MESERE DE l'aCCITÉ
52. — Dans la pratique, on compare l'acuité de la vue chez deux personnes ou, plus simplement, on mesure l'acuité de la vue au moyen de séries de caractères d'imprimerie, de grandeurs graduellement croissantes ou décroissantes. iMais, jusqu'à ces derniers temps, le rapport des caractères successifs n'était aucunement régulier, et, en outre, l'unité servant de base aux mesures n'avait aucun rapport connu avec l'étendue de l'élément rétinien primaire. Indépendamment de l'absence de cette dernière base scientifique, les échelles anciennes de caractères, par suite de l'irrégularité des types dans les ateliers d'imprimerie, ne présentaient aucune proportion entre un caractère et le suivant.
L'échelle de M. Snellen et la nôtre sont exemples de ces deux reproches. Dans l'une comme dans l'autre, l'unité, qui est la même, correspond comme étendue, à cet élément rétinien primaire (le bâtonnet). Ainsi le n° I répond à une largeur égale pour les pleins et les clairs, dans la formation des caracières, et mesure transversalement 0mm, 1 ; celle dimension, à un pied de distance, soustend un angle de 1 minute environ, ou un arc de o millièmes de millimètre sur la rétine.
OPTOMÉTRIE. XIX
Le n° II offre des dimensions doubles, le n° III des dimensions triples et ainsi de suite; de telle sorte que, à deux pieds de distance, le n° II dessine sur la rétine une image égale à celle dessinée par le n° I, visé à la distance d'un pied.
En d'autres termes, à la distance d'un nombre de pieds déterminé par son rang dans la série, un caractère soustend, dans la rétine, le même angle de une minute.
Cela posé, il est évident que, plus est grande la distance à laquelle une personne peut lire un caractère donné (toutes choses étant égales d'ailleurs), plus est grande l'acuité ou finesse de sa vue.
En d'autres termes, l'acuité de la vue d'un sujet est inversement proportionnelle à la grandeur de l'angle visuel minimum qui peut l'impressionner.
Or, l'angle visuel, eu égard à la petitesse, peut être pris pour sa tangente et réciproquement : dès lors si N est la dimension linéaire transversale du caractère en question, et d la distance maxima à laquelle il est vu, ^ est la tangente de l'angle visuel.
Si donc on appelle S l'acuité, cette quantité croîtra en raison inverse de — ou comme -^-.
En rapportant d et N à des unités fixes, on pourra donc poser S = ~-9
55. — Procédé pratique. — Pour donner un exemple de lamélhode à suivre, pour déterminer le degré de l'acuité de la vue, nous supposerons le sujet doué d'un portée de vue normale, c'est-à-dire pouvant, en l'absence de tout effort d'accommodation, réunir sur la rétine les rayons parallèles. Dans les chapitres suivants, on verra ce qu'il doit être fait si celte condition n'est pas remplie. (Voyez « myopie» et « hypermétropie » .)
Le sujet étant placé en face de l'échelle progressive, à une distance de 20 pieds, par exemple, pour laquelle les rayons incidant sur la cornée peuvent être considérés comme parallèles, on lui fait désigner le plus petit des caractères qu'il peut lire couramment à celte distance.
Soit N le n° de ce caractère dans la série, numéro qui exprime le rapport de sa dimension à l'unité de l'échelle, on a, d'après ce qui précède :
S acuité de la vue = —
Eu d'autres termes : l'acuité de la vue a pour mesure une fraction dont le dénominateur est le rang, dans la série, du caractère le plus petit lu nettement, et le numérateur, la distance à laquelle est placé le sujet.
ô. DLTERUIXATIO:* l)tJ PCNCTUM PROXIMUM ET DU PUNCTIM REMOTIM. OPTOMÈTRES.
Maintenant que nous savons mesurer le degré de sensibilité de la rétine, estimée cumulativement avec le degré de transparence des milieux, sous le nom « d'acuité, » il nous reste à indiquer les moyens de mesurer la distance des deux limites de la vision distincte. Tel est le but de l'optomélrie.
54. — Les optomèlres, d'après cela, sont des instruments ayant pour objet de mesurer les deux limites du champ de la vision distincte,
DIOPTRIQUE PHYSIOLOGIQUE
de délerminer la distance des points limites désignés sous les noms de « punclum remolum » et « punctum proximum. »
1° Punctum proximum . — Presque tous les moyens adoptés pour la détermination du punctum proximum sont excellents. Rien n'est plus facile que d'arriver à cette mesure du côté des objets rapprochés. L'objet pris pour point de mire, naturellement choisi dans des objets de petite dimension, et en rapport avec l'acuité la plus commune de la vision, ne serait-ce qu'une épingle, remplira à merveille le but proposé. Au moment où, en le rapprochant, il devient confus, on mesure la distance de l'œil et l'on a le punctum proximum.
A cet effet, une épingle, un fil noir sur fond blanc, une ligne noire sur du papier, les crins tendus dans un petit cadre, et qui constituent Voptomètre de M. de Graefe, font tous d'excellents optomèlres. On leur
donne une précision bien plus grande encore, en les faisant servir de point de mire kYoptomètre de Scheiwer(V.fïg. vu), F'g- *lv- ou à une carte
Optomètre de M. de Graefe. nercée de deUX
trous d'épingle séparés entre eux par un intervalle moindre que le diamètre de la pupille. Quand on se sert de cet instrument et que le petit objet visé vient à sortir du champ de la vision nette, par le mécanisme que nous avons décrit, au lieu de devenir confuse, trouble, son image devient double; phénomène qui rend beaucoup plus sensible le moment même où cesse la netteté.
2° Punctum remotum. — Mais quand il s'agit de délerminer le point éloigné, pour peu qu'il dépasse vingt à trente pouces, la déterminalion devient incertaine, ou du moins délicate et exigeant des procédés plus minutieux. A mesure, en effet, que l'objet visé s'éloigne, son image diminue sur la rétine; et il arrive un moment où l'objet devenant confus, l'expérimentateur ne sait pas à quoi il doit attribuer la perte de la netteté, à l'excès relatif de la réfraction de l'œil, ou à la diminution de l'image.
Il faut donc absolument qu'à chaque augmentation de distance, l'objet augmente de dimension dans un rapport donné, d'une part par cette distance, et, de l'autre paît, par l'acuité de la vision, laquelle doit par conséquent avoir été évaluée préalablement (53). Il suit de là que tout moyen optomélrique, appliqué au punctum remotum, doit s'appuyer pour « point de mire » sur un objet en rapport de dimension croissante avec sa dislance de l'œil, tels que seraient les
OPTOMÉTRIE. XXI
caractères de l'échelle de Snellen et de la nôtre ou tous autres moyens de même ordre.
Remarque. — La mesure du punctum proximum chez un sujet qui n'y voit plus de très près, et dont l'acuité a été plus ou moins diminuée, ne peut se pratiquer également avec quelque assurance qu'au moyen de l'échelle régulière progressive de Snellen ou de la nôtre.
Il faut d'abord déterminer l'acuité de la vue du sujet, en lui faisant lire de 20 pieds d'éloignement, par exemple, le plus petit caractère de l'échelle qu'il puisse lire. On le fera se rapprocher ensuite en diminuant la distance pied par pied et lui faisant fixer à chaque fois un caractère d'un numéro inférieur d'une unité (nous supposons l'acuité normale). Arrivé à une certaine distance, le rapprochement d'un pied de plus ne lui permettra plus de lire le numéro immédiatement inférieur. A partir de ce point, aucun des caractères plus petits ne peut plus être lu de quelque distance que ce soit. Là est donc le punctum proximum .
55. Méthode optométrique de M. Donders pour le punctum remotum.— Si l'usage des optomètres de M. de Graefe ou de Scheiner est parfait pour la détermination du punctum proximum, il n'est pas du tout aussi facile, comme on vient de le voir, de déterminer par leur moyen le punctum remotum. On doit à M. Donders un moyen d'une grande élégance, conduisant à cette détermination.
Nous avons dit plus haut que les rayons qui, d'un point donné à la distance de S à 6 mètres, venaient frapper la cornée, pouvaient, vu leur faible inclinaison mutuelle, être considérés comme très voisins du parallélisme. Si donc, au moyen de l'échelle régulièrement progressive, on fait viser, à 5 mètres (15 pieds) de distance, le n° 15 de ladite échelle (l'acuité étant supposée d'ailleurs égale à 1), le sujet soumis à l'épreuve lira parfaitement ledit n° 15, s'il jouit d'un état de réfraction adapté naturellement pour les rayons parallèles. L'interposition d'un verre concave ou convexe, même faible, ne pourra, en telle occurrence, améliorer aucunement sa vue ; le punctum remotum de ce sujet est à l'horizon.
Mais un second sujet, dans les mêmes conditions, ne peut pas lire nettement à 15 pieds, ni le n° 15, ni un numéro voisin; son acuité, mesurée au trou d'épingle, est d'ailleurs égale à l'unité; cet œil ne peut donc pas s'adapter pour les rayons parallèles. On place alors, devant son œil, des verres concaves de plus en plus forts, en commençant par les plus faibles de la boîte.
Ces verres améliorent la vision ; enfin l'un d'eux permet la vue nette desdits caractères. C'est, supposerons-nous, le n° 18 négatif.
Qu'est-ce à dire, et que signifie ce résultat? Il démontre que, pour
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donner aux rayons parallèles la faculté de dessiner une image nelle sur la rétine du sujet, il faut leur imprimer la divergence qui correspondrait à un éloignement de 18 pouces de l'œil.
La figure xv démontre que la lentille dispersive L, qui réunit sur la rétine les rayons parallèles, leur donne, à l'émergence, la divergence même de rayons qui partiraient de son foyer principal F. Le sujet en question a donc en F son punctum remotum.
Fi?, xv. i-v i
b D une ma-
nière générale, le punctum remotum, chez un sujet dont la limite distante est en deçà de l'infini, est à une distance mesurée par la longueur focale de la lentille négative qui réunit sur sa rétine les rayons parallèles.
Le procédé oplométrique que nous venons de décrire pour la détermination de la limite éloignée du champ de la vision nous sera d'une grande utilité. C'est celui qu'on emploie à tout moment dans la pratique.
Le moyen suivant, s'appuyant d'ailleurs sur le même principe par un de ses éléments, et dû à M. Helmhollz, conduit à des résultats encore plus précis.
56. — Optomètre chromatique de M. Helmholtz. — Le principe de cet instrument repose sur le principe d'optique physiologique formulé dans le (28), relatif aux conditions qui réalisent l'achromatisme de l'œil. Seulement, l'auteur n'emploie pas la lumière blanche, mais une source lumineuse composée de deux couleurs seulement, opposées dans leur mode de réfrangibilité.
On se procure aisément cette source particulière de lumière, en faisant passer des rayons solaires à travers des verres ordinaires teints en violet. Ces verres éteignent les rayons du milieu du spectre, ne laissant passer que les rayons extrêmes rouges et violets. Si l'on se sert d'une lampe, on emploie avec plus d'avantages les verres teints en bleu cobalt, lesquels ne laissent passer qu'en petite proportion l'orangé, le jaune et le vert, mais admettent pleinement le rouge extrême, le bleu et le violet.
M. Helmholtz place un verre teint comme il vient d'être dit, en rapport avec une étroite ouverture pratiquée dans un écran; cette ouverture peut être considérée comme une source de rayons rouges et violets. Or, suivant ce que l'on a vu dans la proposition (28), ce point lumineux produit sur l'œil de l'observateur un effet différent, suivant la distance pour laquelle il est accommodé. S'il est accommodé pour les rayons rouges, les rayons violets donnent lieu à un cercle de dis-