MOYENS D'EXPRESSION. — DU CUI
enfants, et quelquefois même par la nature des souffrances qui les provoquent. J'aurai doue à rechercher quels sont les caractères (lu cri dans les affections des jeunes enfants.
(les modifications sont faciles à saisir, et chacun peut les apprécier. Toutefois il est très-embarrassant de les traduire en langue vulgaire. En effet, le son qui frappe l'air et parvient à nos oreilles nous pénètre et nous impressionne, sans que nous puissions expliquer la sensation qu'il fait naître. Quoique fugitives et variées, ces sensations sont réelles et quelquefois bien profondes. On en peut juger par les exemples remarquables et bien connus de ces mères qui, dans des circonstances malheureuses, séparées de leur enfant, ont pu le reconnaître, entre mille autres, rien que par ses cris.
Malgré ces difficultés qui rendent l'exposition embarrassante et obscure, je vais examiner les caractères du cri dans les affections des jeunes enfants, et je chercherai à déterminer si les modifications qu'il subit sont vraiment sous l'influence de leurs différents états de souffrance.
Le cri se produit toujours au moment de l'expiration ; il dure autant qu'elle, cesse pendant l'inspiration qui la suit, et reparait avec une nouvelle expiration. Chez quelques enfants, l'inspiration est elle-même bruyante : c'est ce que Billard a qualifié du nom de reprise. Ainsi donc, il existe dans le cri deux temps distincts : le cri proprement dit, qui a eu lieu pendant l'expiration, et la reprise, qui se fait entendre au contraire durant l'inspiration. Le cri est ordinairement plus fort que la reprise. Us éprouvent l'un et l'autre des modifications que j'indiquerai plus loin.
Au moment des cris, un phénomène général, caractérisé par la turgescence de la face, la coloration de cette partie et de toute la surface du corps, par une congestion générale, semble indiquer la présence d'un obstacle au retour du sang dans le cœur. Les veines du cou et des mains sont toutes gonflées ; et, chez les enfants malades qui ont un érythème ou une fluxion inflammatoire d'une partie de la peau, l'auréole de la vaccine, par exemple, ces parties prennent à l'instant une coloration bien plus vive. La congestion [cérébrale est si forte chez quelques enfants au moment des cris, qu'ils tombent affaissés et se pâment pendant quelques secondes. Cet état doit être rapproché de l'asphyxie.
Les cris sont souvent accompagnés d'une abondante sécrétion de larmes; ce phénomène n'a pas lieu chez les jeunes enfants. La glande lacrymale ne fonctionne pas encore. Elle ne commence1 à sécréter que vers le troisième ou quatrième mois. Uors il est bon de tenir compte de la présence ou de la suppression des larmes ; car les fonctions de la glande lacrymale se suspendent sous l'influence des maladies aiguës fort graves. La suppression des larmes pourrait être alors considérée comme un signe général important dans la prognose des maladies.
Les cris peuvent être altérés dans leur forme, dans leur timbre et dans leur durée.
Les altérations relatives à la forme des cris sont indiquées par leur état de faiblesse et par leur caractère pénible ou étouffé.
Cri asthéîlique. — La faiblesse des cris se rencontre surtout chez les jeunes enfants qui viennent au inonde à peine viables, dans un demi-état d'asphyxie, et chez les enfants qui, un peu plus âgés, sont affaiblis par une maladie chronique et sont près de succomber.
Cri plaintif. — Le cri étouffé, plaintif, se rencontre principalement dans les affections des organes respiratoires et en particulier dans la pneumonie bien caractérisée. Alors chaque expiration est accompagnée d'un petit cri étouffé, ce qui constitue la respiration expiratrke; c'est un gémissement assez fort plutôt
qu'un cri. Comme il est excessivement rare de le rencontrer dans le coins d'autres maladies, sa présence doit être prise en considération.
BOUCHUT. — NOUV.-NÉS. — 7e ÉD1T. 2
IN PATHOLOGIE GÉNÉRALE ET SÉMÉIOTIQUE DE i/ENFANCE.
Cri cérébral. — Les altérations qui portent sur le timbre dn cri sont assez importantes. Ainsi, le cri unique, aigu et très-fort, venant à des intervalles assez éloignés, a été rapporté par Maunoir, Coindet et par un grand nombre de médecins aux affections cérébrales aiguës. On lui a donné le nom de cri hydrencéphaliquc. Il manque trop souvent pour qu'on puisse lui accorder une valeur sémiologiqne absolue, et, d'autre part, il se rencontre également dans le cours de plusieurs autres maladies. Ainsi d'après Auvity, Billard et Valleix (1), ce cri aigu se rencontre dans le sclérème des nouveau-nés. Ici, toutefois, il est pins faible, trèsfréquent, et il se reproduit à chaque minute. Ce n'est pas le même cri que dans la méningite, et il y a quelque chose de si particulier dans le cri cérébral, que si l'on rapproche ce phénomène des autres symptômes de la maladie on pourra en tirer bon parti pour le diagnostic.
Cri rauque. — Il n'y a guère qu'une maladie dans laquelle le cri présente des modifications importantes et caractéristiques : je veux parler du croup. Le cri est voilé, rauque, et il s'accompagne d'une inspiration bruyante que les auteurs ont comparée au chant du jeune coq. A la dernière période de cette maladie, la reprise disparaît, il ne reste plus que l'expiration rauque et considérablement affaiblie ; on peut vraiment dire que la voix est éteinte.
Cri chevrotant. — Billard (2) parle d'un cri chevrotant qu'il n'a rencontré que trois fois chez de très-jeunes enfants affectés d'une angine œdémateuse. Il soupçonne que cette modification appartient à la maladie dont il parle, mais il n'ose l'affirmer; et il dit sagement qu'il faut attendre que de nouvelles observations soient venues confirmer ce fait.
Cri phréno-glêttique. — Chez les jeunes enfants atteints de spasme de la glotte ou phréno-glottisme (voy. ce mot), il y a aussitôt après l'accès d'étouffement un petit bruit semblable au hoquet, qui annonce la fin de la crise et qui constitue le cri phréno-glottique.
La prolongation du cri des enfants n'indique pas autre chose qu'une douleur trèsvive, sans aucun rapport avec l'affection de tel ou tel autre organe. Billard croit qu'on observe le cri prolongé dans les maladies du ventre, les coliques, l'iléus, la péritonite, etc. ; mais cela n'a pas été établi d'une manière bien précise, et l'on ne peut se prononcer définitivement sur cette assertion.
Quoique les signes fournis par l'étude du cri ne nous aient pas fourni de résultats toujours très-positifs, il ne faut pas les négliger, car dans certains cas ils sont pathognomoniques.
Il faut non-seulement écouter le cri naturel ou spontané, mais si les enfants ne crient pas quand on les observe, on peut les tracasser légèrement pour les obliger à pousser quelques cris qui pourront éclairer le médecin. En un mot, il faut provoquer les cris, afin de ne rien négliger dans l'examen des malades. Les signes fournis parle cri provoqué sont d'ailleurs, à peu de chose près, les mêmes que ceux qui se produisent spontanément par la douleur.