GANGRÈNE DE LA DOUCHE
Cette maladie, sur laquelle on trouve peu de renseignements dans les auteurs anciens, ne parait avoir fixé l'attention des médecins que depuis environ trois siècles. Depuis celte époque, elle a fait le sujet de beaucoup de monographies intéressantes, en général bien faites et qui laissent peu a désirer.
La gangrène de la bouche, désignée aussi sous le nom de stomatite gangreneuse, a reçu les noms les plus divers de ceux qui l'ont étudiée. Les noms de ulcus noinœ, de stomacace, de necrosis infantiiis, d'érosion gangreneuse des joues, de cancer aqueux des enfant*, lui ont été successivement appliqués. Elle a été trèsbien décrite sous le nom de itoma par Jules lourdes | 1 ).
Elle est caractérisée par la mortification plus ou moins étendue des parois buccales.
Causes. — La gangrène de la bouche, maladie exclusive de l'enfance, se développe surtout (liez les enfants de trois à quinze ans. Elle est rare chez les enfants à la mamelle. Billard l'a cependant observée trois fois chez, les enfants âgé de neuf, douze et trente jours.
Cette maladie se développe surtout chez les enfants de la classe pauvre, mal logés, mal nourris, qui habitent des lieux bas et humides, et dont la constitution est ruinée dès la naissance, ou affaiblie postérieurement par des maladies sérieuses. \iiiM le sphacèle se montre surtout a la lin des liè\ res éruptives et surtout de la rougeole, des lièvres muqueuses ou typhoïdes; dans le cours de la pneumonie, de la coqueluche, etc. La présence d'une altération générale de l'économie parait donc être nécessaire .1 son développement. tfesi une diathèse gangreneuse,
l ne dernière circonstance qui prouve encore combien est générale et profonde l'influence qui détermine cette maladie, c'est qu'on la rencontre quelquefois à l'état
épidémique. Elle se manifeste an même moment, dans les mêmes lieux, sur un grand nombre de personnes. On ignore encore si elle est susceptible de s,- transmettre par \oie de contagion.
Lésions :iiiaioiiiîquos. — Lorsqu'on étudie après la mort les aller, it ions anatomiques occasionnées par la gangrène de la bouche, on trouve dans les parties sphacélées des caractères peu différents de ceui qu'on observe dans les autres parties du corps frappées par la gangrène. Il n'\ a que le siège de l'affection qui poisse
1 1 1 Tourdes. tin''-.'. Str;isliourur.
5oi PATHOLOGIE SPÉCIALE DE LA PREMIÈRE ENFANCE.
modifier ces caractères, et donner lieu à des particularités que nous indiquerons plus loin.
La peau est noire ou d'un rouge livide au niveau de Feschare qui est limitée par un cercle d'un rouge pins coloré et plus distinct. Celle qui environne les parties gangrenées se putréfie rapidement et prend une couleur verdâtre prononcée. Les téguments sont, en général, gonflés et infiltrés de sérosité opaline, mêlée à quelques filets de sang et quelquefois de sérosité rougeâtre sanguinolente.
L'eschare est plus ou moins étendue ; sa forme est généralement irrégulière ; son tissu est noirâtre, ramolli, infiltré de liquide, et se déchire facilement en laissant apercevoir des filaments de tissu cellulaire mortifié. On trouve quelquefois dans son intérieur, d'après Baron, des portions de tissu graisseux non gangrené et infiltré de sérosité jaunâtre. La muqueuse buccale présente une coloration noirâtre fort intense; elle est ramollie et s'enlève avec la totalité de l'eschare.
Dans quelques circonstances, la mortification ne porte que sur la muqueuse et les tissus subjacents, sans intéresser la peau. L'étendue de l'eschare est fort variable; ses caractères sont d'ailleurs les mêmes que ceux que nous venons d'indiquer.
Les gencives sont également mortifiées dans une étendue plus ou moins considérable. Elles sont noirâtres et ramollies; souvent même il n'en reste aucune trace; elles ont disparu pendant la vie. Les os maxillaires sont dénudés, quelquefois nécrosés; les dents, quand il en existe, sont vacillantes et s'enlèvent facilement, si déjà elles ne sont pas tombées.
On a cherché à connaître l'état des vaisseaux et des nerfs des parties mortifiées, mais les résultats de l'observation se contredisent. Billard a disséqué des nerfs, les artères et les veines de la joue, et les a trouvés entièrement intacts. Taupin affirme qu'il les a toujours rencontrés mortifiés avec les autres tissus et impossibles à reconnaître, Rilliet et Barthez sont venus enfin, à l'aide de nombreuses observations, nous donner des notions plus précises sur les altérations de ces parties. Il paraît, d'après les recherches de ces auteurs, que les vaisseaux restent sains tant qu'ils plongent dans une partie infiltrée ; que leurs parois sont épaissies aux environs de l'eschare, et enfin qu'ils sont oblitérés par des caillots denses ou ramollis, lorsqu'on les observe au milieu des parties mortifiées. Le canal de Sténon, fort souvent compris dans l'eschare, reste perméable et peut être facilement reconnu, il prend seulement la couleur des tissus au milieu desquels il est placé.
On trouve quelquefois la muqueuse buccale qui recouvre le reste de la bouche fortement épaissie, infiltrée de sérosité, et offrant une couleur rouge livide trèsprononcée. Ailleurs elle est simplement rouge et parsemée de nombreuses taches de muguet. La langue est gonflée et ulcérée en divers points. Ces lésions ne présentent rien de remarquable.
On trouve dans les autres organes des lésions propres aux complications de la gangrène de la bouche. L'intestin grêle et le gros intestin, chez les enfants à la mamelle, sont souvent affectés. Ils présentent les altérations de l'entéro-colite. Les poumons sont le siège d'une congestion hypostatkjue étendue, au milieu de laquelle on trouve fréquemment des noyaux de pneumonie lobulaire et des noyaux d'embolie. Le cœur offre de Y endocardite végétante (voyez ce mot). Billard a rencontré une fois la pleurésie et la péricardite. Enfin, Baron indique Fépanchement de sérosité dans l'arachnoïde et dans les ventricules cérébraux comme un phénomène constant, ayant quelques rapports avec la maladie qui nous occupe. Ce rapport est loin dï'lre démontré.
Symptômes. — La gangrène de la bouche est une maladie rarement primitive: elle se manifeste chez les enfants affaiblis par des maladies antérieures, chez les