OBSERVATEUR. — SES RAPPORTS DE DISTANCE AVEC L 'OBSERVÉ
59. — Quant à l'observateur, la condition ainsi remplie par le miroir lui permettrait, en écartant ou rapprochant à volonté de l'œil observé, le miroir et la lampe, de se mettre à une distance convenable de l'image, soit réelle, soit virtuelle, fournie par les deux procédés. Doué d'une vue longue il pourrait s'éloigner; myope, se rapprocher à loisir.
Il y a cependant des limites, et assez rapprochées, à cette latitude apparente; elles sont imposées, du côté de l'éloignement, par la diminution de l'image dont les détails échappent promptemenl à l'observateur, obligé de se reculer pour satisfaire aux exigences de l'état de réfraction de son œil. Du côté du rapprochement, les conditions de réflexion de la lumière, la proximité de la lampe peuvent amener également plus d'un obstacle matériel.
Il convient donc de demeurer à une certaine distance, à peu près constante, ou ne variant qu'entre certaines limites. On l'a fixée naturellement assez rapprochée, la plus rapprochée possible de la lentille objective. C'est le moyen d'avoir de plus grandes images.
Les distances ont donc été fixées, dès le principe et tout naturellement, pour les vues plutôt courtes, et dès lors il n'y a plus qu'une préoccupation à sauvegarder. Mettre les vues longues en état de voir des images trop rapprochées pour leur état ordinaire de réfraction. Chacun comprend ce qu'il y a à faire pour cela. C'est d'armer le miroir ophlhalmoscopique de lentilles convexes, disposées dans une monture située derrière le trou central, ou bien de garnir son œil d'un verre approprié à son degré de presbytie.
L'ignorance de toutes ces règles a reculé de six à huit années, pour la France, la possession réelle de l'ophthalmoscopie.
I. Image droite. — Les développements contenus dans le (52), indiquent dans ce cas la conduite à tenir. Nous donnerons simplement le conseil d'avoir recours, pour l'examen à l'image droite, aux verres concaves en série que tout ophthalmologiste a dans sa boîte et qui peuvent être disposés derrière l'ophthalmoscope, comme le verre convexe l'est pour le presbyte. Alors on ne change rien aux dislances familières d'exploration, et tous les petits calculs que cet examen permet de résoudre (comme nous le verrons dans l'étude des anomalies de la réfraction) deviennent d'une grande facilité.
60. — II. Images secondaires par réflexion. — On est souvent gêné par les images de la lampe et de l'ophthalmoscope que réfléchissent les deux faces de la lentille objective. Un léger mouvement d'inclinaison du plan de la lentille rejette l'une d'un côté, l'autre en sens opposé. (Voir, pour plus de détails, chap. XX, section II, de notre Traité de la vision binoculaire.)
Il n'est pas en notre pouvoir de nous débarrasser complètement des images semblables fournies par la cornée et les crislalloïdes : leur petitesse seule nous permet d'en faire abstraction ; il n'y a même, à proprement parler, que celle formée par la cornée qui soit parfois vraiment gênante et qu'il faut s'habituer à ne point voir.
(1) On sait qu'un miroir concave a pour propriété de réunir en son foyer tous rayons incidents sur lui à l'état de parallélisme, et réciproquement, de réfléchir à l'état de parallélisme tous rayons homocentriques partant de son foyer. (Tous les traités de physique.)
XLIV D10PTRIQUE PHYSIOLOGIQUE.
61 . — III. Éclairage latéral (ou focal). — a) S'il est nécessaire de suivre les enseignements qui précèdent, pour procurer au regard le tableau des parties profondes de l'œil (procédé qui fournit en même temps une vue très avantageuse des parties antérieures), l'examen de ces parties antérieures peut avoir lieu cependant encore d'autre façon. La projection latérale d'un faisceau de lumière éclatante, renvoyé à l'observateur par la réflexion opérée sur les premières surfaces courbes de l'appareil oculaire, suffit très bien à distinguer tous les détails matériels que peuvent présenter ces membranes ou les milieux qu'elles séparent.
S'il existe dans ou sur ces parties des éléments plus ou moins opaques, ils deviennent le siège de la diffusion de la lumière réfléchie, et sont alors directement perceptibles pour l'observateur.
La méthode consiste à concentrer, au moyen d'une loupe, les rayons émanés d'une lampe, en dirigeant obliquement les rayons et se plaçant soi-même sur le chemin du rayon réfléchi, c'est-à-dire à angle égal de l'autre côté de la normale au point d'incidence.
On voit se révéler alors, à l'état physiologique, les apparences éloilées qui décèlent la constitution hislologique du cristallin, que l'âge met en évidence, et qu'il ne faut pas confondre avec un commencement de cataracte.
Les opacités réelles se marquent bien davantage dans cet examen, et se manifestent ensuite, dans l'exploration directe ou par transparence, comme des obstacles réels au passage de la lumière. Ainsi se reconnaîtront les moindres altérations de transparence des milieux antérieurs.
b) Images de Purkingé. — Mais on rencontre aussi, dans ces milieux ou sur ces surfaces, des opacifleations légères, opalines, qui manquent de corps pour opérer la diffusion véritable de la lumière réfléchie. Celles-ci ne sont reconnaissables qu'aux altérations qu'elles font subir aux images par réflexion de la lampe elle-même ; images connues sous le nom « d'images par réflexion de Purkingé et de Sanson. »
Ces images sont fournies par les trois surfaces qui limitent les milieux antérieurs, la cornée et les deux cristalloïdes. Les deux premières, se mouvant dans le même sens, quand on l'ait mouvoir la source de lumière, sont fournies par la cornée et la cristalloïde antérieure. La troisième, qui se meut seule, dans un sens contraire au mouvement des deux autres, très petite et normalement très nette, appartient à la surface postérieure du cristallin.
En présentant une bougie près de l'œil à observer, et latéralement, si la pupille est large, on voit toujours très aisément les images de la cornée et de la cristalloïde postérieure (l'œil étant normal, bien entendu). Mais quelquefois, l'image de la cristalloïde antérieure n'est pas assez nette pour être perçue. Ce n'est pas là un inconvénient réel, parce que, pour être assuré de la transparence du cristallin, il suffit de recevoir la lumière réfléchie par la cristalloïde postérieure.
Cependant on peut se procurer la satisfaction de vérifier l'existence des trois images, en dilatant suffisamment la pupille, et en concentrant, au moyen d'une lentille collective approchée de l'œil, les rayons incidents venus de la lampe. Alors, au moyen d'un très faible tâtonnement, on se procure bientôt les trois images à la fois.
Dans toutes ces observations, il faut avoir soin de se placer sur le chemin marqué par la lumière réfléchie, c'est-à-dire à égale distance angulaire de l'aulre côté de la normale, par rapport à la direction de l'incidence.
Ce procédé doit toujours être employé, quand on a lieu de soupçonner l'existence
OPHTHALMOSCOPIE BINOCULAIRE.
d'une cataracte débutante, ou d'un trouble, moins accusé encore, dans les milieux antérieurs. Avec quelque habitude, le degré de vivacité, ou au contraire d'étalement, de diffusion, de l'une de ces images cristalloïdiennes, est déjà un précieux renseignement.
SECTION III
OPHTHALMOSCOPIE BINOCULAIRE.
§ I. Ophthalmoscope de l'auteur,
62. — L'ophthalmoscope binoculaire, ainsi que l'exprime sa qualification, est destiné à l'usage simultané des deux yeux. Il met l'observateur dans les conditions de la vision ordinaire ou complète, partageant entre les deux yeux de l'observateur les faisceaux émergeant de l'œil observé, faisceaux qui, dans l'opbthalmoscope premièrement en usage, ne se rendaient qu'à un seul œil. Il n'y a, en effet, entre les deux méthodes, que celle unique différence, à savoir que, dans la nôtre, les deux yeux de l'observateur participent à l'observation.
Voici par quel mécanisme est procuré ce partage (Fig. xxv). L'appareil consiste en une paire de rhomboèdres R, enfermés dans une boîte et placés en arrière du miroir concave ordinaire. Ces rhomboèdres, en crown-glass, représentent chacun un double prisme à 45°, propre à produire la réflexion totale sur ses faces inclinées. Ces deux rhomboèdres en contact par un de leurs sommets, se partagent symétriquement l'orifice o, pratiqué dans le miroir opbthalmoscopique. Tout faisceau lumineux divergent, parti d'un point de l'image réelle ou virtuelle, telle que a, et venant traverser l'orifice, s'y divise à droite et à gauche, subit deux fois, de chaque côté, la réflexion totale et émerge enfin des rhomboèdres, par une des faces droites, parallèlement à la direction première, mais transporté, du centre à l'extérieur, d'une quantité égale à la dimension longitudinale des prismes. Tous les points de l'image première, et par conséquent celte image elle-même, sont donc reproduits à cette dernière distance, à droite en d, et en g à gauche ; or, comme la largeur d'un des rhomboèdres mesure le demi-écartement des yeux, l'observateur se trouve avoir devant lui deux images aériennes placées comme le sont les images sléréoscopiques. 11 ne s'agit plus que de les amener à coalescence. On y parvient absolument comme dans le stéréoscope, au moyen des petits prismes à angle réfringent interne p,p', qui jouent le même rôle que dans le stéréoscope, dévient le rayon en dehors
XLVI DI0PTR1QUE PHYSIOLOGIQUE
à l'émergence, procurant ainsi la fusion des deux images sur la ligne médiane, quelque part en a'.
Dans l'instrument, ces petits prismes sont au nombre de deux de chaque côté ; les deux intérieurs appartiennent à des surfaces planes et conviennent aux vues plutôt basses. Les deux prismes, placés à l'extérieur dans les coulisseaux, sont empruntés à des lentilles convexes des nos 15 à 16 (on peut les choisir comme on l'entend), et ont pour objet de diminuer la divergence des rayons pour les vues qui n'ont pas l'accommodation facile pour les objets rapprochés (59).
Dans les premiers exemplaires mis en circulation, la lumière devait être placée sur le plan méridien et par conséquent au-dessus de la tête du malade. Une modification due à à M. le docteur Hunt, de Boston, permet d'incliner le miroir sur l'axe et de placer la lam pe, ainsi que pour l'ophthalmoscopie monoculaire, sur la droite ou sur la gauche du sujet.
Un autre amendement apporté par l'habile constructeur de cet instrument, M. Nachel, permet, en mobilisant la moitié extérieure de l'un des rhomboèdres, de donner aux doubles images un écarlement variable, et de les mettre ainsi en rapport avec tous les écartemenls des yeux que l'on peut rencontrer dans une clinique.
Qu'il nous soit permis de rappeler ici quelques-uns des avantages qui nous ont paru réalisés par cette modification de la grande découverte de M. Helmhollz, et que l'assentiment public a déjà confirmés.
Le premier et le plus simple consiste eh ce que deux yeux présentent, sur un seul œil, double chance de rencontrer un des points de Timage dont l'observateur veut s'emparer. Dès qu'un des yeux a rencontré un des points de cette image, l'autre y est aussitôt fixé. Comme conséquence instantanée de ce premier fait, nous ajouterons que le concours des deux axes visuels, fixant en outre, et instantanément, la position dans l'espace de l'image aérienne fusionnée, détermine et entraîne avec lui le degré harmonique de l'accommodation. L'observateur n'est dès lors plus dans cet embarras, inhérent à l'observation monoculaire, que cause un œil trompé par les apparences, et qui tend à s'adaptera 8 pouces, quand l'objet n'est pas à plus de k à 5 pouces de lui (59). Cette circonstance est, à elle seule, d'un prix inestimable.
Mais la vision binoculaire ou associée a d'autres effets encore, plus marquants peut-être. Les objets qui viennent se peindre dans l'image aérienne ophlhalmoscopique sont des objets à trois dimensions ; l'image aérienne offre donc aussi ces trois dimensions. Vue monociilairement, la dimension qui appartient à la profondeur disparaît : elle se présente en projection; l'image est un dessin et non plus un objet. La vision binoculaire rend au sensorium les effets de ces trois dimensions. On sait quel en est le premier résultat : c'est la sensation du relief ou la détermination, nette pour l'esprit, des positions antérieures ou postérieures relatives des différents détails qui composent cette image. Géométrie de position, sensation des formes et même des qualités (durelé ou ramollissement) de ces objets, tels sont les avantages procurés par la vision naturelle ou associée. Ainsi, on apprécie parfaitement la distance qui sépare la membrane limitante antérieure de la rétine ou la couche vasculaire, des couches qui appartiennent à la choroïde. Ainsi, toutes les extravasations, exsudations,
OPHTHALMOSCOPIE BINOCULAIRE. XLYII
dépôts, corps quelconques soit intrus, soit déplacés, se voient dans leur position réelle : ainsi, la papille optique se voit avec sa vraie forme; il n'y a plus moyen de prendre une papille convexe pour une papille concave ou réciproquement, etc., etc.
Nous nous arrêtons là; ce panégyrique n'est point à sa place ici. Mais, nous rappelant que nos premières énoncialions sur ces qualités de l'instrument binoculaire (en particulier, sur la sensation de relief) avaient été mises en doute, nous nous laissions aller, avec quelque complaisance, à les reproduire, maintenant qu'elles ont trouvé, à l'étranger, des défenseurs impartiaux. Nous renvoyons le lecteur au remarquable travail publié à ce sujet par M. le professeur Knapp, d'Heidelberg (1). Il y verra, scrupuleusement analysées, toutes les circonstances de l'examen opbthalmoscopique binoculaire, et y reconnaîtra qu'elles n'avaient pas été surfaites dans le premier élan de satisfaction d'auteur. Nous lui signalons, en particulier, l'expérience rapportée au n° 1 du § B et au moyen de laquelle on peut se procurer la vue du globe oculaire entier, transporté comme un globe de cristal en avant de la lentille objective, et présentant à la fois à l'observateur, et avec leurs distances relatives, l'iris, la rétine et tout corps opaque qui pourrait être suspendu à une distance quelconque dans le corps vitré.
On se procure cet avantage en prenant une lentille de i" 3/4, par exemple, pour lentille objective et en l'éloignant, pendant l'observation, jusqu'à 3 pouces de l'œil observé.
M. Knapp a également constaté, dans l'usage de l'instrument binoculaire, l'avantage d'un éclairage plus intense, attendu, dit-il avec grande raison, qu'un objet parait plus éclairé si on le regarde avec les deux yeux que lorsqu'on n'en emploie qu'un seul.
Le champ visuel superficiel est plus étendu : ceci se comprend aisément en songeant qu'outre la partie de l'image commune aux deux yeux, il y a encore, pour chacun, une partie latérale propre que ne perçoit point l'autre, mais que perçoit le sensorium.
Enfin, les perceptions sont plus nettes et plus sûres, parce que l'acte visuel est plus naturel et plus précis avec deux yeux qu'avec un seul (2).
(1) Annales d"Oculistique, Janvier 1864, pp. 53 et suiv.
(2) Voici, d'autre part, le jugement porté sur notre ophthalmoscope par M. Robert Carter, dans son récent et complet travail sur l'ophlhalmoscopie :
« La différence entre les effets produits parles ophthalmoscopes monoculaires et binoculaires est très considérable; et, pour un commençant ou un observateur inexpérimenté, de la plus grande importance. Pour apprécier exactement cette différence, il faut se souvenir que les difficultés de l'observation opbthalmoscopique sont de deux sortes. 11 y a d'abord la difficulté de voir; il y a ensuite celle d'interpréter sainement ce qu'on a vu. La première est la même avec tous les instruments; mais les instruments binoculaires réduisent la seconde à un minimum.
« Dans l'emploi de 1'ophthalmoscope monoculaire de MM. Coccius ou Liebreich (image renversée) en dépit de l'abondance de la lumière et de la parfaite netteté des images, les détails du tableau apparaissent tous dans le même plan. Les vaisseaux de la rétine peuvent être distingués de ceux de la choroïde à leur couleur et à leur direction ; mais non par une différence appréciable dans leur position relative. Les dépressions formées par l'atrophie choroïdienne, le slaphylôme postérieur, les saillies produites par les hémorrhagies ou diffusions sous-rétiniennes, offrent bien, sous le rapport de la couleur, des contrastes avec le champ général voisin, mais c'est à peine si elles présentent quelques apparences de nature à suggérer, sans le secours de la réflexion, l'idée de saillie ou de profondeur relatives. La forme en cupule du disque optique elle-même, la plus marquée de toutes les différences de surface présentées par le fond de l'œil, si elle se trahit principalement par la courbure des vaisseaux sur ses bords,
XLVII1 DIOPTRIQUE PHYSIOLOGIQUE
Le même auteur a opposé au tableau brillant, dressé par lui, des avantages de la nouvelle instrumentation, le fait d'un maniement un peu plus difficile, particulièrement quand il s'agit de distinguer les régions équaloriales de la rétine.
Cette objection n'est pas sans fondement, dans l'examen ordinaire. Mais, si l'on dilate la pupille, et qu'on applique le procédé même de M. Knapp, l'éloignement de la lentille de l'œil observé, de légers mouvements de cette lentille à droite, à gauche, en haut et en bas pendant les mouvements opposés de l'œil observé, permettent très aisément une vue successive de toute la surface de l'œil intérieur.
Quant à la difficulté que l'on rencontre quelquefois à faire concorder la convergence avec l'accommodation, c'est là une simple affaire d'harmonie entre les mouvements musculaires des yeux de l'observateur et l'angle des prismes oculaires. Un changement dans cet angle corrige à l'instant celte discordance. L'ophlhalmoscope binoculaire doit être, comme tout instrument de ce genre, approprié non-seulement à l'œil, mais au système de la vision associée de celui qui doit s'en servir; et cette adaptation consiste dans la réunion des conditions suivantes :
1° Longueur des rhomboèdres, mesurée sur l'écartement des pupilles;
"2° Choix du prisme oculaire, au point de vue de la réfraction (myopie, presbytie, hypermétropie);
3° Choix de l'angle du même prisme, au point de vue de l'angle de convergence, déterminé lui-même par les conditions musculaires des yeux de l'observateur.
§ II. Ophthaimoscope de M. Laurence.
L'ophlhalmoscopie a subi encore quelques autres modifications. M. 1.-2. Laurence, de Londres, a eu la pensée de faire participer un second observateur à l'examen ophthalmoscopique pratiqué par l'observateur ordinaire. La modification proposée par M. Laurence repose sur deux points. Qu'on se représente (la chose est facile si l'on a bien compris les détails qui précèdent) la position relative de l'observateur et de l'observé dans leurs rapports classiques; l'observateur ayant devant lui l'image réelle et renversée du fond de l'œil.
est souvent prise, à la vérité par des observateurs inexpérimentés, pour une élévation. On peut sans témérité affirmer que l'insuffisance d'un seul œil, dans l'appréciation correcte du relief, est la principale source de difficulté dans l'interprétation des apparences ophthalnioscopiques.
Sous l'instrument binoculaire, cette difficulté s'évanouit. La différence entre les impressions procurées par les deux méthodes peut se comparer à celle qui résulterait de l'effet produit par un arbre vu en pleine campagne ou dans un tableau. Non-seulement on reconnaît à première vue, comme une évidente excavation, le disque du nerf optique, mais on reconnaît de même de petits épanchements de sang, de lymphe, de sérum, ou au contraire, des places atrophiées, manifestement creusées au-dessous du niveau environnant. Les vaisseaux de la rétine sont vus, du premier coup, émergents en ligne droite du fond de l'excavation, puis s'élendant dans un plan évidemment antérieur à celui de la choroïde. Dans de jeunes yeux notamment, bien éclairés, les vaisseaux de cette dernière membrane peuvent être suivis dislinclement dans toutes ses couches successives.
Les chirurgiens déjà en possession du maniement assuré des anciens instruments et exercés dans l'interprétation des apparences qu'ils fournissent, habiles à se débarrasser des illusions optiques, ou chez qui l'usage des données parallacliques est devenu comme instinctif, ne reconnaissent d'abord ù l'instrumentation binoculaire qu'une plus grande beauté du tableau offert à leur vue. Mais, pour des observateurs moins savants, il est d'une bien autre valeur.
Dans l'examen ophthalmoscopique, il y a peu de questions plus importantes, au point de vue du diagnostic ou du pronostic, que celle ayant pour objet de déterminer si une masse de pigment est infiltrée entre les couches de la rétine, ou déposée au-dessous d'elle, dans la choroïde. Il est d'une importance égale de reconnaître avec certitude le commencement d'un épanchement séreux sous-rétinien. Au moyen de la vision binoculaire, toutes ces circonstances sont précisées dès le premier coup d'œil. La vision monoculaire n'y arrive, si elle y parvient, qu'après un examen prolongé et qui souvent n'est pas sans danger.
Il suit de là, selon moi, que tout observateur qui veut apprendre à se servir de l'ophthalmoscope vite et bien, et éviter les erreurs de l'interprétation sans avoir acquis une bien longue expérience, doit sans hésiter donner la préférence à l'instrument binoculaire.
OPHTHALMOSCOPIE BINOCULAIRE.
Qu'on inlerpose alors, à 4-5°, sur la ligne qui les joint, une laine de verre, à faces planes el parallèles, exactement comme celle qui constituait le miroir du premier ophthalmoscope, de celui deM.Helmholtz (19). Celle lame de verre ne change rien pour l'observateur, sinon de lui enlever quelque petite quantité de la lumière qui lui arrive. Mais cette lame de verre ne lui enlève cette petite quantité de rayons lumineux, sortant de l'œil observé, que parce qu'elle les réfléchit (en sens inverse de ce qui se passait dans le cas du miroir de M. Uelmhollz (fig. xxiii)) d'un côté par rapport à l'axe.
Si donc toute la pièce était fort obscure, on pourrait, en se plaçant convenablement, et sur la direction de ces rayons réfléchis, voir celle image déviée par réflexion plane. Or, on le peut en enveloppant la cheminée de la lampe d'un tuyau opaque qui ne laisse passer de rayons que vers lemiroir concave du premier observateur. Il convient pour cela de rapprocher beaucoup, et jusqu'au foyer du miroir, la source de lumière: alors il n'y en a presque pas de perdue, et l'image réfléchie par la glace, à l'imita Lion de nos féeries spectrales, se voit avec une assez grande netteté (fig. xxu).
64. — En étudiant, pour en rendre compte dans les Annales d'Oculistique (voir le numéro d'octobre 1863), celte ingénieuse combinaison, nous avons indiqué qu'en niellant à profil une petite remarque supplémentaire, on pouvait, aux deux observateurs précilés, enjoindre un troisième.
Parmi les rayons qui ne sont pas réfléchis par la plaque de verre de Laurence et qui continuent, en divergeant, leur course vers le premier observateur, tous ne sont pas utilisés par ce dernier, tous ne tombent pas sur l'orifice même de l'ophthalmoscope. Bon nombre viennent rencontrer le miroir réflecteur lui-même. Ces rayons sont donc réfléchis et vont former image quelque part. Or, ce quelque part, eu égard à la réciprocité des lois de la réfraction, c'est nécessairement sur la ligne qui joint le centre du miroir au centre delà source de lumière.
On ne peut pas se mettre sur cette ligne même; mais par, un artifice, on peut la déplacer; il suffit ile détourner, à angle droit, la lumière de la lampe par un premier miroir plan placé à 4o° à côté de la lampe, et percé d'un orifice dirigé vers le miroir de l'ophtlialmoseope. Alors un troisième observateur peut se mettre sur le chemin d'une troisième image. (Voir, pour les détails, Annales d'oculistique, loco citato.)
Fig. xxvi.
Chacun de ces observateurs peut, au moyen de l'emploi de la boîte des prismes de l'ophthalmoscope binoculaire, voir ces images biuoculairement et avec tous les avantages de ce mode d'exploration, les images réfléchies que nous venons de décrire ajanl, comme les images originelles, trois dimensions dans l'espace.
L DIOPTRIQUE PHYSIOLOGIQUE
Dans cette figure, 0 étant l'œil observé, ce' le miroir concave de l'ophlhalmoscope l la lentille collective, cest l'image ophthalmoscopique réelle et renversée qu'explore le premier observateur (n° I).
M. Laurence place sur le cbemin des rayons la plaque de glace MN, l'image réelle a est renvoyée en a' et un deuxième observateur placé au n° 11 peut l'examiner au moyen des rayons divergents qui en émanent. En L se trouve la lampe entourée d'un tuyau noirci, et dont la lumière est dirigée vers le miroir ce' au moyen d'un petit miroir réflecteur plan mn, lequel est percé d'un petit trou en son centre. Sur la ligne I-III en a" se trouve donc une troisième image de p, que peut observer le troisième observateur, III.
Ajoutons que, si la source de lumière était formée de rayons chimiques, comme la lumière électrique, la photographie pourrait très bien s'emparer de l'image a' réfléchie par la glace MN. Il n'y aurait qu'à placer en ce point une plaque sensibilisée.
SECTION IV
AUTO-OPHTHALM05COPIE.
65.— En 1851 , en donnant connaissance au monde savant de sa magnifique découverte, M. Helmhollz avait îndigwe sommairement que, par une combinaison, facile à concevoir, de miroirs réflecteurs, il était possible d'étendre l'application de la nouvelle idée à l'examen d'un œil par l'autre sur le même individu.
g I. Auto-ophthalmoscope de l'auteur.
Étudiant celte question, nous sommes arrivé à réaliser cet examen par le procédé suivant, qui consiste simplement, au moyen de deux miroirs plans à 45°, à plier, infléchir
deux fois à angle droit le système des rayons lumineux qui, dans l'examen classique, relient l'œil observé et l'œil observateur.
Deux miroirs plans, m, m' verticaux et inclinés l'un sur l'autre à 90°, ou faisant chacun avec la ligne mm', qui joint leurs centres, un angle de45°, sont placés devant les yeux, à un intervalle égal à celui qui sépare les pupilles. L'œil droit en rapport avec le miroir m, l'œil gauche avec m'. Par suite de la double réflexion en m et m', les axes antéro-postérieurs des deux yeux ne font plus qu'une seule ligne continue, deux fois courbée à angle droit.
Si maintenant on place en l, tout près du miroir m, la lentille collective de l'ophlhalmoscope ; en c c', devant l'œil gauche, un ophthalmoscope ordinaire recevant les rayons d'une lampe F; on se trouve avoir réalisé toutes les conditions de l'oplithalmoscopie classique. La lumière émanée de F, réfléchie suivant g ?n' par l'opbthalmoscope, rencontre le miroir m' qui la renvoie suivant m' m; celui-ci, à son tour, la conduit directement suivant l'axe optique de l'œil droit mi. Inversement, la lumière émergente revient de d en m, m', g.
La figure montre la position des images avant et après les deux réflexions : un seul coup d'œil est aussi explicite que tous les développements.
Fig. xxvii.
AUTO-OPHTHALMOSCOPIE.
Lî
Quelque temps après la présentation de notre instrument à l'Académie de médecine de Paris, (16 juin 1863), M. le docteur Liebreich nous montra des essais qu'il avait faits lui-même antérieurement dans cette voie, et qui s'appuyaient sur les mêmes principes. La seule différence qui distingue les deux appareils,à l'avantage de l'étendue de l'examen rétinien, mais peut-être au désavantage de la facilité de son exécution, c'est que les miroirs et l'op'ithalmoscope chez M. Liebreich étaient mobiles autour d'un centre et exigeaient pour le maniement une grande habileté pratique.
A la même époque, un ophtalmologiste allemand distingué, M. le docteur Heyman (de Dresde) fit connaître une combinaison nouvelle de son invention, allant au même objet et réalisant à peu près les mêmes résultats (1).
§ II. Auto-Ophthalmosoope de M. Coccîus.
66.— L'auto-oplilhalmoscope de M.Coccius est construit sur de tout autres éléments. Dans cet instrument, c'est un œil qui s'observe lui-même, l'autre étant fermé. Dans une chambre obscure, l'auteur dirige vers une lampe, mais obliquement, un tuyau de lorgnette terminé, du côté libre, par une lentille collective et, du côté de l'œil observé — observateur — par un miroir ophlhalmoscopique plan ou plutôt légèrement convexe et dont la face polie est tournée du côté de l'œil. Si l'observateur reçoit alors la lumière de la lampe par le trou du miroir et, comme nous disions, obliquement, la lentille convexe qui ferme le tuyau à l'extérieur dessinera sur une région de la rétine excentrique, puisque l'observateur dirige son attention sur un autre point, l'image de la lampe, mais une image diffuse; l'œil sera localement éclairé par des cercles de diffusion. Une partie de celte lumière sera absorbée par la choroïde, mais une autre sortira de l'œil : celle-ci viendra rencontrer, en sortant, le miroir ophlhalmoscopique qui est tenu tout contre l'œil. Elle le rencontrera sur les bords de l'orifice. Mais alors celle lumière sera de nouveau réfléchie vers l'œil, et une portion y rentrera suivant une direction symétrique (égalité des angles d'incidence et de réflexion) de la direction de l'émergence. La région de la macula ou de l'attention sera donc mise, par cette réflexion, en rapport avec la région excentrique qui reçoit l'image diffuse de la lampe. Dès lors, celte partie, ainsi éclairée, deviendra visible et observable au regard attentif dont le siège est sur la tache jaune. En faisant varier la position de l'instrument, on peut éclairer successivement diverses régions des profondeurs de l'œil et les étudier à loisir.
L'auto-ophthalmoscope de M. Coccius a été présenté, en 1862, au congrès d'ophlhalmologie de Paris. En voici le dessin. (Voir fig. xxvin.)
XXVUI.
T Tuyau opaque.— L Lampe. — l Lentille collective couverte sur une de ses moitiés. — mn Petit miroir plan ou légèrement convexe, percé d'un orifice en son centre. — oOEil.
— p Papille optique éclairée par la lampe L au moyen d'un cercle de diffusion. — Entre mn et l'œil, on voit réfléchis par la surface du miroir (région eniourant le trou central) les rayons partis de p et émergeant de l'œil. — p1 Point de concours symétrique à p des dits rayons rentrant dans l'œil. — P Projection sensorielle de p' ou image sensorielle de p.
SECTION V
OPHTHALMOMÈTRE DE M. HELMHOLTZ.
67. — A côté de ces instruments, qui permettent de plonger le regard dans les prorondeurs de l'œil, et se fondent sur une connaissance exacte de la dioptrique oculaire, qu'on
(1) Voir, Annales d'Oculislique 1863, 1. 1, p. 54, la description de l'appareil de M. Heymann,— M. Carter, dans son nouveau traité d'ophlhalmoscopie, dit que M. Zehender (de Berne) a imaginé, en même temps que nous, une combinaison aulo-ophlhalmoscopique fort analogue à la notre.
lu
DICPTRIQUR PIIYSIOLOGIQIE.
nous permette d'en décrire un nouveau, qui ne s'applique qu'à l'élude de la superficie de l'organe, et a pour objet d'étudier les changementsaceomplis dans les courbures des membranes antérieures et transparentes de l'œil, au moyen des lois de la catoptriqueou réflexion de la lumière. Cet instrument, dont l'emploi a permis de donner la dernière précision à la théorie de l'accommodation, et dont l'application sert de fondement à toutes les mesures exactes des courbures de la cornée et des surfaces du cristallin, relevées dans les divers états de l'œil qui vont faire l'objet des chapitres suivants, est l'ophthalmomèlre de M. Ilelmhollz.
Quand on regarde un objet AB, à travers une lame de verre à surfaces parallèles MN, dirigées perpendiculairement à la ligne visuelle, les rayons qui traversent la lameMN la traversent sans réfraction, c'est-à-dire sans déviation, et l'objet AB est vu dans sa position réelle relativementà l'observateur. Mais si la glace MN est tenue obliquement sur la direction de la ligne visuelle, comme MN sur la ligne AO, le rayon AO est réfracté, à l'entrée dans la lame de verre, dévié sur la gauche (il y est rapproché de la normale h). A la sortie, il reprend sa première direction, ou du moins une direction parallèle à celle qu'il suivait antérieurement, étant dévié d'une quantité égale, en sens contraire. La ligne A'O' que suit ce rayon est donc parallèle à sa direction première AO. Mais il y a, entre lesdites deux directions parallèles, un petit intervalle qui dépend de l'angle d'inclinaison de MN sur AO et de l'épaisseur de la lame.
Cela posé, un petit objet AB est visé à une certaine distance à travers un télescope de Galilée (lunette d'opéra), (dans les exemples qui nous concernent, ce petit objet est l'image d'une lampe sur une cornée, sur une cristalloïde, etc., etc.); on place alors, sur l'axe du télescope, deux lg' XXIX' lames de verre MN, PQ inclinées eu sens
contraire, en contact par leur épaisseur, comme on le voit sur la figure, et de façon que ledit axe passe entre les deux lames, tangent à leurs surfaces de contact.
On voit ce qui arrive : l'objet AB, à travers la lame MN, est vu sur la droite; et à travers la lame PQ sur la gauche, déplacé de part et d'autre d'une même quantité.
Or, celte quanlité de déplacement varie avec l'angle mutuel des deux plaques qui sont montées dans un cylindre fixe. Quand elles ne font point d'angle entre elles, qu'elles sont perpendiculaires à la direction du regard, il n'y a point de déplacement, l'objet AB est vu simple. Mais tournons les plaques, l'image AB va se dédoubler et, pour un certain angle, les doubles images seront en contact comme ab et a{î de la figure. Il est visible qn'en ce moment la dislance ou l'écarlement des deux images esl égal à leur commune largeur.
Pur le degré d'inclinaison donné aux lames MN,PQ, il est donc facile de mesurer l'écart des deux images ou l'étendue de l'une d'elles.
Tel est l'opbthalmomètredeM. Helmholtz;on a pu constater déjà les avantages de son application dans la recherche du mécanisme de l'accommodation; on ne sera pas moins frappé de sa valeur dans les éludes qui vont suivre.