ERYTHEME ET ULCÉRATION DES FESSES ET DES MALLÉOLES
On rencontre souvent chez les jeunes enfants une affection cutanée légère, autrefois appelée intertrigo, c'est-à-dire érosion, qui devient quelquefois l'origine d'accidents assez graves el qui esl toujours la cause de mes douleurs. Cette affection est caractérisée par un érythème simple des fesses, des parties génitales, de la partie interne des cuisses, des talons, des malléoles, érythème suivi de l'érosion et de l'ulcération de ces parties.
Cette maladie se rencontre chez les enfants dont la constitution est faible et qui ont soin eut la diarrhée, chez ceni qui ont une entérite aiguë on chronique; chez ceux qui, placés hors de ces circonstances, sont mal soignés et malproprement tenus.
Causes. — L'érythème des fesses est |,- résultat de l'irritation de la peau par
(1) Voyei Mamelle.
Antonin Martin, séance du 14 août 1875.
les urines et par les matières des déjections alvines. On conçoit toute l'intensité qu'il peut atteindre, en songeant que les évacuations sont très-nombreuses dans la diarrhée, que les enfants sont à chaque instant salis et qu'ils séjournent quelquefois trop longtemps dans l'ordure ; que les changements de linge ne sont pas assez fréquents, surtout chez les enfants pauvres ; et enfin que dans cette dernière circonstance la toile qui forme les langes est quelquefois beaucoup trop dure pour la peau si délicate des petits enfants.
Si l'en thème des malléoles et des talons dépend de l'irritatidli cutanée produite par les matières des déjections excrémentitielles, il est en même temps le résultat du frottement de ces parties les unes sur les autres ou sur les langes. Ainsi, lorsqu'on n'a pas le soin d'isoler les jambes des petits enfants à l'aide du premier lange qui les entoure, les malléoles internes sont à chaque instant heurtées dans les mouvements de va-et-vient des talons sur la toile. Ces parties finissent par rougir, et s'ulcèrent enfin plus' ou moins profondément.
L'érythème a été considéré comme un symptôme général fort grave, précurseur de certaines maladies des jeunes enfants : ainsi Valleix (1) pense qu'il précède toujours l'invasion du muguet. Cela peut être ; mais il faudrait dire en même temps que les enfants ont déjà la diarrhée de l'entérite depuis un ou plusieurs jours, circonstance dont il est absolument nécessaire de tenir compte par les raisons dont je viens de parle*;.
L'érythème est cependant en rapport avec l'état de la constitution des enfants ; il se développe de préférence chez les sujets faibles et affaiblis. Mais cette circonstance serait de peu de valeur s'il n'y avait pas en même temps un trouble des voies digestives caractérisé par un commencement de diarrhée acide. La maladie apparaît très-rapidement chez les enfants dont la constitution est mauvaise. Elle met plus longtemps à se développer chez ceux qui sont forts et robustes, et qui ne sont qu'accidentellement tombés malades.
On l'observe dans le cours de toutes les maladies des enfants à la mamelle, lorsqu'il y a augmentation du nombre des garderobes, et que les enfants ne sont pas assez souvent changés de linge. C'est surtout une maladie qui est en rapport avec les affections des voies digestives. Elle forme la complication la plus constante du muguet et de l'entéro-colite.
Symptômes. — L'érythème des fesses et des cuisses est caractérisé par une simple rougeur des téguments. La rougeur s'étend aux parties génitales, et dans toute la longueur des jambes jusqu'aux talons. De petites papules rougeàtres, plus ou moins confluentes, ne tardent pas à se former, et chacune d'elles devient le siège d'une érosion de l'épidémie. Il en résulte un grand nombre d'ulcérations superficielles de la peau, dont le fond, rouge, vif et saignant, se trouve au milieu de la circonférence. Ces ulcérations s'étendent en largeur et en profondeur; elles se réunissent aux ulcérations voisines et offrent quelquefois un diamètre considérable. Leur aspect change insensiblement. La surface en est gaufrée, rougeàtre et présente un pointillé gris formé par l'exsudation d'une matière plastique autour de l'orifice des vaisseaux absorbants. Chacun de ses points s'étend, se confond avec les points voisins, et il en résulte une fausse membrane qui revêt l'ulcère et s'organise pour former du derme. Ainsi s'opère leur cicatrisation. Le travail réparateur ne se fait pas comme dans les plaies ordinaires ; loin de s'effectuer par la circonférence, il débute par le centre et se fait au moyen de la fausse membrane dont nous venons de parler, qui s'organise et se recouvre d'un nouvel épidémie.
(1) Valleix, Clinique des maladies des enfants. Paris, 1838, p. 337.