CHAPITRE III
SECTION I"
ABNORMITÉS CONGÉNITALES. (P. 141.)
Obs. 25. — Hypertrophie partielle delà conjonctive oculaire droite, en forme de quatrième paupière (2). — Une enfant, du sexe féminin, âgée de quatre mois, du nom de Terminion, m'est présentée, à ma clinique, le 45 septembre dernier. Tous les organes sont bien conformés et l'appareil de la vision ne présente, de chaque côté, d'autre anomalie que celle que je vais indiquer : A droite, il existe, au devant de la moitié externe de la sclérotique, un repli semi-lunaire, à concavité tournée en dedans; ce repli est formé par un tissu blanc grisâtre parcouru, à la surface, par quelques vaisseaux. Il devient beaucoup plus saillant, lorsqu'on déprime fortement la paupière supérieure. Ses deux extrémités semblent se perdre dans le cul-de-sac supérieur et inférieur de la conjonctive. Il a une consistance moyenne. Lorsque l'œil se porte en dedans, le repli roule avec le globe. Dans son parcours le plus étendu, il n'arrive jamais jusqu'au niveau de la circonférence de la cornée. Il ne gêne donc en rien l'exercice de la vision.
Celte dernière considération me détermina à ne pas entreprendre d'opération sanglante, dans le but d'enlever ce repli. Je craignais, de plus, qu'en intervenant avec l'instrument tranchant, il ne se formât un symblépharon qui aurait apporté des entraves aux mouvements du globe.
(1) IlASNEn. Wiener medicinische Wochcnschrift, 1859, n° 4i.
(2) Fano. Annales d'Oculistique, 1863, t. XLIX, p. 23.
ABNORMITÉS CONGÉNITALES. 55
Obs.%.{\) — Renversement en dehors (Vmstùîpung) de la conjonctive dans l'angle externe de l'œil. — La nommée Deiringer, de Langenzenn, âgée de dix-sept ans, bonne, offre, entre la cornée et le petit canlhus de l'œil gauche, une sorte de tumeur assez pluie, de la forme d'un pli et de couleur rouge pâle; le bord tourné vers la cornée en est légèrement concave. Elle ressemble tout à fait, pour la structure, à la conjonctive palpébrale. Si l'on fait tourner le globe oculaire vers le nez, la tumeur proémine; le fait-on tourner en dehors, la moitié externe de la cornée se cache sous le pli. Lorsque les paupières sont fermées, on observe une éminence vers l'angle externe. Le repli prend son origine immédiatement dans le petit canlhus; vers la cornée, l'espace compris entre elle et la conjonctive va toujours croissant. Les paupières sont assez mobiles. La vue n'est pas beaucoup gênée par celle anomalie qu'elle dit être congénitale. Aucune formation pathologique analogue n'existe dans la famille de celle jeune fille, qui n'a jamais été affeclée de maux d'yeux.
Ainsi que le dit fort bien M. Fronmiïller (2), il n'est pas permis d'expliquer celle anomalie congénitale en l'attribuant à la présence d'une quatrième paupière, parce que les caractères d'une paupière y font absolument défaut: il n'y a ni cartilage palpébral, ni poils, ni fibres musculaires susceptibles d'imprimer le mouvement à celte prétendue paupière. D'ailleurs, on ne rencontre point ce voile supplémentaire au petit angle de l'œil dans le règne animal; aucun organe de ce genre, situé dans cet endroit, n'existe dans la nature. L'abnormité dont il s'agit n'est certainement pas autre chose qu'une duplicature congénitale, ou, pour mieux dire, un renversement de la conjonctive en dehors, partant de l'angle externe et se déployant vers la cornée, aplati qu'il est par les paupières. On voit parfaitement bien que le seul point de fixation du repli est au petit canlhus; car, dans tous les autres points, la duplicature n'adhère pas aux parties voisines.
Obs. 27. — Coloboma des paupières (3). Ch. F..., âgé de six mois, m'est amené après avoir été déjà opéré d'un bec-de-lièvre qui avait 8 millimètres de hauteur et qui se trouve aujourd'hui réuni dans sa partie supérieure. Il n'existe pas de séparation complète du palais, mais bien une excavation anomale qui occupe toute la longueur de celte voûte. Les os du nez sont portés vers la droite, de telle façon que la pointedecetorgane s'écarte deGmillimèlres delà ligne médiane; déplus, l'os nasal gauche descend moins bas que le droit. Les parties molles du nez offrent deux anomalies singulières : l'aile gauche n'est pas en continuité avec la pointe, mais avec une partie de la saillie dorsale déviée à droite et située à 8 millimètres au-dessus de la pointe. En outre, celle aîle gauche est fendue par un coloboma de 8 millimètres de hauteur. Les deux paupières de l'œil gauche sont le siège d'un coloboma analogue, situé vers l'angle inlerne de l'œil, qui reste, par conséquent, à découvert pendant l'occlusion de l'organe. Les deux coloboma ont diminué par l'effet de l'action musculaire et présentent 3 millimètres de hauteur sur 8 de largeur. Le point lacrymal inférieur est en dehors du coloboma el tout près de lui. Hue sonde d'Anel introduite par cet orifice traverse un conduit assez large dirigé en bas et en dedans , en dehors du coloboma qu'il longe et aboutissant directement, par l'intermédiaire du canal nasal, dans le méat inférieur des fosses nasales. A la paupière supérieure, il existe, au niveau du coude que forme le bord externe du coloboma avec le bord ciliaire, et tout près de ce dernier, une saillie papilli-
(i) Froxmcller. De l'anomalie congénitale de l'œil dile quatrième paupière. Annales d'Oculislique, 1856, t. XXXVI, p. i9, et Journ. ophth. de Walther et Von Ammon, 1847; t. VI, p. 278. (2) Annales d'Oculislique, 1856, t. XXXVI, p. 50. (5) Vos Graefe. Arch. fur Ophth. 1858. B. IV, Ablh. 2, S. 269.
forme sans ouverture; mais, au côté interne du eoloboma, et un peu au-dessus du ligament palpébral interne, on aperçoit un orifice très-fin appartenant à un canal un peu moins étroit, long de plusieurs millimètres, dirigé de bas en baut et aboutissant à un cul-de-sac. Les bords internes des eoloboma convergent vers l'angle interne où ils se réunissent. Lors même qu'on tend les paupières en les attirant de dedans en dehors, à l'aide d'un doigt appliqué sur la peau de la tempe, le bord ciliaire de la portion gauche offre 3 millimètres de moins que celui de la portion droite, et l'on y observe un moins grand nombre de cils. Enfin l'on trouve, au voisinage du bord interne de la cornée, une petite tumeur dermoïde glabre, de la dimension d'une lentille. Les parents de l'enfant sont très-bien portants, et l'on ne connaît dans les antécédents qu'une chute sur le visage faite par la mère durant sa grossesse.
Obs. 28. — Coloboma des paupières, avec tumeurs dermoïdales multiples (IJ. — B. L., âgé de vingt-huit ans, se présente, le 12 juillet, à la clinique. L'œil droit montre, au bord inférieur et externe de la cornée, deux petites tumeurs rosées. La supérieure a 8 millimètres de diamètre et s'étend surtout vers la sclérolique; elle est peu élastique et supporte quelques poils : l'inférieure, plus petite, est à demi sur la sclérotique, à demi sur la cornée. Si l'on relève la paupière supérieure, on voit, entre le droit supérieur et le droit externe, une troisième tumeur, du volume d'une amande, couverte de poils nombreux et déliés. L'œil droit montre, à la paupière supérieure, un coloboma double. Entre les deux fissures, qui occupent toute la hauteur des tarses, existe un petit appendice cutané. Le bord externe du coloboma est tranchant, tandis que son bord interne est plus mousse et remonte moins haut. L'espace laissé libre par ce coloboma est occupé par un leucnnie de la cornée, suite d'une kératite purulente, survenue dans le cours de la deuxième année, et ayant résulté, elle-même, de l'occlusion imcomplèle de l'œil. En relevant cette paupière, on constate, entre les muscles droits supérieur et externe, une tumeur analogue à celle du côté gauche, niais bien plus volumineuse, puisque son diamètre mesure un pouce. Elle est recouverte aussi de poils nombreux. Sans aucun doute, toutes ces tumeurs sont congénitales, aussi bien que le coloboma.
SECTION II
Une simplecontusion ou une blessure de ces régions peuventatteindre le nerf frontal et amener d'étranges altérations de l'œil. Ainsi, dans un cas, cité par M. Dixou (2), il } a eu amaurose, avec atrophie de la rétine, à la suite d'une blessure du sourcil. A moins d'une douleur et d'un gonfleinentconsidérables, indiquant une violente inflammation, ilue faut pas recourir aux sangsues, dont l'action donne fréquemment lieu à une vive irritation, quand on les emploie contre des ecchymoses.
M. Busch (5) recommande, pour obtenir la disparition des grains de poudre dont la peau peut-être tatouée, l'application d'une solution du sublimé corrosif (5 gr. par once d'eau), afin de provoquer une inflammation eczémateuse avec éruption. Celte solution s'applique,
(1) Honis-ER. Klinischc Monatsblalter, 1864, pp. 190-192.
(21 Mcd. Times and Gazeltc, 1859, Mai 7, p. 471.
(3) Dublin Mcd. Press, 1859, Oct. 19, p. 246.— Extr. de Virchow's Archif.
chaque jour, pendant plusieurs heures, jusqu'à ce que l'eczéma survienne ; finalement, il se forme une croûte et, quand on l'enlève, on trouve les grains de poudre adhérents à sa face interne.
M. Mackenzie a été consulté par un monsieur qui, en tombant clans son escalier, s'était fait à la peau, à la jonction de la tempe avec le sourcil, une déchirure d'un pouce et demi d'élenduc. Les paupières étaient contuses et ecchymosées et, quand on examina l'œil à l'ophihalmoscope, on trouva un épanchement de sang dans le corps vitré. La plaie guérit et le sang se résorba; les milieux redevenus parfaitement clairs, la rétine se représenta dans un état parfait d'intégrité ; néanmoins, la vue resta complètement perdue.
M. Hutchinson (1) a publié un grand nombre de faits propres à démontrer, d'une façon plus ou moins directe, l'influence des nerfs sensitifs de la face sur les fonctions ou sur la nutrition de l'œil.
Obs. 29. — Lésion traumatique de la région frontale gauche. Mydriase persistante de la pupille gauche et paralysie du muscle ciliaire du même côté (2). Un Irlandais intelligent, âgé de 70 ans, vint me consulter, le 10 septembre 1862, pour de la roideur dans le dos et d'aulres accidents qu'il faisait remonter à une blessure reçue trois ans auparavant. Sa pupille offrait une dilatation triple de celle du côté opposé et était complètement immobile. Il voyait bien de ses deux yeux; mais, tandis que du droit il lisait le n° 1, il lui fallait un verre convexe pour lire le n° 8 du gauche. L'ophthalmoscope montrait les milieux transparents. Les artères et les veines de la rétine gauche étaient uu peu plus petites qu'à droite. Il voyait les objets plus petits avec l'œil gauche qu'avec le droit. Avec un verre plus fort, il voyait aussi bien de l'œil gauche que du droit. La tempe gauche est le siège d'une cicatrice profonde et étendue qui s'étend jusqu'au trajet du nerf frontal, mais sans le croiser. Toutes les sensations sont parfaites des deux côtés. Ouïe bonne. Sa blessure était la conséquence d'une chute qu'il avait faite en tombant dans la rue, repversé par un chariot. Transporté au London Hospital, il y avait séjourné plusieurs semaines. Il avait eu deux attaques d'érysipèle.
Ce qui complique ce cas, c'est que lesujet avait, avant l'accident, un léger tremblement de la main, qu'actuellement il a une paralysis agitans bien marquée, et que, pendant ces derniers six mois, il lui est arrivé une fois de se perdre dans la rue, atteint de vertige et de trouble, et qu'une autre fois il a eu une sorte d'attaque. Avant l'accident, sa santé était bonne, ses facultés sont encore parfaites, à l'exception peut être de sa mémoire. Il se plaint qu'à plusieurs reprises « il a entendu une superbe musique, alors qu'on n'en faisait point. » et que souvent, lorsqu'il a regardé des objets, il continue de les voir longtemps après qu'ils ont cessé d'élre devant ses yeux.
Obs. 30. — Déchirure grave du sourcil gauche. Commotion possible du globe oculaire. Perte progressive de la vue de cet œil. Anesthésie partielle de la joue gauche. L'ophthalmoscope ne révèle aucune altération morbide (3). — Benjamin Brown,o2 ans, charpentier de navire, robuste, bien portant, se présente au London Hospital. Ii a élé renversé, il y a douze semaines, par un morceau de charpente; il a reçu un coup très-violent qui l'a lancé à trente pieds. Il est resté un certain temps sans connaissance; on l'a transporté à Poplar Hospital, où il a séjourné quelques jours. Plusieurs dents de ia mâchoire supérieure gauche ont été enlevées; il a eu une plaie
(1) Hctchixîc.5. Sur les affections réflexes ou sympathiques de l'œil. Ophth. Hosp. Reporls, 1864, Vol. IV. p. 120. — Consultez aussi, sur le même sujet, Waltos (.Med. Times and Gazette. 1860, May 26, p. 123.
(2, HercHiN'sos. Ou. cit.
(5} Ibid. Id.
ni. IV
qui lui a complètement déchiré le sourcil gauche en travers.— Mai 14. Le sourcil gaucho présente une grande cicatrice. L'œil a l'air un peu affaissé: pupilles égales et de dimension normale. Il dit que la vue de l'œil gauche va se perdant. Dès que le gonflement qui suivit l'accident lui permit l'usage de son œil, il s'aperçut qu'il n'en voyait plus aussi bien que de l'autre; mais il est sûr que, depuis deux mois, cela n'a fait qu'empirer. De l'œil droit, il lit facilement le n° 10 à une longue distance; de l'œil gauche, il ne peut que nommer une à une les lettres du n° 20. Il a eu en même temps le bras droit fracturé en deux endroits, et ne peut encore travailler. Il se plaint de ce que la joue gauche est insensible, et il indique exactement que cette insensibilité s'étend jusqu'à la partie moyenne de la lèvre supérieure. L'anesthésie n'est pas complète ; le sujet dit qu'il sent très-peu, mais que, lorsqu'il a frotté ou pincé les parties pendant un certain temps, il lui semble qu'elles ont été piquées par des orties. L'anesthésie paraît plus prononcée au front, au-dessus de l'oreille. — Pupilles inégales, de dimension normale et peu actives. Milieux parfaitement transparents. Fond de l'œil normal ; cependant la papille gauche semble circonscrite par un bord abrupte et un peu plus pâle que l'autre. — Surdité marquée à gauche; néanmoins il entend une montre appliquée contre l'oreille. Il est tout à fait sûr qu'auparavant il entendait bien de ce côté. Il y a de petites contractions spasmodiques dans la joue gauche, surtout du zygomatique et de l'orbiculaire. Il ne peut tirer le coin de la bouche vers l'oreille gauche. Le menton ne présente d'anesthésie d'aucun côté. La luette se dévie un peu à gauche : elle n'éprouve point de spasme. Lorsqu'on couvre l'œil gauche, le droit se place au centre de l'orbite sans dépasser cette limite, et alors ilen voit aussi bien que de l'autre. Il pense que, depuis trois ans, sa vue a été graduellement en diminuant. D'abord il a vu de nombreux points noirs ressemblant à un essaim de mouches volantes ; puis il a éprouvé de la difficulté à lire ; cette difficulté a été en s'accroissant. Naturellement, il ne peut plus lire. 11 pense que sa mémoire s'affaiblit. Il s'est promptement rétabli de son coup. Il n'a éprouvé dans les yeux qu'un peu d'endolorissement. Il est très-assoupi pendant le jour. Sa santé était excellente, il y a quatre ans, lorsque ces symptômes ont commencé à se développer.— Août 4. Atrophie blanche des papilles optiques également marquée des deux côtés. Les gros vaisseaux de la rétine ont leur dimension normale. Ceux propres au nerf optique manquent absolument.
SECTION IV