RÉFRACTION STATIQUE ET RÉFRACTION DYNAMIQUE. VII
| III. Du centre optique.
8. — Nous appelons centre optique de l'œil, comme de lout système dioptrique, le point géométrique où se coupent toutes les lignes droites menées d'un point quelconqne de l'objet à son homologue dans l'image.
Ce point existe nécessairement, puisque l'image est géométriquement semblable à l'objet: il y a donc un sommet commun à tous ces triangles; sans cela, les images des corps réguliers seraient déformées. (Voir le point o de la ligure i.)
Nous avons vu (1, 2) que les corps de la nature se peignent renversés sur la face postérieure de la rétine; d'autre part, nous n'apprenons rien à personne en énonçant que nous les voyons droits et devant nous, hors de nous.
Notre sensation, et l'objet lui-même, sont ainsi renversés par rapport à l'image rétinienne. Si donc il existe un point commun où se coupent toutes les droites menées d'un point quelconque de l'objet à son image rétinienne, il est évident également qu'il existe un point semblable et unique où se coupent toutes les droites menées d'un point quelconque de l'image rétinienne au point correspondant de notre projection sensorielle.
9. — S'il y a dans l'œil un centre optique dioptrique ou de réfraction, il existe donc aussi dans l'appareil un centre optique physiologique. En d'autres termes, tous les points de l'image rétinienne sont projetés sensoriellement en dehors de nous, chacun sur une ligne droite, et toutes ces droites se coupent en un même point.
La rétinoscopie phosphénienne nous fait voir, d'autre part, que chaque élément nerveux rétinien sollicité, de dehors en dedans, parle toucher, a cette propriété de reporter, en dehors de nous, et même sur la normale à la surface au point touché, l'origine ou la cause de la sensation qu'il éprouve. (Serres d'Uzès.)
Cela posé, si nous considérons que, lorsque nous appelons à notre aide le loucher, ou bien lorsqu'au moyeu d'un instrument directeur, nous lançons un projectile en un point déterminé d'un objet situé devant nous, nous ne commettons point d'erreur sur la direction réelle du point visé, pourvu que la distance ne soit pas trop considérable, nous sommes conduits à reconnaître que la projection de notre image rétinienne coïncide avec l'objet lui-même.
10. — Il suit de là que le centre optique dioptrique coïncide avec le centre physiologique ou de projection sensorielle. En résumé :
11. — Chaque élément nerveux rétinien, sollicité par le sommet du cône intérieur de rayons réfractés partant en divergence d'un point lumineux extérieur, a la propriété de reporter en dehors de lui, de projeter à l'extérieur le point de départ de la sensation qu'il éprouve. Il la reporte, en direction, sur la normale à la surface au point sollicité, c'est-à-dire sur l'axe même du cône (ligne qui a reçu le nom de ligne de direction visuelle); enfin, toutes ces directions se coupent en un même poiut, qui est le centre de réfraction (optique) de l'appareil dioptrique.
Il est inutile, quand on a compris la porlée de cette proposition physiologique, de
VIII DIOPTRIQl'E PHYSIOLOGIQUE.
se demander comment nous voyons droits les objets dont les images sont peintes renversées sur nos rétines.
L'image rétinienne est un effet, comme est aussi la sensation; ces deux effets sont distincts par leur nature : le premier est un fait physique, le second un fait physiologique. La physique dessine l'image; la physiologie voit non l'image, niais l'objet; la réline rapporte en effet la sensation qu'elle éprouve, non usa propre surface, mais à une cause située en dehors du moi, sur la normale à cette surface. (Voir, pour plus de développements, notre Traité de la vision binoculaire, %% 54, 55, 56 et 95.)— Voir aussi !e ( ICI j du présent travail.
Si le centre optique est en même temps le centre où se croisent toutes les projections sensorielles rectilignes, la constance de la sensation de grandeur ou de dimension des objets visibles, pendant les mouvements de l'œil, doit nous faire penser que les images •'Iles-mêmes de ces objets ne varient pas de grandeur pendant ces mouvements. Il est donc «à croire » que le centre optique ou de réfraction coïncide avec le centre de mouvement ou de rotation du globe.
Dans notre Mémoire sur la dioptrique oculaire {Ann. d'Ocul., juin 1864), nous avons en effet démontré, après Wolkmann et Vallée : 1° que le centre de croisement de ions les rayons non déviés, dans un œil de lapin albinos, était postérieur au cristallin et coïncidait avec le centre de rotation du globe, suspendu sur un fil vertical passant par ce même centre. (Voyez la fig. n, 1 et 2.)
2° Observant, au moyen de l'ophlhalmoscope fixe, l'image très nette d'une flamme de lampe projetée par le miroir sur la choroïde, et dont les deux limites latérales coïncidaient avec deux divisions verticales d'un micromètre, nous avons constaté que, pendant le mouvement de l'œil observé d'un angle de l'orbite à l'autre, l'image de la flamme ne variait ni de grandeur, ni de netteté, ni de position par rapport à l'observateur.
Il résulte de ces deux expériences que :
12. — Le centre optique ou de réfraction de l'œil coïncide avec le cenlre de mouvement de l'organe, comme il coïncide avec le centre optique sensoriel. Cela posé :
15. — La longueur focale principale de l'appareil dioptrique,
comptée à partir de ce centre de croisement des rayons non déviés, est
exactement égale au demi-diamètre de la sphère sensible. Pour une
moyenne longueur de ce diamètre, estimée à 25 miliim., la longueur
focale principale serait donc de Hmmo0.
D'après cette vue nouvelle, une des formes les plus simples que l'on puisse adopter pour le schéma de l'œil est celle même de l'œil naturel, à savoir :
14. Troisième œil schématique. — Une sphère de 25 millimètres
de diamètre, transparente dans son intérieur et sur sa lace antérieure, et séparant de l'air un milieu d'un indice de réfraction double, c'esl-à dire ég;*l
La ligure v reproduit ce schéma • c'est l'analogue de l'œil réduit de Listing. A et 15 y sont censés à l'infini. I);ins ce système, le centre optique élrnl en même temps le centre du globe, les images auraient les dimensions même? qu'elles ont dans notre œil, et le gloie ocu aire, dans tous ses mouvements angulaires,