‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 22 sur 472 · MOYENS D'EXPRESSION. — BOUCHE ET VENTRE · texte numérisé non relu

MOYENS D'EXPRESSION. — BOUCHE ET VENTRE

des déformations et des paralysies de cette partie qui changent l'aspect du visage et dont il a été précédemment question, nous trouvons à étudier la coloration, la chaleur et la sécheresse de la muqueuse buccale et de la langue, leurs productions accidentelles, la manière dont la succion s'exerce, les produits de sécrétion, l'odeur, etc.

Chaleur fébrile. — 11 suffit de mettre le doigt dans la bouche d'un jeune enfant pour apprécier s'il a ou s'il n'a pas la fiècre. En effet, la muqueuse est le siège d'une chaleur plus ou moins vive, accompagnée d'un état de sécheresse, qui n'est jamais très-considérable.

Gonflement des gencives, aphthes, muguet, ulcérations, fausses mem bran es, etc. — Lorsque le jeune enfant s'agite et crie, il ouvre largement la bouche, et l'on peut, en abaissant la langue avec une cuiller, apercevoir la rougeur, le gonflement, les ulcérations les aphthes, la gangrène des gencives, le nombre des dents déjà sorties, quelquefois aussi les amas de cryptogames du muguet, sous forme de grains blanchâtres, miliaires, développés sur la surface de la muqueuse, enfin les productions accidentelles de la voûte palatine , des amygdales, du voile du palais et du pharynx. C'est aussi par cette exploration qu'on découvre au frein de la langue Yulcération caractéristique de la période convulsive de la coqueluche (1).

En mettant le doigt dans la bouche des jeunes enfants, on peut jusqu'à un certain point apprécier leur vigueur naturelle, et connaître l'état de faiblesse où la maladie les a jetés. Cette opération les trompe toujours ; ils croient prendre le sein et tettent avec plus ou moins d'avidité le bout du doigt. Les efforts de succion sont très-violents chez les enfants bien portants et chez ceux qui n'ont qu'une affection légère. Ils sont très-faibles, au contraire, et quelquefois nuls, chez ceux dont la constitution est ruinée par une maladie chronique, ou qui ont une affection aiguë très-sérieuse.

L'examen de la bouche n'est pas toujours très-facile. Les enfants qui sont plus avancés en âge luttent contre le médecin, et serrent les mâchoires avec force. Il faut alors leur serrer le nez, pour les forcer à respirer par la bouche. Ils crient, et l'on peut alors profiter de ce moment pour faire l'exploration.

De la bouche peut sortir une odeur infecte, et qui seule, par sa présence, indique la gangrène d'un point de la cavité buccale, l'une des plus terribles affections de l'enfance.

,1e ne terminerai pas ce qui a rapport à l'examen de la bouche sans parler d'un phénomène qui inquiète quelquefois les parents, et qui n'a généralement aucune gravité. Je \eux parler du flux de la salive. Il en est de cette sécrétion comme de celle des larmes. Elle n'existe pas durant les premiers mois de la vie; elle ne s'établit que vers le cinquième ou sixième mois, aux approches de l'évolution dentaire, et probablement sous l'influence de l'excitation gingivale. La sécrétion de la salive qui se montre assez souvent chez les enfants atteints d'idiotie est habituellement un fait physiologique plutôt qu'un phénomène morbide. Ce liquide ne s'écoule si abondamment à l'extérieur qu'en raison de l'absence des dents destinées à le maintenir enfermé dans la cavité de la bouche.

Examen du ventre. — Le ventre est la partir la plus volumineuse du corps des enfants à la mamelle. Cette disposition est toute naturelle. Toutefois elle s'exagère beaucoup dans la diarrhée chronique et dans le rachitisme.

Dans l'état de maladie, il est important de savoir si le ventre est tendu, doulou-

(1) Voy. COQUELUCHK.

reux, gargouillant et occupé par du liquide, des gaz ou une tumeur, s'il y a des tacites rosées à la surface ; mais l'exploration n'est pas toujours facile, car l'agitation qu'elle détermine provoque des cris et la tension des muscles abdominaux, ce qui empêche d'arriver au résultat que l'on désire. Il faut alors distraire l'enfant en lui montrant un objet qui l'intéresse. Lorsque son attention est fixée, la main peut comprimer l'abdomen et reconnaître s'il est souple, s'il renferme quelque tumeur, et surtout s'il est douloureux. Les gestes et les cris de l'enfant sont, dans cette circonstance, l'indice de la douleur qu'il éprouve par la pression des mains, car ils cessent avec l'exploration.

Douleur. — Chez les enfants, la douleur du ventre n'est jamais bien vive, si ce n'est dans les coliques du nouveau-né, dans la péritonite aiguë et tuberculeuse, où elle est générale, et dans la fièvre typhoïde, où elle occupe la fosse iliaque droite; elle existe, mais à un faible degré, dans la diarrhée catarrhale et dans l'entéro-colite.

Dans la seconde enfance, le ventre offre des modifications plus nombreuses et dont la signification éclaire beaucoup le diagnostic.

Taches rosées. — A partir de l'âge de cinq ans, le ventre des enfants atteints de fièvre typhoïde, au huitième ou douzième jour, se couvre de taches rosées lenticulaires plus ou moins nombreuses; mais, avant cet âge, c'est une éruption qu'il est très-rare de rencontrer.

Pétéchies. — Y la fin des maladies chroniques, il se fait souvent sur la peau du ventre une éruption de taches miliaires hémorrhagiques bleuâtres ou noires. C'est l'indice d'une mort prochaine. On les trouve aussi dans le purpura simplex.

Hydro-péritonie. — De la sérosité peut s'accumuler dans le péritoine et donner lieu à l'augmentation de volume du ventre et à de la fluctuation de la région hypogastrique. C'est l'indice d'une ascite simple ou symptomatique de la tuberculose entéro-mésentérique (carreau), de la néphrite albumineuse, des maladies de la rate, enfin des lésions organiques du cœur et du foie.

Tumeurs. — Des ganglions mésentériques tuberculeux, des tumeurs hydatiques, la rate hypertrophiée, etc., sont les tumeurs que l'on observe habituellement dans le ventre des enfants.

Gargouillement. — Le gargouillement produit par la pression de la paroi abdominale est un phénomène très-commun, qui indique une entérite simple lorsqu'il est générale, mais qui doit faire soupçonner la fièvre typhoïde lorsqu'il occupe la fosse iliaque droite.

Excavation du ventre. — La dépression des parois abdominales formant une concavité plus ou moins considérable, semblable à celle d'un plat creux, ou d'un bateau, en même temps que des ondulations de la peau dessinant les circonvolutions intestinales placées au-dessous, indiquent habituellement une méningite tuber culeuse aiguë. Cela est incontestable, si cette disposition s'accompagne de respira tion inégale et suspirieuse.

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