‹ Traité pratique des maladies de l'utérusChapitre 8 sur 159 · DE SES AJXINEXES ET DES ORGANES GÉNITAUX EXTERNES · texte numérisé non relu

DE SES AJXINEXES ET DES ORGANES GÉNITAUX EXTERNES

Avant de tracer le tableau des maladies des organes génitaux chez la femme, nous croyons qu'il est intéressant et utile d'esquisser brièvement l'histoire de cette importante portion de la pathologie; d'initier le lecteur aux difficultés de ses débuts, à la lenteur de son évolution; de lui montrer par quelle suite de pénibles progrès et de laborieuses conquêtes la médecine est enfin parvenue à posséder sur ce ténébreux sujet des notions plus précises, des connaissances qui laissent peu à désirer. Dans ce coup d'œil rapide, nous signalerons les acquisitions successives de la science, nous rendrons;, autant que possible, à chacun selon ses œuvres, faisant, comme il convient, la part du passé et celle du présent, et fixant surtout avec une stricte impartialité ce qui revient de mérite à tous ceux qui ont coopéré à l'œuvre commune.

Les livres hippocratiques traitent assez longuement des maladies de l'utérus. On y trouve certaines considérations exactes sur les déviations et les déplacements; mais c'est l'inflammation de la matrice

NONAT ET LINAS. 1

2 niSTOEIQUE.

qui paraît avoir surtout attiré l'attention du père de la médecine. On peut même dire que, pour l'école de Gos, là était prescjue toute la pathologie utérine. Encore ne faudrait-il pas s'imaginer qu'Hippocrate ait connu la métrite comme nous la connaissons de nos jours, et qu'il en ait distingué les variétés que nous, établirons plus tard. La description qu"il donne de l'inflammation utérine se rapporte à l'organe tout entier, et s'applique uniquement à la phlegmasie des femmes en couches. Dans ce chapitre, les accidents puerpéraux ont été retracés avec une admirable précision ; la métro-péritonite surtout, la fièvre puerpérale de quelques auteurs, s'y trouve décrite à merveille. On regrette qu'Hippocrate n'ait pas su discerner les lésions qui appartiennent en propre à l'utérus de celles qui ont pour siège les tissus voisins. Nous verrons qu'il faudra l'observation de bien des siècles pour faire cesser cette confusion.

Hippocrate paraît avoir entrevu la paralysie symptomatique des maladies utérines, N'est-ce pas elle, en effet, qu'il faut voir désignée dans ce membre de phrase : (( Si ex partu ams ah uteris claudum factum fuerit, ab uteris adcoxam declinantibus .. .» {Demorb. muL, lib. I, n" 16.)

Galien exprime le même fait, et dans des termes à peu près semblables : « Quibus uteri inclinatio est, in coxam dolorem transire, et e^us ipsum, quod è regione est, per incessumclaudicare.» {De loc. uffect., lib. VI, c. v.)

Seulement c'est à tort qu'Hippocrate et Galien rattachent toujours cette paralysie à une déviation de la matrice ; nous verrons plus tard quel est le point de départ le plus fréquent de ces sortes de paralysies, quand nous tracerons leur histoire complète.

( Gomme si les livres hippocratiques avaient dit le dernier mot sur les affections utérines, les auteurs des siècles suivants, les médecins de l'antiquité et du moyen âge, se sont contentés de reproduire à ce sujet les traditions de l'école de Cos. Paul d'Égine, dans son chapitre intitulé De inflammatione uteri (lib. HI, c. lxiv), décrit la phlegmasie aiguë de l'utérus, à laquelle il fait jouer, à l'exemple d'Hippocrate, un rôle exagéré, et qu'il considère comme la cause des çléviations et des déplacements. Il signale sa terminaison possible par suppuration et par induration, cum duritiâ. C'est ainsi que Lisfranc se trouvait devancé de bien des siècles par Paul d'Égine dans l'his-

llISTOUlQtJE. â

toire de l'engorgement de l'utérus. Quelques auteurs modernes ont même voulu voir là la première indication des phlegmons périutérins. C'est une erreur; car il est clair que, dans tout ce chapitre, il n'est question que de la matrice, et nullement de ses annexes. Que si l'on voulait faire remonter jusqu'à Paul d'Égine le mérite de cette découverte pathologique^ on ferait mieux d'en chercher les traces dans le chapitre lxviii. De scirrho et duritle. On verrait que Paul d'Égine y insiste sur des inflammations de \q. vulve [vulvœ) qui ne se sont terminées ni par résolution, ni par suppuration, mais qui ont donné lieu à une induration qu'il appelle squirrhe. « Cette induration, non douloureuse à la pression, doit être attaquée, dit-il, dans le principe, par des émissions sanguines, des cataplasmes, etc. » Quant à nous,, nous trouvons les termes dont se sert le médecin grec tellement, vagues , tellement équivoques , que nous craindrions de forcer l'interprétation et de lui faire dire autre chose que ce qu'il a voulu exprimer, en accordant qu'il a parlé le premier des engorgements péri-utérins.

îlhazès a reproduit, dans im style obscur et confus, les idées de Paul d'Egine sur l'inflammation et l'induration de la matrice. Dans son chapitre De ulceribm matricis, il est dit que les ulcères peuvent se terminer par la suppuration, qui affaiblit les femmes, puis les fait, mourir. A coup sûr, il est ici question du cancer de la matrice. Mais, nous le répétons, il règne une telle confusion, une telle obscurité dans les descriptions de Rhazès, qu'il est difficile d'y démêler quelque chose de précis, D'ailleiu^s, il paraît se soucier assez peu de l'étiologie, de la symptomatologie et du diagnostic. Tout semble avoir été écrit surtout en vue du traitement.

Avicenne n'est pas beaucoup plus clair que Rhazès. Comme lui, il traite assez longuement De ulceribus et apostematilrus . Mais il a le mérite d'avoir essayé de jeter quelque jour sur l'étiologie des phlegmasies utérines. Déjà Avicenne reconnaît qu'il existe des inflammations indépendantes de l'état puerpéral : il n'insiste point là-déssus ; mais il parle, en termes assez précis, de l'influence des troubles menstruels sur le développement des maladies de la matrice, des phénomènes sympathiques et des accidents nerveux qui les compliquent souvent.

h mSTORlQUE.

Fernel (liv. VI^ chap. xv) parle de sqiiirrhes, de phlegmons et d'abcès de l'utérus, sans rien ajouter à ce qu'en a dit Paul d'Égine.

Baillou, en traitant du prolapsus utérin, dit peut-être le premier mot de riiématocèle péri-utérine : « Circum uterum ipsum , copia sanguinis cogipotest, quâ tandem erumpente, relaxatis prœ humiditate ligamentis, utérus procidit. » Dans cette phrase, le mécanisme du proapsus utérin est expliqué dime manière impossible, sans doute; mais l'hématocèle s'y trouve signalée, ce nous semble, on ne peut plus nettement.

Forestus (1563) a longuement écrit touchant les maladies des femmes {De midierum morbis). Il s'étend beaucoup sur les troubles de la menstruation et les affections diverses qu'ils peuvent entraîner. Son chapitre de l'inflammation de la matrice n'est qu'un long et savant commentaire des idées de Paul d'Egine sur le même sujet. Forestus entre dans de curieux développements à propos de la phlegmasie utérine terminée par abcès. Dans la description qu'il donne de la tumeur, de la marche, des symptômes de l'affection, il est aisé de voir qu'il s'agit, dans la plupart des cas, d'une lésion développée, non point dans l'utérus lui-même, mais dans son voisinage. 11 est bien évident que, de nos jours, on aurait rapporté, soit à une phlegmasie péri-utérine, soit à l'hématocèle, la majeure partie des tumeurs dont parle Forestus. On trouve, enfin, dans cet auteur, des renseignements assez vagues sur les ulcérations utérines. Les descriptions qu'il donne se rapportent plus spécialement au cancer ulcéré, les moyens d'investigation auxquels on avait recours de son temps ne permettant guère de saisir des lésions moins importantes et moins prononcées, telles que les granulations et les simples érosions du piuseau de tanche.

Les ulcères de la matrice ont été mieux étudiés par Rivière que par ses prédécesseurs. Le médecin de Montpellier décrit non-seulement les diverses formes admises de nos jours, mais même il comprend, à l'exemple des anciens, sous le nom d'ulcères, les tumeurs abcédées des organes génitaux. A ce propos, il décrit, à ne pas s'y méprendre, les tumeurs phlegmoneuses des fosses iliaques et leurs différentes terminaisons par rupture dans la vessie, le vagin, le rectum, etc. Il insiste, pour le traitement, sur l'emploi des émissions sanguines.

Fr. Hoffmann (tome I*% part. II) commente avec une remarquable érudition et une grande justesse de jugement les chapitres d'Hippocrate et de Paul d'Égine sur l'inflammation de la matrice.

Avec Morgagni commence une ère nouvelle pour la médecine. Bien des ténèbres devaient être dissipées par le flambeau de l'anatomie pathologique; mais comme les affections utérines ne sont pas de celles qui se terminent ordinairement par la mort, elles ne profitèrent pas au même degré que les autres maladies des lumières répandues par les immortels travaux de Morgagni. Cependant les accidents puerpéraux, au lieu d'être tous confondus, et rapportés uniquement et d'une manière vague à une inflammation de l'utérus, furent distingués et séparés suivant l'organe ou la partie d'organe malade, suivant le siège précis du travail inflammatoire. C'est ainsi que Morgagni rapporte des cas d'ovarite et une observation très-remarquable de phlegmon iliaque, chez une femme morte trente et un jours après les couches {Epist. xlvi, art. 27 et 28). Morgagni semble avoir entrevu les engorgements chroniques des ligaments larges, quand il parle, d'après Albertus, son maître, d'une tumeur du bas-ventre amenée à résolution par l'emploi du chamœpitys; et, d'après Valsalva, de tumeurs prétendues cancéreuses, dont la marche avait pu être enrayée par des saignées répétées quatre fois par an [Epht. xxxix, art. 35),

Morgagni a connu et décrit les tumeurs fibreuses, qu'il prenait pour des cancers.

Les symptômes qui accompagnent les accidents puerpéraux ont été assez clairement décrits par Mauriceau. Cet auteur signale aussi sous le nom de squirrhe ce que Lisfranc désignera plus tard sous le nom d'engorgement partiel de l'utérus. « J'ai vu, dit Mauriceau, plusieurs femmes avoir, durant trois ou quatre mois entiers, en suite de leur accouchement ou d'un avortement , des squirrhes phlegmoneux de tout un seul côté de la matrice et des parties voisines de l'aine, oîi elles ressentaient une extrême douleur, etc.. J'ai aussi vu quelques-unes de ces tumeurs apostumer au dehors. » Il faudrait être bien aveugle pour ne pas reconnaître dans cette description les phlegmons péri-utérins.

Mauriceau signale encore un fait important : c'est que les flueurs blanches viennent souvent de la matrice ; et il recommande de ne

pas recourir mal à propos, comme beaucoup de médecins, aux in- -jections et aux remèdes astringents, mais de faire d'abord l'évacuation du corps par la saignée, les purgatifs et autres remèdes convenables; plus tard viendront les injections. Il est impossible de dire des choses plus justes touchant le traitement qui convient à la métrite interne.

Dans Nicolas Lepois, on lit la phrase suivante: « Si longiori tempore menses supprimantur , nullamque medicus vacuationem rnulieri promoveat, tumor aliquis in ilibus exoritur, ostendens ex internis partibus quamdam esse inflammationem. » Les phlegmons péri-utérins ne sont-ils pas là clairement désignés ?

Astruc, dans son Traité des maladies des femmes, s'étend sur l'inflammation de la matrice et sur Tinflammation de l'ovaire, qui, selon lui, est presque toujours la suite de la première.

On lit aussi dans Delamotte et dans Ledran des observations intéressantes de tumeurs phlegmoneuses des fosses iliaques.

Mais il faut arriver à Puzos et à Levret pour trouver sur ce sujet des recherches vraiment utiles. Ces deux auteurs ont étudié avec un très-grand soin les tumeurs qui se développent, à la suite des couches, autour de l'utérus et dans l'excavation pelvienne. Puzos en a donné d'une manière claire et précise les caractères, les symptômes, l'évolution, la marche et le traitement. On regrette que cet observateur, entraîné par ses préoccupations humorales, ait admis une explication si grossière pour le mécanisme de la formation de ces tumeurs. On sait qu'il les considérait comme une sorte de produits métastatiques résultant du transport du lait des mamelles vers l'utérus. C'est pourquoi il les désignait sous le nom de dépôts laiteux. Et pourtant, chose étonnante ! il blâme l'emploi unique des apozèmes et des émollients dans le traitement de ces dépôts, et il préconise l'usage des émissions sanguines répétées, et à hautes doses, qui, suivant lui, sont seules capables de prévenir la terminaison par suppuration.

Deleurye en 1777, dans son Traité d'accouchements, Doublet, en 1779, Orastelier, en 1812, reproduisent les idées et les théories de Puzos, sans y rien ajouter.

HISTORIQUfe. '1

Gardien, en 1824, proteste contre la dénomination de dépôts laiteux employée par les auteurs précédents ; il établit que ces tumeurs ne sont pas formées par le lait lui-même, comme le croyait Puzos, mais qu'elles dépendent toujours de l'inflammation de quelque partie qui détourne les humeurs de leur direction naturelle et les attire vers le point irrité.

Gardien consacre un long chapitre à la métrite, qui, d'après lui, est l'inflammation du tissu propre de l'utérus ; il la distingue en aiguë et en chronique ; il admet qu'elle peut se développer en dehors de l'état puerpéral, et que le travail inflammatoire dont la matrice est le siège se propage quelquefois aux ligaments larges.

La période de l'histoire des affections de la matrice que nous venons de traverser, et qui s'étend de Levret à Gardien, est remarquable en ce que la pathologie utérine semble être le privilège exclusif des accoucheurs. Aussi n'est-il pas surprenant que ces auteurs, suivant^ du reste, en cela l'exemple des anciens, se soient occupés tout particulièrement des maladies de l'utérus consécutives à l'accouchement.

Pour ceux qui liront attentivement les pages qui précèdent, il est clair que la pathologie utérine n'est guère sortie jusqu'à présent des traditions hippocratiques. Pour mieux se convaincre de ce que nous avançons, on n'aura qu'à parcourir l'ouvrage de Nauche, intitulé Des maladies propres aux femmes, et qui résume d'une manière trèscomplète l'état de la science à son époque. Disons cependant que fauche n'est pas un simple historien, qui se contente de rapporter ce qu'il tient de ses devanciers; c'est encore un praticien habile, un observateur judicieux qui, ajoutant aux notions déjà acquises les résultats de sa propre expérience, a certainement le mérite d'avoir fait des affections utérines une étude plus approfondie, plus exacte qu'on ne l'avait faite avant lui. L'auteur débute par des considérations physiologiques d'un grand intérêt sur les fonctions de la matrice, sur l'importance de son rôle dans la vie de la femme et sur les sympathies étroites qui unissent cet organe au reste de l'économie.

Il aborde ensuite les lésions mécaniques ou déplacements de la matrice, qu'il ne considère comme sérieux et ne méritant de fixer l'attention des praticiens que lorsqu'ils sont poussés trop loin. Il indique tous les moyens usités de son temps pour les combattre.

Dans la seconde partie de son livre, consacrée aux phlegmasies des organes propres aux femmes, on trouve la métrite décrite avec détail. Nauche la divise en inflammation de la membrane séreuse ou péritonéale de la matrice, inflammation du tissu propre et inflammation du tissu muqueux. Ces deux dernières formes de métrite peuvent être aiguës ou chroniques. La métrite interne chronique, donnant toujours lieu à des pertes blanches plus ou moins abondantes, est désignée sous le nom de catarrhe utérin. Nauche admet que l'écoulement leucorrhéique peut venir non-seulement de l'utérus, mais encore des trompes et des ovaires. C'est une maladie rarement simple; elle est le plus souvent unie à une affection spécifique, à un vice dartreux, rhumatismal, scrofuleux, ou compliquée de quelques troubles digestifs. Nous dirons plus tard ce qu'il faut penser d'une pareille doctrine, en même temps que nous nous expliquerons sur le prétendu catarrhe utérin. Quoi qu'il en soit, Nauche a le mérite d'avoir insisté, des premiers, sur la nécessité de distinguer la métrite suivant le siège de l'inflammation, et d'avoir appelé l'attention des médecins sur l'écoulement leucorrhéique et sur la phlegmasie de la surface interne de l'utérus.

Mais il faut arriver à Récamier pour voir la pathologie utérine sortir un peu du chaos où elle est demeurée jusqu'alors ensevelie. Rompant hardiment avec les traditions du passé; remettant en honneur l'usage du spéculum, depuis longtemps négligé et môme tombé dans l'oubli ; appliquant à l'étude des lésions utérines les différents modes d'exploration qui nous sont familiers aujourd'hui, cet illustre praticien ouvre une voie nouvelle et donne le signal d'une importante [révolution médicale, d'oii sortira la pathologie utérine telle qu'elle existe de nos jours et telle que nous essayerons de la présenter dans cet ouvrage. Esprit entreprenant, audacieux môme, Récamier ne se contente pas de ce que lui apprennent ses yeux par le spéculum et ses doigts par le toucher ; il veut pénétrer, en quelque sorte, jusque dans les profondeurs de l'utérus, et il ne craint pas de porter des instruments dans la cavité de cet organe, dont aucun médecin, avant lui, n'avait osé franchir l'oriJBce externe dans l'état de vacuité. Récamier fit donc pour l'utérus vide ce que Levret, près d'un siècle auparavant, avait fait pour l'utérus chargé du produit de la conception. Grâce à ses tentatives hardies, il jeta quelque jour sur le diagnostic si obscur des maladies de la matrice ; il précisa quel-

ques-unes de ses altérations ; il vulgarisa l'étude, h peine ébauchée, de la métrite interne, et il émit sur cette affection des idées neuves et justes. Il fit connaître les granulations intra-utérines, et découvrit ainsi une source fréquente de métrorrliagies opiniâtres, qui faisaient auparavant et qui font même encore, de nos jours, le désespoir de beaucoup de praticiens.

Il remania la thérapeutique comme il avait fait] de la sémiologie. C'est là surtout qu'il déploya une hardiesse qui surprit beaucoup ses contemporains et qui fait encore trembler quelques médecins de nos jours, (^lonséquent avec ses idées pathologiques, Récamier imagina d'aller attaquer le mal jusqu'en son foyer. Dans les cas de métrite interne simple, il porta des modificateurs sur la muqueuse enflammée; dans les cas de granulations intra-utérines, il introduisit dans le corps de la matrice un instrument destiné à racler la surface malade, à détacher et à ramener au dehors les excroissances morbides ; cet instrument, c'est la curette. C'est encore à Récamier que l'on doit l'emploi des topiques divers dans le vagin, pour combattre la métrite (cataplasmes, sachets).

Mais Récamier ne borna pas ses investigations à la matrice même ; il étudia aussi les maladies de ses annexes, et c'est à lui que revient l'honneur d'avoir donné la première observation authentique d'hématocèle péri-utérine, sous le tilre de tumeur sanguine du bassin.

Tandis que Récamier réformait, en quelque sorte, la pathologie utérine, un autre praticien d'un immense talent et d'une grave autorité s'efforçait de la ramener dans la voie des anciennes doctrines. Lisfranc croyait peu à la métrite interne : il a dit et il a écrit des choses fort justes sur la leucorrhée ; mais, à ses yeux, cet écoulement n'était pas un produit d'inflammation, c'était un simple flux, un catarrhe utérin; il retombait dans les idées de Nauche. Mais Lisfranc avait remis en honneur l'opinion surannée des engorgements de la matrice. C'est là le point de départ de sa doctrine et la base de sa thérapeutique. Pour lui, presque toute la pathologie utérine se résume dans le mot engorgement.

L'engorgement est tantôt général, tantôt partiel. Il est rarement simple; le plus souvent il s'accompagne d'un déplacement de l'organe. Ce déplacement doit même se produire tôt ou tard ; car il est, suivant Lisfranc, le résultat mécanique et nécessaire de l'engorgement, l'utérus se portant du côté oii l'entraîne la portion la plus

do HISTORIQUE.

épaisse et la plus lourde. Ainsi, l'engorgement est-il général, la matrice est déplacée suivant son axe vertical, elle descend dans le vagin; il y a procidence. Mais elle s'incline en avant, en arrière, à droite ou à gauche, suivant que l'engorgement est antérieur, posté* rieur ou latéral.

Avec de telles idées, Lisfranc devait être peu enclin à adopter la thérapeutique instituée par Récamier, et à mettre en usage la cautérisation intra-utérine; aussi la proscrivit-il d'une manière presque absolue. On le voyait quelquefois porter le nitrate acide de mercure sur la surface externe du museau de tanche, quand celui-ci était le siège d'altérations anciennes et rebelles. C'est surtout à un traitement général, en rapport avec ses idées nosologiques, que Lisfranc imagina d'avoir recours; et il institua une méthode rationnelle dont il retira parfois d'excellents effets. A ce qu'il prenait pour des engorgements utérins, il opposa les évacuants et les dérivatifs, les émissions sanguines et les fondants. Il commençait par les saignées générales à petite dose; et comme il avait remarqué que la fluxion menstruelle amène presque à coup sûr une recrudescence dans les accidents, c'était surtout à la suite des règles, et dans le but de détruire les effets de la congestion utérine consécutive, qu'il prescrivait une petite saignée révulsive. Il employait quelquefois aussi les cataplasmes, les vésicatoires et souvent les pommades résolutives sur le bas-ventre ; il recommandait la diète et le repos ; puis il achevait le traitement par l'administration interne de l'iodure de potassium et des préparations de ciguë.

■ Lisfranc, grâce à ce traitement^ obtint de beaux succès et réussit môme là où d'autres avaient échoué. Si l'adage latin « Naturam. morborum oslendunt curationes » est vrai, Lisfranc avait donc raison, et, avec lui, toute l'antiquité. Lisfranc avait raison et tort tout ensemble, je m'explique. Il avait raison de croire, dans l'immense majorité des cas, à l'existence d'un engorgement et de recourir à la méthode antiplilogistique; mais il avait tort de placer l'engorgement dans le tissu propre de l'utérus. Nous dirons plus tard que les engorgements partiels de cet organe n'existent point, et que les tumeurs que Lisfranc plaçait ainsi dans une des parties de la matrice appartiennent aux tissus ambiants. Le chirurgien de la Pitié était donc dans le vrai quant à la nature de lésion, il ne se trompait que sur le siège de l'engorgement; mais il a eu l'immense mérite de concevoir et d'appliquer une méthode de traitement fort rationnelle : c'est ainsi

-qu'il faisait, qu'on nous permette de le dire, de la prose sans le javoir.

En 1832, M. Duparcque publia un livre recommandable, intitulé : Traité théorique et pratique sur les altérations organiques, simples ou cancéreuses de la matrice. Dans cet ouvrage l'auteur insiste beaucoup sur les engorgements du corps de l'utérus, et surtout sur ceux du col, dont il distingue plusieurs variétés. Il conseille les émissions sanguines, et en particulier l'application de sangsues sur le col de la matrice. On voit que M. Duparcque développe des doctrines qui ne s'éloignent guère de celles de Lisfranc.

Cependant les idées de Lisfranc et celles de M. Duparcque ne furent pas accueillies avec beaucoup de faveur; elles furent môme réprouvées par un grand nombre de praticiens. Elles rencontrèrent surtout un rude adversaire en M. Velpeau. Ce chirurgien nia les engorgements utérins d'une manière absolue; et ce que Lisfranc leur rapjortait, il l'attribua aux déplacements de la matrice. L'éminent professeur fit une étude très-soignée des changements de direction de l'organe; il crut pouvoir affirmer que les tumeurs que Lisfranc regardait comme des engorgements partiels n'étaient pas autre chose que la saillie du corps de l'utérus, infléchi ou dévié tantôt en avant, tantôt en arrière, d'autres fois sur les côtés. M. Velpeau, comme Lisfranc, méconnut les engorgements péri-utérins. Il admit, mais comme rare et très-exceptionnelle, la métrite interne chronique ; pour lui aussi la leucorrhée était un simple catarrhe. Mais les altérations du museau de tanche fixèrent très-sérieusement son attention; il étudia particulièrement la métrite granuleuse du col, à laquelle il fît jouer un grand rôle dans les affections de la matrice. M. Velpeau préconisa les moyens mécaniques, et particulièrement la ceinture hypogastrique, contre les déplacements de l'utérus. Nous verrons dans la suite quels sont les avantages et les dangers de ces moyens, qui paraissent si simples au premier abord. M. Velpeau avait songé à redresser la matrice par une sonde de caoutchouc introduite dans le corps de l'organe, mais il n'a pas donné suite à ses expériences. Nous verrons que d'autres sont allés plus loin, et ont réalisé, sur une grande échelle, l'idée du savant chirurgien de la Charité. Contre les granulations du col, il employa la cautérisation au nitrate d'argent. A la leucorrhée, il opposa l'emploi prolongé des

injections astringentes, et surtout la décoction de roses de Provins dans du vin. Enfin, il combattit les douleurs avec de larges vésicatoires sur le bas-ventre, plus rarement avec des ventouses scarifiées.

Amussat émit des idées peu difTérentes de celles de M. Velpeau. Il fît aussi jouer un grand rôle aux déviations utérines et à la métrite granuleuse du col; mais il fut plus hardi en thérapeutique. Voyant l'innocuité des instruments introduits dans la cavité utérine par Récamier, il essaya de redresser mécaniquement la matrice déviée^ de la replacer et de la maintenir dans son axe normal au moyen d'une tige rigide introduite dans l'intérieur de l'organe. Mais les premiers essais d'Amussat furent funestes, et ce sage praticien s'empressa de renoncer à un procédé qu'il considérait comme dangereux pour les jours mômes des malades. Nous verrons bientôt jusqu'à quel point fut suivie cette leçon de prudence donnée par Amussat.

M. Ricord, dans un mémoire lu en 1832 devant l'Académie de médecine, insiste beaucoup sur l'origine des écoulements blancs chez la femme. Il les distingue suivant qu'ils viennent de la surface vaginale, de la muqueuse qui recouvre le museau de tanche ou de l'intérieur même de l'utérus. Dans le même travail, il s'occupe avec soin des engorgements du col et des diverses espèces d'ulcérations et de végétations dont cette partie de l'organe peut devenir le siège. Enfin, il indique les moyens thérapeutiques généraux et locaux qui lui semblent les plus propres à triompher de ces lésions. Il partage, pour le traitement général, les idées que Lisfranc cherchait à propager.

Dans le courant de la même année, et quelques mois après M. Ricord, M. Hervez de Chégoin communiqua à la même compagnie savante un Mémoire où il traitait de quelques déplacements de la matrice et des pessaires les plus convenables pour y remédier. Dans ce travail, l'auteur donne d'excellents préceptes sur le traitement des déviations utérines, et fait connaître les nouveaux pessaires qu'il a imaginés pour corriger ces lésions, sans nuire aux fonctions de l'organe ou sans leur apporter d'entraves.

A peu près vers la même époque, l'Académie de médecine entendait la lecture d'un travail de M. Mêlier, ayant pour titre : Considé-

rations pratiques sur le traitement des maladies de la matrice. En ce temps-là, Récamier venait de remettre en honneur le spéculmn, et il s'efforçait d'en vulgariser l'usage. M. Mêlier se fait l'avocat de cet utile instrument, et développe les meilleurs arguments pour démontrer la nécessité de l'exploration directe dans les affections utérines. Il y ajoute d'excellents préceptes sur la manière de se servir du spé culum et d'en tirer le meilleur parti possible. Puis il entre dans de longs et intéressants détails sur le traitement des maladies de matrice par les topiques immédiats, et, en particulier, par les bains du col de l'utérus. Il conseille de traiter la matrice malade comme on le ferait d'une partie extérieure ; d'appliquer sur le col des cataplasmes demiliquides, des topiques divers, des plumasseaux de charpie, des pommades qu'on renouvellera chaque jour, s'il le faut, ou tous les deux jours. Bien avant qu'Aran préconisât les pansements laudanisés du col utérin, M. Mêlier avait imaginé et mis en usage, dans les cas semblables et dans le même but, l'application du cérat opiacé. D'ailleurs, M. Mêlier reconnaît, avec une franchise qui l'honore, que, déjà avant lui, Bayle, dans l'article Cancer du Dictionnaire des sciences médicales., avait parlé d'appliquer des topiques sur le col de l'utérus; que Chaussier et beaucoup d'accoucheurs avaient porté des préparations de belladone sur cet organe dans les cas de rigidité du col ; que Dupuytren, après avoir pratiqué la cautérisation du col de la matrice, introduisait et laissait dans le vagin des bourdonnets de charpie ; que M. Guillon avait recommandé, dans les métrites chroniques, des cataplasmes liquides introduits dans le vagin à l'aide d'une seringue spéciale; qu'enfin M. Guilbert avait conseillé d'appliquer des sangsues immédiatement sur le col utérin. Tout cela est fort exact; mais il n'en reste pas moins à M. Mêlier le mérite d'avoir ' généralisé et vulgarisé, mieux qu'on ne l'avait fait avant lui, la médication topique dans les affections utérines, et d'en avoir soigneusement posé les indications.

L'auteur termine son Mémoire par une savante dissertation sur le catarrhe utérin, qu'il appelle encore état catarrhal ou phlegmasique de la muqueuse du col utérin. 11 insiste beaucoup sur l'influence que cet état exerce sur le développement d'autres maladies, et cherche à établir que si la leucorrhée n'est souvent qu'un symptôme d'affections diverses, bien souvent aussi elle devient, à son tour, la cause des maladies les plus graves, qu'elle engendre en se prolongeant. Contre le catarrhe utérin, il préconise les injections directes dans la

ilx HISTORIOÙË.

matrice, dans le double but de combattre l'état inflammatoire de la membrane muqueuse du col, et de la débarrasser des mucosités qui s'y amassent {Mémoires de r Académie royale de médecine, t. Il, 1833).

La métrite est longuement décrite dans l'ouvrage de Dugès et Boivin^ qui admettent aussi l'engorgement général ou partiel du tissu propre. Ils décrivent à part et assez longuement la métrite granuleuse du col. L'ovarite occupe aussi une place importante dans ce livre ; mais il est clair que les auteurs n'ont pas connu la fréquence des phlegmasies péri-utérines.

- De 1835 à 1839, des travaux importants ont été publiés sur les tumeurs phlegmoneuses des fosses iliaques par Dance, Ménière, Husson, Téallier ; par MM. Lebâtard, Piotay et Grisolle. Mais il est à remarquer que ces auteurs n'ont rien dit des phlegmasies péri-utérines et qu'ils ont peu parlé des engorgements limités aux ligaments larges*

Vers l'année 1837, les altérations du col utérin, sur lesquelles M. Velpeau avait appelé récemment l'attention des praticiens, furent soigneusement étudiées, à l'hôpital de Lourcine, par MM. Robert, Huguier et Michon. Ces trois chirurgiens s'appliquèrent à bien discerner et à classer méthodiquement les diverses variétés d'ulcérations et de granulations ; ils en précisèrent la nature, le siège anatomique et le mode d'évolution.

Dès lors, il fut possible de mieux déterminer l'emploi des moyens que ces lésions réclament. L'école de Lourcine vanta outre mesure les applications de sangsues sur le col de la matrice, puis les cauté- = risations légères. On avait commencé par cautériser timidement avec le, nitrate d'argent. Nous avons vu que Lisfranc se servait quelquefois aussi de nitrate acide de mercure. Mais M. Gendrin ne craignit pas de porter sur le col utérin la potasse caustique de Vienne, Son exemple rencontra quelques imitateurs. Filhos trouva le moyen de solidifier ce caustique puissant et d'en faire des crayons- cylindriques faciles à manier, dont Amussat vulgarisa l'usage.

Puis vint M. Jobert (de Lamballe), qui, dans les cas de lésions rebelles avec engorgement du col, conseilla et employa la cautérisa^ tion au fer rouge.

M. p. Dubois considère les inflexions, la chute, les déviations de l'utérus, l'engorgement et les érosions simples ou granuleuses comme des phénomènes accessoires, et le plus souvent étrangers à la symptomatologie des affections utérines chroniques. Les éléments primitifs et fondamentaux de ces maladies, soit au point de vue de la symptomatologie, soit au point de vue des indications thérapeutiques, sont, suivant lui, Taugmentation de la coloration, de la chaleur et surtout de la sensibilité de l'utérus, modifications accompagnées d'une hypersécrétion muqueuse et purulente ; c'est, en un mot, une phlegmasie utérine, et presque dans tous les cas, une phlegmasie catarrhale. Suivant M. Dubois, cette phlegmasie et ses effets sont, le plus souvent, bornés à la région cervicale de l'utérus ; toutefois, il reconnaît qu'elle peut franchir cette limite, se développer dans le corps de l'organe, pénétrer plus ou moins profondément dans ses éléments anatomiques, et en accroître le volume et la densité, c'est-à-dire en produire l'engorgement. M. Dubois ne fait que répéter les idées émises seize ans avant lui par M. Mèlier.

Plus tard, M. P. Dubois signala et décrivit une affection nerveuse de l'utérus, ou plutôt des organes génitaux, à laquelle il fît jouer un grand rôle. C'est une hyperesthésie, une sensibilité très-vive, tantôt étendue à toute la surface interne des voies génitales, tantôt limitée à la portion vaginale du col utérin, toujours accompagnée d'une coloration rouge des tissus, sans aucune tuméfaction. Lisfranc décrivait les mêmes phénomènes sous le nom d'état nerveux de l'utérus.

Malgaigne a beaucoup insisté aussi sur les névralgies utérines, et spécialement sur celles du col, dont il faisait dépendre une grande partie des douleurs qu'éprouvent les femmes atteintes de quelque affection de la matrice. Contre ces sortes de névralgies, Malgaigne proposait et pratiquait la section d'une des lèvres du museau de tanche, quelquefois même des deux, soit avec le bistouri, soit, et de préférence, avec des ciseaux mousses. Malgaigne professait que les déplacements et les déviations de l'utérus sont susceptibles d'amener des troubles assez graves dans la santé des femmes; il faisait grand cas de la ceinture hypogastrique et la prescrivait dans les antéversions, qu'il considérait avec raison comme les plus fréquentes des déviations.

En 18^0, Vidal (de Cassis) a publié un Mémoire intitulé : Essai êur

le traitement méthodique des affections utérines, dans lequel il reprend les idées déjà émises par M. Mêlier, et rapporte un certain nombre d'observations ayant pour but de démontrer le parti avantageux qu'on pourrait tirer des injections intra-utérines dans certaines maladies de la cavité de cet organe.

Hourmann a signalé les dangers de cette pratique. Il a communiqué à l'Académie de médecine une observation de métro-péritonite survenue à la suite d'une injection de feuilles de noyer dans l'utérus.

M. Chéreau, dans une série de Mémoires pour servii^ à l'étude des maladies des ovaires {l%hh), traça une bonne description de l'ovarite idiopathique et de l'ovarite puerpérale, et signala la fréquence de cette dernière espèce. Ce travail est basé sur un certain nombre d'observations.

Dans la séance du 9 octobre 18^9, M. Hervez de Chégoin donne lecture à l'Académie de médecine d'un rapport sur un Mémoire de M. le docteur Baud, ayant pour titre : Déviations et engorgements de V utérus ; nouveau moyen de les guérir. M. Baud soutenait, dans ce travail, que presque toutes les maladies de la matrice sont sous l'influence d'un état général, et que Tétat local ne doit être considéré que comme un état passif, un état secondaire ; que souvent les déplacements, les douleurs si vives et si rebelles de l'appareil génital disparaissent avec les changements apportés dans la constitution par un traitement hygiénique et médicamenteux convenable. M. Baud, reconnaissant aussi que les déviations de la matrice persistent quelquefois malgré toutes les médications générales, avait imaginé un instrument pour remédier à celle des déviations qu'il croyait la plus commune, l'antéversion.

M. Gibert professe depuis longtemps des idées analogues à celles que M. Baud a développées dans son Mémoire, et pense qu'il est plus important de combattre l'état général que l'état local chez les femmes atteintes de maladies utérines ; il veut surtout qu'on tienne grand compte des diathèses lymphatique, dartreuse, scrofuleuse, syphilitique, qui, selon lui, provoquent souvent ou entretiennent la leucorrhée. M. Gibert ne fait que reproduire les opinions de Nauche.

En 1846, j'entrepris à mon tour une étude clinique des affections utérines. Jusqu'alors les médecins s'étaient préoccupés surtout des altérations mêmes de la matrice; quelques-uns avaient signalé et décrit les maladies dont l'ovaire peut être le siège ; Récamier, nous l'avons vu, avait cité la première observation d'épanchement sanguin dans l'excavation pelvienne ; un grand nombre de travaux avaient été publiés sur les phlegmons et les abcès des fosses iliaques. Depuis Puzos, l'attention des praticiens était fixée sur les engorgements du tissu cellulaire des ligaments larges, consécutifs à l'accouchement ; Nauche, Dugès et Boivin, Lisfranc et d'autres encore, ajoutèrent des documents utiles à l'œuvre de Puzos. Mes premières recherches, exécutées à l'hôpital Cochin, dans un service où étaient reçues des femmes récemment accouchées, venant de la Maternité, mes premières recherches , dis-je , eurent naturellement pour objet les phlegmons puerpéraux des ligaments larges. Mais je ne tardai pas à m'apercevoir qu'indépendamment des phlegmons décrits par Puzos, Dugès et Boivin, et qui suivent immédiatement les couches, affectent assez souvent une marche aiguë et se terminent quelquefois par la suppuration, il existe encore d'autres engorgements, à marche lente, insidieuse, à évolution latente, et n'ayant presque pas de tendance à suppurer. Ces tumeurs phlegmoneuses qui, comme les premières, suivent très-souvent les couches, mais qui ne se manifestent qu'un assez long temps après, de sorte qu'on les en croirait indépendantes, ces tumeurs qui peuvent aussi se développer en dehors de l'état puerpéral, et sous l'influence de causes que nou étudierons plus tard, fixèrent désormais mon attention d'une manière toute spéciale. Un de mes internes, M. Boyer, en fit le sujet de sa thèse inaugurale (20 janvier 18/i8). Dans le courant de l'année 1850, je fis à l'hôpital Cochin des leçons sur les phlegmons des ligaments larges, qui ont été reproduites par la Gazette des hôpitaux.

Puis, poussant plus loin mes investigations, je trouvai des engorgements de la même nature non-seulement dans les replis des ligaments larges, à une certaine distance de l'utérus, mais tout auprès de l'organe, dans presque tous les points du tissu cellulaire qui l'environne, en avant, en arrière et sur les côtés.

Jusqu'alors j'avais admis, à l'exemple de Lisfranc, quoique avec une certaine répugnance, les engorgements partiels de l'utérus. M. Yeipeau les repoussait, comme nous l'avons dit ; mais il les remplaçait par les déviations utérines, qui ne me paraissaient guère

NONAT ET LINAS. 2

rendre un compte satisfaisant des phénomènes et des accidents observés chez les malades. La découverte des phlegmons péri-utérins (c'est ainsi que je les désignai dès l'origine) mettait un terme à toutes mes incertitudes. Ainsi se trouvait expliquée l'erreur de Lisfranc ; il devenait évident pour moi, désormais, que les engorgements, que ce chirurgien plaçait dans une des parois utérineS;, avaient en réalité leur siège dans les tissus ambiants. C'est sous mon inspiration que M. le docteur Martin, un de mes élèves, présenta, le 10 décembre 1851, une thèse intitulée: Des phlegmons des ligaments lorges et du tissu cellulaire péri-utérin.

En 1852, je continuai mes recherches à l'hôpital de la Pitié, et je fis, pendant trois années consécutives, des leçons publiques sur les maladies de l'utérus et de ses annexes, et, en particulier, sur les engorgements inflammatoires des ligaments larges et des tissus qui entourent la matrice.

L'étude des phlegmons péri-utérins devait me conduire bien naturellement à celle des collections sanguines du petit bassin. De bonne heure, j'ai cherché à discerner les caractères propres de ces deux variétés de tumeurs, afin de pouvoir en établir le diagnostic différentiel. Deux thèses importantes ont été publiées sur l'hématocèle rétro-utérine par deux de mes élèves, M. Gestan (juillet 1854) et M. Prost (novembre 1854). Plus tard (11 juin 1857), M. Gallardo, s'inspirant de quelques idées nouvelles qu'une étude plus attentive de l'hématocèle m'avait permis d'émettre, présenta, sur le même sujet, une dissertation inaugurale, où il donne à l'hématocèle le nom de péri-utérine , sous lequel je la désignais déjà depuis longtemps pour exprimer son analogie de siège avec les engorgements.

En même temps que je faisais de persévérantes recherches sur les tumeurs phlegmoneuses péri-utérines, je ne négligeais point l'étude des phlegmasies propres à l'utérus lui-même. J'ai déjà dit comment j'avais été amené à rejeter, à nier, d'une manière absolue, les pré-tendus engorgements partiels, admis par Lisfranc; mais je m'assurai pourtant que le tissu propre de la matrice est susceptible quelquefois de s'engorger en totalité. Dans le cours de cet ouvrage j'aurai l'occasion de décrire cette forme d'engorgement. Je vérifiai l'exactitude des idées de Récamier sur la métrite interne, et j'acquis la conviction que cette affection est plus commune que ne le pensait ce grand praticien et même qu'on ne l'admet généralement de nos jours. Nauche, Récamier, Lisfranc, M. Velpeau, avaient enseigné d'excel-

lentes choses relativement à la leucorrhée; ils en avaient surtout indiqué les caractères d'une manière satisfaisante ; mais ce qu'ils avaient dit touchant son origine et sa nature me paraissait douteux. Une étude longue et attentive de la métrite interne m'a conduit à rejeter ce que ces auteurs ont désigné sous le nom de catarrhe utérin, et à reconnaître qu'un écoulement blanc^, venant de la cavité utérine, est toujours le produit d'une phlegmasie de la muqueuse qui tapisse cet organe.

Je me suis attaché, plus que ne l'avaient fait mes devanciers, à découvrir et à fixer les signes différentiels de la métrite interne du col et de la métrite interne du corps. Depuis longtemps j'ai insisté sur la coexistence fréquente de la métrite et des phlegmasies périutérines et sur l'étroite solidarité qui lie ces deux genres d'affections : j'en ai déduit^ pour le traitement, des conséquences importantes et qui seront exposées dans la suite.

Les complications de la métrite ont été encore l'objet de ma sérieuse attention. Je me suis appliqué à démontrer que les affections utérines et péri-utérines éveillent souvent dans tout l'organisme les sympathies les plus variées et les plus extraordinaires, et que beaucoup de troubles de l'innervation, névralgies, paralysies, crises hystériformes, généralement considérés comme essentiels ou comme dépendant d'une lésion des centres nerveux, sont liés à une inflammation de la matrice ou de ses annexes. J'ai cherché à déterminer les caractères auxquels on peut reconnaître la véritable origine de ces accidents et les distinguer de ceux qui sont étrangers aux affections du bas-ventre.

Cherchant à réduire les lésions mécaniques de l'utérus a leur véritable rôle, et les dégageant avec soin des lésions vitales qu'elles compliquent souvent, je me suis élevé avec force, dès le principe, contre l'abus des moyens mécaniques proposés dans le traitement des affections utérines.

EnflU;, je crois avoir été des premiers à proclamer cette importante vérité, que les maladies de l'utérus et de ses annexes ne s'observent pas exclusivement chez les femmes mariées, ayant eu ou non des enfants, et qu'on les rencontre aussi, avec moins de fréquence, il est vrai, chez les filles vierges.

Dès le début de mes recherches, j'avais été frappé de la confusion, de l'obscurité, des incertitudes qui régnaient surtout dans la thérapeutique des affections utérines; et un de mes soins les plas assidus

a été de jeter quelque jour sur cette espèce de chaos. Traitement général et traitement local, j'ai tout révisé, tout soumis à l'épreuve du contrôle expérimental. Une longue observation m'a appris quel avantageux parti on peut tirer quelquefois des émissions sanguines modérées dans la métrite interne et dans les phlegmasies péri-utérines : j'ai donc adopté, jusqu'à un certain point;, la méthode de Lisfranc, mais en la restreignant, en l'assujettissant à des règles nouvelles, en lui faisant subir enfin les modifications dont l'observation m'avait démontré l'utilité.

Le cathétérisme utérin^ l'emploi de la curette de Récamier, les cautérisations intra-utérines et le choix des caustiques à employer, toutes ces questions ont été de ma part le sujet d'études persévérantes et d'applications multipliées. On verra plus tard avec quel soi-n je me suis appliqué à poser nettement les indications et les contre-indications qui se rattachent à l'emploi de ces moyens.

Enfin, le traitement des complications était si imparfait, laissait tellement à désirer, qu'on peut dire, sans exagération, que les accidents sympathiques des maladies utérines faisaient le désespoir des praticiens tout aussi bien que des malades. J'ai trouvé dans la cautérisation transcurrente avec le fer rouge un remède énergique, presque toujours infaillible contre ces douleurs atroces et rebelles, ces paralysies opiniâtres qui compliquent la métrite interne ou les phelgmasies péri-utérines et qui, le plus souvent, survivent à la lésion qui leur a donné naissance.

Mes opinions et mes recherches sur ces différents points de la pathologie utérine ont déjà reçu quelque publicité. On les trouvera consignées dans les dissertations inaugurales de plusieurs de mes élèves, et nommément de MM. Delage {Sur les granulations intra-utérines et l'emploi de la curette, — 27 août 1856), Esnaut {Sur les para- * lysies symptomatiques de la métrite et du phlegmon péri-utérin, — 26 août 1857), Vallin [Des paralysies sympathiques des maladies de l'utérus et de ses annexes, 11 février 1858), Letellier {De la métrorrhagie symptomatique, — 25 février 1858).

Il y avait déjà plusieurs années que je m'occupais de l'étude des phlegmons péri-utérins, quelques-uns de mes élèves avaient publié des travaux sur ce sujet, M. Boyer en 1848 et M. Martin en 1851, j'avais même fait à la Pitié des leçons publiques sur ce genre d'affections, lorsque Valleix, alors mon collègue dans cet hôpital, s'occupa, à son tour, de cette question et, après bien des hésitations, reconnut

enfin la fréquence du phlegmon péri-utérin, et publia sur ce sujet un mémoire dans V Union médicale (1855). Peu de temps après, un de ses élèves, M. Gallard, en fit l'objet de sa thèse inaugurale (1856).

Une étude vers laquelle Valleix a plus spécialement dirigé ses recherches, c'est celle des déviations utérines. Déjà Kiwisch, en Allemagne, M. Simpson, en Ecosse, avaient essayé de relever l'espèce de discrédit dans lequel ces sortes de lésions étaient tombées en France et de leur rendre l'importance si contestable dont elles avaient joui naguère. Ces deux médecins éminents, revenant aux idées primitivement professées par M. Velpeau et par Amussat, allant même au delà de ce qu'avaient enseigné ces maîtres habiles, poussèrent jusqu'à l'exagération peut-être le rôle des déviations utérines dans la pathologie de la femme. Redresser l'utérus, lui rendre sa direction normale, telle était pour eux la grande indication thérapeutique et comme le résumé de leur méthode de traitement. Ils exhumèrent donc les moyens mécaniques depuis longtemps délaissés, tirèrent de l'oubli les instruments de M. Velpeau et d'Amussat, et en imaginèrent de nouveaux.

Séduit par les dehors brillants de la nouvelle méthode, et surtout par les succès annoncés d'outre-Manche, Valleix préconisa l'emploi des pessaires ou redresseurs intra-utérins, et en fit sur ses malades des apphcations nombreuses. Tout était merveille dans le traitement des déviations utérines, lorsque M. Broca vint lire à l'Académie de médecine, dans la séance du 31 janvier 185/i, une observation de mort survenue à la suite de ce genre de cathétérisme. Dans la séance suivante, M. Cruveilhier communiqua un cas semblable. L'émotion fut grande à l'Académie et dans le monde médical. Dans les séances du 11 et du 12 avril suivant, Valleix vint lui-même, au sein de l'Académie, plaider la cause des redresseurs intra-utérins et présenter la défense de la méthode dite de Simpson. Valleix avait déjà traité, disait-il, 108 cas de déviations par le pessaire intra-utérin, et il n'avait observé qu'une fois des signes de péritonite partielle, qui n'avaient pas tardé à disparaître. Cinq fois, il avait vu se produire un phlegmon péri-utérin, mais sans suites sérieuses : « Quelquefois, ajoutaitil, le traitement amène des métrorrhagies, des attaques d'hystérie et des accès fébriles passagers. » En réunissant à ces faits les cas communiqués par MM. Maunoir, Piachaud, Gaussail, Caradec, Broussonnet, Lediberder, Valleix trouvait que, sur 153 applications

du redresseur, il n'y avait eu que six fois de véritables accidents, toujours combattus avec succès. Et il concluait que de tous les moyens applicables aux déviations utérines il n'en existait aucun aussi efficace, aussi exempt de tout danger que le redresseur intrautérin. L'Académie chargea une commission, composée de Robert et de MM. Huguier et Depaul, d'étudier la question et de prononcer sur les travaux de Valleix, de M. Cruveilhier et de M. Broca.

M. Depaul, dans les séances du 16 et du 28 mai, donna lecture d'un long et remarquable rapport qui se terminait par la conclusion suivante : « Les faits qui ont été produits pour démontrer Tefficacité du traitement par les redresseurs intra-utérins ont été mal interprétés : — Ces instruments doivent être proscrits parce qu'ils sont inutiles, impuissants à produire les effets qu'on en attend et qu'ils font courir aux malades les dangers les plus sérieux. »

Alors s'engagea une mémorable discussion qui dura près de quatre mois. Les pessaires intra-utérins trouvèrent peu de sympathies dans la docte assemblée. Malgaigne monta le premier à la tribune, et, dans une première oraison^ déclara que les conclusions du rapport étaient trop absolues, qu'il fallait laisser à l'expérience et au temps le soin de décider sur l'opportunité du nouveau traitement. A" un mois de là, il prononça un second discours, dans lequel il fulmina contre le redresseur une écrasante péroraison. MM. Huguier, Yelpeau, Dubois et Ricord, tout en reconnaissant les dangers de ce moyen, déclarèrent, mais timidement, que le pessaire intra-utérin pouvait être utile s'il était convenablement appliqué^ et qu'il n'y avait pas encore lieu d'en condamner l'usage dans la pratique. Amussat, Moreau, MM. Gibert, Hervez de Chégoin, Cazeaux, Robert et Piorry se prononcèrent formellement contre la méthode de Simpson. M. Depaul, malgré toute sa verve, ne put pas entièrement sauver ses conclusions. L'Académie décida :

a 1° Que les observations communiquées par MM. Broca et Cruveilhier, jointes à celles plus nombreuses que possède la science, prouvent que l'application du pessaire intra-utérin peut donner lieu à des accidents sérieux, et même quelquefois à la mort ; 2° que, dans les cas, rares d'ailleurs, où cet instrument a paru produire des résultats avantageux, il n'est pas prouvé qu'il ait toujours agi en redressant Tutérus. »

L'Académie constatait simplement des faits évidents pour tout le monde; mais elle ne concluait pas. Relativement à l'utilité ou aux

dangers du redresseur, elle ne se prononçait point; elle laissait la question irrésolue.

Cependant la discussion avait servi à quelque chose. Chaque orateur était venu exposer à la tribune ses opinions, sa doctrine, sur les affections de la matrice ; de sorte que nous vîmes quel était de nos jours le bilan de la science sur ce difficile sujet. Hélas ! l'inventaire ne fut guère du goût de Malgaigne. L'éloquent professeur, voyant que chacun de ses collègues n'avait fait que répéter absolument les idées émises dans la discussion de 1849, déclara qu'il n'avait été accompli aucun progrès depuis cette époque, et s'écria avec désespoir : «La pathologie utérine n'a pas fait un pas depuis cinq ans; c'est toujours le même chaos, les mêmes obscurités ! »

Une pareille déclaration n'était pas encourageante; cependant elle a stimulé notre zèle, et nous avons pensé qu'il était de notre devoir de faire connaître ce qu'une longue pratique nous avait appris sur les maladies de l'utérus et de ses annexes. Heureux si nos efforts aboutissent à jeter quelque lumière dans un sujet si obscur !

Pour achever cette esquisse historique, nous devons signaler quelques travaux importants publiés de nos jours. En France, MM. Nélaton, Laugier, Denonvilliers, Richet, ont fait d'utiles recherches sur l'hématocèle péri-utérine : et des thèses intéressantes ont été présentées sur le môme sujet par quelques élèves de l'école de Paris. On doit à M. Gosselin des études consciencieuses sur les phlegmons péri-utérins, à M. Huguier, un excellent mémoire sur l'allongement hypertrophique du col delà matrice; à Aran, des Leçons cliniques sur les maladies de l'utérus et de ses annexes; à Becquerel, un Traité sur la même matière; à MM. Bernutz et Goupil, des recherches cliniques sur les Maladies des femmes; à Bauchet, un mémoire sur l'anatomie pathologique des kystes de l'ovaire; à M. Albert Puech, un travail sur l'atrésie des voies génitales de la femme.

A l'étranger, il faut mentionner principalement : MM. Simpson (d'Edimbourg), dont il est question à propos des pessaires intrautérins ; Bennet, qui n'a produit aucun travail original et n'a fait qu'apporter en Angleterre les idées des maîtres éminents dont il avait recueilli les enseignements en France; Kiwisch et Mayer, qui se sont occupés surtout des déplacements de l'utérus et des moyens d'y remédier; Scanzoni, qui a publié un ouvrage remarquable surtout par les développements que Fauteur a donnés à l'étude des lé-

sions anatomiques; West (de Londres) et Churchill (de Dublin), auteurs de deux traités récents de gynécologie, le dernier traduit en français par MM. "Wieland et Dubrisay; enfin Marion Sims, qui a apporté d'utiles modifications au procédé de M. Jobert (deLamballe) pour la cure des fistules vésico-vaginales.

Une des questions qui ont le plus occupé l'opinion médicale, en France et à l'étranger, dans ces derniers temps, c'est l'extirpation des kystes de l'ovaire. L'ovariotomie, opération d'origine française, était presque tombée dans l'oubli parmi nous, lorsqu'èn Angleterre, en Amérique et en Allemagne elle entrait, après de hardies tentatives, dans le domaine delà chirurgie courante. Depuis 1860, cette opération a donné lieu à d'importantes recherches, auxquelles ont pris la part la plus active MM. Clay, Backer-Brown, Spencer Wells, Langenbeck , Kiwisch , Siebold , Nélaton, Rœberlé , Demarquay, Boinet, etc.

Nous n'avons pas la prétention d'avoir tracé un historique complet de la pathologie des organes génitaux chez la femme. Nous n'avons voulu signaler que les travaux qui avaient été faits sur les affections dont il est plus particulièrement question dans cet ouvrage, et qui nous paraissent aussi les plus importantes au point de vue pratique, tant à cause de leur fréquence qu'à cause des ressources dont l'art dispose pour les améliorer ou les guérir.

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