‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 228 sur 273 · VERRES A CATARACTE · texte numérisé non relu

VERRES A CATARACTE

Donders), que l'ablation du cristallin supprime complètement la faculté d'accommodation, il est cependant certain que la faculté de voir distinctement sans lunettes à des distances variables peut exister à un degré considérable cbez certains opérés de cataracte, et que celte faculté est susceptible de perfectionnement, résultat que ne peut qu'entraver l'usage prématuré de verres d'un fort numéro. Comme exemple de la faculté de voira diverses distances, qui persiste quelquefois à la suite de la perte du cristallin, je puis citer le cas d'un gentleman qui m'a été mentionné par le professeur Allen Thomson. Ce gentleman avait été atteint de cataracte aux deux yeux a une époque peu avancée de la vie. Il avait été opéré par extraction d'un seul côté par feu M. Alexander, il y a environ vingt à vingt-cinq ans. Avec un verre n° 4, il a une acuité de vision étonnante, nonseulement pour une personne dans sa position, mais même comparativement aux personnes les mieux douées à cet égard. Faisant toujours usage du même verre, autant que su le rappelle le professeur Thomson, il jouit au même degré que qui que ce soit de la possibilité de voir avec clarté et précision les objets rapprochés et ceux qui sont éloignés. Pour montrer quelle était la perfection de sa vue, il écrivit au professeur Tbomson une longue lettre en si petits caractères, que celui-ci fut obligé de faire usage d'une forte loupe pour pouvoir la lire. Le professeur Thomson a fréquemment vu ce gentleman lire à une courte dislance les plus petits caractères d'un livre, et les grosses lettres des litres à la dislance de la largeur de l'appartement, ou bien les caractères des affiches ou les enseignes des boutiques d'un côté à l'autre d'une large rue. Il n'y avait pas à douter que sa vision à des dislances variées ne fût aussi parfaite et aussi précise que chez les personnes qui ont conservé la faculté d'accommodation. La pupille subissait de très grands changements, elle se dilatait pour la vision éloignée et se contractait fortement pour la vision rapprochée. C'est un fait bien connu qu'un œil sain peut voir distinctement (mais non parfaitement) dans une longueur considérable tous les objets, sans qu'il survienne de changement dans l'accommodation (1). Cela est encore plus frappant, ainsi que le fait observer M. de Graefe (2) et ainsi que le confirme le cas que nous venons de rapporter, chez les sujets qui ont été opérés de la cataracte dans leur jeunesse et qui ont eu soin de ne pas employer de verres d'un fort numéro. Ceux qui sont dans ce cas, bien qu'ils Dépossèdent en réalité aucune trace d'accommodation, peuvent cependant avoir une vision distincte s'étendanl sur une large échelle (3).

7. Lorsque l'opéré retourne à son domicile, qui souvent est très distant du lieu où il a été opéré avec succès, on le munit d'ordinaire de verres bi-convexes de 4 1/2 pouces de foyer pour regarder les objets éloignés, et de verres dé 2 1/2 pour les objets rapprochés. L'expérience démontre que ces verres ne sont pas toujours ceux qui conviennent le mieux; parfois il en faut de plus forls, d'autres fois de plus faibles. Malgré l'agrément qu'il y a pour l'opéré à pouvoir contempler les objets et à les voir presque parfaitement à l'aide de ses lunettes, il faut lui recommander de ne se servir de celles-ci au début que peu de temps chaque jour, et seulement pendant de courts instants de suite, un quart d'heure ou une demi-heure, par exemple. Un lui dira que. lorsque son œil sera complètement remis de l'excès de sensibilité et d'irritabilité qui est la conséquence de l'opération, et qu'il aura acquis toute la faculté de s'adapler, qui est possible à la suite de la perle du cristallin, il pourra porter habituellement les verres destinés à la vision éloignée et ceux pour la vision rapprochée chaque fois qu'il en aura besoin pour lire, écrire, etc.

8. Il arrive assez fréquemment que, quelques mois, voire un ou deux ans après l'usage habituel de ses lunettes, l'opéré revienne trouver son opérateur pour accuser quelques défauts dans ses verres. Un de ces défauts consiste en ceci que, voyant parfaitement les objets éloignés et pouvant lire facilement, il ne peut cependant bien distinguer les objets qui sont à ses pieds, ce qui l'expose à trébucher en descendant un escalier. On remédierail certainement à cet inconvénient au moyen d'une troisième paire de lunettes, munie de verres tenant le milieu entre 2 1/2 et 4 1/2 ; mais le conseil le plus simple à donner au sujet pour lui permettre de voir à ses pieds, c'est d'allirer ses lunettes un pouce ou deux en avant, ce qui équivaut à l'usage d'une paire d'un foyer plus court.

(1) Phvsiologv of Vision, p. 144. London 1841.

(2) Arêbiv fur Ophlh. 1860, B. VII, Ablh. 2, S. Ia2.

(5) Voir : GcÉPi»-. Connaissons-nous bien la fonction du cristallin? (Annales d'Oculislique, 1853,1. XXIX. p. 1*7.;

9. On pourrait supposer que, lorsque le n<> 4 1/2 convient pour la vue distante, le n° 2 1/2 doit suffire pourla vue rapprochée ou vice versa; ces nos sont, en effet, ceux qui sont généralement employés, mais rien n'est plus irrationnel. Un de mes malades, par exemple, a besoin du n° 2 1/2 pour lire, et c'est avec un verre convexe n° 10, qu'il aperçoit le mieux les objets éloignés. En réalité, il y a peu de malades qui, lorsqu'on les examine avec soin, présentent une correspondance exacte entre les verres qui leur sont nécessaires pour la vue distante et pour la vue rapprochée. Il arrive parfois, au grand désappointement du patient et de l'opérateur que, bien que le résultat opératoire paraisse aussi parfait que possible, néanmoins les verres ne procurent pas l'amélioration ordinaire. Quel que soit celui qu'on choisisse, bi- convexe, piano-convexe, ménisque, l'opéré ne parvient pas à lire couramment et facilement. Lorsque les choses se passent ainsi, on doit naturellement songer à l'astigmatisme. Si l'œil armé d'un verre 2 1/2 ne parvient pas à discerner avec la même netteté les barres horizontales et les vertic.iles, c'est que la cornée n'est point symétrique autour de son axe. En faisant tourner au-devant de l'œil un disque présentant une fente étroite, on peut reconnaître l'élal de la réfraction dans les différents plans méridiens. Dans ces cas, au lieu d'un verre ordinaire à calaracle, on fera usage d'un verre cylindrico-convexe qui compensera les différences de réfraction.

10. Quelques personnes qui n'ont été opérées que d'un œil ne veulent point porter les lunettes ordinaires à deux branches; elles prennent un verre isolé pour lire et un autre pour voir de loin, et le tiennent de la main devant l'œil, comme on fait d'une loupe. Quelques-unes se passent même de l'anneau dans lequel on enchâsse ordinairement une loupe ; leurs verres sont percés d'un trou près du bord, et elles les portent à l'aide d'un cordon passé autour du cou. D'autres ont des lunettes ordinaires, si ce n'est que la portion qui passe sur la racine du nez ne présente pas de courbure verticale. D'un côté est enchâssé un verre 2 1/2, de l'autre, un verre 4 1/2, de sorte qu'elles n'ont qu'à changer leurs lunettes de côté, pour avoir successivement devant leur œil le verre le plus fort ou le plus faible, suivant qu'elles désirent lire ou se promener.

11. Un autre expédient, auquel on a aussi recours, c'est d'avoir dans chaque anneau de la lunette deux moitiés de lentilles : la moitié supérieure est du n° 4 1/2 et l'inférieure du 2 1/2; les artistes emploient souvent, ainsi réunies, des lunettes de foyer différent, lorsque, devenus presbytes, il leur faut pour peindre voir leur toile et leur modèle. M. H..., respectable procureur, à Glasgow, que j'ai opéré de la cataracte, porte des lunettes ainsi disposées; la moitié supérieure de chaque verre est du n° 4 1/2, la moitié inférieure du 2 1/2. En regardant par la moitié inférieure, il lit et écrit; par la supérieure, il voit les clients qui entrent dans son cabinet de consultation et les objets éloignés. On appelle ces sortes de lunettes des verres à la Franklin, du nom du philosophe qui en fit le premier usage. « Franklin, dit M. Donders, était un peu myope et avait une accommodation faible ; il lui fallait, pour voir à dislance, des verres négatifs, et pour voir de près, des verres positifs. Or, comme pour voir de près, on regarde par la moitié inférieure des verres, et, par la moitié supérieure, pour voir de loin, il réunit ensemble le moitié d'un verre négatif et la moitié d'un verre positif, la moitié négative placée en haut, et la positive en bas, eU, de cette façon, il remédiait fort bien à son manque d'accommodation On a essayé récemment de remplir le but que s'élait proposé Franc-

klin, en creusant la partie supérieure des verres de lunettes du côté opposé à celui qui regarde l'œil, suivant un autre rayon que la partie inférieure. Ces verres se préparent à Paris, sous le nom de verres à double foyer Chaque fois que j'ai indiqué la différence de foyer que je voulais pour les moitiés supérieure et inférieure, on a toujours exactement rempli mes désirs, soit que je demandasse seulement un foyer négatif pour le haut et un autre différent pour le bas; soit, au contraire, un foyer négatif en haut et un foyer positif en bas. Ces lunettes atteignaient en général fort bien leur but. Il est indispensable qu'on les pince iï une hauteur convenable pour qu'en regardant au loin les rayons lumineux n'arrivent à l'œil qu'après avoir traversé la moitié supérieure du verre, ou la moitié inférieure, lorsqu'il s'agit de la vision rapprochée. Il faut aussi que la différence dans la direction de la vision soit déterminée plutôt par le déplacement des yeux que par celui de la lèlc. Lorsque la pupille se trouve en face de la limite qui sépare les deux moitiés, la vision est naturellement très confuse (l). »

(I) On tbe Anomalies of Accommodation and Réfraction of llie Eye, p. 1.38. London, 186<i.

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