KYSTES SÉREUX ET IIYDATIQUES DU FOIE
Plusieurs vésicatoires volants ont été appliqués sur l'hypochondre droit, mais le mal a persisté, et c'est ainsi qu'il a fallu entrer à l'hôpital.
L'enfant est petite, maigre, pâle, sans jaunisse; sa langue est blanche, pâteuse; il n'y a pas d'appétit, d'envie de vomir ni de diarrhée.
La peau est naturelle, sans chaleur, et il n'y a de fièvre qu'à intervalles irréguliers.
Aucun trouble n'existe dans les fonctions respiratoires, sensoriales et motrices. Toute la maladie semble avoir l'hypochondre droit pour origine.
En effet, le ventre est gonflé et la tuméfaction occupe surtout la région hépatique. Là, existe une douleur profonde, continue et sourde, augmentée par la pression.
Les fausses côtes font une saillie évidente et sont soulevées par le foie, qui déborde de trois travers de doigt. Cet organe présente une matité de 15 centimètres sur le côté et de 12 à sa partie antérieure sous le muscle droit. Le grand lobe est évidemment plus gros, on en sent le bord, puis dès qu'on arrive au petit lobe, il y aune saillie considérable, qui forme une tumeur mobile, profondément située, soulevant la peau et les cartilages des fausses côtes. Profondément, c'est une tumeur. X la peau, ce n'est qu'une saillie de l'hypochondre. La peau ne présente ni chaleur ni rougeur. La pression est douloureuse, mais supportable, et il y a une matité sourde, élastique sur toute son étendue. Au-dessous d'elle, c'est la résonnance tympanique des intestins jusqu'au pubis, et il n'y a pas d'eau dans le ventre.
Cette tumeur est très-tendue, élastique, fluctuante, sans frémissement hydatique, mais elle vibre sous le doigt comme une vessie fortement distendue d'eau.
L'auscultation seule ou combinée à la percussion n'y révèle aucun bruit anormal.
En présence de ces symptômes, qui révélaient l'existence d'un kyste liquide occupant le petit lobe du foie, nous avons pensé qu'il s'agissait d'un kyste hydatique à échinocoques ou d'un kyste séreux.
La fluctuation, l'élasticité, la résistance et la vibration de la tumeur pouvaient le faire croire.
En conséquence, une ponction avec l'aiguille creuse de l'aspirateur de Dieulafoy fut faite, sans qu'on ait provoqué d'adhérences préalables entre la tumeur et les parois du ventre.
A peine l'aiguille fut-elle introduite qu'il s'élança, à 20 centimètres de distance, un jet de liquide incolore, transparent comme de l'eau de roche et assez abondant. J'en retirai environ 85 grammes. Il était d'une saveur chlorurée, saline, ne précipitait pas d'albumine par la chaleur. Après l'avoir laissé reposer, nous cherchâmes au fond s'il n'y aurait pas de dépôt à examiner, et nous avons étudié les couches profondes au microscope sans y trouver de débris ou de crochets d'échinocoques. Celait un liquide constitué d'eau chlorurée.
Après l'opération, l'enfant eut pendant 24 heures dans l'hypochondre droit une vive douleur, augmentée par la moindre pression, quelques envies de vomir, de la lièvre et un grand abattement. Tout cela disparut sous l'influence de cataplasmes laudanisés, et le lendemain la malade parut guérie. Elle put bientôt se lever et sortir de l'hôpital.
A peine arrivée chez ses parents, elle eut de la lièvre, perdit l'appétit, se mit à tousser et se plaignit d'une faible douleur dans le côté droit sous le sein.
On la ramena à l'hôpital, et il devint évident qu'elle avait à droite un épanchemenl pleurétique, atteignant jusqu'à l'angle inférieur de l'omoplate.
L'enfant avait une toux sèche, de l'inappétence et un peu de lièvre, de la matité à la base du poumon droit, et là, absence de iniinnure vésieulaire en bas, du souille et
de l'égophonie au-dessus vers la pointe du scapulum. Cet épanchemenl n'augmenta pas, et sous l'influence d'un vésicatoire, de l'alcoolature de Bryone, il se résorba graduellement. Pour la seconde fois, l'enfant se trouvail guérie. Elle prit ensuite une scarlatine qui se termina bien, et elle sortit de l'hôpital.
Dans ce cas, je ne suis pas irès-sùr d'avoir guéri un kyste hydatique, et je pense
n'avoir eu à traiter qu'un kyste séreux, comme ceux dont parle llawkins.
Bien que le liquide relire par la ponction ail eu la limpidité, la couleur, la transparence et la composition de celui des kystes hydatiques, cependant il ne renier-
niait pas de débris d'échinocoques. On n'y a pas trouvé de crochets caractéristiques, et de plus, Ja tumeur n'avait pas de frémissement hydatique évident. C'est là ce qui a fait naître mes doutes sur sa nature et ce qui m'engage, sous toute réserve, à l'envisager comme étant un kyste séreux.
Si j'avais eu à l'opérer avec un gros trocart, ou seulement avec le trocart explorateur ordinaire, j'eusse établi des adhérences entre elle et la paroi abdominale au moyen de cautérisations successives. Mais, avec une simple aiguille creuse, la précaution ne m'a pas paru nécessaire. On sait d'ailleurs que bien des chirurgiens, à l'exemple de Jobert, ont ponctionné des kystes de ce genre avec le trocart explorateur, et cela sans inconvénient.
J'ai donc ponctionné sans avoir établi d'adhérences préalables entre la tumeur et la paroi du ventre. Je dois le regretter. Il y a eu après la ponction quelques heures de péritonite partielle limitée au foie, et si cette phlegmasie n'a pas entraîné la mort, elle a eu pour effet la production d'une affection diaphragmatique suivie de pleurésie.
A moins de penser que cette pleurésie soit primitive, accidentelle et indépendante de la péritonite sus-hépatique, ce que je n'admets pas, il faut croire que c'est l'inflammation du péritoine diaphragmatique qui s'est communiquée à la plèvre droite et y a occasionné un épanchement. C'est un fait qu'on a vu déjà bien des fois et qui a été signalé avec une très-grande autorité. J'en ai observé plusieurs exemples, et ce mode de production de la pleurésie est même un moyen de guérison naturel dans certaines tumeurs hydatiques du foie. En effet, le kyste, après avoir provoqué une péritonite et une pleurésie diaphragmatiques, perfore le diaphragme et les bronches et se vide par expectoration.
En résumé, kyste séreux hydatique du foie guéri par une seule ponction avec le trocart capillaire; péritonite sus-hépatique, phrénitis et pleurésie diaphragmatique, telles sont les particularités intéressantes de cette observation.