‹ Traité pratique des maladies de la peau [electronic resource]Chapitre 45 sur 77 · HUITIÈME GROUPE · texte numérisé non relu

HUITIÈME GROUPE

Maladies à parasites animaux..

Aussi ancienne que le monde, si l'on en croit la plupart des interprétateurs de la Bible et des auteurs anciens, la gale a constamment attiré l'attention des médecins : de tout temps elle a provoqué les recherches les plus assidues, tant au point de vue de sa nature qu'au point de vue de son traitement. Elle a été l'objet des plus intéressantes découvertes de la part d'un observateur laborieux, dont l'Académie a couronné le remarquable travail, M. Bourguignon. Et néanmoins tout n'est pas dit à l'endroit de cette singulière maladie : les plus justes controverses peuvent encore être soulevées à ce sujet, et plus d'un point réclame les lumières d'une longue observation.

Pour les Grecs et les Romains, la gale était une maladie à forme spéciale, dont la contagion formait le caractère essentiel.

Les Arabes l'ont considérée comme contagieuse, et en ont attribue le développement, dans le plus grand nombre des cas, à la mnlpro-

RALE. 501 prêté. L'un d'eux, Avenzoar, reconnut le premier chez les galeux la présence d'un insecte très petit, dont il ne connut pas le rôle, et auquel il n'attribua aucune part dans la contagion de la maladie.

Comme la notion de cet insecte ne se rattachait à rien de bien intéressant, elle demeura oubliée jusqu'au xvie siècle, époque où presque tous les auteurs en parlèrent comme d'un ciron qui se loge sous la peau. Hauptmann, le premier, donne une description assez nette, sinon parfaitement exacte, de cet insecte, qu'il compare à la mite du fromage.

Cestoni , en 1687, fait connaître plus explicitement encore l'insecte qui coexiste avec la gale, et rejetant toutes les théories humorales inventées pour rendre compte des phénomènes que présente la maladie, il conclut à un traitement exclusivement externe.

Cependant, avec Pinel s'inaugure le retour aux idées Immorales de Galien. Pinel ne conteste pas l'existence de l'acarus, mais il ne lui fait jouer qu'un rôle fort secondaire : pour lui, l'acarus est seulement la cause du prurit qui accompagne l'éruption galeuse.

Alibert et Biett allèrent plus loin encore, et nièrent formellement l'existence de l'acarus. Pour eux, la gale est simplement une éruption à forme spéciale et transmissible par la contagion, transmissible même par cette voie des animaux à l'homme.

Il n'y avait donc plus que doute ou négation absolue au sujet de 'acarus, quand Galès, par une imposture qui n'a pas de nom, vint démontrer dans les vésicules de la gale l'insecte qu'on ne savait pas y trouver. Le prétendu acarus, ramené sur la scène, valut à son inventeur, delà part de l'Institut, une récompense honorable au ieu de la réprobation et du mépris qu'il méritait.

En effet, grâce aux investigations de M. Renucci, Italien l'origine, et qui, durant une consultation d'Alibert à l'hôpital iaint-Louis, fit connaître la manière d'extraire l'acarus des sillons, andis qu'on le recherchait dans la vésicule, M. Raspail démontra ue l'acarus de Galès n'était autre chose que la mite du fromage: 1 fit une étude fort étendue du véritable acarus scabiei, qu'il dérîvit sous le nom de sarcopte de la gale; seulement l'histoire «'ftcée par M. Raspail ressemble un peu h un poëme où l'imagi-

nation a étendu et embelli le champ de vision du micrographe. (Bourguignon.)

Renucci lui-même soutint en 1835 une thèse qui résume ce qui a été fait de meilleur jusqu'à cette époque.

M. Albin Gras, élève à l'hôpital Saint-Louis en 1834, s'occupe aussi peu que Renucci de l'histoire naturelle de l'acarus; mais, à l'exemple de ce dernier, il fixe l'attention sur l'existence des galeries sous-épidermiques, ou sillons, dans lesquels se loge constamment l'acarus. De plus, il précise le fait fréquent de l'isolement absolu des vésicules d'avec ces galeries.

C'est sans doute après avoir vérifié cette disposition incontestable que M. Rayer a classé la gale parmi les inflammations vésiculeuses, et que, tout en reconnaissant qu'elle est entièrement le fait de l'acarus, il ne considère les vésicules et les pustules qui se produisent constamment que comme une complication de la maladie: telle est encore l'opinion généralement acceptée.

En 1843, M. Bourguignon commença cette série de longues et patientes recherches qui aboutirent, sinon à des idées absolument nouvelles sur la nature et le traitement de la maladie, du moins à une connaissance plus complète des mœurs, de l'anatomie et de la multiplication de l'acarus.

A la même époque, un médecin de Vienne, M. Hébra, publiait dans les Annales des maladies de la peau un travail dont les conclusions sont que l'acarus est la seule cause de la gale, que les sillons sont indispensables pour la reconnaître, que les topiques insecticides suffisent pour la guérir, et que les prétendues métastases racontées par les anciens sont de pures chimères.

Enfin, un des points les plus importants de l'histoire naturelle de l'acarus, la distinction des sexes, qui avait jusqu'alors échappa à MM. Bourguignon et Hébra, ayant été mis en lumière au mois d'oc^j tobre 1852, par M. Lanquetin , externe de l'hôpital Saint-Louis, il ne reste presque rien à désirer dans l'étude de cet insecte.

Cette identification de l'acarus avec la maladie dans laquelle od le rencontre n'est cependant, il faut bien le reconnaître, qu'une pure induction de l'esprit ; et comme il n'est aucune théorie en médecine qui ne retentisse plus ou moins directement dans la thérapeui

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