PIITHALMIT1S RÉFLEXE OU SYMPATHIQUE
tout si cet état de souffrance est un obstacle à leurs études ou aux travaux d'où dépend leur existence. Que s'ils ne s'y décident pas, il importe au moins de bien les pénétrer de la nécessité de se tenir en éveil, afin d'agir aux premières atteintes que l'œil sain pourrait avoir à essuyer : un léger obscurcissement de la vision, une injection vasculaire, si peu prononcée qu'elle donne à peine lieu à une simple coloration rose au pourtour de la cornée, et la sensibilité de la région ciliaire, se manifestant quand on y promène un stylet, sont des avertissemenls qu'il importe de ne pas négliger un seul instant : si l'on hésite à en tenir compte et que l'on larde à pratiquer l'extirpation, il y a tout à craindre qu'elle devienne insuflisante.
Recommandée d'abord par Prichard (1), l'énucléation du globe, dans les circonstances que nous venons d'indiquer, a passé rapidement dans la pratique générale, principalement en Angleterre, où elle est aujourd'hui exécutée sur une large échelle (2). Pour en retirer un bon moignon propre à l'adaptation d'un œil artificiel, il faut, autant que possible, faire que la conjonctive et les muscles droits y soient conservés. On peut même, quand rien ne s'y oppose, suivre l'exemple de Wallon, qui, dans le même but, se borne à enlever la .moitié antérieure du globe (5).
Lorsqu'on veut obtenir l'affaissement de l'œil sans en faire l'énucléation, on peut suivre le procédé suivant que M. Follin recommande dans les cas de staphylôme : enlever la cornée, fendre la capsule antérieure du cristallin, pour faire sortir la lentille; arracher ensuite l'iris, puis, incisant la capsule postérieure, faire sortir une plus ou moins grande quantité de corps vitré.
L'excision totale est, dans l'immense majorité des cas, un gage certain d'immunité pour l'autre œil, si elle a été pratiquée avant le début des altérations fonctionnelles sympathiques. A peine peut-on citer, dans ces conditions favorables, deux ou trois cas où elle n'ait pas empêché le développement de l'oplithalmilis réflexe. Quand, au contraire, celle-ci est déjà déclarée, que des altérations organiques, des synéchies postérieures se sont produites, l'opération ne réussit plus que très rarement à arrêter les phénomènes sympathiques, qui continuent à marcher avec opiniâtreté. Aussi peut-on dire, d'une manière générale, que le pronostic de l'opération est d'autant moins favorable que Tophtlialmilis sympathique est plus ancienne et plus avancée.
2° Les moyens médicaux de traitement, employés à l'adresse de l'œil sympalhiquement affecté, sont, ainsi qu'il a été dit (t. Il, p. 127) : le repos, les antiphlogisliques, la belladone et le mercure;
(1) Association Med. Joura. 1854, Octob. 6. (2; British Med. Journ. 1859, Apr. 25, p. 528. (5) Lancet, 1858, Janv. 23, p. 97.
mais il faut reconnaître qu'ils sont, le plus souvent, ineflicaces. Ce qui convient le mieux, après que l'œil blessé à été éliminé, c'est de soustraire l'autre à l'action de la lumière, d'y faire des fomentations adoucissantes et de tenter de restreindre ainsi, à leurs proportions les plus étroites, les symptômes inflammatoires, avant de tenter aucune opération chirurgicale qui, sans ces précautions préliminaires, échouerait le plus souvent.
L'irideclomie a été recommandée pour ces sortes de cas, mais elle est loin de donner ici les bons effets qu'on en relire dans les autres formes d'iiitis : l'occlusion de la pupille et la diminution de la chambre antérieure semblent la réclamer impérieusement, et cependant il est rare qu'elle soit suivie d'une amélioration bien sensible. M. Critchett doute beaucoup de son efficacité dans ces circonstances : « Elle est toujours difficile et parfois impossible à pratiquer, dit cet éminent praticien ; lorsqu'on fait une pupille, celle-ci se ferme, et lorsque l'opération n'a pas amené d'amélioration, elle peut entraîner une aggravation (1). » Il préfère, l'œil ayant été ramené à l'indolence à force de soins, de détruire la fausse membrane dont la pupille peut se trouver obstruée, ou, si le cristallin est devenu opaque, d'en tenter l'extraction. Nous pensons que l'irideclomie ne doit pas être repoussée d'une manière absolue, el qu'on peut en allendre de bons effets quand, le corps ciliaire n'ayant pas encore pris pari à la maladie, celle-ci est principalement constituée par des synéchies postérieures qu'il esl toujours utile de détruire (2).
Obs. 218. W. H. Prescolt, l'éminent historien américain, se destinait à la profession d'avocat el avait déjà pris ses diplômes avec honneur à Harward Collège, lorsqu'il reçut par accident, en 1814, un coup qui le priva d'un de ses yeux. Le second se trouva dès lors affaibli par l'excès de travail qu'il eut à supporter, et notamment par suile d'une maladie grave; cet affaiblissement fut tel qu'il dut renoncera ses éludes professionnelles et à l'espoir des succès qui l'attendaient au barreau. Il passa à voyager les deux années qui suivirent; il visita la France, l'Angleterre et l'Italie, non sans consulter les oculistes éminenls qu'il rencontra en chemin, mais sans que sa vue en éprouvât aucun soulagement. Revenu en Amérique, bien portant d'ailleurs, il consacra dix ans de sa vie à l'étude de l'histoire, puis dix autres années à la publication de son Histoire de Ferdinand et d'Isabelle, qu'il fit paraître à la fois, à l'âge de 42 ans, à Londres el à Boston. Son livre eut un grand succès. Pendant qu'il l'élaborait, sa vue s'était en quelque sorte améliorée, par la diminution de la sensibilité qui avait donné lieu aux inflammations antérieures et pour lesquelles il avait été obligé de se confiner dans une chambre obscure, s'enrapportanlexclusivementà la collaboration d'un lecteur chargé de colliger ses matériaux. Ce repos de la vue lui permit de publier plus lard d'autres ouvrages qui le couvrirent de gloire, et il mourut, en 1858, à l'âge de 62 ans, sans avoir pu se guérir. Sans doute l'énucléalion de l'œil blessé, qui n'avait jamais cessé d'élre sensible, eût pu être utilement pratiquée, et l'on ne peut que regretter qu'il n'y ait pas été recouru.
(1) Klin. Honatsb. I8G3, B. I, S. 448, et Annales d'Oculistique, 1864, t. Ll, p. 236.
(2) Consultez: Badkr. Med. Times and Giiz. 1860, Mars 10, p. 237. - Walton. British Med. Journ. 1857, App. 11, p. 2!>7 ; Id. 1860, Oet. 20, p. 811. — Solomok. Brit. Med. Journ. 1857, Jun. 18. p. 496; Id. 1857, Sept 19, p. 000. — Hart. Lancct, 1863, Jan. 17, p. 6". — Lawson. 1861. Oet. 15, p. 432.— Dk Broudeau. Des affections sympathiques de l'un des yeux, à la suite d'uni- blessure de l'autre œil. Thèse. Paris 1858.