortille malade; jamais d'écoulements : pas de fièvre.
Depuis cette époque, des bruits analogues à une soupape M font entendre dans l'oreille droite; le roulement des voitures, le bruit d'un
432 SURDITES NERVEUSES.
marteau, la musique, éveillent la sensation d'un bruit autre et dissonant (paracousie).
Examen local. — La gorge est belle ; le malade a eu des maux de gorge : mais il n'en reste qu'un peu de rougeur; il s'enrhume souvent du cerveau (coryza), et les bruits d'oreille restent stationnaires. — Pavillon bien conformé. — Méat légèrement cérumineux, tympan transparent, laissant voir l'insertion du marteau. — Montre entendue à 0,17.
La sonde pénètre bien ; mais l'air parcourt la caisse sans aucun bruit.
12 janvier. — Toujours le bruit de soupape et une espèce de claquement.
Eau de Balaruc, un verre tous les deux jours.
La mauvaise saison (neige, humidité) a empêché ce malade de venir jusqu'au 27 février.
27 février. — Ce jour, il nous dit qu'il entend toujours un bruit de soupape dans son oreille droite. — Les grands bruits éveillent toujours une sensation gênante. — Montre entendue à 18 centimètres faiblement. — Point de bourdonnements. — La sonde pénètre dans la trompe d'Eustache ; mais la douche d'air ne pénètre pas. — Il en est de même quand le malade se mouche fortement la bouche fermée.
10 mars, temps froid. — Même état. — Toujours les mêmes bruits de soupape dans l'oreille. — Les grands bruits font vibrer quelque chose dans l'oreille et dénaturent le son : on dirait que des grains de sable ou de l'eau est mise en mouvement dans l'oreille. — Montre entendue à 0,17. — Après la douche qui pénètre bien, à 0,25.
Nous conseillons la solution suivante. :
Iodure de potassium 10 grammes.
Eau distillée 200 grammes.
Une cuillerée tous les matins.
Continuer l'eau de Balaruc aux repas. — Régime sec. — Viandes grillées. — Un peu de vin de Bordeaux. — Potages gras.
31 mars, temps froid. — Même état. — Bruit de soupape. — Après les douches, il entend à 0,35 centimètres.
15 avril, temps sec. — Bruit de soupape. — Montre entendue à 0,20. Douche chloroformée. — Après la douche, à 0,42.
2 mai, temps humide. — Montre entendue à 0,26. — Après la douche chloroformée, à 0,45.
49, temps froid. — Montre entendue à 0,26. — Après la douche à 0,40. — Cautérisation du pharynx et de l'amygdale droite, avec le nitrate d'argent. — Le bruit de soupape continue.
23, temps humide. — Montre entendue à 0,31.
28, temps froid. — Montre entendue à 0,37. Après la douche, à 0,50.
4 juin, temps sec. — Bruit de soupape. — Même état. — Une injection potassique dans la trompe droite : sentiment de surprise, mais non de douleur. — Après l'injection, le malade dit que son oreille est plus bouchée.
8, temps pluvieux. — Le malade dit avoir ressenti dans l'oreille droite une sorte d'engourdissement, avec des battements. — Le bruit de soupape a disparu : la montre n'est plus entendue qu'à 0,13. — Pas de bourdonnements. — Pendant deux jours l'oreille a été trèssensible aux bruits.
15, temps pluvieux. — Plus de bruit de soupape.
20, temps froid. — Amélioration croissante. — Montre entendue à droite, à lm,50. — Fumigations des trois résines tous les matins.