‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 345 sur 472 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

LEUCORRHÉE

La leucorrhée est un flux muqueux plus ou moins abondant de la vulve. C'est une maladie assez commune. Elle est en rapport avec la syphilis, avec le tempe-

LEUCORRHEE. " '

rament lymphatique et scrofuleux ou herpétique ; elle se développe spontanément

ou a la suite des maladies aiguës; ailleurs elle résulte de l'onanisme. Elle est souveiit, dit-on. la conséquence d'un eczéma de la vulve, mais c'est plutôt une inflam mation catarrhale diathésique de la muqueuse vulvaire.

Il y a donc une leucorrhée diathésique et une leucorrhée inflammatoire due a la malpropreté. On trouve ces deux ordres de causes dans bien des cas de leucorrhée, mais ils ne sont pas les seuls. Il faut y joindre les attentats <i la pudeur, qui sont très-communs, et qui, par attrition des parties, engendrent une inflammation simple suivie de leucorrhée, ou, par contamination blennorrhagique oit syphilitique, déterminent une véritable blennorrhagie ou la syphilis, c'est-à-dire le chancre et ses conséquences. A ces causes, si vous ajoutez la masturbation qui irrite la muqueuse clitoridienne et vulvaire, puis les oxyures dit rectum qui, passant d'un coté a l'autre, provoquent des démangeaisons et l'irritation de la muqueuse, vous aurez appris quelles sont les causes de la leucorrhée des petites hlles.

La cause la plus fréquente, c'est Yherpétisme ou diathèse herpétique, le scrofulisme el la malpropreté, qui, a l'occasion des maladies aiguës de l'enfance, est suivie des conséquences les plus fâcheuses. En effet, dans la fièvre typhoïde, maladie septicémique, et dans la, rougeole, maladie virulente, on voit souvent la vulve imprégnée d'un suintement muqueux purulent de nature très-irritante, et si on ne lave pas les enfants, il en résulte une folliculite vulvaire suivie d'ulcérations à bords rouges, à fond grisâtre pseudo-membraneux; qui ressemblent aux aphthes de la bouche. Un peu plus tard, ces ulcérations deviennent phagédéniques, se creusent en tous sens, forment des pertes considérables de substance qui détruisent la vulve, le pirénée et s'étendent jusqu'à l'anus. C'est la gangrène moléculaire extensive.

Dans d'autres cas, sous le follicule ulcéré, il se fait un engorgement subit du tissu cellulaire en forint' de noyau dur accompagné de tuméfaction et de rougeur de la grande lèvre, puis une eschare noirâtre apparaît, qui s'étend rapidement et forme la véritable gangrène de la vulve. C'est la gangrène escharifiante, laquelle est presque toujours suivie de mort.

Ces espèces de leucorrhées sont les plus graves et les moins communes. 1.. s autres, liées a la scrofule ou à l'herpétisme, n'entraînent pas de semblables conséquences. Elles durent quelques semaines ou quelques mois et disparaissent. Leur nature esl indiquée par l'état scrofuleux ou herpétique des calants.

Le siège delà leucorrhée chez les petites filles diffère absolument du siège de la leucorrhée chez la femme et chez la jeune fille pubère. Tandis que chez l'adulte la leucorrhée est toujours vaginale ou utérine ; chez la petite fille, la leucorrhé toujours vulvaire. Elle n'occupe que les parties externes de la génération. C'est la muqueuse des grandes et des peliteslèvres de l'orifice de la vulve qui est affectée. La suppuration vient de l'extérieur el le vagin n'\ est pour rien.

Le liquide sécrété est du pus acre, irritant, blanc verdâtre, tachant le lingi vert, plus on moins abondant selon les cas. Il provoque un prurit désagréable qui force les enfants a se gratter et qui leur donne parfois les habitudes (le masturbation qu'ils n'ont pas. De plus, connue le liquide est très-irritant, si les enfants, après avoir porté les mains a la vulve et s'être s.iii les doigts, se frottent les yeux, il en résulte quelquefois des ophthalmies purulentes très-graves, d'où la nécessité de mettre des g.mts on de meiire des chemises longues nouées au bout des pieds. Il faut suivre les enfants pour .noir une idée de l'abondance extrême de l'écoqjemeut, qui tache en \ert plusieurs chemises parjour, et qui rend le linge aussi

DOLCHUT. — KODV.-HÉS. — "" LDIT.

754 PATHOLOGIE SPÉCIALE de la première enfance.

roide que si Ton y avait mis de la colle. Les parties génitales sont ronges, souvent excoriées, exhalent une odeur plus ou moins désagréable. Toute la face interne des grandes lèvres, l'orifice du vagin, le méat urinairc et le pourtour du clitoris sont enflammés, et sur la muqueuse rouge, chaude, douloureuse, existe une couche de mucus plus ou moins abondante sortant du vagin, ou des particules de mucus concret, dette phlegmasie ne remonte dans le vagin, dans l'utérus ni sur le col. C'est la une vulvite bien caractérisée. Elle est souvent liée à la diathèse scrofuleuse ou dartreuse, ce qui l'a fait considérer comme un eczéma de la vulve; mais personne n'a jamais vu cet eczéma, qui n'existe que dans la pensée du médecin.

D'après ce que je viens de dire de la leucorrhée des petites filles et de sa nature différente, on voit que le traitement ne saurait être toujours le même et qu'il varie suivant la cause présumée du mal.

Dans la leucorrhée produite par rémigration des oxyures du rectum dans la vulve, il faut nettoyer l'orifice Tulvaire avec des lotions d'eau phéniquée au millième, donner des lavements de suie, et mettre des suppositoires à l'onguent mercuriel dans le rectum.

Dans la leucorrhée des maladies aiguës, des lotions d'eau et de vin aromatiques peuvent suffire. Mais s'il y a des ulcérations folliculaires ou du phagédénisme, il faut mettre la pommade suivante :

Axong-c 30 grammes.

Coaltar 3 —

et faire matin et soir des lavages avec la solution de coaltar saponiné de Lebeuf au 30e.

Si au lieu de l'ulcération pbagédénique il y a eschare, on doit détacher l'eschare et saupoudrer la plaie avec la poudre de camphre.

Maintenant, contre la leucorrhée produite par la scrofule et l'herpétisme, il faut donner à l'intérieur l'huile de morue, le sirop de quinquina et le sirop d'arséniate de soude selon ma formule :

Sirop simple 300 grammes.

Arséniate de soude . . 10 centigrammes.

Une cuillerée à soupe le matin à jeun, et si les enfants ont dépassé sept ans, 2 cuillerées à soupe; comme traitement externe dans ces cas, le médecin devra prescrire les bains avec addition de 250 grammes de carbonate de soude; — les bains sulfureux ou les bains de sublimé tous les jours :

Sublimé 2 grammes.

Alcool 100 —

Eau distillée 100 —

Des lotions avec la solution de sublimé , avec la solution de coaltar saponiné de Lebeuf au 30e, avec l'eau phéniquée au 1000e; des lotions d'eau de son, de feuilles de noyer, de sublimé (10 centigrammes pour 300 grammes d'eau), d'eau blanche, de nitrate d'argent; des bains simples, féculents et sulfureux.

Jamais la leucorrhée ne résiste à ces moyens combinés, et l'alliance du traitement externe et interne que je viens de mentionner suffit pour triompher de cette maladie.

On peut employer les lavements de coloquinte du docteur Claude.

L'administration du médicament a lieu de la façon suivante : Sur une pomme de coloquinte de volume ordinaire, on jette deux verres d'eau chaude et on J^usse macérer vingt-quatre heures, en couvrant le vase. Le tiers de ce macératum bien

Page 1