Tète dégagée. — Moins de bruits. Nous conseillons
Solution. Eau distillée 100 grammes.
lodure de potassium 4 grammes.
Mêler : une cuillerée à café, d'un jour l'un. — Les pilules, le jour intermédiaire.
1er mars. — Ventouses et friction à l'huile de croton derrière les oreilles.
5 avril. — Nouvelle friction d'huile de croton; il y a amélioration dans l'état de l'ouïe.— Cathétérisme. — Injection potassique.
25 avril.— Injection potassique dans les deux trompes.
15 mai. — Guérison. — Montre entendue à 1 mètre.
139e Observation. — Surdité par apoplexie du côté gauche. Le
7 mai 1854, je fus mandé en toute hâte chez un chantre d'une des églises de Paris. Vers les cinq heures du malin, en se réveillant, cet homme avait éprouvé un étourdissement violent et n'avait pu balbutier que quelques paroles inarticulées.
Le bras et la jambe droite étaient privés de sensibilité et de mouvement.
A mon arrivée, je pus- constater facilement une attaque d'apoplexie, de moyenne gravité. — La commissure labiale était déviée à droite, avec la pointe de la langue ; la parole embarrassée ; la perte complète du mouvement et de la sensibilité du côté droit du corps, l'impossibilité de fermer les paupières du côté gauche, étaient d'ailleurs des signes non équivoques d'un foyer sanguin, dans l'hémisphère gauche du cerveau.
Deux saignées copieuses, des ventouses à la nuque, — procurèrent une certaine amélioration. — Des purgatifs furent donnés tous les deux jours.
Après trois semaines, les mouvements du bras et de la jambe étaient revenus au point que le malade pouvait sortir en s'appuyant sur un bâton.
L'amélioration se faisait sentir de jour en jour, lorsque le 10 juin, vers 2 heures de l'après-midi, pendant son dîner, le malade entendit tout à coup des sifflements violents; ils étaient accompagnés d'étourdissements; — ces symptômes durèrent une heure. — Puis les étourdissements ayant redoublé, le malade essaya de se faire reconduire par un ami : mais en ce moment il y eut des vomissements bilieux et alimentaires ; puis le malade se sentait irrésistiblement entraîné du côté gauche, à tel point qu'il serait tombé de ce côlé, s'il n'eût trouvé à s'appuyer contre un mur.— En ce moment, des bruits bizarres se faisaient entendre dans l'oreille gauche: le malade les compare au bruit d'une corde de basse qui se rompt: — ces bruits ont duré plusieurs mois, et ont été remplacés par un bourdonnement continuel, — semblable au murmure d'une chute d'eau, à une cascade : le timbre en est grave. — Il disparaît la nuit pour revenir le matin, etc.
État actuel. —C'est un homme d'une taille élevée ; le visage mar-
que çà et là de boutons d'acné ; — le front est chauve. — La vue s'est affaiblie depuis les attaques d'apoplexie, dont j'ai parlé. — La gorge, longtemps affectée d'ulcères serpigineux, a été, il y a deux ans, guérie radicalement par un traitement spécifique.
Les pavillons sont bien conformés, le méat gauche sans cérumen; le tympan bien conformé avec sa dépression ombilicale, transparent : le manche du marteau est visible.
Même disposition du côté droit. — Le méat est légèrement cérumineux. — Le tympan normal. — Quand on fait moucher le malade, le nez et la bouche fermés, on entend l'air pénétrer dans les caisses à gauche avec un petit bruit muqueux ; à droite, sans aucun bruit. — Le cathétérisrne donne le même résultat.
Signes physiologiques, à gauche. — Pas de douleur. — Bourdonnements graves, continuels. — Pas d'éréthisme. — Cophose complète.
A droite. — Mêmes signes; seulement la montre est encore entendue à 0,20 centim. — Mais la puissance auditive, de ce côté, diminue de jour en jour.
Quant aux symptômes de paralysie, ils ont complètement disparu, à l'exception d'un petit engourdissement qui reste dans la main droite.
Plus d'hémiplégie faciale.
Diagnostic. — Évidemment nous avons sous les yeux une apoplexie siégeant sur le trajet du nerf auditif et plus probablement à son origine, les signes de litubation, et le défaut d'équilibration bien manifestes au moment delà deuxième attaque, semblent confirmer cette opinion. — Comme il y avait eu autrefois quelques accidents syphilitiques, un traitement spécifique fut prescrit et suivi pendant plusieurs mois, sans résultat aucun pour l'audition.
140e Observation (1). — Surdité par commotion ayant duré trois jours. — 8 janvier 1855. — Un jeune homme dont le système musculaire est très-développé est entré à l'hôpital, le 3 janvier 1855. — Il a été victime d'un accident qu'il raconte avec assez de précision : — Voici ce qu'il dit :
Envoyé dans une cave pour en rapporter du bois, il est tombé sous un poids de 3 ou 400 livres. lia porté la face contre terre et s'est trouvé dans celte position après une perte de connaissance qui a duré une heure et demie. — 11 est resté longtemps dans la même position sans pouvoir se remuer, ni même appeler du secours.
Il prétend avoir perdu du sang par les deux oreilles. — On en rencontre effectivement des traces sur les conques auditives. — Le chirurgien, dans l'examen local auquel il a soumis le malade, a constaté que le conduit auditif externe était parfaitement sec, que les tympan»
(1) Obs. comm. par M. Fontan, élève des hôpitaux.
4 36 SURDITES NERVEUSES.
étaient intacts, en un mot, qu'il n'existait point de lésion locale permettant de croire que l'écoulement sanguin avait pu se faire par les méats. — Il a recherché avec soin s'il ne découvrirait point quelques plaies dans le cuir chevelu. — Il n'en a point trouvé. — Il a supposé que le sang devait provenir des fosses nasales, il se serait écoulé après la rupture de la membrane de Schneider. Dans la position horizontale, un malade étant couché sur le dos, on conçoit que le sang puisse facilement arriver des fosses nasales dans le pavillon de l'oreille.
11 y a eu commotion cérébrale très-légère. Ce qui autorise à croire qu'elle a été légère, c'est la parfaite lucidité que le malade a conservée après l'accident. — Les individus atteints de commotion cérébrale un peu forte perdent la mémoire, non-seulement de ce qui s'est passé autour d'eux après l'accident, mais même de ce qu'ils ont fait quelques instants avant. Elle a donc été extrêmement légère.
Paralysie incomplète des membres. — 11 serre difficilement la main qu'on lui présente. — Il remue avec peine les membres inférieurs. — L'analgésie a persisté trois jours. — La contractilité musculaire de la main droite est plus altérée que celle de la gauche.
La surdité a duré trois jours environ. — L'affaiblissement de la vue se dissipe peu à peu. L'intégrité de la fonction n'est pas encore complètement recouvrée.
Ces perturbations fonctionnelles se sont manifestées de suite après l'accident.
Traitement. — Émissions sanguines copieuses. — Sangsues. — Saignée générale. — Application d'un vésicatoire à la nuque.
141e Observation. — Surdité par commotion. — Vers la fin de mars 1851, un rentier de cinquante-sept ans, et qui n'avait subi jusqu'alors aucune atteinte de surdité, tomba à la renverse, le soir, en montant un escalier rapide. Le choc fut rude, et le pauvre homme resta sans connaissance près de douze heures. C'était bien là une véritable commotion cérébrale. Du reste, on ne put constater aucune plaie à la tête. On n'observa point d'écoulement de sang par les oreilles, ou le nez, immédiatement après l'accident : et dans les jours suivants, aucun flux séreux ne se montra par les conduits auditifs externes.
Pendant la convalescence, qui ne dura pas moins de deux mois, les amis du malade remarquèrent que son intelligence était affaiblie, ainsi que sa mémoire.
En même temps, l'ouïe du côté droit était devenue paresseuse : — un peu plus tard, c'est-à-dire trois mois après l'accident, le malade n'entendait absolument plus rien de ce côté, ni la montre, ni Ja voix (cophose), et l'oreille gauche, devenue elle-même obtuse, n'était sensible qu'aux sons élevés et criards de la voix humaine.
Le pauvre homme, instruit du peu d'espoir qu'une pareille surdité laissait à nos moyens de traitement, n'a rien voulu tenter pour obtenir quelque soulagement.
142e Observation. — Surdité nerveuse. — Commotion violente de l'oreille droite causée par un coup de feu. — Amélioration de la surdité. — Un homme âgé de quarante ans était atteint depuis longtemps d'une dureté d'oreille.
Cette indisposition l'avait, pour ainsi dire, surpris au milieu de la plus florissante santé. — Des maux de tête, siégeant principalement à la région frontale; des sifflements, puis des bruits bizarres, à timbre grave et bourdonnant, tels furent les symptômes offerts par le malade au début de la surdité.
Plusieurs confrères consultés, pratiquèrent le cathétérisme des trompes et certaines cautérisations mystérieuses; mais dont le résultat final fut nul, ou à peu près nul. — Je vis le malade dans ces circonstances et je constatai les symptômes suivants :
C'est un homme grand, fort, robuste même, au teint coloré, aux cheveux noirs.
Toutes les fondions chez ce malade sont en bon état, à l'exception de l'ouïe.
La gorge est belle : les amygdales sont petites : la muqueuse de Schneider est rosée, sans gonflement, ni sécrétion anormale. — Le malade ne tousse point. La poitrine est saine.
Signes anatomiques. — Pavillons bien conformés, de moyenne grandeur, faisant un angle avec le crâne; méats légèrement cérumineux. — Le tympan de chaque côté est d'un blanc nacré, opalin, concave.— Les trompes admettent une grosse sonde et l'air insufflé arrive dans les caisses sans aucun bruit.
Quant aux signes physiologiques : céphalée continue, qui a diminué sensiblement depuis deux mois. — bourdonnements à timbre grave ; cophose à peu près complète; la montre est entendue à 2 ou 3 cent., du côté gauche, et pas du tout à droite.
Les moyens de traitement que je conseillai, dans le but plutôt de soulager une telle infirmité que de la guérir, ne furent point suivis: et quelque temps plus tard, je lus mandé en toute liàle près de ce malade,^ qui, disait-on, un grave accident venait d'arriver.
Voici le fait : — Dans un moment de désespoir, ce pauvre homme avait tenté de se suicider, en se tirant à bout postant un coup de pistolet dans L'oreille droite. — Ce coup avait Complètement réduit en
minces lambeaux, déchiquetés, tout le pavillon; le conduit auditif osseux était à nu et fracassé; la balle avait passé sous le muscle temporal et était venue faire saillie dans la région sourcilière : — je passe tous les
détails inutiles à mon sujet et j'arrive au point le plus curieux et le plus inattendu : c'est que le malade avait recouvré l' ouïe du côté droit; tandis que l'oreille gauche s'était affaiblie sensiblement.
Ainsi la montre que notre malade entendait à peine au contact du côte droit, avant l'accident, était perçue maintenant à 12 et 13 centim. (le pavillon détruit).
L'oreille gauche au contraire ne l'entendait plus que faiblement et quand elle était appliquée sur le pavillon.
Cette observation est vraiment curieuse et bizarre, quand on la rapproche de la précédente :
Dans celle-ci, le malade entendant bien jusque-là, tombe sur l'occiput; et quand il est guéri de sa commotion cérébrale, il devient sourd d'un côté ; et l'autre oreille, restée quelque temps saine, finit par se perdre également.
Dans celle-là, un sourd se donne une commotion violente dans l'oreille, l'appareil auditif et le crâne tout entier, le pavillon est détruit : et voilà que l'ouïe altérée et dépravée depuis longtemps, recouvre une partie de sa finesse, ainsi qu'on l'a vu précédemment. Ce sont là des jeux de la nature, qui échappent à toute explication.
143e Observation. — Surdité nerveuse de cause catarrhale. — Le 1 1 décembre 1855, un jeune homme de vingt-sept ans, d'un tempérament sanguin, vient à ma clinique pour être traité d'une surdité deroreille gauche.
11 a eu une fièvre typhoïde, il y a trois ans; mais l'appareil auditif n'a ponit été affecté pendant cette maladie, quia duré deux mois.
Depuis un an seulement ce jeune homme s'est aperçu que l'ouïe du côté gauche devient paresseuse et dure : elle est le siège de bourdonnements continuels, qui simulent le bruit des cloches. 11 s'enrhumesouvenl, mais la poitrine est saine : les fosses nasales sont sujettes à un coryza, qui revient et disparait, sous l'influence des moindres variations de température; mais sans aucun changement, dans l'audition. — Le malade est également affecté d'une névralgie sus-orbitaire gauche, dont les intermittences sont très-variables.
Etat actuel. — La constitution est robuste, sanguine ; des pustules d'acné rosacea, se voient à la peau du visage; la gorge est saine; les amygdales à peine visibles; les narines sont libres : la membrane de Schneider est rougeàtre et sèche; mais sans hypertrophie de son tissu.
Pavillon régulier. — Méat large, peu cérumineux, dépourvu de poils : le tympan gauche, petit, légèrement déprimé à son centre , un peu opalin : la sonde pénètre dans la trompe d'Eustache, et la douche d'air pénètre sans bruit dans la cavité tympanique.
Point de douleur. —Bourdonnements graves, à type continu. — Dureté d'oreille. La montre n'est entendue qu'à 0,10 cenlitn. de ce côté, — et à plus d'un mètre du côté opposé, — normal. — Une injection potassique est lancée dans la trompe gauche; le malade n'accuse aucune douleur.
13 décembre. — Bruits muqueux de la caisse, bien sensibles, à l'auscultation, quand le malade fait une expiration forcée. (Douche d'air.)
14. — Toujours le bruit muqueux, mais plus fin : la montre est entendue à 0,20 cenlim. Nouvelle douche d'air.
Le malade nous annonce qu'il va partir en voyage: et bien qu'il ait promis de donner de ses nouvelles, je n'en ai plus entendu parler.
10 avril 1855. — Le malade en passant à Paris vient me voir: — il a été très enrhumé tout l'hiver. — Les bourdonnements existent toujours à gauche. — L'oreille droite en est exemple. — À gauche, la montre est entendue à 0,06 cenlim. — A droite, à 0,38.
Deux douches d'air chloroformé dans chaque oreille. — Avec changement notable dans les chiffres précédents. — Ainsi, après la douche, la montre est entendue à 0,(1 cent. — A droite, à plus de 0,60.