DIABÈTE SUCRÉ
Le diabète sucré, ou glycosurie, a été très-rarement observé chez les enfants à la mamelle et a nécessairement dû échapper à l'attention des médecins.
Morton, qui l'a étudié dans la première enfance, le considère comme le résultat d'une dentition difficile, ou bien d'une disposition de race, car il a vu cette maladie sur tous les enfants mâles d'une même famille. Richard Goolden annonce qu'il y a du sucre dans les urines de la plupart des maladies encéphaliques et nerveuses, sans que pour cela il y ait augmentation de diurèse. C'est surtout dans les symptômes cérébraux, suite de dentition : dans la chorée, l'épilepsie, les commotions cérébrales que le fait a été constaté, et à mesure que disparaissent les phénomènes morbides, le sucre cessait de se montrer dans l'urine. >~ous attendrons pour admettre ce fait que d'autres aient vérifié son exactitude.
Hanner a observé un exemple intéressant de diabète qui a été publié dans les journaux de médecine, et chose extraordinaire, dans ce cas par exception, les reins étaient notablement altérés, ainsi que la muqueuse de la vessie et de l'urèthre. Il
( 1 1 Pollak, Wiener med. Presse, n° 18, 1871. Edinb. med. Journ.
ni.VRFTE SUCRE.
est à regretter que l'autour n'ait pas donné plus de détails sur ce fait, el surtout qu'il n'ait pas dit s'il y avait avec le sucre de l'albumine dans les urines.
Observation I. —Un enfant «l'un an était atteint de diabète sucré. La maladie fut méconnut1, mais la soif incessante et l'excrétion abondante des urines Unirent par appeler l'attention du médecin. L'enfant buvait 1 à 3 litres et rendait une quantité d'urine qui excédait un peu celle des boissons. Son urine était inodore, pâle, un peu trouble, douceâtre et sucrée.
L'enfant fut mis à un régime annualisé, composé de bouillon et d'œufs; il sembla aller mieux, mais les symptômes reparurent et il succomba.
Autopsie. — Les reins étaient doublés de volume, la couche corticale était blanc grisâtre marbrée de brun et indurée. Il y avait de petits abcès collectés dans son épaisseur. La muqueuse uréthrale et vésieale était fort enflammée.
La soif exagérée constitue le principal symptôme du diabète des enfants, elle est accompagnée d'une grande sécheresse de la peau, d'un affaiblissement considérable et de maigreur très-prononcée. Dans un cas cité par Morton, il y a une diarrhée considérable. Les urines sont abondantes et sucrées, comme dans le diabète des adultes.
Elles réduisent le tartrate cupro-potassique à l'état d'oxyde rouge par l'ébullition ; par le même moyen elles prennent la teinte acajou avec la potasse caustique et elles fermentent quand on les met au contact de la levure de bière.
A la fin de la maladie quelques enfants se mettent à tousser et des tubercules pulmonaires se développent de façon à produire plus rapidement la mort.
J'en ai eu plusieurs fois la démonstration et notamment chez une petite fille de dix ans dont l'observation se trouve dans les précédentes éditions de cet ouvrage où se trouve aussi un cas analogue emprunté à Heiberg (1).
Cette affection est d'une rareté extrême chez les enfants. AVest, à Londres, ne l'a pas vue une fois sur 16000 enfants qu'il a traités. Prout a rassemblé 700 cas de diabète, et n'a trouvé qu'un enfant de cinq ans, douze de huit à vingt ans.
Mais tout récemment le docteur Redon dit avoir eu connaissance par ouï dire avec des confrères de quelques observations de cette maladie (2) et il a recueilli dans les journaux étrangers ou dans les livres trente-deux observations qui servent de base à son travail, qui n'apporte aucun élément nouveau dans la question.
D'après Mialhe, la glycosurie est produite parce que après la formation de la glycose dans l'estomac et son passage dans le sang, ce liquide peu alcalin ne peut la détruire.
Pour M. Bouchardat (3), la glycose se forme dans l'estomac en trop grande abondance par la transformation de la fécule des aliments sous l'influence d'une diastase spéciale agissant comme ferment.
Enfin, d'après Cl. Bernard m, c'est un trouble fonctionnel du foie et de système nerveux. On sait, en effet, qu'il \ a dans le foie une matière blanrhàtru
que l'on peut isoler et qui n'est autre que de Vamidon animal ou matière glycogène, offranl avec l'iode la réaction bleue de l'amidon végétal. Elle se transforme eu glycose sous l'influence du ferment hépatique, passe {\tlUs la veine cave, de la dans le poumon où elle est détruite par l'hématose. C'est là l'état normal, et après le repas chacun a dans le sang une notable quantité de glycose qui ne tarde pas a disparaître.
1 Heiberg, Journal fur Kinderkrankheiten, 1861, n 11 et 12. •' Redon, thèse, 1*77, et Mémoires de la Société <!>' biologie, avril IS77. .! Bouchardat, Du diabète sucré ou glycosurie; son traitement hygiénique (Mémoires de V Académie de médecine. Paris, I85Î, t. \\l, p. 69). ili Cl. Bernard, Leçons sur le diabète ei lu glycogenèsc animale. Pai s, v~~
Quand, au lieu de se détruire, la glyeose reste dans le sang d'une façon permanente il en résulte un état morbide. Du sang, la substance passe dans l'urine et fait la glycosurie.
On produit la glycosurie à volonté en gênant l'hématose, aussi existe-t-elle souvent dans l'asthme, la bronchite capillaire, le croup et les autres maladies capables de produire un certain degré d'asphyxie. Par opposition, quelques diabétiques se trouvent très-bien d'un grand exercice qui active la respiration, l'hématose, et facilite la destruction de la glyeose.
On la produit aussi d'une façon permanente ou temporaire chez les animaux, en modifiant l'action du système nerveux du foie, par la piqûre du plancher du quatrième ventricule aux environs de la racine des pneumogastriques. C'est la célèbre expérience de Cl. Bernard qui a eu un si grand et si légitime retentissement. On sait que ce physiologiste, en pénétrant avec un instrument piquant à la base du crâne des lapins, pour blesser le plancher du quatrième ventricule, a produit instantanément chez ces animaux une glycosurie qui durait quelques heures ou un temps fort prolongé, d'où l'on a conclu que la maladie était de nature nerveuse.
Quoi qu'il en soit, la glycosurie existe d'une façon intermittente chez quelques sujets (i) ou d'une manière continue chez d'autres. Cette dernière for me estla plus grave.
Chez les enfants, son début est obscur et impossible à préciser exactement. On ne s'en aperçoit que par la persistance de troubles prolongés. Les enfants perdent leurs forces, maigrissent, urinent plus abondamment, et leurs urines collent au dogtetau linge comme du sirop. Elles sont douceâtres, sucrées, fermentent avec la levure de bière, pèsent 3, 4 ou 5 au pèse-urine ou 1030, 1040 et 1050 à l'aréomètre. Bouillies avec de la potasse caustique, elles prennent une teinte acajou foncé, et avec du tartre ferrico-potassique elles donnent lieu à un précipité d'oxyde de cuivre jaune, rouge et brun. C'est là ce qui sépare la glycosurie de la polyurie de l'enfance. En effet, il y a une maladie de l'enfance dans laquelle les enfants urinent très-abondamment et boivent de même ; les digestions sont mauvaises et il y a un amaigrissement squelettique très-prononcé, qui conduit peu à peu à l'anasarque, à la phthisie pulmonaire et à la mort. Dans cette affection, qui n'est autre que la polyurie, également appelée polydypsie, les urines pèsent 0 degré, sont sans saveur, ne réduisent pas les sels de cuivre et sont sans action sur les sels de potasse, parce qu'elles ne renferment pas de sucre.
Les sujets peuvent rester plusou moins longtemps dans cet état, puis ils tombent dans le marasme et succombent souvent à une phthisie pulmonaire intercurrente ou à des maladies accidentelles, le croup par exemple, comme dans le fait que je vais rapporter :
Observation II. — Le docteur Garon a observé, en 1852, une dame ayant trois enfants qui urinaient très-abondamment et buvaient dans des proportions effrayantes.
L'un de ces trois enfants, âgé de trois ans et demi, était d'une maigreur squelettique. La peau était rugueuse et la langue blanche, desséchée. Il mangeait et buvait beaucoup. Son urine, claire, insipide, marquait 0 degré. C'était une polydypsie avec polyurie sans diabète; mais antérieurement, au dire de la mère, les urines collaient au linge et tachaient tout ce qu'elles avaient touché. Elles avaient changé d'aspect et de goût sous l'influence du sel gris et de la limonade chlorhydrique.
Le second enfant, âgé de dix-sept mois, était maigre, chétif, buvait et mangeait beaucoup, il urinait abondamment, 6 à 7 litres par jour, à peu près autant qu'il buvait. Ses urines, sucrées, pesaient 3 1/2 et quelquefois i. Elles réduisaient les sels de cuivre.
(I) Bouchut, Leçon sur le diabète (Gazette des hôpitaux, 1850).