III. XXII
au-dessus du cristallin, et l'on vit s'en échapper le cristallin offrant une coloration légèrement ambrée et la consistance de l'amidon cuit. On aperçut alors, sous forme d'une fente noire communiquant avec la chambre de l'humeur vitrée, la rupture de la sclérotique qui avait livré passage au cristallin. Il ne s'échappe point d'humeur vitrée. — Occlusion de l'œil. Deux semaines plus tard, la chambre anlérieure et l'iris sont complètement débarrassés de sang; la plaie de la sclérotique est cicatrisée et, au moyen d'un verre convexe, le malade peut lire les gros caractères et distinguer les petits.
SECTION V
PLAIES DE LA SCLÉROTIQUE ET DE LA CHOROÏDE. (P. 608.) (d).
1. Les piqûres de ces membranes, comme peuvent en produire, par exemple, des plumes d'acier, sont susceptibles de donner lieu à une vive inflammation, à un épanchement entre la choroïde et la rétine, à la perte, même complète, de la vue.
Obs. 140. — Ophlhalmitis traumatique, suite de piqûre de l'œil, excision, dissection (2). — I. C, âgé de 9 ans, a l'œil droit perforé par une plume d'acier, le 7 décembre 1858; la vision est détruite dès le lendemain. La vue de l'œil gauche commençant à s'altérer, on excise l'œil le 19 janvier 1859, et on l'examine immédiatement. L'espace destiné à l'humeur vitrée est occupé par un liquide trouble et des flocons blanchâtres ; la rétine est très vasculaire, ses vaisseaux sont gorgés, sa substance légèrement trouble; une petite quantité de liquide trouble est épanchée entre elle et la choroïde : ceci avait déterminé son déplacement en dedans, principalement le long de Vora serrata, dans le point où elle adhère à la membrane transparente qui tapisse cette dernière; celte membrane a été poussée en dedans par des produils inflammatoires et a entraîné la rétine dans la même direction ; la choroïde est infiltrée de lymphe plastique, principalement autour du nerf optique et au-dessous de la tache jaune; elle empiète beaucoup sur le nerf optique, dont elle réduit considérablement le diamètre (constriction du nerf optique). On ne trouve point de cristallin; tout l'espace entouré par Vora serrata, les procès ciliaires et l'iris, est occupé par des produits inflammatoires.
Cette observation fait voir une des manières dont la rétine se trouve détachée de la choroïde; une quantité de produits inflammatoires se trouve versée parla surface interne (vitrée) de la portion de la choroïde à laquelle on a donné le nom à'ora serrata, et des procès ciliaires au-dessous de la membrane transparente qui tapisse ces parties; celte membrane est ainsi refoulée vers l'espace vitré dont le contenu perd sa consistance et son volume. La rétine intimement unie à celle membrane la suit dans son mouvement: l'espace ainsi formé entre la rétine et la choroïde est rempli par un fluide (sérum, globules de pus, etc.), qui provient de la choroïde infiltrée et enflammée. On voit aussi que la portion de choroïde qui environne le nerf optique peut comprimer celui-ci.
2. Une simple commotion de l'œil peut être suivie de la déchirure de la choroïde seule : dans ces cas, après que l'épanchement de sang auquel elle a donné lieu est résorbé, on voit à l'ophthalmoscope, à travers les lèvres de la déchirure, la sclérotique d'un blanc nacré, au-
(1) Voir Dixon. Observation dans laquelle de petits corps étrangers, ayant pénétré à travers la sclérotique, jusqu'au bord de la pupille, en furent extraits par la cornée (Ophlh. Hosp. Rep. 18;i7-:>9, Vol. 1, p. 139.)
(2) Bader. Oplith. Hosp. Rep. 1859-60, Vol. II, p. H.
devant de laquelle les vaisseaux rétiniens, faciles à suivre, indiquent que la rétine est demeurée intacte.
Obs. 141 (1). — Cicatrices de la choroïde, à la suite de ruptures traumaliques. — M. Frank a eu l'occasion d'observer deux cas de celle nature. Dans l'un, l'œil avait éprouvé de fréquentes contusions directes; il existait dans la choroïde des altérations diverses conjointement avec les lignes d'un blanc argenté, indiquant des fissures de cette membrane. Dans l'autre, il s'agissait d'un simple soldai du 68e régiment, réformé du service de l'Inde pour cécité de l'oeil droit. Il avait reçu, onze ans auparavant, sur la région sus-OFbitaire, un coup qui lui avait occasionné une plaie contuse qui s'était promptement cicatrisée, sans qu'il survînt ni douleur, ni trouble dans l'oeil correspondant. Néanmoins, il se manifesta graduellement une rétraction du droit externe qui détermina un strabisme divergent prononcé, sans qu'il eût existé de diplopie. Il semble, d'après cela, malgré le dire du malade, qu'il a dû y avoir quelque lésion intra-oculaire qui aura porté l'oeil droit à se dévier pour ne point troubler l'action du gauche. Trois ans après la blessure, le droit externe fut divisé pour corriger la déviation oculaire. L'opération réussit jusqu'à un certain point : elle ne fut point suivie de diplopie. Lorsque cet homme s'enrôla, la vision centrale était assez bonne ; car, l'oeil gauche s'étant fermé, il lisait les caractères moyens de son certificat, et apercevait la cible à 900 yards. Ce fut en décembre 1853 que, se trouvant près des tropiques, dans son passage aux Dides, il ressentit une douleur avec secousse dans l'œil droit, douleur que l'exercice augmentait; un mois après, la vision élait complètement éteinte de ce côté.
A son entrée à l'hôpital du fort Pilt, voici quel était l'état de ses yeux : L'œil droit perçoit un peu la lumière du soleil. Il est dévié en haut et un peu en dehors. La pupille a les mêmes dimensions que celle de l'autre œil; mais lorsque celui-ci est fermé, elle se dilate. Elle subit promptement l'action de l'atropine. L'œil droit est un peu plus mou que le gauche. A l'ophlhalmoscope (image renversée), la papille est ovale, plus blanche et plus aplatie qu'à l'état normal : elle présente çà et là de très petites taches capillaires; on n'aperçoit point la limite sclérolidienne. Un large croissant pigmenlaire, d'un noir de jais, entoure la moitié inférieure et externe de la papille. Les artères sont petites et paraissent rétractées et vides ; veines d'un calibre modéré. Quelques petites lignes blanches parlent de la partie supérieure et externe de la papille et viennent aboutir à une tache rise cordiforme, due à quelque altération de la rétine (exsudation ou dégénérescence graisseuse). La tache jaune se présente sous l'aspect d'un disque gris; il y a eu évidemment des exsudations dans la portion de rétine qui l'entoure. On aperçoit deux bandes blanches formant entre elles un angle d'environ 80° et partant, l'une, de l'extrémité inférieure et externe, l'autre, de l'extrémité inférieure et interne de la papille. Elles sont situées dans le plan de la choroïde, au-dessous de l'expansion de la rétine, dont les vaisseaux les croisent. La lumière brillante, argentée, qu'elles réfléchissent ne permet pas de douter de l'absence des éléments de la choroïde le long de. leur trajet. Au-dessus de ces cicatrices choroïdiennes, comme je crois pouvoir appeler ces bandes à travers lesquelles on aperçoit le lustre argenté de la sclérotique, on remarque l'aspect propre à la macération du pigment. Les espaces inlervasculaires sont d'un jaune brillant; les vaisseaux se voient distinctement; la couche épithéliale manque, et le contenu de ses cellules forme des taches et des lignes. Çà et là sont dispersés quelques points en forme de grains de chapelet d'un jaune doré. Deux artères et une veine traversent près de son origine cet espace transparent, sans éprouver aucune interruption dans leur trajet.
Les bandes décrites représentent des cicatrices survenues à la suite de la déchirure de la choroïde seule; et comme une lésion de cette nature ne peut reconnaître qu'une cause traumatique, elle doit être attribuée à la blessure reçue par le sujet. On ne saurait déterminer, faute de données suffisantes, si, dans ce cas, l'œil a été lui-même frappé, ou si la commotion éprouvée par l'arcade sus-orbitaire lui a été communiquée avec assez de violence pour produire la déchirure de la choroïde.
(1) Frask. kl. 1860-61, Vol. III, p. 84.
SECTION Vbis.
Des contusions du globe de l'œil ou des plaies pénétrantes de cet organe peuvent atteindre la rétine et y déterminer des décollements et des déchirures : les premières de ces altérations sont de beaucoup les plus fréquentes; nous avons cependant rencontré plusieurs cas de déchirures de la rétine, duos à des causes variées. Le plus souvent, les cicatrices qui en sont la suite se présentent sous l'aspect de traînées crayeuses, bordées de dépôts noirs, dus vraisemblablement à des épanchements sanguins incomplètement résorbés. Dans un cas, que nous tenons en ce moment en observation, une déchirure produite par un éclat de mitraille a donné lieu à un de ces épanchements, qui a beaucoup diminué, mais qui, depuis plus de deux ans, est demeuré stationnaire: la vue n'en est presque pas altérée.
Obs. 142(1). Le sieur S., âgé de 30 ans, entre à l'Institut ophthalmique du Brabant, pour une iritis syphilitique de l'œil gauche; l'œil droit paraît sain, mais la vision en est pourtant complètement abolie. Le malade nous dit que c'est à la suite de la projection d'une vague, dont il a élé fouetté en pleine figure, que sa vue s'est perdue, et cela sans qu'il en ait ressenti de bien vives douleurs. A Fophlhalmoscope, on aperçoit une large cicatrice, traversant diagonalement de haut en bas et de dedans en dehors, tout le champ occupé par la rétine : cette cicatrice est d'un blanc crayeux, irrégulier, et les bords en sont garnis de petits dépôts noirâtres. L'accident date de plusieurs années et la vision ne manifeste aucune tendance à se rétablir.
Obs. 143 (2). — Chez un fermier qui avait eu, dans un jeu, l'œil frappé par une poire de bois creuse, M. Dixon découvrit à Fophthalmoscope une altération qu'il considéra comme une déchirure de la rétine, puis un caillot de sang situé sur celte membrane. Le sujet fut vu plus tard dans une consultation par M. WhileCooper. La pupille était légèrement dilatée et immobile; rien d'anormal à pari cet état; le sujet voyait confusément les objets, et il lui semblait qu'une tache noire obscurcissait le centre de son champ visuel ; il lisait difficilement le caractère pica, obligé qu'il était de lire mol par mol. A l'ophthalmoseope, dans le point occupé par la déchirure de la rétine, on apercevait une ligne opaque irrégulière, presque dans l'axe de la vision; à l'enlour existaient quelques petites taches, évidemment les restes du caillot sanguin qui n'avait pas élé complètement absorbé. M. Dixon et M. While Cooper affirmaient, avec confiance, dans leur rapport, que le sujet conserverait un certain degré de vision, mais que celle-ci ne redeviendrait jamais parfaite. Le malade demandai! une indemnité de 2000 livres sterling pour la perle de son œil. Il lui fui alloué 700 livres qu'il accepta de fort mauvaise grâce.
Les décollements traumatiques de la rétine, sans ou seulement avec une petite solution de continuité, sont particulièrement remarquables et instructifs, vu leur marche relativement favorable. M. de
(1) W*nLOMONT. Incdilo.
(2) Wiiite Cooper. On Wounds and Injuries of ihe Eyc, 18j9, p. 318.
CORPS ÉTRANGERS DANS i/HUMEUR VITRÉE. 257
Graefe(l)en possède trois observations dans lesquelles l'accident était dû à une contusion du globe de l'œil; dans un quatrième cas, une piqûre de la sclérotique, faite avec un couteau très étroit, était venue, après avoir traversé le globe, blesser la rétine du côté opposé et occasionner un décollement, probablement bémorrbagique, de la rétine. Dans ce dernier cas, et dans deux des précédents, on put constater, après une observation de trois à quatre ans, pour chaque cas, que, non-seulement le décollement était demeuré stationnaire, mais qu'il avait évidemment diminué. Le dernier malade, un fonctionnaire supérieur russe, avait complètement perdu la vue d'un œil à la suite d'une plaie : quatre ans plus tard, il ne restait plus qu'un décollement très circonscrit de la rétine, et la vue de cet œil s'était presque complètement rétablie. Dans un œil parfaitement sain, si la compression des vaisseaux à leur sortie produit un épanchement séreux sous-rétinien et si le pouvoir d'absorption a conservé toute sa puissance, il n'est pas étonnant que le liquide, anormalement épanché, vienne à disparaître : l'équilibre de la tension intra-oculaire est rétabli par l'augmentation de la sécrétion de l'humeur vitrée, comme il le serait par la pression prolongée du doigt à la surface externe de l'œil.
SECTION VI