ABCÈS ET FLUXION DES MAMELLES ET SÉCRÉTION DU LAIT CHEZ LES ENFANTS
On observe quelquefois chez les nouveau-nés, garçons ou filles, un gonflement douloureux des mamelles qui dure quatre ou cinq jours, et qui permet d'exprimer du mamelon quelques gouttes de liquide incolore, visqueux, et enfin du lait. Ce gonflement, qui peut atteindre le volume d'un œuf de pigeon, disparaît naturellement, et la petite glande semble être entièrement atrophiée. Il se manifeste d'une manière très-évidente dans les cas d'hémorrhagie par la vulve. C'est une véritable fluxion de mamelle. Gamerer, OUivier (d'Angers) et Barrier ont signalé ce phénomène d'une manière très-précise, et j'ai rapporté l'une de ces observations à propos de l'hémorrhagie vulvaire.
Ce phénomène a été l'objet de recherches intéressantes de la part de Natalis Guillot (1). En voici le résumé :
Chez les nouveau-nés des deux sexes, bien portants, forts et robustes, quelques jours après la naissance, à l'époque de la chute du cordon, du lait est sécrété par les mamelles pendant une dizaine de jours, puis le gonflement mammaire disparaît,
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Fie. 118. — Coloslrum. Fig. 119. — Lail. Tic. 1-20. — Lait mélangé
de colostrum.
et rien de semblable ne se reproduit plus qu'a l'époque de la puberté chez l'homme, et dans l'état puerpéral chez la femme.
Les nouveau-nés, chétifs ou malades, ou nés de parents scrofuleui et syphilitiques, n'offrent ordinairement rien de semblable, et si le phénomène se produit chez eux, c'est d'une manière assez peu marquée.
Quand les enfants doivent avoir du lait, les mamelles gonflent, la peau rougit légèrement; un liquide clair, opalin, jaunâtre, puis tout à fait blanc, sort du mamelon. Ce liquide est neutre ou alcalin, et présente au foyer du microscope des globules de colostrum et des globules de lait (fig. 1 18, 1 I9et 1-2<M. U est peu abondant. On en obtient quelques gouttes. Cependant N. Guillot a pu en tirer un centimètre cube par la traite des deux mamelles. — Le phénomène commence vers l'époque de la chute du cordon et disparaît au vingtième jour après la naissance. On l'a mi quelquefois durer de six à huit semaines.
De même que chez la femme la sécrétion lactée devient l'occasion d'engorgements aigus et l'abcès de la mamelle, demême aussi chez Le nouveau-né le l'ait de cette sécrétion de lait penl devenir l'occasion de phlegmons mammaires el d'abcès
du sein. N. Guillot a rapporté cinq observations de ce genre, toutes très-curieuses.
(1; Natalis Guillot, De Ut sécrétion du Util chez 1rs enfants nouveau-nés et des accidents qui peuvent V accompagner (Archives de médecin* . 1853 .
— Trois des enfants onl succombé aux complications nées de ces abcès laiteux, Les deux autres ont guéri assez rapidement. Nous avons vu quatre cas de ce genre. Dans le premier, l'abcès donna lien à un décollement considérable du pectoral sui\i de mort. Ailleurs, sur le second, au quinzième jour, pendant la sécrétion lactée, la mamelle tuméfiée devint douloureuse et la peau rougit. La fluctuation se montra peu après, et il fallut ouvrir l'abcès avec une lancette. Du pus mêlé de sang et de lait sortit par l'incision, et un pansement simple aidé de cataplasmes amena la guérispn. Dans les deux autres cas, il y eut abcès ouvert à temps et la guérison eut lieu.
D'autres faits de ce genre ont été publiés depuis (1), dus aux docteurs Stephen, Wilks, Robinson, et Downey, qui a observé jusqu'à sept abcès successifs sur le même enfant.
Quelle est la cause de ce singulier phénomène ? On ne peut faire que des hypothèses à cet égard. Est-ce sympathie entre la mère et l'enfant dont les glandes mammaires gonflent au même instant ; ou bien est-ce le résultat d'une diathèse commune à l'une et à l'autre, diathèse puerpérale ou casémie qui engendre des deux côtés la nécessité d'éliminer du caséum? Il serait téméraire de le dire. Cependant, comme on sait que le non veau-né par ses péritonites, sa phlébite ombilicale et son ictère, quelquefois ses abcès multiples, ses érysipèles, offre un état comparable à la fièvre puerpérale, il est évident qu'il a une diathèse semblable à celle de sa mère, et le rapprochement n'est pas impossible. Or, la diathèse puerpérale chez la mère étant, je crois, due à un excès de caséum dans le sang, il n'est pas impossible que le fœtus, dont le sang se rapproche beaucoup du sang maternel, malgré l'absence de communications directes, n'ait également une casémie qui le dispose aux affections puerpérales. A ce titre, il aurait comme la mère l'engorgement mammaire que je viens de décrire.