GÉNÉRALES
L'étude spéciale des maladies de la peau ne saurait être faite avec fruit, si elle n'était précédée de l'exposition de doctrines générales en dermatologie. Le médecin sans doctrinesn'a qu'une thérapeutique d'empirisme etde tâtonnement; or cette thérapeutiquetout exceptionnelle ne doit être appliquée qu'à ces états morbides insolites où le succès a justifié l'emploi des moyens, dans des circonstances analogues. Non pas que nous prétendions, en parlant de doctrines, rapporter à une unité morbide toutes les maladies cutanées ; ce serait alors un système, né d'une idée préconçue, devant lequel nous ferions plier toutes les maladies de la peau pour en expliquer l'origine, la nature, la forme, et poser les bases d'une thérapeutique nouvelle. Loin de nous cetle pensée ; rien n'est plus préjudiciable à la pratique de la médecine qu'un système. Si, en général, il fait quelque bien, s'il éclaire sur la nature de quelques maladies, il cause toujours beaucoup de mal en s'étendant du domaine de la théorie à celui de la pratique.
Mais entre un système et des doctrines plus ou moins homogènes, nées de l'observation des maladies, doctrines qui se lient et se groupent entre elles pour donner naissance à un ensemble de pré-
ceptes thérapeutiques, il y a mie dislance énorme ; ce n'est qu'à ce point de vue que nous prétendons faire connaître notre manière d'ënvisager l'ensemble des maladiesde la peau et leur thérapeutique.
Lorsqu'il y a seize ans nous avons succédé à l'honorable Biett, à l'hôpital Saint-Louis, nous n'avions été l'élève d'aucun maître en dermatologie. Chez nous le passé n'enchaînait pas l'avenir ; nous étions auprès du malade le médecin qui, après vingt ou vingt-cinq ans de séjour dans les hôpitaux, a fait une moisson plus ou moins ample d'observations sur toutes les maladies en général et qu'une catégorie nouvelle de malades venait impressionner de nouveau. Derrière nous, des hommes qui avaient fait école ; dont les idées avaient été adoptées par tous leurs contemporains, parce que l'on devait à ces hommes illustres d'avoir fait sortir du chaos les mille formes variées des maladies cutanées restées jusqu'alors inconnues.
Nous identifier, par respect comme par besoin, avec leurs doctrines, mais toutefois ne pas nous isoler de nos vues et de nos doctrines sur les maladies en général, telle fut notre première pensée, telle a été la ligne que nous avons suivie ; et c'est ainsi que nous nous sommes mis à explorer, sous ce double rapport, les nombreux malades qui avaient été confiés à nos soins. Nous avons été conduit à nous demander : Pourquoi cette catégorie de maladies ainsi isolée de la pathologie générale? — Pourquoi des doctrines toutes spéciales pour ce groupe de maladies? — Pourquoi cette cause unique toujours cachée qui les ferait naître? — La peau est-elle donc une enveloppe isolée du reste du corps? — A-t-elle donc sa vie indépendante?—N'est-elle plus le reflet au dehors du bien-être et des souffrances du dedans?- Y a-t-il quelque virus qui, sous mille formes diverses, la travaille et la dévore? - Est-ce que ses formes morbides diffèrent des formes des autres maladies autrement que par la structure qui est propre à son tissu?- N'est-ce pas toujours, au moins quant à l'aspect, l'élément inflammatoire qui nous impressionne? Cet élément inflammatoire ne subit-il pas à la peau des modifications en raison du tempérament, de la constitution de l'individu, ainsi que de la cause qui l'entretient connue on l'observe à l'égard des autres organes tle l'économie, etc.?
Si donc ces analogies existent, pourquoi dételles distinctions?
PATHOLOGIE OÉNÉIULL-. 3
Pourquoi cet isolement des affections cutanées? Y aurait-il des motifs puissants qui s'opposeraient à ce que ces maladies rentrassent dans le cadre de la pathologie générale?
Selon nous, ces raisons d'être n'existent pas et nos doctrines en dermatologie sont précisément basées sur cette pensée que nous formulons de la manière suivante :
Les maladies de la peau, communément désignées sovs le nom de dartres, ne sont autres que des états morbides tout à fait identiques avec ceux des autres tissus.
Même origine, mêmes causes, même marche, même terminaison, même liaison, enfin, avec tous les autres organes de l'économie.
La conséquence de ces idées est, au point de vue thérapeutique, toute une révolution dans les principes qui dirigent depuis cinquante ans les praticiens.
Comme eux, nous allons rechercher la cause du mal pour la combattre et la détruire, si elle existe encore; mais, au lieu de la chercher dans un élément morbide propre aux dartres, un virus, un être à part, une cause toujours la même, agissant sur toute l'économie, être le plus souvent inconnu que l'on combat au hasard par des modificateurs dont l'administration est tout aussi hasardée, nous la cherchons, nous, dans le tempérament du sujet, sa constitution, l'hérédité à laquelle il a été soumis, le climat qu'il habite, la profession qu'il exerce, les causes morales qui ont agi sur lui, les privations auxquelles il a pu être soumis ; dans l'état de tel ou tel organe intérieur en souffrance, et enfin dans les agents externes qui, suivant les conditions sociales où l'homme se trouve placé, ont pu faire naître les mêmes altérations cutanées qu'une cause interne aurait i produites.
Toutefois, en dehors de ces conditions les plus généralement observées, il faut convenir que lorsque la même affection se généralise à la peau sans cause appréciable, il y a là dans le sang, dans les tissus, dans toute l'économie, une influence occulte, un principe morbide dont la nature nous fuit, nous échappe, et que nous attaquons quelquefois avec bonheur par un seul et même agent. Ce principe, qui constituait le virus des anciens, est appelé diathëse par les médecins modernes qui se rattachent volontiers à ces anciennes idées.
l\ PAïnOLOlilE fiÉNÊUALK.
Cependant il faut y prendre garde, si l'on ne revient pas à la doctrine des virus, on revient à celle des dialhèses; or avec ce mot, on peut aller fort loin et remplacer une même idée par un autre mot.
Or rien déplus dangereux en médecine que les mots. Pour nous, tout disposé que nous sommes à admettre des diathèses, ou dispositions (du grec <5ia&r,e7<s), nous ne sous-entendons pas par ce mot un état occulte né d'un principe général morbide donné toujours le même, qui aura son antidote, comme le pourrait être un virus. La disposition morbide pourra avoir ses sources diverses, et se rattacher à des conditions de tempérament, d'âge, de constitution, d'hérédité: ainsi la disposition strumeuse n'est que la conséquence delà prédominance exagérée du système lymphatique; de même que la diathèse lichénoïde n'est que le résultat de la prédominance exagérée du système nerveux général et de celui de la peau en particulier , de même encore, en dehors de ces conditions, il peut exister des diathèses dont la nature et la cause ne peuvent pas être saisies et que nous apprécions seulement par l'agent propre à la combattre , agent dont l'expérience nous a montré l'efficacité. Mais il v a loin de ces idées à la pensée qui rattache toujours à une seule et même cause le principe morbide de plusieurs maladies. Le plus grave de tous les inconvénients, c'est d'avoir un mot qui satisfasse à l'esprit et qui l'éloigné de l'effort propre à reconnaître la nature d'un inconnu qui nous a jusqu'alors échappé.
Telles sont les idées qui constituent nos doctrines en dermatologie. Nous en tirons la conséquence que la pathologie de la peau ne diffère de la pathologie des autres tissus et organes que par la forme variée de ses productions morbides. Il y a identité d'éléments et de causes ; par conséquent, il doit y avoir identité de thérapeutique.
Mais il ne suffit pas de faire connaître nos doctrines en dermatologie, il faut encore chercher à prouver qu'elles sont fondées. Nées d'une conviction intime, nous devons nous attacher à les faire partaeer et réunir au moins tous nos efforts pour arriver à ce but. Nous allons donc entrer dans la démonstration générale de ces faits, en donnant quelques développements à une série de propositions que nous allons formuler, sauf à revenir d'une manière plus spéciale sur chacun de ces faits en particulier.
pathologie générale. 5
Première proposition. — La généralité des maladies de la peau a pour forme morbide ordinaire l'élément inflammatoire.
Parcourez l'échelle de ces maladies, depuis les exanthèmes, où la l'orme inflammatoire est la plus prononcée, jusqu'aux maladies de l'épiderme et des ongles, où elle l'est le moins, et vous trouverez des traces évidentes de cette forme pathologique.
Inutile de vous citer les affections vésiculeuses, pustuleuses, huileuses, papuleuses, tuberculeuses, où l'élément inflammatoire est très dessiné; j'arrive tout de suite à ce que l'on pourrait regarder comme des exceptions.
Le psoriasis? Mais sous ces squames argentées, la peau est rouge, tuméfiée ; il en est de même pour la lèpre vulgaire. Le psoriasis de l'extrémité des ongles est lui-même précédé à son début d'un cercle inflammatoire très dessiné, ainsi que je l'ai souvent observé.
Le pityriasis? S'il ne se montre d'abord que par un état farineux de la peau, qui entraine avec lui un léger excès de sensibilité de ce tissu avec démangeaison plus ou moins vive, l'irritation vient-elle à augmenter, alors la peau rougit franchement et l'inflammation est mise hors de doute.
L'herpès tonsurant amène à la peau de la démangeaison et de la rougeur, sans que l'une et l'autre soient vives. Dans le porrigo decalvans, comparez les couleurs de la peau dénudée avec le reste du cuir chevelu, et vous lui trouverez une teinte rose très marquée, avec une turgescence qui donne à ce tissu l'aspect de peau œdémateuse, à moins que la maladie ne :oit fort ancienne.
Dans Yalbinismc accidentel et partiel, où les cheveux paraissent seuls malades, la peau est quelquefois tuméfiée et colorée en rose.
Le pityriasis versicolor cause à son début la sensation de démangeaisons; s'il arrive à un degré plus élevé, il dessine un état inflammatoire.
Dans le favus (teigne) enlevez le godet, et vous trouverez la peau rouge, enflammée.
Certes, si vous prenez ces formes morbides quand elles datent de plusieurs années, vous n'observerez plus les phénomènes de l'inflammation; mais il suffit pour nous de constater qu'il est une période d'invasion de la maladie où l'état inflammatoire est dessiné,
pour que nous n'isolions pas ces maladies des autres. Or, il faut noter que nous avons pris à dessein des exemples avec les apparences les moins inflammatoires.
Il est maintenant des exceptions dans les maladies de la peau comme il en existe pour les maladies des autres organes.
L'ichthyose de naissance ne présente jamais aucun caractère inflammatoire.
Les productions cornées sont dans le même cas.
Certaines formes de molluscum rentrent encore dans ces exceptions.
Certaines formes de lèpre peuvent être citées comme n'étant pas inflammatoires, et encore n'avons-nous pas à nous demander si, pour quelques-unes des maladies auxquellesnous faisonsallusion, les tissus blancs ne sont pas dans les mêmes conditions de forme morbide.
Nous ne voulons déduire de ces démonstrations qu'une seule chose, c'est l'identité morbide entre les formes de maladies delà peau et celles des maladies des autres organes, sans rien préjuger à cet égard pour la thérapeutique de ces maladies.
Mais, objectera-t-on, la conséquence inévitable de ce fait démontré pour vous, ce doit être l'adoption du traitement antiphlogistique dans le but de combattre ces affections.
Loin de nous cette pensée. De ce qu'une maladie d'un organe a pour forme élémentaire l'inflammation, s'ensuit-il qu'en pathologie on la traite nécessairement et toujours par des antiphlogistiques? Cette conséquence serait bonne à adopter au point de vue d'un système, ainsi que l'avait établi Broussais ; elle est mauvaise au point de vue d'une analogie de forme pathologique; elle ne saurait conduire qu'à faire pour les maladies cutanées ce que l'on fait seulement pour les autres maladies, c'est-à-dire à leur appliquer la méthode antiphlogistique à la naissance, au début du mal, et c'est justement la seule induction que je veux en tirer, sans préjudiciel' en rien aux divers modes de traitement employés contre ces affections quand la période aiguë vient à prendre une marche décroissante.
Cette marche thérapeutique diffère essentiellement des méthodes perturbatrices que beaucoup de praticiens mettent encore en usage aujourd'hui au début des affections de la peau.
Deuxième proposition. — Les maladies de la peau peuvent être
l'ATHOLOUlli liÉNKHALE. '
déterminées par toutes les cnus-s </>"'■ produisent les maladies des autres tissus ou organes : causes physiques, causes morales, hérédité, climat sous lequel vit l'individu, tempérament, constitution du sujet, âge, organisation spéciale de la peau, etc.
Développons cette seconde proposition. Il est de principe généralement admis en médecine, que toute cause morbide venue du dehors porte son influence plus spéciale sur l'organe de l'économie qui est plus impressionnable à cette cause ; c'est alors cet organe qui devient malade si la cause agissante s'exerce assez puissamment pour produire une maladie.
La peau ne saurait être séparés, sous ce rapport, des autres tissus ou organes, et l'on en trouve un exemple bien tranché dans les états érythémateux ou fiuxionnaires de la face, qui, chez certains sujets, se reproduisent si fréquemment sous l'influence de l'impression de l'air, indépendamment, d'ailleurs, de l'état général de la santé.
Certes les causes générales extérieures, refroidissement, suppression de transpiration, etc., exercent plus d'influence sur les organes parenchymateux de l'économie que sur le tissu de la peau, parce que la congestion sanguine y est plus facile ; mais il n'est pas rare de voir des maladies sécrétantes , impétigo , ecthyma , érythème, sécrétant de la sérosité et du pus, survenir après la suppression de la transpiration.
11 est des agents physiques dont le contact constant avec la peau développe des maladies spéciales de ce tissu; de là un certain nombre d'affections cutanées propres a certaines professions. Ainsi la gale dite des épiciers (eczéma lichénoïde des mains); X herpès phlyeténoide et le pemphigus de cause externe, assez communs chez les teinturiers; les ulcères et X eczéma des jambes que l'on voit se développer chez les débardeurs de bateaux, X érythème chronique des mains des filles de comptoir des liquoristes, etc.
Les causes morales qui agissent sur l'ensemble de l'économie pour développer des maladies générales peuvent aussi devenir la source d'affections cutanées. 11 est fréquent de voir surgir tout à coup, et à la suite d'un violent accès de colère, un érythème, un érysipèle, un impétigo, un herpès phlyeténoide, un purpura, une
o PATHOLOGIE GÉNÉRALE.
sypkilide populeuse, comme sous l'influence de la même cause on voit se manifester un ictère ou une fièvre quelconque.
De même que les chagrins, l'abstinence, les privations, la misère engendrent des fièvres graves ; de même ces causes développent le rupia, Yectliyma cachecticum, le purpura chronique et le scorbut.
L'hérédité, qui propage la phthisie, les maladies du foie, les affections intestinales, la scrofule, développe à la peau Yichthyose blanche, brune ou cornée, le psoriasis ou la lèpre vulgaire, etc. Le climat sous lequel vit l'individu fait naître la lèpre des régions équatoriales ou celle des tropiques, la pellagre, comme il fait naître la fièvre jaune et la peste.
Au tempérament il faut rattacher le lichen et le prurigo chez les individus éminemment nerveux ; Y impétigo, Yecthyma, certains lupus, pour les individus chez lesquels le tempérament lymphatique prédomine; le pityriasis versicolor, les taches hépatiques et Y herpès, aux personnes dont le tempérament bilieux est très dessiné ; comme on rattache à chacun de ces tempéraments certaines maladies, soit du tube digestif, soit de tout autre appareil d'organes, parce que ces maladies coïncident le plus généralement avec ces conditions de tempérament jprononcées à un très haut degré. Il en est de même delà constitution forte du sujet, qui développe des maladies cutanées franchement inflammatoires de la peau avec marche aiguë très intense, maladies qui se guérissent au moyen de quelques émissions sanguines générales et d'applications émollientes locales, s'assimilant en cela aux affections inflammatoires des autres organes de l'économie qui cèdent à un traitement analogue.
Par rapport à l 'âge, n'y a-t-il pas à la peau des maladies de l'en* tance, de l'adulte et du vieillard, ainsi qu'on en décrit dans l'histoire de la pathologie interne? Les aflèctions cutanées, communément désignées sous le nom de croûtes de lait, eczéma et eczéma impetiginodes, le strophulus ou feu de dents, les favus ou teignes, sont autant de maladies qui se guérissent le plus souvent au fur et à mesure que l'enfant prend de l'accroissement. La vieillesse a des maladies cutanées qui lui sont propres , le prurigo pédiculaire, Yecthyma cachecticum, le rupia, le scorbut des jambes. Chez l'adulte, le psoriasis et les autres affections squameuses; le sycosis ou mentagre,
l'eczéma des organes génitaux, le prurigo de l'anus, Yinlertrigo, etc.
Enfin, l'organisation spéciale de la peau devient elle-même la source de maladies cutanées comme celle d'un organe interne devient la source d'affections de ces organes. Rien de plus commun que de voir la membrane muqueuse intestinale dans un mauvais état de santé par suite de l'accomplissement imparlait des fonctions de la peau, sous l'influence d'une organisation toute spéciale de ce tissu, et qui nous échappe. C'est sur ce fait bien démontré que reposent les succès de l'hydrothérapie, et il en est d'incontestables. De même, c'est à certaines conditions, soit d'organisation acquise ou modifiée par le temps, qu'il faut attribuer quelques affections cutanées, dont la forme et le développement sont soumis à ces conditions. Ainsi, un impétigo va se montrer chez deux sujets de même âge, il sera survenu dans les mêmes conditions. Chez l'un, il suffira de quelques applications émollientes pour en arrêter les progrès; chez l'autre, impossible de tarir la source du pus : c'est un écoulement qui traverse d'heure en heure les pansements dont on le recouvre. Mais dans ces derniers cas, la peau est épaisse, blafarde et opaline, elle transsude la sécrétion huileuse ; chez l'autre, la peau est sèche, ferme, épaisse et consistante.
Un individu est sain, sa santé générale a toujours été bonne, mais sa peau a développé une odeur plus ou moins forte ; cette odeur est devenue tellement infecte, que cette personne, de la haute société même, ne peut rester une demi-heure dans un salon sans que tout le monde en soit chassé, et cependant aucune altération pathologique, aucune apparence morbide à la peau! La cause, vous la demanderiez en vain ; elle est tout entière dans certaines conditions d'organisation de la peau inappréciables à nos sens. La maladie s'est développée lentement, et tous les traitements préconisés par les hommes les plus expérimentés clans le traitement des affections cutanées ont été sans succès. L'analflgue en pathologie est, à cet égard, dans la membrane muqueuse des voies respiratoires qui exhalera pendant toute la vie d'un individu une respiration fétide, odeur dont la formation ne porte aucune atteinte h la santé. J'ai connu une personne qui avait cette infirmité portée au plus haut degré dès le jeune âge, et qui est morte cà quatre-vingt-sept ans.
1U PATHOLOGIE GENERAIS.
Ainsi, analogie parfaite de causes et d'effets entre les maladies de la peau et les maladies des autres organes; y compris ces états qui nous sont encore inconnus dans quelques cas, et que nous sommes portés à appeler diathésiques.
Troisième proposition. — Les maladies de la peau suivent dans leur évolution la même marche, et présentent les mêmes terminaisons que les maladies des autres organes.
Ici nous n'éprouvons pas plus de difficulté à établir nos analogies que nous n'en avons rencontré à l'égard des propositions précédentes.
Toutes les affections cutanées ont leur période d'invasion et d'accroissement, leur période stationnaire et leur période décroissante ; comme toutes les autres maladies elles se présenteront à votre observation, ou avec une marche aiguë, ou avec une marche chronique; elles peuvent, comme elles, se terminer par résolution, suppuration, gangrène, etc.
Mais il est une objection de quelque portée à l'aire à cette assertion, c'est que les maladies de la peau ont en général une durée qui n'est pas en rapport avec leur peu d'importance : c'est qu'elles se perpétuent des années; que parfois elles sont incurables; que leur récidive est très communément observée, et que sous ces divers rapports elles se différencient, en apparence au moins, de la généralité des maladies des autres tissus.
Nous ferons connaître un peu plus loin les causes qui régissent ces conditions en apparence exceptionnelles pour les maladies de la peau , et nous démontrerons qu'elles tiennent à la situation de la peau, à ses fonctions et à ses rapports avec tous les agents qui l'environnent.
Quant à présent, nous dirons d'une manière sommaire que tout tissu malade qui n'est pas en contact avec Pair ou avec les agents extérieurs, guérit cent fois plus vite que celui qui est dans des conditions opposées. Voyez les fractures comminutives avec plaie au dehors, et comparez-les à celles qui ne sont pas avec lésion de la peau : tandis que celles-ci guérissent dans un espace de temps très court et sans accidents, celles-là vont suppurer des mois entiers, des portions d'os vont se nécroser, et l'amputation du membre pourra être même jugée nécessaire au début. — Pourquoi une am-
putation dans laquelle la réunion est faite par première intention exige-t-elle moitié moins de temps pour la guérison? C'ost que la plaie est à l'abri du contact de l'air. — Si les ophthalmies sont souvent fort rebelles, c'est que la conjonctive est enj contact avec l'air. Il en est de même des bronchites durant les variations de température. — La phlébite traumatique est souvent mortelle ; la phlébite spontanée l'est rarement.
Eh bien! pour la peau, non-seulement on trouve cette condition de contact de l'air, mais encore on y rencontre la mobilité permanente de la peau dans les mouvements d'extension et de flexion, les frottements incessants des vêtements, le contact continuel avec les corps qui nous environnent, les congestions nées des mouvements musculaires durant la marche, ainsi que l'extension du tissu de la peau durant ces contractions : toutes causes qui tendent à entretenir la maladie cutanée par les mouvements du tissu et les frottements qu'elles déterminent, et sur l'influence desquelles nous reviendrons en particulier en traitant de la marche générale des maladies de la peau.
A ces causes de permanence et de durée de la maladie, il faut ajouter que l'affection de la peau n'est souvent qu'un reflet de la maladie d'un organe interne, puisque souvent il suffit de traiter l'organe interne malade pour voir céder l'affection cutanée ; que les maladies de la peau sont, comme nous l'avons démontré, le plus souvent liées au tempérament et à la constitution de l'individu ; qu'elles ne peuvent guérir qu'cà la condition de les modifier l'un et l'autre par les médications prolongées ; qu'elles peuvent être héréditaires; et en groupant ainsi toutes ces circonstances, on explique facilement leur durée qui, eu égard aux autres maladies, semble faire une exception, qui n'est réellement qu'apparente.
Les praticiens ne portent pas assez leur attention sur ces conditions de la peau ; ils prescrivent des traitements locaux et généraux sans joindre à ces moyens les conditions de repos auxquelles ils astreignent les autres malades, et c'est ainsi qu'en mettant de côté l'hygiène qu'ils font observer ordinairement dans les autres maladies, ils perpétuent les affections cutanées.
iZ PATllOLOUlli CKNIÏIIAI.I-.
Quatrième proposition. - Si les formes morbides sont beaucoup plus variées dans les maladies cutanées, c'est que le tissu de la peau est le plus complexe de tous les tissus de l'économie.
Il suffit de jeter un coup d'œil sur la description succincte que nous ferons de l'anatomie de la peau pour voir combien est fondée cette proposition. Envisagée par les anciens comme un des tissus les plus simples et comme n'étant formée que par l'épidémie et le derme, la peau s'est plus tard compliquée du réseau de Malpighi; puis Gautier est venu y joindre ses quatre couches. Plus tard, Breschet et Roussel de Vausème l'ont examinée au microscope, et supprimant les couches de Gautier, ils y ont ajouté leurs appareils diapnogène, blennogène, chromatogène, celui d'inhalation, le névrothèle ou corps papillaire, etc., etc. Puis. sont venus les travaux de micrographes plus modernes qui ont détruit ce qu'avaient fait ces anatomistes, en simplifiant eux-mêmes la structure, de la peau. Mais est-ce bien là le dernier mot de la science?
Que prouve d'ailleurs cette grande divergence dans l'anatomie de la peau, si ce n'est l'état si complexe, si difficile à analyser, à séparer, à isoler assez complètement pour que l'anatomie puisse rendre compte des éléments morbides si variés que l'on observe dans ce tissu. Et, en effet, où est le siège de cette inflammation si éphémère que l'on nomme érythème? Evidemment dans la couche la plus superficielle de la peau, et cependant, dans certains d'entre eux, la peau et le tissu cellulaire sont malades à la fois. Mais voici venir l'eczéma, maladie bien superficielle encore qui n'amène même pas de turgescence à la peau, mais qui engendre des vésicules extrêmement ténues. Plus loin, des pustules plus profondes comme celles de Yecthyma, puis de plus profondes encore, comme dans les pustules d'acné, et enfin de grosses pustules qui ressemblent à des tubercules et où la peau et le tissu cellulaire sont malades comme dans le sycosis ou mentagre. Il en est ainsi pour l'état papuleux morbide à un degré si superficiel dans le prurigo, à une profondeur plus grande dans le lichen, à un degré plus avancé et plus profond dans la syphili de populeuse, dans le tubercule syphilitique, etc., etc. Toutes ces maladies, dont nous pourrions singulièrement étendre la nomenclature, n'ont-clles pas chacune un siège différent, et si elles peuvent
pathologie générale. 13
chacune parcourir leurs phases et leur évolution dans ce point de profondeur donnée de la peau sans jamais aller au delà, n'y a-t-il pas lieu de croire qu'elles siègent sur un tissu spécial de la peau et diffèrent en raison de la forme morbide? Dès lors les tissus élémentaires de la peau ne sont-ils pas extrêmement complexes, et si complexes que l'anatomie ne peut en préciser la nature ni la disposition, circonstance qui rend compte alors des formes si variées des maladies qui affectent la peau, contrairement à celles des autres tissus dont les éléments sont beaucoup moins compliqués ?
Nous avons cherché à démontrer que, par rapport à la cause, à la forme, au développement, à la marche, à la terminaison, les maladies de la peau étaient identiques avec les maladies des autres tissus et organes de l'économie; qu'elles devaient par conséquent, rentrer dans le cadre général de la pathologie, non comme exceptionnelles, mais comme se pliant facilement à toutes les classifications admises aujourd'hui pour les autres maladies.
Quelles conséquences faut-il tirer de ces analogies au point de vue de la thérapeutique ? C'est : 1" Qu'il faut appliquer au traitement des affections cutanées les règles dethérapeutiquequi dirigent lemédecin dans le traitement des maladies des autres organes ;
2° Qu'il y a lieu de répudier cette sorte d'empirisme qui, jusqu'à présent, a été sans cesse invoqué pour la guérison des maladies de la peau, sauf à conserver les agents dont l'expérience a consacré les succès et l'efficacité.
Donnons quelque extension à ces deux dernières propositions.
Du temps de Lorry, d'Alibert, de Biett même, une maladie de la peau était généralement réputée dartre. C'était, aux yeux des médecins, une conséquence nécessaire d'un état général. Cet état général, il fallait le modifier pour obtenir la guérison de la dartre, et pour arriver à cette modification, on employait une série de moyens, tisanes amères ou sudorifiques, sirops amers, soufre, antimoine, arsenic, mais surtout emploi continuel et constant, pour tous les cas, des tisanes et sirops dépuratifs et des sulfureux. Que la maladie fût récente, qu'elle fût ancienne, qu'elleeùt une forme plus ou moins aiguë, plus ou moins chronique, c'était le miroir d'un état général qu'il fallait modifier à tout prix.
pathologie générale.
A quel caractère reconnnssait-on la nécessité d'employer ces modificateurs? A quel genre d'état général avait-on affaire-? Quelle circonstance dirigeait dans le choix de ces dépuratifs? C'est ce qu'on n a jamais pu préciser, et il faut le dire, c'est ce que le praticien le plus exercé n'a jamais fait que par tâtonnement. — De là une influence souvent inutile ou même nuisible portée sur toute l'économie, ou sur l'estomac et les intestins en particulier ; une surexcitation des affections dartreuses par l'emploi de moyens énergiques, tant a l'extérieur qu'à l'intérieur, et partant, l'entretien ou la prolongation d'une maladie de la peau qui, prise au début et traitée par une médication simple, aurait pu guérir dans un espace de temps très court.
Quant au traitement local, les affections cutanées étaient aux yeux de la généralité des praticiens de véritables noli metangere qu'il fallait toujours respecter, qu'elles qu'en fussent la cause et l'origine, et c'est ainsi que l'on perpétuait dans les familles des maladies qui se reproduisaient de génération en génération.
Que demandons-nous depuis longtemps? Qu'une maladie de la peau soit envisagée au même point de vue que les maladies des autres organes; que le médecin en cherche avant tout l'origine et la cause ; qu'il étudie surtout les rapports qui peuvent exister entre l'affection cutanée et la lésion d'un organe interne ou l'état général de l'économie. - Qu'il examine si la maladie est une conséquence du tempérament, de la constitution, de la profession, des habitudes et de la manière de vivre du sujet. - Qu'il respecte son début et sa marche, comme il le fait à l'égard des autres maladies, et qu'il emploie, dans ces premières périodes, un traitement général ou local en rapport avec la forme aiguë ou chronique du mal.
Que les sudorifiques, les amers, les préparations sulfureuses, antimoniales, arsenicales, iodées, mercurielles, etc., soient encore des armes puissantes entre les mains du praticien : mais que le médecin en dispose seulement en raison des conditions dans lesquelles se trouve le sujet; de l'expérience qu'il a acquise de l'efficacité de ces moyens dans telle forme de maladie cutanée, et lorsqu'une sorte à! inconnue, pour ainsi dire, vient à se révéler au médecin par l'impuissance des moyens ordinaires.
PATHOLOGIE SéNÉllAbE. 15
Alors, on (ait une médecine sage et rationnelle ; on arrive peutêtre encore, dans beaucoup de cas, a l'empirisme, mais on ne s'expose à altérer la santé et la constitution du malade, pour obtenir la guéfiaon de la maladie de la peau, qu'après avoir consacré l'impuissance des moyens ordinaires. C'est assez dire que, comme nos devanciers, nous attachons une grande valeur aux médications préconisées de tout temps; seulement nous en signalons l'abus et nous n'en demandons l'application que lorsqu'elle devient nécessaire. Tel est l'ensemble de nos doctrines en dermatologie. Pour en prouver le fondement, il nous faut étudier avec soin et d'une manière générale les causes, le développement, la marche et la terminaison de ces affections. Nous exposerons ensuite la thérapeutique générale à laquelle nous sommes conduit par nos idées, thérapeutique que nous formulerons sous le titre de Médications. Et comme nous relions les formes morbides à certaines conditions de tempérament et de constitution ; comme nous groupons autour de ces médications les maladies en raison même des causes qui les font naître, nous espérons faire sortir les praticiens de la thérapeutique presque banale qu'ils ont suivie jusqu'alors.
Depuis 1841 , nous avons mis entre les mains de nos élèves internes des feuilles de relevés en tête desquelles nous avons établi des colonnes d'entrée, de noms, d'âge, de profession, d'habitation , d'état , de tempérament et de constitution , de localité affectée, etc., etc., le tout pour chaque maladie ; nous avions pu recueillir ainsi, il y a deux ans, dix-huit cents cas de maladies de toute sorte. C'était bien peu relativement h un service de cent trente lits, à raison de dix à quinze malades entrant par semaine; depuis cette époque ce chiffre d'ensemble a été confirmé par de nouveaux faits statistiques recueillis depuis la publication de la première édition de cet ouvrage. Nous ne les ajoutons pas à ce nombre, parce que, sans changer les rapports proportionnels, ils entraîneraient le changement des chiffres numériques applicables à chaque espèce de maladie. Ce chiffre d'ensemble est venu confirmer entièrement les
idées générales que nous nous étions formées d'après l'observation soutenue des malades confiés à nos soins, idées générales qui sont devenues la clef de notre thérapeutique : à savoir, que certaines formes morbides sont liées à certains tempéraments, à certaines constitutions, de sorte qu'en employant des agents thérapeutiques connus pour être des modificateurs de ces tempéraments, on guérit l'affection cutanée qui n'en est qu'un reflet. Ainsi, les maladies sécrétantes, et surtout celles à forme purulente, l'impétigo, l'eczéma, l'eczéma impétigineux, l'intcrtrigo, etc., sont essentiellement liées au' tempérament lymphatique; le lichen et ses variétés, le prurigo, affections papuleuses non sécrétantes, se trouvent toujours chez des sujets à tempérament nerveux ; le pityriasis versicolor, les taches hépatiques, chez les sujets bilieux: d'où la nécessité de l'usage des ferrugineux, des amers, des antiscorbutiques, des sulfureux, dans les maladies sécrétantes; des alcalins sous toutes les formes dans les affections papuleuses ou lichénoïdes. Et comme sur dix-huit cents cas de maladies cutanées on en trouve huit cent cinquantedeux qui sont des affections sécrétantes, on conçoit comment la médication amère et sulfureuse ait pu jouer de tout temps et en l'absence de toute théorie un si grand rôle dans la thérapeutique des affections de la peau. Cette liaison de la forme morbide avec le tempérament a pour nous une telle portée, qu'à la vue d'un malade atteint d'une affection de la peau et chez lequel le tempérament est nettement dessiné, je pourrais pressentir la forme de maladie cutanée dont il est atteint, sans voir la maladie elle-même.
D'une autre part, on ne peut nier, et c'est un fait d'observation commune à tous les médecins, qu'il est des maladies de certains âges, que l'âge seul peut guérir, et où il y a même quelquefois danger de guérir.
D'autres affections sont essentiellement liées à l'hérédité, telles que Yichthyose, la lèpre; pour celles-là la médecine est presque toujours impuissante.
Il en est qui dépendent de l'organisation même de la peau : ainsi Yacné sébacée et plusieurs variétés d'acnés. Quelques-unes se rattachent essentiellement à la menstruation : Yerythema nodosum, par exemple; à l'âge critique chez les femmes, Yintertrigo, Yeczéma des
oreilles ; d'autres, à la misère, à la malpropreté, comme le rupia, le prurigo, le prurigo pécliculaire ; ou bien à la mauvaise nourriture, au défaut de nourriture ou aux chagrins prolongés, comme le rupia, Yecthyma cachecticum, le scorbut, le purpura. 11 en est qui sont un reflet des lésions gastriques ou intestinales, et principalement de gastralgies, comme Yherpes et le pityriasis.
Les causes prédisposantes des affections cutanées doivent donc être rattachées :
1° Au climat;
2° A l'hérédité ;
3° Au tempérament ;
k° A l'âge;
5° A l'organisation de la peau ;
6° Aux agents extérieurs mis en contact avec elle;
7° Aux affections morales ;
8° Aux maladies, infirmités ou états acquis;
9" A un état soit des liquides, soit des solides de l'économie, que nous ne pouvons pas saisir, et qui à nos yeux doit constituer un huitième ordre, auquel nous donnons le nom de diathèses dans l'acception simple de ce mot.
Donnons quelque développement à ces huit ordres de causes.
Le climat engendre certaines maladies de la peau telles que la lèpre des Arabes, des Hébreux, des Grecs, le pian d'Amérique, comme il engendre dans d'autres contrées la peste et la fièvre jaune : sous ce rapport analogie parfaite.
L'hérédité est relative ou absolue. Absolue, quand l'enfant apporte en naissant, ou peu de temps après la naissance, la maladie de l'un de ses parents : exemple , l'enfant né avec une ichthyose. Relative, quand il naît avec les conditions d'organisation du père ou de la mère atteints l'un ou l'autre d'une maladie de la peau. Cette différence est capitale. Dans le premier cas, l'affection est innée, elle est incurable; dans le second, au contraire, l'enfant apporte en naissant la prédisposition à son développement; on peut souvent en prévenir la manifestation en soumettant l'enfant à des conditions hygiéniques données. Ainsi l'enfant né d'un père ou d'une mère affectée de psoriasis n'est pas condamné à avoir un psoriasis ; il y est
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prédisposé. Prenez plus de soin de sa peau que vous n'en prendriez pour tout autre ; graissez-la de temps en temps ; multipliez les bains, habituez l'enfant à se laver la surface du corps à l'eau froide tous les matins; employez, en un mot, les moyens hygiéniques que vous mettriez en usage pour éviter le retour du psoriasis, et vous préviendrez le développement de cette maladie. On ne saurait, à cet égard se dissimuler l'influence de l'hérédité ; elle est immense. On voit quelquefois une affection cutanée passer sur une génération sans l'atteindre et se refléter sur la génération suivante : c'est une remarque que j'ai eu l'occasion de faire très souvent; c'est assez dire que le médecin a un grand intérêt à ne pas laisser subsister les affections cutanées durant de longues années, chez les enfants et chez les jeunes gens, ainsi que le font encore aujourd'hui beaucoup d'entre eux, puisqu'ils ouvrent la porte à l'hérédité : en effet, ces maladies finissent par prendre tellement domicile sur le tissu de la peau qu'elles semblent s'identifier avec l'organisation tout entière et devenir quelques années plus tard l'origine d'une transmission des parents à leurs descendants. — Mais ce n'est pas seulement à l'égard des affections squameuses que se manifeste l'hérédité comme cause de maladies, l'eczéma et l'eczéma impétigineux du père se reflètent fréquemment sur les enfants ; il en est de même du lichen quand il a été conservé pendant longtemps sous une forme chronique. À l'égard de la syphilis constitutionnelle, elle se transmet de génération à génération sous deux formes : ou sous celle de syphilis franche, ou sous celle de scrofule syphilitique. L'attention des médecins n'a pas encore été suffisamment appelée sur ce passage de la syphilis à cette forme. Bon nombre d'enfants atteints de carie des os ont une scrofule syphilitique provenant d'une affection syphilitique constitutionnelle mal soignée chez les parents, ou bien cette cause moditiée revêt chez eux, en raison même de leur tempérament et de leur constitution, une forme insidieuse du genre de celle qui caractérise les accidents tertiaires. J'ai vu un très grand nombre dé 6as de ce genre, et il est rare que je n'aie pas toujours dans nies salles deux ou trois personnes dans ces conditions ; ce n'est plus la syphilide ivec ses formes accentuées et régulières , c'est quelque chose d'anormal entre la scrofule et la syphilide. Ainsi trouve-t-on bon
nombre de lupus qui ne sont ni des lupus tuberculeux, ni des lupus e$edwst et qui S'ont héréditairement syphilitiques Les préparations mercurielles qui, dans le traitement de la scrofule, jouissent d'une certaine efficacité, ne la doivent probablement qu'à la nature syphilitique de cette forme scrol'uleuse qui n'a pas encore été suffisamment étudiée et dont nous nous occupons depuis plusieurs années. M. Bazin partage notre manière de voir à cet égard.
Nous avons dit que la cause prédisposante de la généralité des maladies sécrétantes résidait dans le tempérament et dans la constitution du sujet. Nous avons établi par des données statistiques que la moitié des affections cutanées recevait une influence directe et puissante du tempérament lymphatique; et nous avons expliqué comment se trouvait justifié l'emploi, nous dirions presque l'abus que l'on fait depuis longues années des sulfureux dans le traitement des maladies de la peau. Cette remarque est importante, car si cette circonstance justifie l'emploi de ces médicaments, elle pose un terme à leur usage ; elle prouve que les sulfureux doivent être exclus de la thérapeutique des maladies cutanées qui n'ont pas pour siège un sujet de tempérament lymphatique. Mais nous avons été plus loin, et nous avons avancé qu'à chaque tempérament se rattachait une série de dermatoses à élément uniforme. Or chaque tempérament ayant son modificateur : l'eau et les émissions sanguines pour le tempérament sanguin ; les amers, les sulfureux, les ferrugineux et l'iode pour le tempérament lymphatique; les alcalins pour le tempérament bilieux ; les sédatifs externes et internes pour le tempérament nerveux, il en découle toute une thérapeutique nouvelle des maladies de la peau, thérapeutique plus rationnelle et qui ne repose plus sur la routine de l'empirisme. Ce sont des faits que nous développerons dans notre thérapeutique générale, et dont nous prenons acte dès à présent.
Après le tempérament invoqué comme cause prédisposante des affections Cutanées, nous avons cité l'âge, Prouvons son influence sur le développement et l'entretien de certaines dermatoses. Mais auparavant allons au-devant d'une objection que l'on peut nous faire tout d'abord : Que peut le médecin , dira-t-on, contre l'âge
comme cause de maladie? Nous n'avons pas à rechercher dans Y étude des causes ce que le médecin peut ou ne peut pas; ce à quoi nous devons nous attacher, c'est de savoir si réellement l'âge est une cause prédisposante. Personne ne nie l'influence de l'hérédité comme cause , et cependant que peut le médecin contre l'hérédité?
Il est d'abord un fait admis par tout le monde, c'est qu'il est des maladies de la peau qui ne se rencontrent qu'à certains âges de la vie. Ainsi les eczémas, eczéma impétigineux, impétigo, du cuir chevelu et de la figure (croûtes de lait), dans la première enfance; les lichens dans l'enfance, les érythèmes dans la jeunesse, le lupus dans l'adolescence, le psoriasis, la lèpre vulgaire, dans l'âge viril ; le prurigo, le scorbut, le rupia, dans la période décroissante de la vie, et bien d'autres affections que j'aurais pu citer. Or un certain nombre de ces maladies, pour la première enfance, peuvent guérir par le bénéfice seul du temps ; l'âge en est donc la cause prédisposante réelle. C'est qu'en effet l'économie n'a pas la même organisation à telle ou telle époque de la vie, et comme pour nos besoins nous scindons la vie sous ce rapport en une série de phases durant lesquelles l'organisation progresse en modifiant la texture des tissus, puis devient stationnaire et finit par décroître ; on comprend alors que des maladies survenues au voisinage de la naissance puissent être modifiées et guérir avec le seul secours du temps. On conçoit que les tissus puissent être affectés différemment durant ces diverses périodes de la vie, et c'est ainsi que l'âge qui les représente devient une cause prédisposante des affections cutanées.
h' organisation de la peau est aussi une cause puissante de développement de certaines dermatoses. Remarquons, sous ce rapport, combien la peau diffère suivant les individus. Tout en convenant que l'organisation de ce tissu varie selon le tempérament du sujet : blanche et épaisse dans le cas de tempérament lymphatique; brune et sèche chez les sujets bilieux ; blanche et fine chez les individus sanguins, il existe, indépendamment de ces distinctions tranchées, certaines conditions d'organisation de peau, particulières à quelques personnes, et qui se font remarquer soit dans toute l'étendue de la peau, soit seulement dans certaines régions du corps. Ainsi,
il est des enfants qui naissent avec une peau épaisse, blafarde, huileuse, opaline en général. Dans ce cas, il est rare de ne pas voir apparaître dès les premières années de la vie ou dans l'adolescence une maladie sécrétante, et sécrétant principalement du pus. Si la peau du visage est seule dans cet état, la maladie sera le plus souvent bornée à cette partie, ou si elle ne survient pas, la peau ainsi organisée sera plus tard le siège des diverses variétés d'acne rosacea ou indurata. Si c'est la peau du dos, on y verra surgir dans l'âge de l'adolescence de gros boutons qui apparaissent successivement sur les épaules des jeunes gens, et dont on observe tant d'exemples sur les baigneurs des bains de rivière en été; c'est encore de Y acné. Sont-ce les aisselles dont la peau présente cette organisation, il s'y présentera chez les jeunes filles un intertrigo plus ou moins purifluens, ainsi que je l'ai dénommé; et plus tard, chez les femmes à l'âge critique, un intertrigo. Jamais on ne trouvera de semblables maladies sur la peau sèche et brune, qui est l'apanage du tempérament bilieux ; mais on observera les pityriasis a!ba, versicolor, nigra ; le lichen affectera la peau fine et mince, qui appartient au tempérament nerveux.
Il est donc des conditions d'organisation de la peau qui favorisent le développement de certaines maladies cutanées. Celles que nous venons d'indiquer sont appréciables , mais il en est d'inappré- , ciables : telle est, par exemple , cette structure de la peau qui exhale l'odeur fétide dont nous parlions précédemment. Telle est aussi cette particularité que nous signalerons plus loin à l'occasion des médications, à savoir, qu'il est certains individus dont la peau ne peut pas supporter le moindre corps gras chez les uns, un cataplasme émollient chez les autres, sans qu'il s'y développe aussitôt un érythème. Impossible d'ailleurs de reconnaître à la vue ces différences de sensibilité qui sont une conséquence de l'organisation spéciale du tissu.
On peut donc établir en principe qu'il existe d'abord des maladies cutanées de causes externes et des maladies de causes internes. Parmi les premières, il faut ranger celles qui résultent du contact de tous les agents extérieurs avec la peau ; ainsi Ycryt/iema so/a?r, lps divers érythèmes non sécrétants qui proviennent de frictions ou
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lotions avec des acides, des alcalis, des pommades trop fortes à base de potasse, de soude et d'ammoniaque ; des applications de liqueurs alcooliques , comme l'érylhème des mains des filles de comptoir chez les marchands de liqueurs; ou celui qui résulte des frictions avec l'eau sédative ; l'eczéma lichénoïde et impétigineux des épiciers, le pemphigus des teinturiers, etc., etc.; enfin du dépôt sur la surface de la peau des insectes qui peuvent y vivre et s'y propager pour développer la gale, la maladie pédiculaire, le prurigo, le pediculus du pubis; ou des cryptogames qui dans les contacts passent d'une tête à une autre pour y faire naître la teigne ou l'herpès tonsurant, si le terrain est propre à la germination des spores qui ont été déposées. En dehors de ces causes il faut qu'il y ait une prédisposition , c'est celle qui a son point de départ dans les conditions statistiques que nous venons de faire connaître.
Il est un ordre spécial de causes qui influent singulièrement sur le développement de quelques maladies cutanées, je veux parler des causes morales, et en particulier des chagrins de tout genre : le pemphigus diutinus, le rupia, Yecthymn cachecticum, le purpura, le scorbut, les furoncles, sont autant d'affections qui reconnaissent pour causes prédisposantes les peines morales. Si c'est à un âge assez avancé de la vie que ces maladies s'observent, ce n'est aussi qu'à cet âge que nous subissons réellement l'influence de cet ordre decauses : les exemples en sont d'ailleurs journaliers. Leur action en est d'autant plus grande qu'en supprimant l'appétit, elles amènent la cachexie. — Mais les émotions vives , comme la colère , la frayeur, développent rapidement les maladies à forme éruptive, ainsi qu'elles développent la jaunisse. Ces jours derniers, un manufactu-
rier de c me consultait pour un psoriasis herpétiforme général
qu'd portait à la peau depuis dix mois. La maladie s'était montrée tout à coup après l'impression produite par un aceident grave survenu dans sa manufacture : la chaudière de la machine à vapeur ayant éclaté, sept ouvriers avaient succombé à la suite de brûlures. On voit donc que plus nous avançons dans cette étude générale des causes, plus l'assimilation que nous avons faite entre les maladies de la peau et celles des autres tissus ou organes de l'éco-
nomie tend à faire reposer ce rapprochement sur des bases plus solides.
A l'égard des causes prédisposantes, il nous fout aussi invoquer les indispositions, infirmités, ou états acquis dans la santé générale, que l'on considère avec raison comme des causes propres à développer d'autres maladies dans l'économie. A leur tête nous placerons, pour la femme , trois conditions importantes : le moment où va s'opc':rer la menstruation, celui où elle se dérange accidentellement, celui où elle cesse naturellement ; et pour l'homme, l'époque de la vie où il entre dans l'âge de la puberté, et celle où il se trouve dans un âge que j'appelle critique, comme chez la femme, quoiqu'il , n'y ait pas chez lui de menstruation. Il existe en effet chez l'homme, à l'âge de la puberté, et à un âge correspondant à celui de l'âge critique de la femme, une corrélation parfaite dans le développement des mêmes maladies, ainsi qu'on va le voir dans les faits suivants. Parlons d'abord de ce qui est relatif à la femme. Lorsqu'une jeune fille va se régler, non-seulement il se montre un dérangement dans la santé générale qui annonce cette nouvelle phase de la vie, mais encore elle est fréquemment sujette à une espèce d'érythème qu'on appelle noueux (erythema nodosum ) ; de sorte qu'une petite évacuation sanguine devient presque toujours indispensable pour arrêter l'affection, sans quoi elle se prolonge durant un mois, six semaines, avec des malaises et un état général souvent fort préjudiciable à la santé. La même affection, exigeant le même traitement, se montre au même âge, c'est-à-dire vers quinze ou seize ans, chez le jeune homme.
Je ne veux pas attacher pour cela trop d'importance à l'établissement de la menstruation chez les jeunes filles, ou au moins plus d'importance que de droit ; sous ce rapport, je combattrai de toutes mes forces un préjugé généralement répandu chez les médecins à l'égard de l'établissement de la menstruation envisagée comme moyen ou circonstance curative des affections delà peau déjà existantes. Une jeune fille a dès l'enfance une affection cutanée rebelle ; le médecin tient alors ce langage aux parents : Attendez, la menstruation va s'établir et lu maladie guérira sans agents thérapeutiques. Les règles se montrent et la maladie ne guérit pas. Alors on
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se rejette sur le mariage et l'on dit : Viendra une grossesse qui débarrassera la mère de sa vieille affection cutanée. Le mariage arrive, et il ne peut rien pour la maladie de la peau. La grossesse s'établit, la maladie de la peau disparaît, mais à peine l'accouchement a-t-il eu lieu qu'elle reparaît avec autant d'intensité qu'auparavant, à moins que la jeune mère n'allaite ; mais une fois l'allaitement terminé, l'affection prend le dessus. Ce qu'il y a de plus fâcheux encore, c'est que la mère transmet alors très fréquemment à son enfant la prédisposition à la maladie ou même la maladie dont elle était atteinte depuis de longues années. Ainsi, pour avoir négligé de traiter de bonne heure une affection cutanée chez une jeune fille, on perpétue cette affection dans une famille. Loin de moi la pensée qu'à tout âge et à tout prix il faille guérir. Dans l'enfance, ces maladies sont en général sécrétantes de leur nature ; c'est une sorte d'exutoire qui garantit l'enfant d'affections plus graves des organes internes. Il faut alors les respecter par deux motifs : le premier, c'est celui que je viens de faire connaître à l'instant; le second, c'est que jusqu'à l'âge de cinq ou six ans l'enfant n'est pas encore assez fort, il n'est pas encore assez développé pour permettre l'emploi de moyens médicamenteux suffisamment énergiques pour guérir une maladie d'une certaine durée; mais lorsque l'enfant a pris un développement suffisant, il y a faute, je dirai presque il y a crime à abandonner l'enfant à lui-même dans cet état, et aux seuls efforts de la nature qui ne fait rien ou presque rien pour la guérison. Je n'hésite donc pas à heurter de front ce préjugé avec toute la conviction et la conscience d'un homme qui a vu journellement et depuis longtemps les conséquences déplorables d'une telle direction médicale, et le lecteur me pardonnera ce langage énergique en présence des conséquences désastreuses qu'entraîne une pareille conduite pour toute une famille stigmatisée et flétrie dans ses descendants à divers degrés.
L'âge critique chez l'homme et chez la femme est la cause de plusieurs affections cutanées. Nous citerons l'eczéma des oreilles et celui du cuir chevelu, Yeczéma du bout des seins, Yintertrigo du sein, celui des aines et des cuisses, le prurigo de la vulve pour la femme; et chez l'homme, Yeczéma des bourses, le prurigo de l'anus,
l'eczéma des oreilles, maladie moins commune, il est vrai, que chez la femme.
Nous en dirons autant des affections cutanées qui reconnaissent pour cause prédisposante et déterminante les dérangements dans la menstruation, l'aménorrhée ou la suppression d'un flux hémorrhoïdaire. Ici pas de maladies spéciales; elles varient clans leur forme en raison du tempérament et de la constitution du sujet.
Enfin, c'est surtout dans l'état malade de certains organes internes, et notamment des membranes muqueuses, qui ont des rapports si intimes avec la peau, qu'il faut rechercher la cause de bon nombre de maladies cutanées : les gastralgies ou entéralgies, les gastrites ou gastro-entérites chroniques, les hypérémies ou subirritation des voies biliaires, le catarrhe chronique de la poitrine et l'asthme, sont autant d'états qui prédisposent aux maladies de la peau. Il est peu de formes d'herpès ou de pityriasis qui ne soient liées à l'un ou à l'autre de ces états, de sorte que, dans certains cas, en remédiant à l'affection primitive, on guérit l'affection secondaire sans employer aucun des moyens que l'on dirige habituellement contre ces maladies cutanées : c'est ce qui arrive souvent pour Y herpès (ceci envers et contre les idées émises par les micrographes, qui ne voient dans ces affections que des cryptogames à détruire). Le purpura n'est fréquemment que le reflet d'une affection intestinale. Il est des prurigo qui sont une source de bien-être pour l'asthmatique; tant que la démangeaison est à la peau, la respiration est libre. Il en est de même du prurigo de l'anus, souvent lié à des bronchites ou coïncidant avec des poitrines assez délicates, pour que la guérison de cette maladie puisse être un danger. J'ai vu un magistrat qui , peu de temps après la guérison d'un prurigo de l'anus, a été pris d'hémoptysie ; l'hémoptysie a cessé quand les voies urinaires se sont affectées à leur tour; puis a succédé une gastralgie qui a fait disparaître l'état des voies urinaires. Eh bien ! tout en l'ayant débarrassé d'un prurigo de l'anus tellement incommode que ce magistrat ne pouvait plus siéger, j'ai un moment regretté la guérison que j'avais opérée. Heureusement l'avenir ne m'a plus laissé l'ombre d'un regret, car il jouit depuis plusieurs années d'une excellente santé.
C'est qu'en effet ce n'est pas par la suppression seule d'une maladie sécrétante que l'on peut compromettre la santé et la vie d'un malade, il suffit souvent de la suppression d'une démangeaison habituelle, surtout lorsque l'organe souffrant dont l'état coïncide avec la maladie prurigineuse se trouve être l'organe pulmonaire. Il s'opère alors des congestions moitié séreuses, moitié sanguines dans le tissu des deux poumons; on n'y entend pas de râle crépitant, mais tous les râles sonores qui accompagnent et l'asthme avec congestion et la congestion elle-même; le pouls ne dénote pas de plénitude dans la circulation, il est petit et fréquent; que l'on saigne les malades, et on les tue ; une dérivation puissante par une éruption artificielle confluente dans toute l'étendue du dos, des épaules et des lombes, à l'aide de l'huile de croton tiglium, de larges sinapismes ou des vésicatoires promenés sur la poitrine en même temps que l'on rappelle la démangeaison au point primitivement affecté, voilà la véritable thérapeutique.
À toutes ces causes, il faut ajouter la misère, la malpropreté, la vie errante et la débauche qui engendrent les maladies pédiculaires de la tête et du corps, le prurigo, le rupia, l'ecthyma cachecticum, et peut-être aussi un certain nombre de ces affections psoriques avec production végétale ou animale , telles que la gale , la teigne, l'herpès tonsurant, etc. C'est assez dire que malgré tout ce qui a été écrit à ce sujet, nous croyons encore à la spontanéité de développement de certains corps organisés qui occupent les derniers degrés de l'échelle végétale ou animale. Leur origine, leur semence, leurs ovules sont-ils transportés dans l'air ambiant pour venir prendre naissance sur un terrain devenu favorable à leur éclosion, comme la gale qui se développe sur les animaux malades, ou comme l'oïdium qui a attaqué certains végétaux dans toute la France dans des années mauvaises où ces végétaux souffraient eux-mêmes clans leurs végétations ? Cela est possible, mais non démontré comme règle absolue. Quoi qu'il en soit, l'histoire natu relie seule ne peut pas résoudre une pareille question sans le concours de la pathologie ; et, nous devons le dire, les laits pathologiques sont loin d'être toujours d'accord avec les lumières fournies par l'histoire naturelle.
Enfin, pour compléter ce tableau, il nous reste à rappeler qu'il est des cas où la cause est inappréciable ; elle échappe aux investigations les plus sérieuses, et cependant des agents thérapeutiques puissants administrés à l'intérieur, d'après ce que l'expérience peut avoir appris, c'est-à-dire d'après un empirisme éclairé, parviennent à la combattre et à la détruire. C'est dans ces sortes de cas que l'on a appelé cette cause cachée des noms de virus dartreux, diathèse dartreuse, inconnu des dartres, etc. Quelle est la nature de cette cause? Nous l'ignorons. Est-elle diverse? Cela est possible et même probable, puisque dans un cas elle est détruite par une médication, et dans un autre par une médication d'un autre genre. Mais nul ne saurait dire ce qu'elle est, où elle réside ; si c'est dans le sang ou les humeurs, si c'est dans les solides. Jusqu'à ce que la science ait fait un pas de plus, il faut nous satisfaire de ce qui est acquis à cet égard, c'est-à-dire de la certitude d'une cause inconnue qui nous échappe. Démontrons-en l'existence par des exemples : Le psoriasis est une des affections les plus communes ; il se perpétue dans les familles, se transmet de génération en génération à des degrés différents. Dans la très grande généralité des cas, il affecte des individus fort bien constitués chez lesquels ne prédomine aucun tempérament ; il arrive à un âge où le développement de l'homme est presque complet ; il a ses lieux d'élection toujours constants; mais bientôt il s'étend à toute la surface du corps. Administrez à l'intérieur l'arsenic sans aucun traitement externe, et le psoriasis va guérir, je ne dirai pas dans tous les cas sans le secours d'aucun moyen externe, mais au moins dans la généralité des cas. — Un eczéma ne se borne pas à paraître sous la forme d'une plaque plus ou moins étendue de la surface de la peau , mais par une série de plaques morbides disséminées soit sur les membres, soit sur le tronc, et avec une certaine symétrie, en ce sens que les deux membres supérieurs et inférieurs sont affectés dans les mêmes régions. Tout cela s'est opéré le plus souvent sans cause appréciable, à la manière d'une éruption exanthémateuse. Est-ce que toute l'économie n'est pas malade dans ce cas? Aussi l'arsenic, l'iodure de soufre, l'orme pyramidal font-ils souvent justice de ces affections. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que de tous les agents ainsi employés l'arsenic et le soufre,
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principes minéralisateurs par excellence, sont aussi les antidotes les plus énergiques à opposer à ces causes inconnues , ce qui peut nous rendre compte peut-être des résultats si remarquables qu'amène l'emploi des eaux minérales dans le traitement de certaines maladies cutanées. Il en est de môme de la teinture de cantharides contre les lichens généraux chroniques de la jeunesse. Ce sont là ces états pour lesquels on a créé un nom particulier, qui est aujourd'hui celui de diathèse, et que nous repoussons comme une expression propre à fausser l'esprit en ce sens, que si on lui fait exprimer la nature de la cause, on se satisfait à l'aide d'un mot, et l'on empêche ou l'on arrête des investigations qui tôt ou tard doivent tendre à une appréciation plus saine et plus directe de la cause morbide. Cependant, pour combler une lacune, il a bien fallu en faire l'objet de notre huitième espèce de causes éloignées ou prédisposantes.
Ainsi, comme on peut le voir par ce coup d'œil rapide sur l'en semble des causes prédisposantes et déterminantes des maladies de la peau, il n'y a aucune différence entre ces causes et celles qui développent les maladies des organes internes; l'analogie, sous ce rapport, est aussi complète que possible.