CHAPITRE XLVII
NÉVROSE THYRO-EXOPIITHALMIMUE, OU GOÎTRE EXOPHTHALMIQUE
Je ne veux pas refaire ici l'histoire du goitre exophthalmique déjà faite par tous les pathologistes, et je me bornerai à publier 3 observations de ce genre observées par moi chez des enfants :
Observation I. — Goitre exophthalmique. — Chorée intercurrente. — Arsenic; guérison. — Aurélie Fouques, treize ans, 9 novembre 1807. Cetle enfant, née à Paris de parents issus des environs de la Ferté-sous-Jouarre, pays goitreux, a, dans sa famille, une cousine affectée de goitre énorme. Elle-même a jiossé les six premières années de -a vie dans le pays, puis elle est revenue à Paris pendant deux ans, et puis elle est retournée à la Ferté pendant plusieurs autres années. A son retour de la Ferlé elle n'avait rien au cou, dit-elle ; plusieurs mois après, la glande thyroïde a augmenté de volume, esl devenue très-considérable en même temps qu'il se produisait des palpitations. Traitée à Saint-Louis, service de .M. Bazin, sa tumeur a diminué de volume, elle se croyait guérie cl esl rentrée chez ses parents; lorsque, il y a deux mois, elle a été prise de gène de respiration, cyanose, et menace de suffocation.
État actuel. — L'enfant est assez grande, bien développée, non pubère, sou teint est rou^e, quelquefois violacé; ses veux ont un aspect étrange de fixité avec co tion très-foncée de l'iris, avec les cheveux blonds.
L'enfant voit, bien clair à petite et à grande distance. La papille est fortement congestionnée, surtout à droite, où l'un de s ■- côtés est manifestement voilée. Les veines rétiniennes n'offrent rien de particulier, et la choroïde esl fort pigm intée.
BOCCHUT. — NOIV.-NLS. — 7" ÉDIT. 18
Le cou présente un gonflement intérieur assez considérable formé par la thyroïde hypertrophiée, le lobe droit étant plus volumineux que le lobe gauche.
Palpitations très-fréquentes sans grande impulsion cardiaque ; matité précordiale de 10 centimètres carrés. Battements du cœur sourds, avec bruit de souffle rude au premier temps, ayant son maximum à la base et en dedans du mamelon, se propageant dans l'aorte, les vaisseaux du cou, appréciable dans les artères humorales et crurales ; de temps à autre, l'enfant a des crises caractérisées par une perte de connaissance, avec roideur des membres, cyanose du visage. Ces crises durent à peine quelques minutes, se reproduisent quelquefois la nuit, et sont revenues jusqu'à vingt fois par jour (i). L'enfant se plaint quelquefois de mal à l'estomac, ne vomit pas, n'a jamais eu de diarrhée.
L'enfant ne tousse pas, sa respiration n'est pas fréquente et le murmure vésiculaire est naturel. C'est au moment des crises indiquées plus haut qu'il y a une orthopnée considérable sans expectoration.
Mauvais sommeil troublé par des cauchemars.
Peau habituellement chaude, un peu moite, pouls un peu mou, dépressible ; 112 pulsations. Appétit bon.
L'enfant a été traitée dans son pays par le bromure de potassium et à Saint-Louis par le quinquina et le sirop d'iodure de fer.
Tisane de tilleul ; poudre de digitale, 0,70.
28 novembre. — L'enfant a eu hier deux crises caractérisées par une perte complète de connaissance avec quelques mouvements convulsifs ; congestion très-vive, très-forte du visage suivie de larmes. La deuxième crise est venue quelques minutes après la première. L'état général est d'ailleurs le même, bien qu'il y ait un peu de fièvre. Pouls régulier, 120. Poudre de digitale.
2 décembre. — L'enfant, hier, a eu une crise de perte de connaissance avec quelques mouvements musculaires decarpologie, avec congestion très-vive du visage, le tout ayant duré une ou deux minutes.
31. — L'enfant n'a pas eu de nouvelle crise, mais depuis hier mouvements convulsifs choréiques dans les quatre membres.
3 janvier. — Les mouvements convulsifs continuent, s'arrêtent pendant la nuit ; peu d'appétit ; pas de vomissement ni de diarrhée ; peau modérément chaude, 100 pulsations. On cesse la digitale pour la remplacer par arséniate de soude, 10 milligrammes.