‹ Traité pratique des maladies de la peau [electronic resource] (volume 2)Chapitre 26 sur 73 · IV. — Médication antisquameuse · texte numérisé non relu

IV. — Médication antisquameuse

Préparations arsenicales. - Les préparations arsenicales sont DOur le médecin' dermatologiste une source très puissante de médication. Elles s'appliquent à un grand nombre de maladies ; U en est certaines qui les réclament d'une manière spéciale: i ,nnt les affections à forme semeuse, pmnam, lèpre vul-

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MÉDICATION ANTISQUAMEUSE. |Q1

à l'état aigu, mais alors clans une période décroissante. A l'égard des autres affections de la peau, c'est ordinairement l'ultimatum de la généralité des médecins, c'est-à-dire que lorsque les autres agents médicamenteux ont échoué, on a recours en dernier ressort aux préparations arsenicales , et l'on ajoute : J'ai tout employé, voire même l'arsenic. Il faut convenir que si ces préparations sont le médicament par excellence pour combattre les affections squameuses, elles sont aussi d'une grande ressource dans certaines formes morbides cutanées, comme l'eczéma chronique général, celui du cuir chevelu, celui des oreilles.

. Nous croyons avoir contribué, pour notre part, à régulariser le mode d'emploi des préparations arsenicales. C'est en solution qu'on les donne ordinairement, et deux surtout sont usitées : la solution de Fowler, la solution de Pearson. La première est un arsénite de potasse; la seconde, une arséniate de soude. La solution de Fowler se compose de :

Acide arsénieux 5 grammes.

Carbonate de potasse. ...... 5 grammes.

Eau 500 grammes.

Alcoolat de mélisse composé ... 13 grammes.

La composition de celle de Pearson est telle qu'il en faut 5 gouttes pour faire l'équivalent d'une goutte de solution de Fowler. Il en résulte un inconvénient pour son administration, car on est obligé de pousser la dose jusqu'à 50, 60, 80 gouttes par jour, et il est difficile et long de compter un si grand nombre de gouttes. C'est une raison de préférer la solution de Fowler, puisque d'ailleurs elle a les mêmes propriétés Que l'autre. Mais un autre motif de préférence pour nous, c'est que nous n'avons jamais pu porter la solution de Pearson à des «Joses proportionnellement aussi élevées que l'autre , sans provoquer des accidents ; aussi nous n'employons plus que la solution rie Fowler. 18 gouttes de solution de Fowler contiennent Î./6" de grain d'acide arsénieux, environ 8 milligrammes; Pf, en règle générale, un malade ne peut supporter plus de

16 à 18 gouttes de solution par jour, c'est-à-dire plus de 1 /6e de grain d'acide arsénieux : voilà donc une dose qu'on ne devra pas dépasser. En effet, toutes les fois que nous avons été au delà , les sujets les plus forts n'ont pas tardé à en être incommodés. Certes , il y a quelques exceptions , mais elles sont rares , et cependant M. Boudin, qui a préconisé l'acide arsénieux contre les fièvres intermittentes, a pu donner jusqu'à l/U de grain, 1/2 grain, 1 et même 2 grains d'acide arsénieux par jour. On peut s'expliquer une pareille tolérance en ayant égard à deux circonstances : 1° que l'intoxication paludéenne apporte dans l'économie une modification particulière en vertu de laquelle le malade peut supporter des doses d'arsenic qui le tueraient s'il était bien portant; modification analogue , sans doute , à celle qui , dans la pneumonie , produit la tolérance du tartre stibié à haute dose ; 2° que c'est l'acide arsénieux libre, substance peu soluble, que M. Boudin donne à ses malades, et non l'arsénite de potasse, qui est très soluble. Or nous devons faire cette remarque générale, connue depuis longtemps du reste, que les médicaments agissent d'autant mieux qu'ils sont mieux dissous. Ainsi, que sur le derme dénudé chez deux animaux de même espèce, on applique, chez l'un de l'arsénite de soude , chez l'autre de l'acide arsénieux : le premier mourra rapidement, tandis que le dernier sera plus lentement atteint. C'est que l'arsénite , très soluble , est bien plus promptement absorbé que l'acide arsénieux, qui l'est peu. Il se peut donc , quand on ingère de l'acide arsénieux dans l'estomac à dose assez élevée , qu'une partie non dissoute soit expulsée avec les selles, tandis. que l'arsénite de soude ou de potasse, très solubles, sont absorbés en totalité.

La solution de Fowler est connue depuis longtemps, mais son mode d'administration actuel n'a pas une date aussi ancienne. Du temps de Biett , ce qui n'est pas bien loin de nous, on la donnait encore de la manière suivante : on commençait par 1 goutte par jour et l'on augmentait de 1 goutte tous les six ou huit jours seulement. Biett dit être arrive ainsi jusqu'à

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l'administration de UO gouttes par jour. On voit combien le traitement devait être long, et en effet il ne durait quelquefois pas moins de huit à dix mois. Désireux de fixer notre opinion sur le mode d'emploi des préparations arsenicales , nous avons fait, il y a quelques années, des expériences à l'hôpital Saint- Louis. Nous avons reconnu d'abord qu'on pouvait rapprocher l'augmentation des doses de manière à arriver à 12 gouttes en douze jours, à 16 en seize jours , sans accidents pour l'estomac du malade. Nous donnons en conséquence 2 gouttes le premier jour, 3 le deuxième , h le troisième , ainsi de suite. Nous gagnons donc ainsi beaucoup de temps.

Le second résultat important auquel nous sommes arrivé , c'est qu'il faut un homme fort , doué d'un bon estomac , pour supporter par jour 18 gouttes de liqueur de Fowler. On ne saurait dépasser cette dose sans s'exposer à voir survenir des accidents graves ; c'est pourquoi nous ne pouvons nous empêcher de conserver un peu d'incrédulité au sujet des UO gouttes que les malades pouvaient prendre sans inconvénient. Les prescriptions n'auraient-elles pas été exactement remplies à la pharmacie ? Le malade prenait-il le médicament ? C'est ce que nous ignorons ; mais nous avons si souvent été trompé par la négligence de nos élèves en pharmacie, par l'incurie de nos malades, que l'une et l'autre supposition sont très admissibles.

Nous avons motivé la préférence que nous accordons à la solution de Fowler sur celle de Pearson. Quant aux autres préparations arsenicales à l'état pilulaire, telles que les pilules asiatiques, par exemple, nous ne les employons jamais, par la raison que l'acide arsénieux y est donné en substance. Or, dans un service d'hôpital, les pilules, faites souvent à l'avance, peuvent s'être durcies au point de traverser le canal intestinal sans produire aucune action. En deuxième lieu, l'acide arsénieux étant peu solublc dans l'eau, la dose absorbée variera suivant l'état de sécrétion plus ou moins grande de la membrane muqueuse stomacale, l'état de l'estomac,

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la bonne ou mauvaise digestion alimentaire, la quantité d'aliments pris; de sorte que si l'on sait ce que l'on donne, on ne sait pas ce qui est porté dans le torrent de la circulation. Au contraire , une préparation soluble, telle que les arsénites de potasse ou de soude en solution clans un liquide, et prise à jeun , sera absorbée dans l'espace de trois quarts d'heure ou d'une heure au plus, et par suite on connaîtra tVune manière certaine la dose qui va passer dans les secondes voies.

Dans les hôpitaux, en raison du nombre de malades qui peuvent prendre la solution de Fowler, et du temps qu'exige lé dosage de ces gouttes , il y a souvent des erreurs volontaires ou involontaires. Ainsi, un élève peut se tromper de 2 ou 3 gouttes, il peut même, s'il fait sa distribution de gouttes dans une série de juleps, mettre dans la même fiole deux fois la dose , dans la supposition où il croirait n'avoir rien mis. On conçoit dès lors la source de ces accidents d'empoisonnement que l'on voit se développer inopinément. C'est pour obvier à ces dosages résultant de la négligence, que j'ai formulé une solution tout à fait identique avec la solution de Fowler, quant à la composition, sauf les doses respectives des éléments (voy. Formulaire, Solutions): elle est telle, que 1 gramme correspond à 1 goutte de la solution de Fowler. Pour la mesurer1, on prend une petite éprouvet.te graduée à intervalles de 1 gramme et pouvant contenir 18 grammes. Il suffit alors de verser la liqueur arsenicale sans la mesurer autrement que d'emplir le vase jusqu'à atteindre le point de repère qui correspond à la dose.

Nous avons dit plus haut que si l'on dépassait la dose de 18 gouttes de solution de Fowler, on s'exposait avoir se manifester des accidents ; mais ces accidents sont bien différents de ceux que produit l'arsenic à haute dose , avalé par imprudence ou administré par une main criminelle. Dans ces derniers cas, en effet, l'empoisonnement se manifeste par des nausées , des vomissements , des coliques , de la diarrbée , des convulsions, la petitesse, la lenteur du pouls, la suppression des urines. La solution de Fowler à petites doses

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graduées ne produit rien de tout cela ; ce sont des phénomènes tout nerveux qui peuvent passer inaperçus si le malade ou le médecin ne sont, pas très attentifs. Voici ces phénomènes. Quand le malade est arrivé à la dose la plus élevée qu'il puisse supporter, si l'on augmente encore, il vous dira : j'ai ressenti un peu d'engourdissement dans une main ; un autre aura eu une crampe à une jambe ; un troisième, la respiration gênée ; un quatrième aura senti sa tête lourde , étourdie, etc. Mais pas de vomissements, pas de diarrhée chez aucun d'eux, pas de suppression d'urine, seulement parfois un peu de gastralgie; et ces phénomènes se seront montrés un quart d'heure , une demi-heure, une heure après la dernière dose administrée. Bien que légers, ces symptômes ont une grande portée, car si l'on ne suspend pas tout de suite le médicament, le lendemain, quoiqu'on n'en ait donné que la même dose, on verra se manifester l'ensemble de tous les symptômes de l'empoisonnement par l'arsenic à haute dose, moins tous les phénomènes d'action directe de l'arsenic sur l'estomac et les intestins : ce sont les symptômes graves de l'absorption de ce poison. Il semble donc qu'il arrive un moment où l'économie est en quelque sorte saturée d'arsenic, et alors l'addition d'une dose nouvelle, quoique extrêmement faible, produit l'effet de la goutte d'eau sur le vase plein. Qu'ainsi le malade ait négligé de signaler à son médecin une crampe légère, un peu d'engourdissement qu'il aura éprouvé, ou que le médecin peu expérimenté n'ait pas eu soin de le questionner à cet égard, et le lendemain il sera tout étonné de trouver son malade dans l'état le plus grave : il est prostré, abattu, la figure profondément altérée ; la respiration anxieuse , difficile ; la peau froide ; le pouls petit, fréquent, se relevant par moments, s'affaissant aussitôt ; l'urine est supprimée ; d'ailleurs pas de coliques, pas d'évacuations alvines.

Quel traitement faut-il opposer à ces accidents ? D'abord le médecin devra, par une surveillance attentive de son malade, en prévenir la manifestation. Mais enfin s'il était assez malheu-

reux pour les voir apparaître , il faudrait qu'il sût comment les combattre. La première fois qu'ils se sont présentés à notre observation, c'était lors de la fameuse discussion entre MM. Orfila et Rognetta au sujet de la thérapeutique de l'empoisonnement par l'arsenic. Le premier voulait qu'on saignât les malades ; le second, qu'on leur donnât des excitants, du punch , etc. Le malade que nous eûmes occasion d'observer avait la figure altérée, le corps couvert d'une sueur froide ; le pouls se relevait par moments , d'autres fois il devenait filiforme ; les urines étaient supprimées. Dans cet état nous tirâmes une palette de sang; une potion cordiale fut ensuite administrée , et les symptômes d'intoxication ne tardèrent pas à disparaître. Nous pensons donc qu'on devra, dans ces circonstances, se conduire d'après les symptômes offerts par le malade. S'il y a de l'excitation, prescrivez une petite saignée d'abord ; si la prostration, au contraire, était le phénomène dominant, il faudrait débuter par les cordiaux. Le malade ne sera hors de danger que lorsque l'émission des urines se rétablira ; cette émission recommence habituellement au bout de trois ou quatre heures , et alors le malade entre en convalescence. A propos de cette suppression de l'urine , MM. Orfila et Rognetta ne sont pas d'accord. M. Orfila prétend qu'elle est supprimée, M. Rognetta qu'elle continue. Nous pensons qu'ils ont raison tous deux, ou plutôt ce n'est qu'un malentendu. La sécrétion de l'urine n'est pas suspendue, mais seulement son émission; on peut en acquérir la preuve en sondant les malades.

Le traitement d'une maladie de peau par la liqueur de Fowler doit durer de six semaines à deux mois, ou deux mois et demi. La guérison se reconnaît h un phénomène que je crois avoir signalé le premier, au moins dans les affections squameuses : quand la médication arsenicale a été suffisamment continuée et convenablement administrée, la surface malade guérie se colore en brun, et la peau reprend toute sa souplesse. Cette tache brune est un fait capital ; elle prouve que le traitement est complet et la guérison aussi parfaite que possible.

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Il résulte, en effet, de nos observations que si , par une cause quelconque , la maladie récidive , ce qui est malheureusement trop fréquent dans les affections cutanées, c'est plutôt à côté de la tache et non sur la tache elle-même que reparaît la maladie ; c'est du moins ce qui arrive le plus souvent. Ces taches, que j'appelle arsenicales, ne disparaissent qu'après huit ou dix mois. Cet effet est analogue à celui que produit l'administration du nitrate d'argent, avec cette différence que l'on peut expliquer la coloration dans ce dernier cas par l'action de la lumière , tandis que dans l'espèce il n'y a pas d'explication possible. Toujours est-il que la tache brune arsenicale remplace toute l'étendue de la surface antérieurement malade, et que , sauf la couleur, la peau y reprend sa consistance, sa souplesse, son épaisseur, sa texture et son état primitif.

Ainsi que nous l'avons dit plus haut , la liqueur de Fowler doit être suspendue dès qu'il survient un malaise quelconque , un dérangement soit du côté de l'estomac, de la poitrine, des membres, etc. Après trois , quatre , cinq jours de repos , on reprendra la solution à une dose moitié moindre que celle à laquelle on était déjà arrivé, en augmentant ultérieurement les doses de solution dans le rapport où on les avait commencées.

Sous l'influence de cette médication , il peut apparaître une éruption secondaire sur les taches arsenicales ou sur les parties de la peau où siège encore la maladie qui est en traitement. Elle consiste en quelques boutons rouges, isolés, papuleux, de la grosseur d'une lentille, qui se multiplient lentement. Ce phénomène, que j'ai le premier signalé, est commun aussi à l'usage des pommades au goudron et aux préparations alcalines. Si l'on continue alors les arsenicaux , cette éruption fait des progrès. C'est donc une indication de cesser l'arsenic et les pommades goudronneuses. Si le médecin , trompé par une vaine apparence , croit au renouvellement ou à une recrudesrr'uce de la maladie qu'il traite, et qu'il veuille augmenter les doses d'arsenic ou de goudron, suivant qu'il emploie l'un ou

l'autre, cette éruption intercurrente sera vivement exaspérée i Il devra cesser toute médication active, recourir aux éniollients, et en peu de temps tout aura disparu. On pourrait aussi prendre cette éruption pour des papules syphilitiques, mais il n'en est rien.

Faut-il administrer indistinctement les arsenicaux chez toutes les personnes atteintes de maladies squameuses ? Non , sans doute , car ce traitement n'est pas sans inconvénients ; il agit sur l'estomac et en général sur l'ensemble de l'économie d'une manière fâcheuse, et tout malade qui l'a suivi s'en va plus ou moins amaigri, le teint jaunâtre et terreux. Il en résulte que tous les malades ne sont pas aptes à supporter cette médication, et qu'il faut un individu fort , doué d'une bonne constitution, d'une bonne poitrine, d'un estomac qui digère bien. En l'absence de ces conditions, on verra survenir de l'anorexie, de la répugnance, du dégoût pour la plupart des aliments, et par suite un amaigrissement plus ou moins prononcé.

Une autre remarque à faire dans l'usage de cette médication, c'est que l'arsenic doit être dosé suivant la force du malade. Chez tel individu, 12 gouttes de solution de Fowler produiront autant d'effet que 16 chez un autre. Un homme délicat, faible, quoique jouissant d'une bonne santé, sera influencé par une dose inférieure d'arsenic , laquelle sera sans effet notable sur un sujet robuste, vigoureux.

Enfin, le régime des malades soumis à l'arsenic doit être réglé avec soin. Ils devront s'abstenir de toute espèce d'aliments acides, de ragoûts épicés, etc., mais faire usage principalement de viandes rôties et de légumes. De plus, au début de la médication , on diminuera la dose des aliments , du pain et de la viande surtout, afin de pouvoir ensuite donner l'alimentation ordinaire lorsque le malade sera habitué à l'arsenic.

Quels sont les effets immédiats et successifs de l'arsenic sur la maladie cutanée ? Supposons qu'il s'agisse d'un psoriasis et qu'on le traite exclusivement par les préparations arsenicales. Un psoriasis est généralement constitué par des plaques dissémi-

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nées, et sur ces plaques sont des écailles recouvrant des surfaces rouges au niveau desquelles la peau est épaissie. Si l'arsenic seul guérit ce psoriasis, ce qui arrive souvent, ces écailles épidermiques tombent d'abord pour être remplacées par d'autres moins épaisses; la peau diminue aussi d'épaisseur; la couleur rouge tend à devenir moins foncée ; bientôt il ne se forme plus de plaques , et la peau cesse d'être proéminente ; elle devient lisse et revêt sa coloration brun grisâtre. Cette couleur brune arsenicale se montre quelquefois lorsque la peau n'a pas encore, aux points qui étaient malades, la même souplesse que sur les parties saines ; alors la guérison n'est pas assurée, il faut continuer encore jusqu'à ce qu'on ait obtenu cette souplesse de la peau.

Un dernier mot sur l'emploi des préparations arsenicales. Si vous avez affaire à une affection squameuse , un psoriasis , par exemple , qui ne date que d'un ou deux ans , vous pouvez espérer de le guérir par la liqueur de Fowler. Mais si le psoriasis remonte à dix ou quinze ans , l'arsenic sera presque toujours impuissant à opérer la guérison de l'affection d'une manière radicale ; vous devez même renoncer à son usage, si le malade a été déjà traité par cet agent médicamenteux, car sa constitution doit se ressentir plus ou moins de la première médication, et ce ne serait pas sans danger qu'on y recourrait encore. Contentez-vous alors d'un traitement externe.

De quelques autres médications employées dans les affections squameuses. — L'une d'elles a pour base l'antimoine. Ce métal fournit peu de composés pharmaceutiques, ou du moins les uns sont peu solubles, et, partant, peu actifs; les autres sont caustiques et ne peuvent être administrés à l'intérieur. Le plus usité et le plus actif, c'est l'émétique ; mais on sait qu'il est difficile de l'administrer sans provoquer le vomissement. On le donne cependant dans les maladies de la peau de la manière suivante. Tous les matins le malade prend 25 milligrammes de tartre stibié avec 2 grammes de crème de tartre entre deux conlitures, en même temps qu'il boit un peu d'eau. Cette médical ion

provoque souvent, les premiers jours, quelques nausées, mais la tolérance s'établit assez promptement en ce sens que les vomissements cessent ; cependant il est rare que le malade n'ait pas une ou deux garderobes par jour, ce qui prouve que le médicament est peu absorbé. On donne cette préparation aussi longtemps que l'arsenic, c'est-à-dire deux ou trois mois, et quelquefois elle guérit quand l'arsenic a été impuissant; c'est même seulement alors qu'il convient de l'employer, car la méthode antimoniale généralisée réussit peu. Nous l'avons souvent mise en usage ; les succès que nous en avons obtenus sont assez peu nombreux pour que nous ne la préconisions qu'à défaut d'insuccès des préparations arsénicales. On ne peut l'administrer qu'à des sujets forts , bien constitués et chez lesquels il n'existe pas d'affection intestinale chronique ou même de susceptibilité des intestins.

Médications externes très usitées. — Goudron. — Huile de cade. — Le goudron est un des moyens les plus propres à faire disparaître les affections squameuses ; aussi est-il très fréquemment employé. Il ne procure que des guérisons superficielles. Les malades ne sont que blanchis, ainsi qu'ils le disent, et la récidive est presque inévitable dans un délai assez court. Il faut autre chose qu'une médication topique pour obtenir une guérison un peu durable. Il faut, par un traitement interne, imprimer à toute l'économie une modification profonde, afin de détruire, s'il est possible, la cause inconnue de ces éruptions cutanées. Cependant le médecin est heureux, dans un très grand nombre de cas, et lorsque l'état général du malade ne permet pas un traitement interne, d'avoir à sa disposition un agent aussi puissant que le goudron. Voici comment on l'administre. On commence par une pommade au l/20e de son poids de goudron, puis au l/10e ; après un mois, six semaines, on la fait préparer au 1/5°. Chez quelques malades on arrive à se servir de parties égales de goudron et d'axonge , et même du goudron pur dans des cas de psoriasis très anciens.

Par l'action de ces pommades, largement étendues, l'épi-

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derme se ramollit, les écailles tombent, la peau épaissie devient plus mince ; puis, s'il s'agit d'un psoriasis nummulaire ou circiné, c'est le centre qui guérit le premier; s'il est diffus, c'est le contraire. L'usage de la pommade au goudron provoque quelquefois les mêmes éruptions secondaires que l'arsenic ; on doit alors y renoncer et employer les bains simples, la pommade blanche, c'est-à-dire la graisse pure, etc. Le traitement ordinaire par le goudron dure de six semaines à deux mois et demi. Si en même temps qu'on emploie le goudron à l'extérieur, on donne l'arsenic intérieurement, il faut moins de temps pour obtenir la guérison. Le traitement sera encore plus efficace si l'on y joint, trois fois par semaine, des bains de vapeur à une température simplement suffisante pour faire transpirer le malade.

L'huile de cade produit les mêmes effets que le goudron. Elle est employée dans les mêmes conditions et à même dose ; cependant à l'égard de celle-ci nous avons remarqué qu'il fallait souvent débuter par des pommades moins fortes.

Nous avons reconnu, l'un des premiers, que cette huile guérissait aussi bien que le goudron. Quelques médecins, frappés des bons effets de ce médicament à l'extérieur, ont eu la pensée de l'administrer à l'intérieur sous forme pilulaire; mais en même temps qu'ils le donnaient intérieurement, ils le prescrivaient aussi à l'extérieur, de sorte qu'ils se sont fait illusion. J'ai en vain cherché à obtenir la guérison des affections squameuses par l'administration intérieure et seule de cette huile ; j'ai dû renoncer à son emploi de cette manière et la regarder comme inutile.

Le goudron et l'huile de cade ne peuvent guérir qu'à la condition d'être employés très largement ; il faut que le malade conserve longtemps la même chemise et les mêmes draps, afin qu'il reste constamment dans une atmosphère de goudron ou d'huile.

H n'est pas très rare de rencontrer des cas de psoriasis ou de lèpre vulgaire qui, loin de se guérir, sont au contraire exaspérés par le goudron et l'huile de cade ; alors les pommades alcalines,

la pommade au précipité blanc à la close de h grammes pour 30 d'axonge, produisent quelquefois les meilleurs résultats. La pommade au précipité blanc a néanmoins un inconvénient : c'est que si on l'emploie sur une large surface, elle est absorbée en quantité notable et produit une salivation d'autant plus abondante que la pommade reste longtemps sur la peau, et par suite que l'absorption continue, même après qu'on a cessé d'en faire usage. Chez ces malades il faut se hâter de donner des bains de Baréges, des bains alcalins ou savonneux.

Ajoutons que les pommades, quelles qu'elles soient, ne guérissent qu'à la condition de graisser largement, non seulement les plaques malades, mais toute la peau. Le malade doit coucher longtemps avec la même chemise et les mêmes draps. Ceci est désagréable en hiver ; car, indépendamment de la mauvaise odeur qu'ils répandent, les chemises, les draps, sont toujours froids, la graisse étant un bon conducteur du calorique. En outre, les pommades tachent le linge : les taches de goudron ne sont jamais enlevées à la lessive. Enfin , un malade graissé de goudron ou d'huile de cade répand autour de lui une forte odeur de ces substances , et il lui devient difficile d'aller dans le monde pendant toute la durée de son traitement ; ce qui fait souvent repousser l'emploi de ces agents.

Enfin , ces divers moyens externes ne peuvent être mis en usage sans le concours de bains ; les bains de vapeur, quand le malade peut les supporter, et, à défaut de ces bains, les bains alcalins.

Au surplus, nous indiquerons avec soin l'ensemble de cette thérapeutique spéciale, quand nous ferons l'histoire de chacune de ces maladies.

Quand un malade a été guéri d'une affection cutanée de ce genre , il importe, pour le mettre à l'abri des récidives , qu'il se soumette à une hygiène convenable. Les auteurs, moins pénétrés que nous peut-être de l'importance des préceptes hygiéniques, ou peu confiants dans leur efficacité, n'ont pas, à notre avis, assez insisté sur ce point. Nous sommes convaincu, pour notre compte, que, dans la classe aisée surtout, on peut, à

l'aide d'an traitement prophylactique, éviter souvent le retour d'une maladie cutanée. Voici les moyens que nous conseillons de mettre en usage contre les affections squameuses.

Si c'est en hiver, le malade prendra un hain de vapeur par semaine. S'il n'a pas la facilité de prendre des bains de vapeur il les remplacera par des bains savonneux ou des bains alcalins. De plus, le soir en se couchant, et une fois par semaine il se graissera la peau avec du saindoux. Quand la saison lo permettra , on devra faire usage de quelques moyens hydrothérapies. Ainsi, le matin, dès que le malade est éveillé on le fait placer pieds nus dans un baquet de quelques centimètres de profondeur seulement; à côté de lui, une large cuvette remplie d'eau à la température ordinaire de la chambre et une forte éponge. Il promène cette éponge largement mouillée sur son corps des pieds vers le ventre, des mains vers la poitrineil mouille la poitrine et le ventre ; puis il fait couler de l'eau lé long du dos, en exprimant l'éponge derrière le cou Tout cela doit être fait dans l'espace de quelques secondes. Le malade s essuie rapidement avec une serviette rude, s'habille et fait une course pour provoquer la réaction.

C'est par ces moyens fort simples qu'on entretient les fonctions de la peau, et, en les continuant durant plusieurs mois il est rare qu on voie survenir une récidive.

Je désigne sous ce nom des médications dans lesquelles ie feis e„ r plusieurs éléments médicamenteux qui tous col Y but commun, tout en agissant isolément, en '-n de leur nature propre. Les anciens faisaient grand cas

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dans les mixtures ou mélanges de médicaments tirés du règne végétal n'ont eu le plus souvent d'inconvénients réels de ces associations que par le nombre des agents employés avec lesquels ils formulaient des apozèmes, des électuaires, etc.

L'école de Broussais, en posant les bases d'une médecine nouvelle contribua puissamment à détruire l'art ancien de formuler Cette école a eu son temps; comme elle avait fait table rase on a cru devoir réédifier la médecine et la faire reposer sur la statistique, en ne tenant aucun compte des observations recueillies dans les siècles passés. Bientôt aussi il a fallu refaire la thérapeutique, et l'on est ainsi arrivé à un excès oppose en expérimentant les agents médicamenteux les uns après les autres, et en repoussant l'administration simultanée de plusieurs d'entre eux. L'art de formuler est alors tombe dans l'oubli le plus complet. Depuis quelques années seulement les médecins reviennent à des formules un peu plus composées ; mais, malgré les progrès de la chimie, ils retombent parfois encore aujourd'hui dans les fautes reprochées aux anciens car il n'est pas rare de trouver dans nos formulaires bon nombre de substances qui sont alliées entre elles et qui se décomposent.

Quoi qu'il en soit, la tendance du jour est aux médications composées, et je suis heureux d'avoir été des premiers à entrer dans cette voie. Voici quelle est, à cet égard, ma manière d| voir Une substance donnée combattra avec avantage une maladie, mais elle ne la guérira pas toujours. Lue autre, d'une nature différente, employée contre la même affectionl amènera des résultats semblables. Toutes deux ont donc une certaine valeur. Je me suis demandé si les deux substances réunies ne pourraient pas avoir plus d'action que lors de leur administration isolée, et l'expérience a confirme ma prévision. Mes premiers essais en ce genre ont été faits à l'égard des accidents syphilitiques secondaires et tertiaires; et tandis que les praticiens donnaient d'abord le mercure, puis en cas dmsuccès l'iodure de potassium, j'administrais, il y a dix-huit! 2 nvhon, l'un et l'autre, et j'arrivais à ce résultat fort re-

marquable , qu'il me fallait des doses beaucoup plus faibles de ces deux agents réunis pour obtenir les gu'érisons les plus promptes. C'est surtout à mon entrée à l'hôpital Saint-Louis, il y a treize ans, que j'ai pu mettre cette idée en pratique sur une grande échelle. Pour les maladies syphilitiques j'ai associé les préparations mercurielles à l'iode, au fer, à l'arsenic, aux sudorifiques et à l'opium.

Bientôt j'ai étendu ces sortes d'associations à des affections plus rebelles encore , les maladies scrofuleuses ; et tandis que l'on employait isolément l'iode, l'huile de foie de morue, les amers, les antiscorbutiques , je suis arrivé à réunir ces substances en un traitement composé qui, depuis deux ans, réunit des succès si nombreux, qu'aujourd'hui je ne désespère d'aucun scrofuleux , surtout d'aucune affection scrofuleuse de la peau. Je vais poser ici les principes de ces médications composées dont, j'en suis sûr, les praticiens pourront tirer grand parti.

Dans les éruptions simples secondaires de la syphilis, je me borne à administrer les tisanes sudorifiques, l'iodure de potassium et le sublimé associé à l'opium. A cet effet, je fais préparer une solution de 10 grammes d'iodure de potassium pour 500 grammes d'eau, dont je fais mettre une cuillerée à bouche dans une tasse de tisane sudorifique prise le matin et le soir. Une heure après, je fais prendre au malade le sublimé à l'état pilulaire, associé à l'extrait de gaïac et à l'opium, chaque pilule contenant de h à 6 milligrammes de sublimé, suivant t'âge et la force du malade; jamais je ne dépasse celte dernière dose : d'où il suit que le malade prend par jour 5 décigrammes d'iodure de potassium et 8 à 12 milligrammes de sublimé. Il est raie que je sois obligé d'interrompre le traitement «cause d'accidents. Jamais de salivation. Si l'anorexie surc'estpar la concentration de la tisane qui fatigue l'cs- "t ""il par les doses d'iodure ou de préparation merconolie. Le seul inconvénient de ce traitement, c'est qu'il faut 1 1 " 1 écouler une heure entre l'administration de l'iodure de P"tassuim et celle de La pilule mercurielle, afin d'éviter la de-

composition du bichlorure de mercure. Je sais bien qu'elle n'aurait pas beaucoup d'inconvénient, parce qu'elle s'opérerait au milieu d'un grand excès d'iodure de potassium qui transformerait le sublimé en une autre substance soluble ; mais jusqu'alors celte méthode m'ayant parfaitement réussi, je m'y tiens.

Dans le cas où, par des motifs quelconques, le malade ne peut pas se soumettre à ces exigences , je formule un sirop dans lequel entrent pour 500 grammes, 10 grammes d'iodure de potassium, 15 à 18 centigrammes de sublimé, et 35 centigrammes d'extrait thébaïque. Le malade prend une cuillerée à bouche de ce sirop matin et soir, dans un verre de tisane sudorifique.

Quelques médecins sont entrés dans cette voie depuis nous , mais d'une manière telle qu'ils n'atteignent pas notre but. Ainsi la chimie ayant reconnu que les iodures de mercure étaient solubles dans l'iodure de potassium, ils ont séparé le sel qui en résultait pour former un iodhydrate d'hydrargyre. On donne ce sel au lieu de sublimé, dans la pensée que l'on administre à la fois un composé qui agit et comme iode et comme mercure. C'est là une erreur ; la minime quantité d'iode employée dans la formation du composé mercuriel est alors tout à fait insignifiante.

La même pensée a encore fait naître l'engouement si fâcheux et si généralement partagé pour le proto-iodure de mercure; c'est là une substance dont la préparation n'est pas stable, elle n'est pas identique dans les pharmacies : aussi combien de fois ne clonne-t-ellepas lieu à des accidents. 11 suffit, en effet, qu'elle soit mal lavée pour qu'elle contienne, ou du sublimé, ou de l'iodure de potassium. D'ailleurs elle est insoluble, il est par conséquent impossible d'en mesurer l'absorption ; aussi est-on souvent obligé de donner ce sel à des doses énormes, 5, 10, 15, 20 centigrammes par jour. Mais telles sont la patience et la foi de quelques praticiens en ce médicament, que je l'ai vu administrer à des malades pendant un an de suite et sans interruption malgré son inefficacité dans le cas particulier. Le même engouement a existé pour l'iodure de potassium dont on a fait

abus en portant la dose de son administration à 2, 4, 0 et 10 grammes par jour. Aussi que de gastralgies difficilement curables n'a-t-on pas développées à cette dose! Quand un malade rend un médicament par les urines, c'est que l'économie en est saturée ; c'est que l'agent thérapeutique produit tout l'effet qu'il doit produire, sauf l'action locale qu'il peut exercer durant son contact avec l'estomac. Or un malade qui prend l'iodure de potassium à la dose de 5 décigrammes à 75 centigrammes rend tous les jours de l'iodure de potassium par les mines.

S'agit-il d'une forme syphilitique scrofuleuse, je donne l'huile de foie de morue préalablement à un verre de tisane additionnée d'une cuillerée à bouche de sirop mercuriel et ioduré. Le sujet est-il débilité , je fais prendre des pilules ferrugineuses dans le cours delà journée, et je fais boire de l'eau ferrugineuse aux repas. Enfin, dans les accidents tertiaires de la syphilis où les os sont malades, je joins l'arsenic à ces préparations , en faisant prendre dans un julep, ou dans un verre d'eau sucrée, de la solution de Fovvler, depuis 1 goutte, pour le premier jour, jusqu'à 8 à 10 gouttes par jour entre le déjeuner et le dîner : de sorte que le malade prend, matin et soir, d'abord une cuillerée à bouche d'huile de foie de morue, dose qui peut aller jusqu'à 2 le matin, 2 le soir; immédiatement après un verre de tisane sudorifique additionnée d'une cuillerée à bouche de sirop d'iodure de potassium et de mercure. Dans le milieu de la journée, un julep arsenical, et aux repas du fer réduit par l'hydrogène, ou de l'eau additionnée de 30 centigrammes de tartrate de fer et rougie de vin. J'obtiens de ces médications composés des résultats fort remarquables dans les formes les plus graves de la syphilis.

Dans le cas où l'on trouverait l'administration de la solution do Fowler dans un julep, trop incommode à prendre pour le malade, ou comme pouvant être mal supportée entre deux re- Bas, il est facile de l'ajouter matin et soir, et dans la même proportion, à la tisane sudorifique additionnée du sirop, l'j re de

potassium et l'iodhydrate de mercure ne supposant pas à cette

addition, et il ne s'opère là aucune décomposition à cause de l'excès d'iodure de potassium qui se trouve dans le mélange.

Ces médicaments composés se prêtent merveilleusement au traitement de la scrofule et des maladies de la peau à forme scrofuleuse. Ainsi, dans la scrofule, je ne donne jamais l'huile de foie de morue sans vin de gentiane et sans sirop d'iodure de fer, le tout battu ensemble, mélange après lequel je fais prendre une tasse de tisane de houblon ou de décoction de feuilles de noyer. Souvent aussi j'introduis dans la composition du sirop d'iodure de fer que je fais préparer extemporairement, c'est-à-dire en combinant directement le fer à l'iode ( voy. Formulaire, Préparation), une certaine quantité d'iode libre et d'iodure de potassium : ainsi, 5 à 10 centigrammes d'iode pour 500 grammes de sirop et 6 à 8 grammes d'iodure de potassium pour la même close. La base de mon traitement de la scrofule, c'est la réunion des tisanes amères, du vin de gentiane, de l'huile de foie de morue et de l'iodure de fer, une cuillerée-à bouche, matin et soir, de chacun d'eux. J'augmente la dose de l'huile en laissant subsister celle du vin de gentiane et du sirop d'iodure de fer; je porte la dose de l'huile à h et 6 cuillerées à bouche par jour, en progressant d'une cuillerée tous les trois jours pour les engorgements ordinaires avec ou sans abcès. S'il s'agit d'une carie, j'y ajoute l'iodure de potassium et l'iode ; s'il s'agit d'un lupus, j'augmente la dose d'huile jusqu'à 8 à 10 cuillerées par jour. J'ai renoncé à ces doses exagérées d'huile que j'employais autrefois, 12, 16 cuillerées par jour ; elles n'amènent pas de résultats plus prompts, elles fatiguent l'estomac, elles causent des diarrhées qui obligent à suspendre l'emploi des médicaments.

Ces doses sont celles qui conviennent dans l'adolescence ou dans la jeunesse; elles seraient trop fortes pour des enfants.

Souvent aussi je joins à ces médicaments l'usage d'une liqueur alcoolique à principes amers, et j'avoue que celle de M. Demaulon, pharmacien à Compiègne, crue j'ai déjà préconisée et qui a pour base toutes les substances végétales à pria-

cipes amers et non pas à principes antiscorbutiques, remplit parfaitement le but. C'est au médecin à choisir entre le vin de gentiane, le sirop antiscorbutique et la liqueur alcoolique que je viens de citer.

Cette thérapeutique d'ensemble, clans laquelle je suis entré depuis un certain nombre d'années, me donne de tels succès qu'aujourd'hui je ne repousse aucun scrofuleux de mon service. J'avoue qu'il ne s'agit pas d'un emploi de quelques ^semaines ; ce n'est pas dans un laps de temps pareil qu'on peut modifier l'économie, et apporter des changements dans le tempérament et la constitution du malade. Il faut de la persévérance de la part de ce dernier et de la part du médecin. Quant aux affections syphilitiques, la médication est complètement jugée pour les cas les plus graves et depuis un grand nombre d'années. Pour la scrofule, le nombre des succès est certes moins considérable, mais les résultats n'en sont pas moins assurés.

Toute maladie de la peau assise sur un sujet d'un tempérament lymphatique très prononcé, et portant elle-même le cachet de la forme plus ou moins scrofuleuse , doit être traitée de la même manière, sauf à ne pas employer les antiscrofuleux à une dose aussi élevée. Dans ces affections cutanées à forme lymphatique j'associe souvent les préparations sulfureuses aux antiscrofuleux à éléments divers que je viens de faire connaître.

Comme on le voit, c'est une idée spéciale qui m'a dirigé dans l'emploi d'une thérapeutique que je puis appeler nouvelle. Lorsque l'on a préconisé l'iode contre la scrofule, l'iodure de potassium contre la syphilis, on a donné plus tard la préfén née à tous les composés mercuriels qui contenaient de l'iode, parce que l'on supposait que ces composés devaient avoir une BCtion double en raison des éléments qui les constituaient; mais ou n'a pas fait attention que l'on était réduit à donner de s faibles préparations de ces iodures, que l'iode de l'iodure de potassium devait jouer dans l'économie un rôle insignifiant.

Pour moi, je crois que si les anciens ont introduit dans la pharmacie des agglomérations de substances dont on ne peut

plus apprécier les effets, s'ils sont allés jusqu'à l'excès, les médecins modernes sont entrés dans un excès contraire ; mais ces excès des anciens ne détruisent pas pour cela les propriétés de catégories de médicaments simples dont l'expérience a démontré l'efficacité. Il faut donc y revenir. Dans nos médications mixtes je ne recherche pas des combinaisons nouvelles, des composés nouveaux jouissant de propriétés particulières, je les évite, au contraire ; je donne plusieurs substances à la fois dont l'efficacité isolée est déjà reconnue par tout le monde, et je les associe de manière qu'elles conservent leur nature sans subir aucune décomposition, afin d'agir comme si on les donnait seules.

Que l'on parcoure les travaux si consciencieux de Baudelocque, de Guersant père , sur les antiscrofuleux ; ceux même des syphiliographes modernes sur le mercure et l'iodure de potassium, et l'on aura pour résultat statistique de l'iode, de l'hydrochlorate de baryte, de la décoction de feuilles de noyer, des antiscorbutiques : un tiers de malades guéris, un tiers de malades soulagés, et un tiers d'insuccès. On verra les médecins français, après avoir épuisé l'action du mercure, arriver à l'iodure de potassium, et les médecins anglais à l'arsenic. Qu'est-ce que tous ces résultats démontrent? C'est que chacun de ces médicaments a une efficacité réelle, mais limitée quand on les donne isolément. Pourquoi donc ne pas les grouper, les réunir, les doser de manière à ne pas nuire , afin d'obtenir un effet multiple, alors qu'il s'agit d'accidents secondaires et tertiaires ou de degrés divers déformes scrofuleuses qui se rattachent toujours à une date fort ancienne. Ne peut-on pas dire de la scrofule et des maladies cutanées qui en dérivent , qu'elles sont simples ou constitutionnelles, qu'elles sont secondaires ou tertiaires.

Ces deux ordres de maladies se rapprochent tellement l'un de l'autre, que la syphilis se transforme certainement en scrofule. La syphilis héréditaire qui se développe vers l'âge de huit à dix ans est toujours à l'orme scrofuleuse , et sous ce rapport nous n'hésitons pas à penser que la plupart des enfants scrofuleux descendent d'aïeuls ou de bisaïeuls syphilitiques.

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