CHAPITRE II
PHYSIOLOGIE Unage des différentes parties de l'appareil auditif.
§ 1. — Trajet des sons dans l'oreille.
i° Dans l'oreille externe, rôle du pavillon.
Le pavillon a deux usages: 1° il réfléchit les ondes sonores, et jusqu'à un certain point, les dirige dans le canal auditif. Sans doute, Boerhaave avait exagéré ce rôle en affirmant, d'après un calcul, que toutes les saillies et inégalités du pavillon réfléchissaient régulièrement les ondes sonores dans la conque. On sait aujourd'hui que le calcul ne démontre rien de semblable; mais il faut cependant reconnaître que les ondes qui frappent la conque, sont réfléchies vers le tragus, lequel, en retour, les réfléchit dans le conduit auditif. De sorte qu'au fond l'idée de Boerhaave est vraie.
Si d'ailleurs, pour nier cet usage, on voulait dire, avec Itard (J). que la perte complète du pavillon n'a paru, dans certains cas, nullement diminuer la finesse de l'ouïe, on pourrait répondre que d'autres fois on a observé le résultat inverse, et l'on pourrait surtout invoquer les expériences de Buchanan. — Ce physiologiste ayant mesuré sur cent personnes l'angle que formait le pavillon avec la région temporale, a vu que la délicatesse de l'ouïe était en rapport avec le redressement plus considérable de cet appareil.
Enfin, Esser a fait voir que, chez certains animaux, le pavillon se redresse pour aller au-devant des ondes sonores et les recueillir.
2° Un second usage plus important du pavillon ou auricule est de transmettre le son.
Savait a démontré, dans ses belles expériences, que des mem-
(1) Traité des maladies de l'oreille. Paris, 184V, t. 1er.
ÎO TRAITÉ DES MALADIES DE i/OREILLE.
branes de la nature et de la densité du pavillon, frappées perpendiculairement par des ondes sonores, résonnent et transmettent le son. Or, les saillies du pavillon sont tellement nombreuses et diversifiées que, de quelque part qu'elles arrivent, les ondes seront toujours ou presque toujours perpendiculaires à la tangente de l'une d'elles.
Ainsi, le pavillon reçoit les ondes, en réfléchit quelques-unes et en transmet le plus grand nombre à l'air du conduit auditif,, à la membrane du tympan et aux os de la tête.
A. — Rôle du conduit auditif externe.
1° L'air qu'il renferme continue directement les ondes aériennes.
2° Ses parois conduisent sur la membrane du tympan les ondes transmises parle pavillon.
3° Muller (1) ajoute que la colonne d'air, contenue dans le canal, résonne et augmente l'intensité du son. Pour le prouver, il suffit d'allonger le tuyau que représente le conduit par un autre tuyau, surajouté et bien adapté : les sons deviennent plus intenses. Pour bien remplir ses fonctions, le canal doit avoir certaines conditions : sa courbure est utile et existe chez tous les animaux pourvus d'un conduit; trop large ou trop étroit, il fait perdre à l'ouïe sa finesse.
L'oblitération du conduit auditif externe entraîne la surdité.
Le cérumen en trop grande abondance empêche la propagation des ondes sonores. Cependant, il en faut une quantité suffisante pour humecter le canal.
Esser a amélioré l'état de l'audition en instillant un corps gras dans le conduit auditif chez plusieurs malades. On croit que les poils protègent la membrane contre le contact des substances mêlées à l'air.
B. —Rôle des parois solides du crâne et de la tête.
Les parois contribuent à transmettre les sons : on le prouve en tenant une montre entre les dents.
Que l'on se bouche les oreilles, on entend néanmoins la voix
(l) Manuel de physiologie, traduit de l'allemand par A. J. L. Jourdan. Paris, 1851.
PART. I. — CHAP. II. PHYSIOLOGIE. îi
d'une personne voisine, et si, comme Esser Ta fait, on applique une montre en avant et en arrière de la tête, on constate que la partie postérieure transmet mieux les ondes sonores que la partie antérieure.
Trajet des sons dans l'oreille moyenne ; rôle de la membrane du tympan.
Son importance est attestée par sa présence constante chez les animaux à audition aérienne.
Elle est très-oblique dans les animaux souterrains, et presque horizontale chez la taupe.
Son inclinaison a pour avantage, outre qu'elle augmente son étendue, de changer la direction et le mode des ondes sonores. Elle reçoit ces ondes, comme on l'a vu, soit par l'air du conduit, soit directement par les parois du canal, et vibre, sous leur choc, comme vibre une des peaux d'un tambour, lorsqu'on met l'autre en mouvement par un choc rapide.
Itard (1) a nié ces vibrations de la membrane, parce qu'il n'a pu les voir; mais l'expérience est ici démonstrative, car Savart a vu sautiller de la poudre de Iycopode et des grains de sable sur des membranes minces, frappées par des ondes sonores, et même sur la peau d'un tambour, auprès duquel on produisait des sons éclatants. La cloison tympanique vibre donc.
Elle est en outre susceptible d'un autre mouvement très-différent, celui que lui impriment les déplacements de la chaîne des osselets, sous l'influence de contractions musculaires.
Ce second mouvement, auquel on a fait jouer un grand rôle, sous le nom de tension et relâchement de la membrane du tympan, est en quelque sorte passif chez l'homme, puisqu'il résulte uniquement du jeu des osselets.
Il serait actif, chez l'éléphant et la baleine, s'il est vrai, comme 1 a dit le premier E. Home, que la membrane chez ces animaux est dénature musculaire; en outre, s'il est vrai, comme l'a dit Muller, que la grenouille ait une chaîne osseuse brisée et articulée, en l'absence d'aucun muscle propre à la mouvoir ; il faudrait admettre, pour certains animaux au moins, un autre mode de déplacement de la membrane, qui alors probablement pourrait se tendre et se relâcher, en raison de la pression variable de l'air à l'intérieur et à l'extérieur de l'oreille.
(1) Traité des maladies de l'oreille. Paris, 1842.
Chez l'homme, la tension peut avoir lieu par le muscle interne du marteau ou par le muscle de l'étrier (quand il existe), c'està-dire par une puissance qui agit à Tune ou à l'autre extrémité de la tige, et le relâchement est alors un simple effet de l'élasticité et n'est pas actif, quoi qu'en ait dit Sœmmering.
Arnold dit que le ganglion otique présiderait aux mouvements des deux muscles précités (du marteau et de rétrier), comme le ganglion opthalmique présiderait aux mouvements de l'iris. On trouverait ainsi une analogie de plus à établir entre l'iris et la cloison tympanique, analogie revendiquée par Richerand, et que Lecat avait déjà signalée (1).
Le muscle interne du marteau agit, en général, indépendamment de la volonté; mais il est aussi, chez quelques personnes, sous sa dépendance. — Fabrice, Mayer, J. Muller. M. le professeur Bérard, possèdent cette faculté.
Quant au rôle de la tension et du relâchement de la cloison, relativement à l'audition, tous les physiologistes ne l'ont pas entendu de la même manière.
Suivant Bichat, la tension aurait lieu pour des sons faibles, et le relâchement pour des sons forts.
Savart a établi le contraire dans ses expériences : d'après lui, la membrane du tympan se relâche pour la perception des sons faibles et se tend pour les sons plus intenses; et en outre, lorsque accidentellement la membrane est fortement tendue par raréfaction de l'air de la caisse ou par condensation de Pair extérieur, l'oreille perd la faculté d'entendre les sons faibles et ne perçoit que ceux qui sont forts : autrement l'ouïe est diminuée; on s'en assure lorsque le nez et la bouche, étant fermés, on fait une forte expiration, qui condense Fair dans l'intérieur de la caisse, ou bien une inspiration forte et soutenue, ce qui raréfie l'air de la même cavité.
Dans ces deux expériences faciles à répéter, on entend mal, l'ouïe est obtuse, parce que la membrane est tendue et fait saillie en dehors pendant l'expiration; en dedans, pendant l'inspiration.
Muller (d'après ses expériences sur la tension des membranes) pense que certains cas de surdité partielle sont dus à ce que la
(I) L'absence du ganglion otique, chez les animaux qui manquent de membrane tympanique, prouve assez quels sont ses usages. (Arnold.)