‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 171 sur 273 · PRESSIONS ET COUPS SUR L'OEIL · texte numérisé non relu

PRESSIONS ET COUPS SUR L'OEIL

se couchait, il renonça à faire usage du chloroforme. Les filaments suspenseurs permettant certains mouvements au corps étranger, on pensa que l'attraction magnétique pourrait servir à le rapprocher de l'extérieur. On essaya un aimant puissant; mais, bien que son action sur le corps étranger fût des plus manifestes, il ne put rendre aucun service, car si l'on attirait lé corps en dedans, il se trouvait caché derrière l'iris; si, en dehors, il se mettait en contact avec le cristallin, partie qu'il importait de ménager avant tout.

Ayant fait asseoir le sujet près d'une fenêtre, M. Dixon se plaça debout derrière lui; les paupières maintenues écartées par un spéculum à ressort, il fixa leglobe;de l'œil en saisissant avec des pinces un pli de la conjonctive immédiatement au-dessus de la cornée. Il enalors fonça le couteau lancéolaire de Jaeger à travers les tuniques de l'œil en dirigeant la pointe de l'instrument en arrière, afin d'éviter de léser le cristallin. L'instrument retiré, il introduisit la pince qu'Àssalini a inventée pour saisir l'iris, dans son procédé pour la pupille artificielle : car cet instrument s'ouvre lorsque l'on presse une de ses branches, et se ferme au moyen d'un ressort lorsque l'on cesse la pression. Le corps étranger ne se voyait que très confusément, car il n'était point brillant, il ne reluisait que de temps en temps imparfaitement, alors que la lumière tombait sur lui. Après deux tentatives infructueuses, M. Dixon fut assez heureux pour le saisir par une de ses extrémités et l'attirer au dehors. Fermeture immédiate des paupières à l'aide de bandelettes agglutinatives, et application décompresses froides.

Le corps étranger était une portion du tranchant d'un ciseau ; il avait environ un dixième de pouce de long et pesait un quart de grain. — 6 janvier. La pupille est circulaire et claire dans toute son étendue. Le malade peut lire les grandes lettres de son billet d'hôpital. La plaie faite pour l'opération s'est réunie. Il y avait, naturellement, un peu de sang épanché au-dessous de la conjonctive, mais la vascularisation de cette membrane était peu augmentée. — 13 janvier. L'action de l'atropine a cessé, et la pupille est ronde et contractile. A l'ophthalmoscope, on voit, flottant dans l'humeur vitrée, quelques filaments de caillots complètement libres d'adhérences. Le cristallin est parfaitement transparent. La seule apparence que l'on pût considérer comme morbide est une légère rougeur de la rétine et du nerf optique, effet, probablement, d'une légère inflammation traumatique produite par la plaie récente. Il n'y a pas de pholophobie et le malade lit le caractère appelé cicéro. — 3 mars. L'irritation de la rétine s'apaise sous l'influence du traitement; mais, pour ne pas provoquer de recrudescence, on s'est abstenu jusqu'aujourd'hui de tout examen ophthalmoscopique. Le cristallin étant tout à fait transparent, on put examiner toute l'étendue de la rétine, qui parut parfaitement saine ; il n'y avait à noter dans tout l'œil qu'un seul filament opaque flottant dans l'humeur vitrée. La vue du malade est en voie d'amélioration rapide.

SECTION VIL

PRESSIONS ET COUPS SUR L'ŒIL. (P. 613.) § I. — Amaurose par pression.

Le cas ci-après est un exemple d'amaurose par pression, ou comniolion de la rétine, ayant déterminé la paralysie temporaire de celle membrane, sans que l'oplithalmoscope y ait fait découvrir la moindre altération.

Obs. ib2 (I). — Un homme de quarante ans, d'une constitution robuste et d'un tempérament sanguin, après un excès de boisson, s'endort la tête dans une position

(1) Testeli:». Inédile.

déclive el l'oeil droit appuyé sur le dos d'une de ses mains. Lorsqu'il se réveille après quelques heures de sommeil, la vision de son œil droit est si complètement abolie que c'est à peine s'il dislingue un peu la lumière d'avec l'obscurité. Il vient me consulter un mois après cet accident, vers le commencement de mai -1865. La vision est un peu revenue; il voit la forme de gros objets, mais ne pourrait se conduire avec son oeil malade. C'est en plaçant les objets à sa droite, c'est-à-dire du côté interne de l'œil malade, que le sujet voit le moins mal ; de cette façon, il peut apercevoir les caractères n°20de l'échelle de Jaeger, mais non les lire. Son œil ne diffère en rien par l'aspect de celui du côté opposé. L'iris est si contractile que je suis obligé de dilater la pupille avec l'atropine pour examiner le fond de l'œil. Celui-ci ne présente absolument rien à noter, si ce n'est peut-être un peu plus de développement des vaisseaux. Traitement : Sangsues à la tempe, pédiluves sinapisés, applications froides sur l'œil, pilules laxatives et régime doux.

Je revois le malade le 10 juin ; il a bien suivi mes prescriptions. La vision revient progressivement; il peut actuellement lire couramment le n°H, en tenant le livre droit devant son œil, et un caractère plus petit en le plaçant un peu en dehors. Rien à l'ophthalmoscope.

§ II. Amaurose suite de coups.

Les altérations delà vision, suitesde coups et de contusionsde l'œil, naguère encore mises sur le compte de l'amaurose, peuvent être considérées aujourd'hui au point de vue des altérations organiques propres auxquelles ils ont donné lieu dans les différents tissus ; telles sont : la séparation de la choroïde d'avec la rétine, la déchirure de celle-ci, l'épanchement de sang à la surface de la choroïde, de la rétine et dans l'humeur vitrée, toutes lésions appréciables à l'ophthalmoscope.

Le repos de l'organe et de tout le corps, les applications froides locales, les opiacés, les sangsues à la tempe et un régime sévère doivent être opposés à ces états. En général les mercuriaux ne conviennent pas quand il y a effusion de sang (1).

Obs. 153 (2). — Une jeune femme fut frappée sur l'œil par le bouchon d'une bouteille de sodawater, lancé avec une grande force. Je trouvai l'iris formant une saillie convexe vers la cornée. Il y avait du sang dans la chambre antérieure el dans le corps vitré. La vision se rétablit graduellement, au point qu'elle reconnaissait les gros caractères. La choroïde et la rétine avaient leur aspect normal; mais l'iris restait toujours saillant en avant et la pupille immobile. Le centre de la vision était obscur, el l'effort que la malade faisait pour regarder rendait la vision plus mauvaise.

Obs. 154 (3). — Coup de crickett-ball sur l'œil droit. — Léger décollement de la rétine. — Le 11 juin 1862, je suis consulté par M. D., âgé de 18 ans. Il a reçu, il y a cinq semaines, sur l'œil droit, un coup de crickett-ball (4). Il n'a pas éprouvé, sur le moment, d'accident grave et n'a eu recours qu'à un Iraitemenl insignifiant; mais lia remarqué que depuis l'accident la vision de cel œil est notablement altérée.

(1) Walton. Brit. med.'Journ. 1859, Aug. 13, p. 645, et Dec. 10, p. 994. — Ibid. Mcd. Times and Gaz. Isiiti, May 26, p. 521. — Coote. Sur Fexlravasation de sang dans l'œil et la façon de la reconnaître à foplilhalmoscope (Brit. mcd. Journ. 1857, Jun. 20, p. 525).

(2) Mackenzie. Inédite.

(3) Testelin. Bulletin inéd. du nord de la France. Lille. Février, 1865, p. 59.

(4) Le crickelt est un jeu anglais dans lequel on lance avec violence une balle très dure et d'un volume supérieur a celui du poing.

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Étal actuel. — La pupille droite est peu mobile et d'un tiers plus dilatée que la gauche. La vision de ce côté est cependant encore assez bonne, quand il ne s'agit pas de lire: néanmoins le sujet prétend que, tout en voyant bien les objets, la vue est trouble. A la distance ordinaire, il lit le n° 10 de .laeger. A l'oplithalmoscope, on constate une dilatation marquée de tous les vaisseaux de la rétine; de plus, en haut et en dehors de la papille (image renversée), il semble que la rétine est décollée et soulevée dans un espace un peu moins grand que la moitié d'un pois ; elle offre en ce point une teinte légèrement laiteuse. Je dis «il semble,» quoique cela m'ait paru très-évident, mais aucun vaisseau ne parait sur la portion de rétine que je signale, ce qui empêche de décider d'une façon absolue s'il y avait réellement un soulèvement.

Traitement. — Sangsues à la tempe, laxatifs, pédiluves sinapisés, puis vésicatoires volants au pourtour de l'orbite. Le 12 juillet, après un mois de ce traitement, le sujet trouve qu'il voit aussi bien à droite qu'à gauche ; mais c'est une erreur. L'œil droit, à la dislance ordinaire, lit le n° 4 de Jaeger, tandis que le gauche lit le n° 1. Les pupilles sont maintenant semblables, sous le rapport de la dimension et de la contraclilité. A rophthalmoscope, on constate que les vaisseaux ont repris leur volume normal; le décollement supposé a disparu, mais il reste une tache formée par le pigment brun dans le point correspondant. »

Dans ce cas, les lésions observées rendaient parfaitement compte des symptômes ; mais il n'en est pas de même dans les deux suivants :

Obs. ioo (1). — Coup sur l'œil. — Paralysie de la plus grande partie de la rétine sans lésion appréciable. — Le 28 Janvier 1864, on m'amène le jeune F., de Tourcoing, âgé de 16 ans. Trois semaines auparavant, il a reçu, sur l'œil droit fermé, une bille qu'un de ses camarades lançait par l'action combinée du pouce et de l'index. A l'instant, l'œil a cessé de distinguer la lumière d'avec l'obscurité. Cet état a persisté pendant 36 heures, puis, en cinq jours, la vue est revenue progressivement au degré où elle existe actuellement.— État actuel. Cejeune homme peut lire, à la dislance de quatre à cinq pouces, même le n°l de Jaeger avec son œil droit; mais ce même œil, à une certaine dislance, n'aperçoit qu'une partie des gros objets qu'il regarde. Il n'est pas possible, d'après ses réponses, de décider s'il en voit seulement la moitié supérieure ou l'inférieure, la moitié droite ou la gauche ; mais, à coup sûr, il n'en voit qu'une partie à la fois. En mesurant son champ visuel, on reconnaît qu'il est rétréci de plus des neuf dixièmes. La partie du champ visuel qui persiste a une forme très irrégulière ; elle offre une certaine étendue au dessus du diamètre horizontal, et est presque nulle au-dessous de ce diamètre. L'œil n'est ni dur ni douloureux; pas d'injection de la conjonctive. La pupille est dilatée et ne se contracte pas sous l'influence de la lumière. A l'ophtlialmoscope, le fond de l'œil parait tout à fait normal; il ne diffère en rien de celui du côté opposé. Au moment du coup, il y avait eu une assez vive douleur, mais pas de symptômes inflammatoires. Néanmoins jusqu'à présent, on a mis en usage un traitement anliphlogislique assez actif. Il y a de la constipation. Je prescris des pilules laxatives, des douches froides, le calabar, des vésicatoires volants, la strychnine, etc. rien ne sert. Je conseille alors Pexpeclalion et je cesse de voir le malade deux mois après l'accident, son étal restant absolument le même que le premier jour qu'il m'a consulté.

Obs. 156 (2). — Coup sur l'œil gauche. — Cécité absolue immédiate et persistante, sans lésion appréciable. — Le 5 mars 1864, je suis consulté par le sieur L..., ouvrier pâtissier, âgé de 18 ans. Le 1er du mois, en se baissant, il s'est heurté l'œil gauche fermé contre un corps dur, présentant un sommet assez étroit mais non aigu. A l'instant du choc, la douleur a été assez modérée, mais la vision a été complètement éteinte sur-lechamp. — État actuel. Vision nulle; il ne perçoit même pas, à quelques pouces de dislance, la iumière d'une forte lampe. Plus de phosphènes. 11 n'y a pas de douleur. On remarque, au côté interne de la paupière supérieure gauche, une petite plaie contuse,

(1) Ibid. Loc. cit., p. 36.

(2) Ibid. Loc. cit., p. 37.

ni. XXIII

"2()(> LÉSIONS IRAUMÀTIQUES DU GLOBE DE l/OEIL.

Cette plaie est superficielle; en retournant la paupière, on n'aperçoit ni ecchymose, ni injection de Ja conjonctive. La pupille est dilatée et non conlraclïïe. J l'ophlhalmoscope, on ne constate ni décollement, ni déchirure, ni altération quelconque de la rétine; le fond de l'œil gauche ressemble de tout point à celui de l'œil droit resté sain.

Je prescris d'abord un traitement antipblogistique, sangsues à la tempe, calomel à l'intérieur, lotions et applications froides puis révulsives, vésicatoires volants, pédiluves sinapisés; ensuite excitants, strychnine, calabarqui fait bien contracter la pupille, mais sans modifier la sensibilité de l'œil. J'applique enfin l'électricité, d'abord à petites doses, puis progressivement avec le summum de force que permet l'appareil de GaifTe elcela pendant plus de 20 jours. Résultat nul pour la vision. La conjonctive s'injectait, les larmes coulaient, la pupille se contractait, mais la vue n'était en rien modifiée. Je crois même que le sujet ne voyait pas de binettes lumineuses lors de l'action de l'électricité; il n'a jamais pu répondre nettement aux questions que je lui ai faites dans ce sens. Quatre mois après l'accident, la cécité était toujours absolue, bien que l'œil continuât à n'offrir aucune altération appréciable à l'ophthalmoscope.

Obs. 157 (1). — Épanchemeiit, de sang dans Vœil à la suite de coups. — Je viens de voira ma consultation un jeune garçon de 10 ans qui a reçu, il y a trois mois, un coup violent sur l'œil gauche. Ml n'y a pas eu d'accident immédiat bien intense. Actuellement l'œil ne dislingue même plus la lumière d'avec l'obscurité ; il n'est pas déformé, mais seulement un peu dur au toucher. La pupille est tellement dilatée qu'on aperçoit à peine une très étroite bandelette circulaire de l'iris, et ne paraît avoir subi aucune espèce de déchirure. Le cristallin a conservé toute sa transparence, mais, à l'ophthalmoscope, on reconnaît que l'humeur vitrée présente l'aspect d'une gelée de groseilles un peu claire vue par transparence, à travers laquelle on ne peut distinguer le fond de l'œil. Il me parait certain que l'hémorrhagie provoquée par le coup a amené le décollement de la rétine. Bien qu'il ne soit pas survenu d'inflammation, signalons qu'après plus de trois mois, le sang, ou tout au moins sa matière colorante, n'était point complètement résorbé.

g IV. Rupture de l'œil à la suite d'un coup.

La rupture de l'œil « en arrière, » fait observer M. White Coo-? per, c'est-à-dire en arrière du point où se réfléchit la conjonctive, constitue un accident rare, et comme on ne peut le reconnaître avec certitude qu'après l'extirpation du globe, beaucoup de cas douteux ont dû échapper à l'observation. Quoi qu'il en soit, cet accident est la conséquence d'un coup violent portant en plein sur l'œil; il s'accompagne de la sensation «d'éclatement » du globe; l'œil se remplit de sang, des douleurs atroces se développent et durent des semaines entières, la photophobie est extrême ; car, bien que l'organe blessé ait perdu toute sensation lumineuse, l'autre est devenu très-impressionnable à la lumière. Cependant ces symptômes finissent par disparaiire, l'œil s'atrophie plus ou moins, suivant que lecoagulum sanguin, qui ne dispa rail jamais entièrement, est plus ou moins résorbé. M. Whi le Cooper a observé un cas dans lequel la partie colorante en avait disparu, mais où la fibrine restait sous la forme d'une masse solide. Il ;i publié à l'appui de ses opinions l'observation suivante, empruntée à la pratique de M. Bowman (2),

! Tistuin. Inédile.

Op. cilato, p. 1!i7.

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