MÉDICATION COMPOSÉE OU MIXTE. \M
sium. D’ailleurs elle est insoluble, il est par conséquent impossible d’en mesurer l’absorption ; aussi est on souvent obligé de donner ce sel à des doses énormes, 5, 10, 15, 20 centigrammes par jour. Mais telh s sont la patience et la foi de quelques praticiens en ce médicament, que je l’ai vu administrer à des malades pendant un an de suite et sans interruption, malgré son inefficacité dans le cas particulier. Le même engouement a existé pour l’iodure de potassium dont on a fait abus en portant la dose de son administration à 2, 6 et
10 grammes par jour. Aussi que de gastralgies difficilement curables n’a-t-on pas développées à cette dose! Quand un malade rend un médicament par les urines, c’est que leconomie en est saturée; c’est que l’agent thérapeutique produit tout l’effet qu’il doit produire, sauf l’action locale qu’il peut exercer durant sou contact avec l’estomac. Or un malade qui prend l’iodure de potassium a la dose de 5 décigrammes a 75 centigrammes rend tous les jours de l’io~ dure de potassium par les urines.
C’est d’après les mêmes idées que je formule encore un sirop dans lequel entrent pour 500 grammes, 10 grammes d’iodure de potassium, 15 à 18 centigrammes de sublin é, et 35 centigrammes d’extrait thébaïque. Le malade prend une cuillerée à bouche de ce sirop matin et soir, dans un verre de tisane sudorifique.
S’agit-il d’une l’orme syphilitique scrofuleuse, je donne l’huile de foie de morue préalablement a un verre de tisane additionnée d’une cuillerée à bouche de sirop mercuriel et ioduré. Le sujet est-il débilité, je fais prendre des pilules ferrugineuses dans le cours de la journée et je fais boire de l’eau ferrugineuse aux repas. Enfin, dans les accidents tertiaires de la syphilis où les os sont malades, je joins l’arsenic à ces préparations, en faisant composer un sirop dans lequel entre l’iodure de fer, l’iodure de potas ium, le biehlorure de mercure et la solution de Fowler. (Voyez Formulaire.)
Ces médicaments composés se prêtent merveilleusement au traitement de la scrofule et des maladies de la peau à forme scrofuleuse et syphilitique à la fois. Ainsi, dans la scrofule, je ne donne jamais l’huile de foie de morue sans vin de gentiane et sans sirop d’iodure de fer, le tout battu ensemble, mélange après lequel je fais prendre une tasse de tisane d ehoublon ou de décoction de
feuilles de noyer. Souvent aussi j’introduis dans la composition du sirop d’iodure de fer que je fais préparer extemporanément, c’est-à-dire en combinant directement le fer à l’iode (voy. Formulaire , Préparation), une certaine quantité d’iode libre et d’iodure de potassium : ainsi, 5 à 10 centigrammes d’iode pour 500 grammes de sirop et 6 à 8 grammes d’iodure de potassium pour la même dose. La base de mon traitement de la scrofule, c’est la réunion des tisanes amères , du vin de gentiane, de l’huile de foie de morue et de l’iodure de fer, une cuillerée à bouche, matin et soir, de chacun d’eux. J’augmente la dose de l’huile en laissant subsister celle du vin de gentiane et du sirop d’iodure de fer ; je porte la dose de l’huile à à et 6 cuillerées à bouche par jour, en progressant d’une cuillerée tous les trois jours pour les engorgements ordinaires avec ou sans abcès. S’il s’agit d’une carie, j’y ajoute l’iodure de potassium et l’iode; s’il s’agit d’un lupus , j’augmente la dose d’huile jusqu’à 8 à 10 cuillerées par jour. J’ai renoncé à ces doses exagérées d’huile que j’employais autrefois, 12, 16 cuillerées par jour; elles n’amènent pas de résultats plus prompts, elles fatiguent l’estomac, elles causent des diarrhées qui obligent à suspendre l’emploi des médicaments.
Ces doses sont celles qui conviennent dans l’adolescence ou dans la jeunesse ; elles seraient trop fortes pour des enfants.
Souvent aussi je joins à ces médicaments l’usage d’une liqueur alcoolique à principes amers, telle que celle de M. Demaulon, pharmacien à Gompiègne, que j’ai déjà préconisée et qui a pour base toutes substances végétales à principes amers, ou bien le sirop antiscorbutique. C’est au médecin à choisir entre le vin de gentiane, le sirop antiscorbutique et la liqueur alcoolique que je viens de citer.
Cette thérapeutique d’ensemble, dans laquelle je suis entré depuis un certain nombre d’années, me donne de tels succès qu’aujourd’hui je ne repousse aucun scrofuleux de mon service, et que j’aborde avec le plus grand succès un grand nombre de ces maladies que les chirurgiens ont qualifiées de noli me tangere , maladies que je guéris dans l’espace de quelques mois. Je pourrais, à cet égard, invoquer le témoignage de plusieurs de mes collègues des
MEDICATION COMPSOÉE OU MIXTE.
hôpitaux dont les noms font autorité dans la science. J'avoue qu'il ne s’agit pas d’un emploi de quelques semaines ; ce n’est pas dans un laps de temps pareil qu’on peut modifier l’économie, et apporter des changements dans le tempérament et la constitution du malade. Il faut de la persévérance de la part de ce dernier et de la part du médecin .
Toute maladie de la peau assise sur un sujet d’un tempérament lymphatique très prononcé, et portant elle-même le cachet de la forme plus ou moins scrofuleuse, doit être traitée de la même manière, sauf à ne pas employer les antiscrofuleux à une dose aussi élevée.
Comme on le voit, c’est une idée spéciale qui m’a dirigé dans l’emploi d’une thérapeutique que je puis appeler nouvelle. Lorsque l’on a préconisé l’iode contre la scrofule, l’iodure de potassium contre la syphilis, on a donné plus tard la préférence a tous les composés mercuriels qui contenaient de l’iode, parce que l’on supposait que ces composés devaient avoir une action double en raison des éléments qui les constituaient ; mais on n’a pas fait attention que l’on était réduit à donner de faibles préparations de ces iodures; que, par conséquent, l’iode de l’iodure de potassium devait jouer dans l'économie un rôle insignifiant.
Pour moi, je crois que si les anciens ont introduit dans la pharmacie des agglomérations de substances dont on ne peut plus apprécier les effets, s’ils sont allés jusqu’à l’excès, les médecins modernes sont entrés dans un excès contraire ; mais ces excès des anciens ne détruisent pas pour cela les propriétés de catégories de médicaments simples dont l’expérience a démontré l’efficacité : il faut donc y revenir. Dans nos médications mixtes je ne recherche pas des combinaisons nouvelles, des composés nouveaux jouissant de propriétés particulières, je les évite, au contraire; je donne plu¬
sieurs substances à la fois dont l’efficacité isolée est déjà reconnue par tout le monde, et je les associe de manière qu’elles conservent leur nature sans subir aucune décomposition, afin d’agir comme si
on les donnait seules.
Que l’on parcoure les travaux si conscencieux de Baudelocque, de Guersant père, sur les antiscrofuleux ; ceux même des sypbilio-
graphes modernes sur le mercure et l’iodure de potassium, et Ton aura pour résultat statistique de l’iode, de l’hydrochlorate de baryte, de la décoction de feuilles de noyer, des antiscorbutiques: un tiers de malades guéris, un tiers de malades soulagés, et un tiers d’insuccès. On verra les médecins français, après avoir épuisé Faction du mercure, arriver à l’iodure de potassium, et les médecins anglais à l’arsenic. Qu’est-ce que tous ces résultats démontrent? C’est que chacun de ces médicaments a une efficacité réelle, mais limitée quand on les donne isolément. Pourquoi donc ne pas les grouper, les réunir, les doser de manière à ne pas nuire, afin d’obtenir un effet multiple, alors qu’il s’agit d’accidents secondaires et tertiaires ou de degrés divers de formes scrofuleuses qui se rattachent toujours à une date fort ancienne? Ne peut-on pas dire de la scrofule et des maladies cutanées qui en dérivent, qu’elles sont simples ou constitutionnelles, qu’elles sont secondaires ou tertiaires ?
Ces deux ordres de maladies se rapprochent tellement l’un de Fautre, que la syphilis se transforme certainement en scrofule. La syphilis héréditaire qui se développe vers Fage de huit à dix ans est to ijours à forme scrofuleuse, et sous ce rapport nous n’hésitons pas à penser que la plupart des enfants scrofuleux descendent d’aïeuls ou de bisaïeuls syphilitiques. Les faits depuis Sa publication de la première édition de cet ouvrage sont tellement venus confirmer nos prévisions, que nous faisons aujourd’hui un chapitre à part des scrofules syphilitiques.
Nous croyons devoir consacrer un chapitre spécial à l’ensemble des bains, des eaux minérales et des bains de mer, comme les agents les plus puissants pour combattre les maladies de la peau ; et nonseulement nous le ferons sous ce rapport, mais encore parce qu’il a été fort peu écrit sur les bains de vapeur, les douches; que la généralité des médecins se borne à prescrire l’usage des eaux sans pouvoir donnera leurs malades aucune indication précise, la's ant ainsi aux médecins de chaque établissement d’eau minérale la direction
entière du mode d’administration. Sans blâmer cette conduite d’une manière absolue, nous dirons que ie médecin qui connaît son malade doit au moins fournir quelques ind. entions spéciales, et c est sous ce point de vue que nous nous arrêterons aux considérations suivantes.
1° Bains aqueux.
On bain aqueux agit de trois manières, par le liquide qui ie constitue, par la température de ce liquide, et par la durée du bain. Sous le premier rapport, l’eau est absorbée ainsi que les éléments qu’elle tient en dissolution. L’absorption est démontrée par ce fait, que quelques personnes urinent six, sept ou huit fois dans un bain d’une heure à une heure et demie, quoiqu’elles aient vidé la vessie avant d’y entrer. Toutefois ce phénomène est très variable suivant les sujets, parce qu’il est telle organisation de la peau dans laquelle l’absorption est très rapide, tandis qu’il est des peaux sèches qui n’absorbent que peu, comme elles ne transpirent presque jamais.
L’absorption des substances mises en dissolution dans l’eau est évidente dans les bains médicamenteux, comme dans ceux au sub.imé corrosif à l’aide desquels on peut faire faire un traitement mercuriel trè> complet et guérir une syphilis consti utionnelle, tout aussi bien qu’en administrant le sublimé a l’intéijeur. Les bains alcalins, ceux de Vichy par exemple, en fournissent encore une preuve très tranchée: de sorte que l’on peut établir en thèse générale, que toute eau composée, artificielle ou naturelle, comme les eaux minérales sulfureuses, alcalines, salines, ferrugineuses, etc., ne borne pas ses effets à l’action qu’elle exerce sur la peau comme sédatif, astringent, excitant ou tonique du tissu cutané, mais qu’elle étend son action a toute l’économie par le transport dans le sang des éléments médicamenteux qu’elle renferme.
On trouve dars les plantes une analogie d’absorption qui vient appuyer cette proposition. Prenez une plante, quelle qu’elle soit; arrosez-la avec une solution saline ajoutée a l’eau dans des proportions telles qu’elle ne puisse pas nuire à la végétation, et vous retrouverez dans le végétal et dans tous ses produits, feuilles, Heurs et fruits, la substance avec laquelle vous l’avez arrosée. C’est ainsi
qu’on obtient du raisin salé, en arrosant la terre où végète la vigne avec de l’eau et du sel. Le sulfate de fer, si préconisé pour la végétation, agit sur les végétaux, que j’appellerai chlorotiques ou végétant mal, comme il agit sur l’homme. Les poisons solubles sont euxmèmes absorbés par les végétaux.
Ainsi tout médecin qui compose un bain, qui prescrit une eau minérale, doit, avant tout, se pénétrer de ces idées et tenir compte de la composition de l’eau au point de vue de l’absorption.
Mais un bain aqueux n’agit pas seulement en raison de la composition de l’eau, il agit encore en raison de sa température, et celleci a une influence très puissante sur le sujet qui en fait usage. Entre un bain très chaud dans lequel on immerge un enfant menacé de congestion cérébrale, et le bain froid dans lequel se jette l’individu en pleine sueur dans le traitement hydrothérapique, il y a une distance immense et des effets tout différents.
Tout bain d’eau qui a une chaleur agréable pour celui qui y est immergé, c’est-à-dire à une température de 32 à 35 degrés ( 26 à 28 degrés Kéaumur), est un bain émollient, antiphlogistique; plus chaud, il active la circulation ; plus chaud encore, il donne une grande impulsion aux battements du cœur et amène une certaine congestion à la tète et aux poumons, de sorte que l’individu qui meurt dans un bain trop chaud succombe à une congestion pulmonaire et cérébrale.
Le bain plus froid que la température moyenne indiquée cidessus est un bain sédatif pour les sujets chez lesquels il existe une grande activité de la circulation ; aussi ces personnes réchauffent leur bain par leur température propre, ainsi qu’elles le disent communément et avec beaucoup de sens.
Le bain plus froid encore, c’est-à-dire à une température de 20 à 25 degrés centigrades, devient tonique, excitant, à la condition qu’on y reste peu de temps; à une plus basse température il amène, comme le bain chaud, des congestions pulmonaires et cérébrales, mais par un autre mode d’action, c’est-à-dire en supprimant la circulation capillaire excentrique et en refoulant pour ainsi dire le sang au dedans.
Si ces bains froids sont employés pour un individu en pleine
sueur, c est que la sueur provoquée par les linges mouillés et l’eau froide a une action sédative, et que par l’immersion de quelques secondes dans l’eau froide on procure une réaction qui ranime les forces des malades. Le contact instantané de l’eau froide procure ce résultat ; le contact prolongé pourrait amener la mort en refoulant vers les poumons et le cerveau le sang porté à la périphérie.
La température d’un bain ne peut être que très difficilement prescrite par un médecin quand il s’agit d’un bain tempéré, que j’appelle bain antiphlogistique: elle est toujours relative au sujet. Le bain est, suivant moi, réellement antiphlogistique quand sa température est agréable à celui qui en fait usage.
La durée du bain, comme on a déjà pu le voir, a une grande influence en thérapeutique ; cette influence est tout à fait relative. En fait de bains ordinaires, il est des personnes pour lesquelles un bain ordinaire prolongé pendant plus d’une demi-heure devient un bain débilitant. Dans ce cas, le bain d’une demi-heure de durée équivaut à un bain d’une heure pour la généralité des individus. Les personnes d’un tempérament bilieux ou bilioso-sanguin prennent fréquemment des bains de deux et de trois heures sans en être le moins du monde affaiblies, tandis que des personnes lymphatiques ne supportent pas une heure de bain sans en être affaiblies. A durée égale, un bain chaud est beaucoup plus débilitant qu’un bain tempéré. Un bain froid de rivière, par exemple, de quinze à vingt minutes de durée, est un bain tonique, à la condition que l’individu sait nager; car il suffit d’un séjour de huit à dix minutes dans l’eau de rivière pour obtenir le même résultat dans le cas contraire.
Les bains froids de rivière prolongés pendant deux et trois heures, même avec natation, sont essentiellement débilitants, et, chez les personnes d’un tempérament lymphatico-sanguin, ils prédisposent aux rhumatismes, si même ils ne les procurent.
Toutes ces données subissent nécessairement des modifications quand il s’agit de bains composés artificiels ou de bains de sources minérales. La durée moyenne d’un bain minéral est de trois quarts d’heure à une heure, mais dans quelques cas on prolonge ce temps en raison de la nature de l’eau et des habitudes de la localité, der-
15/f THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE.
nière circonstance qui est née de l’expérience acquise. En thèse générale, on supporte beaucoup plus longtemps un bain de piscine qu’un bain de baignoire, puisque dans les piscines de Louesche, par exemple, on y reste tous les jours durant trois, cinq et sept heures consécutives.
Les bains à eau courante permettent toujours un séjour plus long que les bains à eau dormante; les bains à eau courante ont une a ction toute spéciale sur la peau que n’ont pas les bains à eau dormante. Quelle est cette action? Nous ne saurions la préciser d’une manière positive. S'exerce-t-elle par le fait du frottement de l’eau sur la peau ou par la soustraction plus rapide de calorique, en multipliant les points de contact du liquide? C’est ce que nous ne saurions dire ; mais toujours est il que cette action e t beaucoup plus énergique. Ainsi il n’v a pas de comparaison à établir entre un bain de si ge ordinaire et un bain de siège hydrothérapique ou à irrigation circulaire. 11 en est de même pour les bains en baignoire comparés à ceux en piscine ou en rivière. A Bugnères-de Big. rre il existe une piscine dans laquelle beau se renouvelle presque à Ilots. Cette piscine est constamment occupée par les baigneurs, et si cette préférence est si marquée, c’est que cette sorte de bains combat avec beaucoup plus d’avantage les névralgies contre lesquelles on dirige son emploi. lAau qui s’y écoule est d'ailleurs de même nature que celle du grand établissement.
En résumé, quand le médecin prescrit un bain à un malade, il faut, en raison de l’e pèce de bain et en raison de l’état du malade, qu'il précise les conditions du bain. Nous aurons le soin de rappeler quelques-unes de ces conditions quand nous tétons l’histoire particulière de chacune des affections de la peau.
2° Douches liquides.
Elles sont de deux sortes: douches en jet, douches en arrosoir. La douche en jet est celle qui s’écoule d’un ajutage en jet unique ; mais son volume peut varier depuis le diamètre le plus fin jusqu’au diamètre de 8 à 10 centimètres, et alors la douche prend le nom de pot, ainsi qu’on ledit en hydrothérapie. Il est évident qu’une masse
aussi considérable d’eau constitue plutôt un écoulement qu’une douche : car une douche suppose une chute d’eau d’une hauteur plus ou moins grande, mais conservant dans tout son parcours la forme d’une petite colonne d’eau ; et le flot tantôt tombe en nappe d’une grande hauteur, tantôt il s’échappe sous forme d’écoulement d’un réservoir peu élevé, sans quoi il serait impossible de supporter sa percussion. En général, le jet d’une douche varie entre un diamètre de 2 à 3 millimètres et un diamètre de 1 centimètre et demi.
Les douches en arrosoir constituent une série de jets plus ou moins tins qui s’échappent à la fois du même ajutage.
11 existe, soit dans les établissements d’eaux minérales, soit dans les établissements créés à Paris, dans les hôpitaux ou dans la ville, bien peu de douches en jet ou en arrosoir qui remplissent les conditions que l’on devrait y trouver, c’est-à-dire un jet non vrillé, non divisé, conservant toujours son même diamètre à une distance de 1 mètre et dont la circonférence représente par son poli la netteté du miroir. Cela tient à la difficulté de percer la douille du robinet, et à la forme que l'on donne au trou d’écoulement. Quand on voit s’écouler l’eau des tonneaux des porteurs d’eau de Paris, on est émerveillé de la pureté du jet d’écoulement, et si l'on entre dans un établissement de bains, on n’y trouve que des douilles mal faites et loin d’atteindre la perfection des ajutages de ces tonneaux. Ceci peut paraître bien puéril ou au moins bien minutieux a l’égard de l’administration des douches, et cependant nous allons en faire sentir toute l’importance, afin d’engager les médecins in pecteurs d’eaux minérales à apporter des perfectionnements dans leurs instruments d’administration des eaux.
Une douche liquide a deux genres tout a- fait différents d’action: 1° Elle exerce une influence donnée, par la nature de l’eau qu’elle écoule 2 En dehors de cette circonstance son action est toute différente, suivant qu’il s’agit d’une douche en jet ou d’une douche en arrosoir.
11 faut avoir fait usage de ces agents thérapeutiques pour en bien sentir l’importance. La douche en jet produit sur la peau la sensation du marteau qui la percuterait: sous ce rapport, elle est destinée
à éteindre la sensibilité : aussi convient-elle dans les névralgies et dans la surexcitation nerveuse de la peau, comme celle qui résulte d’une phlébite. — La douche en arrosoir stimule, au contraire, la peau, elle la pique, la larde; quand elle est forte, c’est autant de coups d’épingle qui surexcitent la peau au point d’y amener de la douleur. Cette sorte de douche convient donc surtout dans les paralysies. Cette distinction, qui jusqu’alors n’a jamais été faite dans les effets des douches, est d’une grande importance, et l’on conçoit qu’il faille de bons instruments pour la produire: car si le jet crache, comme on le dit ; si les petits jets qui sortent de l’arrosoir s’entre-croisent, s’entre-détruisent, se rompent et se réunissent dans leur trajet, il n’y a plus rien de semblable, la douche est inutile. On se ligure généralement que l’arrosoir doit avoir un grand diamètre pour donner beaucoup de jets, c’est une erreur; avec une très petite surface, celle de 2 à 3 centimètres, on peut satisfaire à tous les besoins.
En supposant les ajutages bien faits, il faut qu’une douche ait une grande hauteur et que son réservoir ait une forme donnée. Une douche dont le réservoir est à 6 mètres de hauteur est une douche d’une puissance ordinaire : mais aussitôt que l’on dépasse cette distance, on acquiert tout de suite une grande force: 10 mètres constituent déjà une grande action. Ce qui importe surtout, c’est que le réservoir ait sa capacité en hauteur et non pas en largeur.
Au surplus, avec les douches les plus fortes on peut donner les douches les plus faibles ; il suffit pour cela d’ouvrir au quart ou à moitié le robinet de la douche: de sorte qu’il y a un grand avantage à établir un réservoir à une grande hauteur. Le médecin a si souvent occasion de prescrire l’usage de ces moyens, que nous avons cru devoir lui faire connaître ces détails. Il y a d’ailleurs plusieurs manières de les prescrire. Ou on les donne seules et sans bain, c’està-dire le malade étant nu et assis sur une chaise, ou étendu dans une baignoire dont on laisse écouler l’eau, et alors on doit faire habiller immédiatement le malade et lui faire faire une marche un peu rapide, s’il peut l’exécuter, afin de soutenir l’action excitante de la douche. Ou, au contraire, on a affaire à des sujets nerveux, ex ci-
tables, et l’on craint de développer chez eux une surexcitation trop vive ; dans ce cas il faut les faire doucher, recevoir l’eau de la douche dans la baignoire, et faire couler aussitôt un bain simple dans lequel le malade séjourne une demi-heure pour diminuer la surexcitation causée par la douche. En effet, toute douche donne toujours lieu à un certain ébranlement du système nerveux, que le bain calme immédiatement.
Mais la douche peut être locale ou générale. Lorsqu’elle doit être locale, on a un puissant intérêt à garantir quelquefois les autres parties du corps du contact de l’eau, surtout en hiver. D’ailleurs il arrive souvent que, faisant doucher la figure avec une douche froide, on fait en même temps placer le malade dans un demi-bain très chaud pour appeler le sang aux extrémités. Dans ces sortes de cas, on garantit efficacement le malade à l’aide d'un petit manteau de taffetas gommé. Dans les établissements de bains il existe divers instruments propres à préserver certaines parties du corps de l’eau de la douche: des éventails de bois pour la figure, quand la douche est donnée sur les épaules, ou d’autres écrans analogues. Un moyen que nous préconisons souvent dans les cas de couperose où la douche est reçue en pleine figure, c’est un ajutage de caoutchouc qui s’adapte à la bouche et qui se termine par un tuyau un peu long et un peu large, à l'aide duquel le malade respire facilement. Cet ajutage se fixe par deux cordons derrière la tête en passant au-dessus des oreilles.
3° Bains et douches de vapeur.
Les médecins, en général, connaissent peu la puissance des bains et des douches de vapeur. Nés à l’hôpital Saint-Louis, installés sous la direction de Darcet, ces bains ont pris à Paris une grande extension, car il existe peut-être dans la ville une vingtaine d’établissements de ce genre. On peut mesurer l’efficacité de ces bains par ce qui s’est passé autrefois à l’hôpital Saint-Louis et par ce qui s’y passe encore aujourd’hui. Autrefois de nombreux équipages stationnaient à la porte de l’hôpital, y conduisant les personnes les plus riches de la ville, qui venaient chercher dans ces bains le sou-
lagement à leurs souffrances. Aujourd’hui sur plus de cent cinquante mille bains que l’on délivre seulement aux personnes du dehors, sur ce nombre cent mille peut-être sont des bains de vapeur; ajoutons que huit cents malades de l’hôpital prennent tous les jours leurs bains dans cet établissement où ils séjournent. Si à ce chiffre énorme on joint celui des bains de vapeur que l’on délivre à la Maison de santé, à l’hôpital de la Charité, à l’hôpital Beaujon, tant aux malades de ces hôpitaux qu’aux personnes du dehors, pins ceux que l’on prend dans les établissements publics de la vide : Tivoli, les Néothermes, bains Sainte-Anne, bains d’Alger, etc , etc., on arrive à un chiffre considérable relativement à la population. Ces bains sont aujourd’hui si répandus, qu'iis sont préférés par beaucoup de personnes aux bains d’eau. On sort en effet d’un bain russe dans un état de bien-être que ne procure pas un bain simple ; en hiver surtout, où il fait fonctionner la peau, amène la souplesse des membres, relâche les tissus engourdis et contractés par le froid. Eli bien, en présence de cette révolution qui s’opère dans les bains, la province reste stationnaire, et ceci est tellement la faute des médecins, que nous pourrions citer deux des principales villes de France, parmi les plus commerçantes, où l’on a crée des bains de vapeur et où il ne s’en prend qu’une proportion si laible que ce bain ne coûte pas moins de 6 francs, alors que, dans quelques établissements à Pa ris, il revient a 60 centimes. Qu’on me permette donc d’entrer ici dans quelques détails qui fassent comprendre toute leur importance, toute leur efficacité. Heureux si je puis conduire nos confrères des départements à préconiser leur emploi, a favoriser leur fondation, car j’aurai rendu d’immenses services à la population S Et d’abord qu’est-ce qu’un bain de vapeur? Quelles sont ces variétés de bains de vapeur portatifs, en étuve, bains russes, bains ottomans? Un bain de vapeur a pour but de faire naître une sudation artificielle abondante. Gitte sudation, quand elle est opérée par la chaleur sèche, constitue une fumigation en boîte que l’on peut rendre aromatique, sulfureuse, cinabrée ou simple. On fait les fumigations dans des boîtes cubiques dites à la Darcet , où le malade est assis, ayant la tète seule dehors qui passe par une ouverture pratiquée à cet effet, de sorte qu’il ait la respiration libre. Ici la suda-
tion se fait par la peau stimulée au moyen du calorique de l’atmosphère dans laquelle elle se trouve.
Dans certains établissements d’eaux minérales il existe quelque chose d’analogue, au moyen de l’eau qui s’échappe de la terre à une température élevée de 50. 60 et 70 degrés. Ainsi, à Néris, à Plombièi •es, a Aix en Savoie et dans d’autres localités, on a construit autour de la somce, qui est enveloppée par des murs disposés comme ceux d’un puits, une série de cabinets dans lesquels se répand un air échauffe par l’eau, air qui procure rapidement une sudation abondante. Ces étuves naturelles des eaux minérales prennent en général le nom d 'enfer. Mais ici les conditions sont bien meilleures; et avec une température beaucoup plus basse, on peutavoii une sudation, plus rapide, tout aussi abondante et moins fatigante que dans les boites. Toutefois les détails dans lesquels nous allons entrer serviront à faire comprendre la supériorité des bains de vapeur en étuve sur les bains précédents et sur ceux de vapeur dits portatifs. — - Dans les boîtes à fumigation on n’obtient de sueur que par la chaleur que Ton porte a la peau : plus celle ci est excitée, plus le malade transpire ; mais cette chaleur art liciellement répandue autour de la peau active fortement la respiration, porte le sang aux poumons et a la tête, amene des palpitations et de la céphalalgie Quand, au contraire, le malade respire l’air échauffé qui doit le mettre en sueur, alors la sudation pulmonaire facilite singulièrement la sudation cutan ée, et la circulation en est moins excitee. Cela est si vrai, qu’il suffit de placer la figure au-dessus d’un vase contenant de l’eau chaude pour mettre tout le corps en sueur. Or, puisque la sudation pulmonaire entraîne très rapidement la sudation cutanée et sans incommodité aucune, il s’ensuit par conséquent que le concours d’action et sur la peau et sur la membrane muqueuse pulmonaire, doit être beaucoup plus avantageux pour le malade et pour la production de la sueur.
De même qu’il existe des bains de vapeur portatifs dont nous allons parler tout à l’heure, de même il y a de petits appareils à air chaud qui peuvent remplacer en partie les boites à fumigation. Le conseil d’hygiène publique et de salubrité de la Seine, à l’époque du choléra de 18/iy, s’est préoccupé de la pensée de fournir aux
THÉHAPËUTIQUÜ GÉNÉRAL K
classes malheureuses un moyen puissant, rapide et peu dispendieux, de procurer la réaction dans la période algide des cholériques. M. Cadet de Gassicourt a proposé un appareil fort simple qui a été adopté, et dont l’emploi est aujourd’hui répandu dans la plupart des hôpitaux de Paris, notamment à l’hôpital Saint-Louis, où l’on a souvent un intérêt puissant à faire naître une sudation abondante à la peau, soit dans des cas de répercussion des maladies cutanées, soit dans les rhumatismes, soit dans les accidents cholériformes. Cet appareil consiste dans un cône de tôle plus large que les grandes formes de pains de sucre, où se trouve à sa base une petite porte de poêle pour introduire une lampe à esprit-de-vin à trois mèches, cône qui est terminé à son sommet par un tuyau de poêle coudé et évasé en entonnoir à son extrémité; ce tuyau est disposé à s’allonger ou à se raccourcir à volonté, les bouts de tuyaux entrant à frottement les uns dans les autres. Pour se servir de cet appareil destiné aux malades qui ne peuvent pas être déplacés de leur lit, on met à terre sur le plancher la base du cône; on y adapte les tuyaux coudés dont on introduit l’extrémité dans le lit du malade; on tient les couvertures soulevées au-dessus du corps à l’aide de deux demi-cerceaux à fractures placés a distance le long et en travers du lit. Les choses étant en cet état, on introduit la lampe à esprit-de-vin sous le cône, on allume les trois mèches, et quand le malade est en sueur, si la chaleur est trop forte, on éteint une ou deux mèches à l’aide de petits couvercles faits exprès pour cet usage.
En six ou sept minutes la transpiration est ordinairement établie; on peut la faire naître dans l’espace de temps que l’on veut, et la modérer comme on le veut. On la facilite en faisant boire au malade de l’eau à une température qui n’est ni froide ni chaude.
Arrivons maintenant aux bains de vapeur. Ceux-ci sont dits portatifs ou en étuve. Les premiers ont pris dès l’abord une certaine extension, en ce sens qu’ils peuvent être donnés, ou dans le lit du malade, ou sur une chaise dans sa chambre. On peut même acheter à bas prix un de ces petits appareils. Ici, comme dans l’appareil Adam, c’est une sphère de cuivre terminée par un tube de ‘25 à 30 centimètres, sphère dans laquelle on met de l’eau que chauffe une lampe à esprit-de-vin, et dans cette eau on peut introduire des plantes aro-
matiques. Là c’est le même système, mais avec des modifications de forme. Ailleurs une petite marmite de tôle, de 2 à 3 litres de capacité, placée sur un fourneau à charbon et entrant en ébullition sous une pression un peu plus forte que celle de l’atmosphère, de manière à fournir, par un tube très long, de la vapeur à volonté et clans un point donné de l’appartement. Le réchaud a un tuyau d’évent qui s’introduit dans la cheminée. Ce dernier appareil répand autant de vapeur qu’il en est besoin, mais tous les autres laissent souvent le malade à court ou le chauffent trop. Il est plus dispendieux, car son prix s’élève à 80 ou 100 francs, les autres variant de 20 à 50.
Tous ces appareils ne sont que des joujoux de bains de vapeur; tous amènent la sudation par la température à laquelle ils élèvent la peau, et par conséquent c’est une sudation difficile, plus ou moins fatigante, qui n’est pas comparable à celle du bain d’étuve.
Le bain cl’étuve exige un ensemble d’appareils propres, non pas à servir un seul bain, mais un certain nombre de bains dans la journée. Et d’abord il faut un générateur de vapeur ou chaudière à pression, de manière à mettre l’eau à 120 degrés de température. De ce générateur part un tube qui se rend dans une petite chambre ordinairement de bois blanc, qui peut cuber 10 à 12 mètres. Sur un des côtés de cette pièce existe un lit de camp de bois ou de jonc, sur lequel se couche le malade ; c’est sous ce lit de camp et au voisinage des pieds que doit s'ouvrir le robinet de vapeur. Il ne doit jamais être laissé à la disposition du baigneur ; il doit être ouvert par un garçon de bain qui ne quitte pas le malade. A la portée de la vue du malade se trouve un thermomètre centigrade; il est bon qu’il soit à alcool coloré en rouge sur émail blanc, de manière que les degrés qu’il marque soient très apparents. On doit aussi mettre à la portée de la main du baigneur une cuvette où l’eau ne séjourne jamais; dans cette cuvette à tuyau d’écoulement, une grosse éponge, et au-dessus un petit robinet d’eau froide. Cette éponge ainsi imbibée d’eau renouvelée est destinée à mouiller fréquemment le front et la figure du baigneur pour éviter la congestion à la tête.
Dans un point de la salle opposé au lit de camp, et vers le pla-
tond, se trouve un arrosoir large, capable de fournir une pluie d’eau un peu étendue en surface. Dans cet arrosoir se rendent un tuyau d’eau chaude et un tuyau d’eau froide que l’on peut ouvrir isolément , au moyen de leviers coudés munis de poignées de bois, leviers qu descendent à la portée du baigneur ou du garçon de bain, de manière que l’on puisse donner à volonté une douche d’eau chaude, une douche d’eau froide, ou une douche d’eau tempérée par le mélange de l’eau froide et de l’eau chaude. C’est moins une douche qu’une pluie d’eau ; aussi suffit-il de deux réservoirs peu élevés, l’un à l’eau chaude, l’autre à l’eau froide.
L’ensemble de ce système porte le nom d’étuve. La porte de l’étuve doit s’ouvrir en dedans comme en dehors, sans serrure ni clôture aucune, de manière qu’en cas d’accident le baigneur puisse sortir en poussant la porte devant lui. Cette porte a d’ailleurs un large carreau poli qui permet au garçon de bain de voir ce qui se passe dans l’étuve alors qu’il en est momentanément dehors.
Tous ces appareils ont dû nécessairement éloigner beaucoup d’industriels de la pensée de créer de pareils bains, à cause des dépenses de premier établissement. Cette dépense est nulle ou presque nulle quand la création est bien entendue et quand on sait tirer parti de la vapeur. 11 suffit, en effet, d’une très petite chaudière à vapeur pour chauffer une grande masse d’eau. 11 faut un foyer peu considérable pour chauffer un petit générateur de vapeur: ainsi toute l’économie du système consiste à chauffer l’eau de l’établissement de bains, à l aide de la vapeur produite par le générateur de vapeur, de sorte que le générateur ne soit pas établi seulement pour les bains de vapeur, mais que ceux-ci puissent cependant être donnés dans tous les instants sans nécessiter un chauffage particulier.
Enfin, auprès de l’étuve doit exister un cabinet avec lit de repos pour le malade, et un nombre de couvertures suffisant pour développer et entretenir la sueur. Dans les hôpitaux, au lieu d’avoir une étuve qui ne contienne qu’un seul malade, on a une étuve plus grande où l’on dispose des gradins demi-circulaires sur lesquels s’asseoient les malades ; au fur et a mesure qu’un malade s’élève dans cette espèce d’amphithéâtre, il y trouve une température plus forte,
la vapeur la plus chaude tendant à gagner la partie supérieure de la salle.
Ceci posé, indiquons de quelle manière le bain de vapeur peut être pris. A cet égard, nous distinguerons les variétés désignées sous les noms de : bains simples , bains russes , bains avec massage , verge ture, onctions , dits bains ottomans.
Modes divers d’administration des bains de vapeur. — Le bain le plus simple consiste à étendre le malade nu sur le lit de camp, l’étuve, par l’émission préalable de la vapeur, étant chauffée à 35 degrés centigrades. Après quelques minutes, on élève peu à peu et graduellement la température en ouvrant le robinet de vapeur à moitié, de manière à monter successivement à 38, à 40 ou à 42 degrés. Cette température est suffisante pour les personnes d’un tempérament lymphatique ou lymphatico -sanguin qui suent facilement. Une fois atteinte, on peut l’entretenir en ouvrant de temps en temps le robinet ou en le laissant ouvert au sixième ou au huitième de son diamètre. C’est aussi la température qui convient pour tous les malades atteints d’affections cutanées sécrétantes. En l’élevant au delà, on irrite la peau et les surfaces malades que l’on aggrave au lieu de les guérir.
Une personne qui sue plus difficilement a besoin d’une température plus forte; mais à cet égard je préfère n’obtenir la sueur qu’au troisième ou quatrième bain, sauf à maintenir une basse température. Quand il s’agit d’affections rhumatismales, où il ne faut pas seulement procurer de la sueur, mais où il convient de porter une certaine excitation à la peau, on peut faire monter l’étuve à 50 et à 55 degrés ; c’est même la routine de tous les bains de vapeur à Paris. Elle est très fâcheuse pour les maladies delà peau, et j’ai beaucoup de peine à obtenir un abaissement de température pour mes malades.
Au surplus, il en doit être de même d’un bain de vapeur comme d’un bain d’eau: il faut qu’il soit agréable au malade, et du moment qu’il amène des palpitations notables, du mal de tête, la sensation de battements dans la tête, c’est qu’il est trop chaud.
La durée du bain est généralement de vingt à vingt-cinq minutes.
Ce bain, pris de cette manière, est moins favorable que lorsqu’on le modifie comme il suit. Après les dix premières minutes, on fait placer le malade sous la pluie d’eau que l’on donne d’abord tempérée et que l’on rafraîchit peu à peu, le tout pendant une ou deux minutes; puis le malade se replace sur son lit de camp. Une pareille douche lui est donnée dix minutes après ; enfin il reçoit sur les pieds une douche d’eau très chaude avant de quitter l’étuve.
Alors on le couvre d’un peignoir brûlant et d’un manteau de laine ; on lui enveloppe la tête et les oreilles avec une serviette brûlante. On le couche sur le lit de [repos. On l’y étend, les bras allongés le long du corps ; on enveloppe les pieds et les cuisses d’une serviette très chaude, on emmaillotte le corps de plusieurs couvertures, et on l’abandonne à lui-même. Là il entre en pleine transpiration, et après vingt minutes écoulées on lui recommande d’écarter un peu les jambes et les bras du corps pour affaiblir la sudation. 11 reste ainsi trois quarts d’heure dans le lit ; après quoi il s’habille, sort de l’établissement, et fait une course h pas rapides pour entretenir la moiteur, ou s’il ne peut agir, il est convenable de le faire rentrer chez lui en voiture.
Dans le bain russe, on chauffe brusquement le malade en faisant arriver de la vapeur jusqu’à 55 degrés de température ; après quelques minutes, on met le malade sous la douche froide. On recommence la sudation et la douche quatre ou cinq fois dans l’espace de vingt à vingt-cinq minutes. On prend un balai de feuilles et de iges fines de bouleau avec lequel on frappe toute la surface du corps pour stimuler la peau ; le malade n’est pas placé dans un lit; en sortant de l’étuve, il s’essuie, s’habille et fait une promenade à pas rapides.
Dans le bain oriental, non-seulement on pratique ces opérations, mais on y joint le massage de tous les muscles après avoir enduit de savon toute la surface du corps, puis des lavages successifs de la peau, et enfin des frictions avec des essences.
Ce qui doit préoccuper le médecin dans l’emploi de ces bains, c’est l’activité qu’ils peuvent faire prendre momentanément à la circulation ; de là, chez certaines personnes, des battements plus ou moins violents à la tête, chez d’autres des palpitations, chez quel-
ques-unes une certaine oppression. Les deux premiers phénomènes sont presque toujours tempérés : 1° par des bains moins chauds; 2° par l’usage répété de l’éponge froide appliquée sur la tête ou sur la région du cœur. Quant à l’oppression, elle n’est que temporaire, et il est d’observation que ces mêmes personnes, qui ne supportent que difficilement les bains de vapeur, supportent encore plus difficilement le poids de l’eau dans les baignoires. Toutefois, comme on peut diminuer la hauteur de l’eau dans celles-ci, ce que l’on ne peut pas faire à l’égard du bain de vapeur, il s’ensuit qu’il faut chez ces personnes user de beaucoup de modération à l’égard de ce dernier bain.
Je n’ai jamais vu d’accidents graves survenir dans un bain de vapeur, à moins qu’ils n’aient été le résultat d’imprudences ou de négligence.
Une circonstance importante à connaître, c’est qu’un bain de vapeur peut être pris après avoir mangé. Il y a plus, il vaut mieux ne pas y aller à jeun: prendre un potage, un bouillon avant d’y entrer. En un mot, ces bains ne troublent pas la digestion comme le font les bains d’eau.
Quant aux douches de vapeur, elles se donnent à l’aide d’un tuyau d’ajutage enté sur le tuyau de conduite. Elles sont toujours en jet. Il est d’usage de les prendre aussi chaudes que possible.
4° Hygiène des bains .
Je consacre quelques lignes à l’hygiène des bains dont je trouve peu de chose dans les auteurs qui ont écrit sur ce sujet, et cependant j’ai vu tant d’accidents survenir par défaut de soins, qu’il me paraît utile de rassembler ici quelques conseils généraux à ce sujet.
Tout bain chaud et aqueux doit être pris à jeun ou au moins après un temps suffisant pour que la digestion stomacale soit accomplie.
Tout bain aqueux et froid exigeant une certaine réaction, il n’est pas convenable de le prendre à jeun, mais il y a danger à le prendre immédiatement après un repas. On compte un certain nombre de décès survenus lors des bains de rivière pris immédiatement après
un repas copieux ; la mort arrive alors par une congestion pulmonaire et cérébrale. Le mieux, dans les bains de rivière, consiste à favoriser la réaction per une petite quantité de vin généreux prise pendant sa durée, si l’on est à jeun surtout.
Une fois en baignoire, on peut faire usage d’aliments légers sans aucun inconvénient. Il y a plus, dans les piscines où l’on séjourne plusieurs heures, il est convenable d’y manger pour éviter de se laisser débiliter par ces sortes de bains.
Les bains de mer sont peu favorables à jeun. Chez les enfants surtout, il faut avoir le soin de faire prendre un potage une heure avant le bain.
On peut entrer dans un bain de vapeur ou recevoir une douche peu de temps après avoir pris des aliments, et par cette expression nous n’entendons pas des aliments copieux ; de sorte que nous pouvons traduire d’une manière générale ces préceptes hygiéniques, en disant que tout bain qui exige de la réaction ne veut pas un estomac exclusivement à jeun.
Il est un certain nombre de bains qui exigent le repos immédiat pendant une ou deux heures; d’autres demandent, au contraire, un certain exercice. Dans la première catégorie se placent tous les bains en baignoire, soit les bains simples, soit les bains d’eau minérale. Rien n’est plus favorable aux bains de ce genre que le repos amenant une certaine moiteur qui provient, ou de ce que le bain était émollient, ou de ce qu’il était excitant de la peau par sa nature saline ou sulfureuse. Tout bain qui, par sa nature, amène de la sudation, veut un séjour convenable au lit pour la favoriser et l’accroître.
Il est, en général, sans inconvénient de manger immédiatement après le bain, excepté pour ceux qui amènent une transpiration abondante ; l’estomac ne supporte alors que des aliments légers. Il faut cependant en excepter le bain russe proprement dit; mais celui-ci n’entraîne qu’une sudation momentanée, et les ablutions d’eau froide amènent une réaction que ne procurent pas les autres bains.
L’effet le plus général des eaux minérales, c’est de procurer tout d’abord un surcroît d’appétit: d’une part, parce que la peau fonc-
lionne mieux ; d une autre part, parce que la personne a généralement quitté la ville pour le séjour à la campagne et au milieu des montagnes. 11 est convenable de ne pas trop y satisfaire, sous peine d’amener un trouble de la digestion et un malaise général. Ceci est, en général, soumis non-seulement à l’eau dont on fait usage, mais encore au climat dans lequel l’eau se trouve.
Sous ce dernier rapport, rien de moins innocent que le climat de la mer. et cependant, aujourd’hui, chacun se rend aux bains de mer par une sorte d’entraînement qui est devenu une mode, une habitude. 11 est peu de personnes qui n’éprouvent pas quelque incommodité de leur séjour à la mer.
Si d’abord un bain de mer est loin d’être aussi innocent qu’on le croit généralement, il ne convient qu’à certaines natures ; d’autres y sont influencées de la manière la plus fâcheuse. Qu’on nous permette donc quelques observations à ce sujet. — Les bains de mer ne sont réellement utiles qu’aux individus d’un tempérament plus ou moins lymphatique S’ils conviennent à l’enfance, c’est que la prédominance lymphatique est l’apanage de cet âge. Mais dès qu’il s’agit d’un enfant nerveux, le bain de mer peut développer les indispositions les plus fâcheuses. Ces influences sont de deux sortes et dérivent de la nature du bain et de l’état moral de l'enfant, il y a deux espèces de bains de mer. Ou la mer est calme, et alors l’enfant joue et barbote dans la mer, qu’on me passe cette expression ; il peut rester ainsi cinq ou six minutes, et même huit à dix, si la mer est très calme. Mais si l’on fait prendre à un enfant un bain à une mer tant soit peu agitée, de sorte qu’il faille un baigneur pour l’y conduire et l’y maintenir, alors le bain, qui ne doit avoir que trois minutes tà trois minutes et demie de durée, n’est plus un bain innocent. A plus forte raison si, comme on le dit, on prend le bain à la lame ; alors deux minutes et demie suffisent, et beaucoup d’enfants ne peuvent même pas supporter ce bain sans qu’il en résulte une lassitude, une courbature plus ou moins marquée, et souvent un état fébrile avec symptômes congestionnels au cerveau et dérangement dans les fonctions intestinales. Il y a donc déjà, sous le rapport du bain, de grandes précautions à prendre. Mais il y a deux manières d’entrer dans la ruer: ou on le fait en marchant peu à peu
jusqu’à ce qu’on ait de l’eau jusqu’à la poitrine; ou le baigneur saisit l’enfant sur ses bras, le plonge la tête la première en le redressant sur les pieds. Ces deux méthodes se pratiquent pour tout le monde, enfants ou adultes. Le premier mode a quelques inconvénients pour les personnes sujettes aux palpitations et aux étouffements, mais on les évite en prenant la précaution de jeter sur la tête de la personne qui prend le bain un seau d’eau avant de la faire entrer dans la mer. Le second mode prévient toute congestion accidentelle, mais il a sur tous les enfants une influence morale fâcheuse qu’il faut éviter, et cette influence, quoique moins fâcheuse d ailleurs pour les grandes personnes, existe toujours pour elles. Il serait donc nécessaire que les deux modes fussent employés suivant les besoins dans tous les ports de mer, et que le médecin, interrogeant à cet égard le naturel des malades, prescrivît l’un ou l’autre, car l’un des deux n’a pas d’avantages sur l’autre.
En thèse générale, la durée d’un bain de mer médicamenteux, et quand il n’y a pas de natation, ne doit pas dépasser cinq à six minutes. Si la personne nage, ce n’est plus le bain de mer ordinaire, c’est un exercice dans une eau fortifiante, sans sensation du froid et du choc de la lame.
Après tout bain de mer il est bon de prendre un bain de pieds chaud, surtout les enfants, et recevoir, en sortant de la mer comme en y entrant, un seau d’eau sur la tète.
Un bain de mer doit être suivi de réaction ; il faut donc s’essuyer très rapidement en se frictionnant, s’habiller très vite et faire une course à pas rapides.
Il existe un autre bain de mer qui n’est pas moins important que le bain de mer à l’eau. Beaucoup de médecins envoient à la mer des convalescents qui ne peuvent pas prendre de bains, mais qui viennent respirer l’air de la mer. Ces malades sont amenés dans des chaises à porteurs au bord de la mer et y séjournent deux, trois ou quatre heures sur les galets : c’est l’habitude des ports de mer. Nous regardons cette habitude comme une des plus fâcheuses. Un malade convalescent placé au bord de la mer reçoit, il est vrai, toutes les émanations de la mer ; mais il reçoit aussi toutes les influences d’humidité, de ventilation, d’insolation alternatives, qui, loin dere-
mettre la santé, renouvellent souvent des affections rhumatismales disparues, amaigrissent le malade au lieu de le fortifier, troublent les digestions, en un mot, ne représentent plus ces conditions atmosphériques qui tendent au rétablissement de la santé.
D’ailleurs, qu’est-ce donc que l’atmosphère de la mer? Est-ce qu’elle borne son influence à sa surface? est-ce qu’elle ne se fait pas sentir à plusieurs lieues de distance? Pourquoi donc exposer à des conditions fâcheuses d’humidité, de ventilation, des convalescents qui ont besoin d’un air généralement pur et exempt autant que possible des variations qui exercent sur tous les hommes une influence si pernicieuse? Ce qu’il faut pour ces malades, c’est de leur faire respirer l’air de la mer à l’abri du vent et en plein soleil. A cet effet, envoyez-les dans un port en amphithéâtre, comme le Tréport, par exemple, sur une plage limitée, petite ; faites-les asseoir le long des maisons, à l’abri de toute ventilation, et surtout à l’abri des vents d’ouest qui sont si communs du côté de l’Océan. Aussi les ports du sud de l’Océan sont ils bien préférables aux ports du nord.
Il existe aussi des bains de mer chauds dans un grand nombre de ports de mer ; on les donne à l’eau pure ou mitigée d’eau ordinaire, à moitié, au quart, etc. : ces bains sont évidemment fortifiants. On trouve aussi dans ces établissements des douches qui exercent une influence excitante sur la peau, et qui peuvent être favorables aux affections rhumatismales. Les médecins ne sauraient trop en recommander l’emploi.
Terminons en parlant un peu de l’influence de l’air de la mer sur la santé des baigneurs. La personne qui, de l’intérieur des terres d’un pays, est transportée au bord de la mer, y trouve un air vif, salin, d’une nature toute nouvelle pour elle. Cet air stimule, excite tout d’abord, amène une soif continuelle, procure de l’appétit les premiers jours, cause de la constipation ; puis, comme on est généralement porté à aller admirer un spectacle grandiose et tout nouveau, on est sans cesse sur les jetées, sur les galets, sur les falaises. On trouve avec abondance le poisson de mer, des coquillages, et l’on en use souvent avec excès. Cette pratique est des plus funestes ; il en résulte un trouble des voies digestives plus ou moins prononcé. Cette surexcitation d’appétit cesse très vite pour
THERAPEUTIQUE GÉNÉRALE.
faire place presque à de l’anorexie. La constipation est remplacée ‘par des coliques avec évacuations abondantes, et quelquefois des vomissements, de sorte qu’il est peu de malades qui ne paient leur tribut à l’air de la mer.
Suivant nous, la personne qui se rend à la mer doit peu à peu s’y acclimater, s’observer surtout sous le rapport du régime alimentaire, éviter dans les huit ou dix premiers jours le poisson de mer, et rechercher au contraire le poisson d’eau douce, ne pas faire usage surtout de tout ce qui est coquillage, crabe, homard, langouste. Ce ne sera que graduellement qu’elle arrivera à leur emploi comme aliment ; les repas doivent être réglés, peu abondants, ayant pour base des viandes rôties et les légumes.
Ce qu’il faut ensuite, c’est de savoir se vêtir même dans la plus belle saison, le matin et surtout le soir; les habitants des ports de mer ne quittent presque jamais le drap, et ils font souvent usage du manteau le soir. On ne saurait croire combien sont communs les accidents qui proviennent d’une hygiène mal entendue à cet égard.
Ce qu’il faut rechercher, c’est une promenade journalière dans l’intérieur des terres, de manière à sortir de ces champs arides qui bordent l’océan et à trouver dans l’influence des émanations des végétaux de la campagne un contre-poids à cet air sec et âpre de la mer.
Vlï. De la saison de l’année ou la curabilité des maladies de