Protoiodure de mercure 1 gramme
Poudre de réglisse 1 —
Sirop de gomme q . s.
Pour 30 pilules ; à prendre deux ou trois par jour
Sous rinlluence de ce médicament, et, bien que les analyses exactes n'en aient trouvé aucune trace dans le lait, les enfants reviennent rapidement à la santé, et les accidents syphilitiques disparaissent.
Si l'analyse ne rencontre pas le mercure dans le lait, ce n'est pas une raison pour croire qu'il ne s'\ trouve pas, surtout si l'on réfléchit à la quantité minime qui doit \ être mélangée. Par exemple, des nourrices qui prenaient de 2 à i centigrammes d'induré de potassium par jour n'avaient que des traces sensibles, il est Mai, mais très-légères d'iode dans le lait. Puisqu'un agent aussi facile à reconnaître que l'iode ne se retrouve qu'en petite quantité, combien doit-il être difficile de reconnaître le mercure qui exige des manipulations assez compliquées pour la recherche, et
BOUCHUT. — NOUV.-NÉS. — 7e LD1T. 70
dont les malades ne peuvent prendre, proportionnellement à l'iode, que de trèslégères doses.
Si l'on ne veut pas recourir à ce traitement indirect par la mère, on peut l'employer au moyen d'ânesses et de chèvres mercurialisées par des frictions d'onguent napolitain. Le lait recueilli comme remède et donné au biberon remplace toute autre nourriture et sert à l'alimentation des enfants.
On peut directement traiter les nouveau -nés atteints de syphilis congénitale. C'est au mercure qu'il faut d'abord recourir, et l'on administre la potion suivante :
If. Eau distillée 40 grammes.
Sirop gommé 10 —
Liqueur de van Swieten 2 à 3 grammes.
Par cuillerées à café en vingt-quatre ou quarante-huit heures.
On leur donne chaque jour un bain de sublimé à 1 ou 2 grammes. Si ces moyens ne conviennent pas, on peut les remplacer par une friction sous l'aisselle avec l'onguent napolitain.
L'iodure de potassium ne doit être employé que plus tard, dans les cas d'accidents survenus dans les os ou dans le coryza, si l'on pensejque les os du nez participent à l'inflammation de la muqueuse nasale.
§ III. — Coryza syphilitique.
Certains enfants nés de parents syphilitiques, ayant déjà sur le corps des manifestations locales produites par la syphilis, offrent quelquefois une inflammation de la membrane muqueuse pituitaire. C'est ce qu'on appelle le coryza syphilitique.
Indépendamment de la cause générale et première du coryza, cette maladie est grave par suite de l'obstacle mécanique apporté par elle à la respiration nasale, et par suite aux mouvements de succion des enfants. Ainsi que je l'ai établi dans le chapitre consacré au coryza inflammatoire aigu ou chronique, cet obstacle seul peut faire périr les nouveau-nés. Il est donc important de bien connaître tout ce qui s'y rapporte.
Le nez est rouge et tuméfié à l'origine des narines, fendillées par suite de nombreuses fissures. Des matières sanieuses, purulentes et ensanglantées, ou du sang, s'en échappent continuellement. Des croûtes se forment qui obstruent entièrement les fosses nasales. La muqueuse, rouge, livide, gonflée, ramollie, est souvent le siège d'ulcérations superficielles, qui donnent du sang au moindre contact. La respiration est sifflante, embarrassée par le nez, la succion du sein est difficile, quelquefois impossible, et l'enfant peut mourir de faim, si cet état se prolonge.
Cette forme de coryza exige un traitement local et général. Comme moyens locaux, les lotions émollientes, puis astringentes, et les cautérisations de nitrate d'argent, si la phlegmasie est très-prononcée, sont les meilleurs agents thérapeutiques. La dose en a été indiquée précédemment, à propos du traitement du coryza inflammatoire. Comme traitement général, il faut faire prendre aux enfants 2 à 5 décigrammes d'iodure de potassium par jour, et sous cette influence l'état local s'améliore très-rapidement.
Voici cependant un exemple dans lequel de simples moyens topiques ont suffi pour faire disparaître les accidents.
J'ai eu l'occasion de voir un grand nombre d'exemples de coryza chronique développé chez des enfants à la mamelle qui avaient un vice héréditaire syphi-
litique traduit par un eczéma de toute l'étendue du corps et de la face. En voici quelques-uns.
Observation II. — Un enfant, Agé de quatre mois, était couché au n° 3 de la salle Sainte-Thérèse, à l'hôpital Xecker, en 18-12.
Il était maigre, chétif, pâle et présentait sur le corps un grand nombre de taches jaunâtres cuivrées, résultat de cicatrices d'anciennes ulcérations. Il avait sur la face plusieurs syphilides papuleuses, et sous la lèvre une pustule plate, jaunâtre, avec érosion du derme. A la face dorsale de l'un des doigts, on voyait une ulcération profonde, à bords rouges, à fond grisâtre, reposant sur une base indurée. . L'orifice des narines était obstrué par des croûtes noirâtres de sang desséché, détruites à chaque instant et aussitôt reformées.
La respiration était embarrassée, sifflante, l'enfant ne pouvait teter sans éprouver les accidents dont nous avons parlé plus haut. Ces phénomènes disparurent au bout de deux mois, et l'enfant sortit à peu près guéri à la suite du traitement par l'iodure de potassium.
Les faits de ce genre ne sont pas très-rares, tous les médecins en ont vu, et A. Deville a eu l'obligeance de m'en communiquer quatre observés à Lourcine. 11 s'agit d'enfants nouveau-nés affectés de coryza, et qui, tous les quatre, devaient le jour à des mères infectées de syphilis. Trois d'entre eux présentaient en même temps sur le corps des signes d'infection syphilitique.
Ces enfants furent traités par l'iodure de potassium à la dose de 3 à 5 centigrammes par jour, et leur état s'est rapidement amélioré sous cette influence. Trois d'entre eux ont parfaitement guéri, mais le quatrième a succombé aux suites d'une maladie intercurrente, la petite vérole. Ce traitement est, en effet, celui qu'il faut mettre en usage lorsque l'on soupçonne l'existence d'une viciation syphilitique comme cause du coryza. Voici dans ses détails la plus intéressante des obsenations de Deville ;
Observation III. — Coryza chez un nouveau-né ; ulcération au périnée telle qu'elle existe parfois chez les enfants nés de mères syphilitiques. — C... (Valentine-Victoire), est née à Lourcine, le 10 février 1842, d'une mère qui a eu, il y a quatre ans, sur la vulve, des ulcérations pour lesquelles elle est entrée à l'hôpital des Cliniques, où elle est restée quinze jours seulement pour se guérir par l'emploi d'une pommade.
Depuis quatre ou cinq ans, la mère ne s'est plus aperçue de rien; elle a eu une première grossesse qui s'est fort bien passée ; sa première enfant, bien portante, est morte de lièvre cérébrale à dix-sept mois ; elle est devenue enceinte une seconde fois, ayant toujours des rapports seulement avec le même homme, qu'elle connaît depuis quatre ou cinq ans, et qu'elle n'a jamais su malade. Pendant sa grossesse, elle a •éprouvé des douleurs dans les organes génitaux; puis elle a été prise d'un ulcère siégeant dans le voisinage de l'anus, et pour lequel elle est revenue à Lourcine dans le courant du mois d'octobre; elle est sortie de l'hôpital pour attendre l'époque de son accouchement, dans le mois de décembre, quoique non guérie, car son mal revenait toujours. Depuis son accouchement, il s'est montré une nouvelle ulcération â la marge de l'anus.
Quant â l'enfant, bien portante dans les premiers temps, elle a été prise, vers le 25 •ou 26 mars, d'un coryza caractérisé par une gène extrême de la respiration par le nez, un écoulement nasal purulent et bienlèl sanguinolent, par intervalles même un léger écoulement de sang pur. La mère s'est occupée assez peu de ce coryza jusqu'à ce qu'elle ait vu l'écoulement sanguin, et alors, dans les premiers jours d'avril, elle a vu survenir des taches rouges assez nombreuses dans le pli des fesses, puis une ulcération assez superficielle dans la partie médiane de la voûte palatine, près du voile du palais. C'est dans ce moment que la mère me montra seulement l'ulcération ■de la voûte palatine, ulcération que je cautérisai avec le crayon.
8 avril. — Aujourd'hui, voici l'état de l'enfant : la respiration est à peu près impossible par le nez, qui est bien conformé, ce qui oblige la petite malade à respirer par
la bouche. Il y a un écoulement nasal assez abondant, paraissant composé surtout par du pus, qui est quelquefois, au dire de la mère, accompagné d'un écoulement sanguinolent. Sur la partie médiane de la voûte palatine, près du voile du palais, existe une ulcération inégale, peu profonde, à fond légèrement grisâtre, longue de 3 à k millimètres, large d'un millimètre environ. Au pourtour de l'anus, sur la face interne des fesses et un peu des cuisses, existent plusieurs plaques d'un rouge vif, sans saillie aucune, dont quelques-unes sont ulcérées très-superficiellement et rouges dans ces points ulcérés. On prescrit des soins de propreté et des pansements avec le cérat sur les plaques rouges des fesses. On touchera de temps en temps l'ulcération palatine avec le crayon de nitrate d'argent. Quant au nez, le bon résultat obtenu aujourd'hui chez un autre petit malade de la même salle, encourage Nélaton à prescrire 5 centigrammes d'iodure de potassium à prendre tous les jours. Cet enfant avait à peu près le même âge, la même affection du nez que la petite fille dont il est question, et comme elle, il était né d'une mère infectée de syphilis.
Le 11 avril, pas grand changement encore; seulement on remarque que les deux tiers extérieurs de la langue sont recouverts de plaques blanches, très-analogues au muguet; cependant la mère dit que cette partie de la langue a toujours été blanche, moins, il est vrai, qu'aujourd'hui. Dans l'incertitude, et comme un autre enfant vient de mourir aujourd'hui même du muguet au n° 5, même salle, Nélaton prescrit de toucher la partie blanche de la langue avec un pinceau imbibé d'un mélange de miel rosat et d'acide chlorhydrique.
Le 17 avril, l'enfant continue à avoir un écoulement purulent très-abondant par le nez : l'ulcère de la voûte palatine se cicatrise, mais les paupières de l'œil gauche sont, depuis hier, rouges à l'extérieur et fortement boursouflées, comme dans l'ophthalmie purulente; cependant la conjonctive est peu rouge, et il y a fort peu de sécrétion purulente. Les paupières de l'œil droit sont légèrement rouges à l'extérieur ; collyre d'azotate d'argent à 0,30 porté avec un pinceau matin et soir.
Le 25 avril, il n'y a plus absolument rien à la voûte palatine; les ulcérations de l'anus sont aussi guéries; le nez va très-bien ; l'air passe déjà dans les fosses nasales, et l'écoulement est bien déterminé.
Le 1er mai, l'amélioration persiste.
Le 5 mai, il n'y a plus absolument rien.
Le 19 mai, l'enfant ne prend plus d'iodure de potassium.
Depuis quelques jours la guérison persiste; on vaccine l'enfant par deux piqûres à chaque bras.
Le 25 mai, le vaccin n'a pas pris, mais c'est presque la règle dans la salle.
Le 5 juin, l'enfant sort parfaitement bien portante avec sa mère, qui est guérie aussi de son côté.
§ IV. — Iritis syphilitique.
Quelques auteurs ont observé Firitis syphilitique chez des enfants de trois mois à un an, nés de parents syphilitiques, et déjà affectés de syphilis à la surface du corps.
Voici en quelques mots la description de cette variété d'ophthalmie, que je n'ai pas encore eu l'occasion d'observer.
La sclérotique devient rouge pourpre foncé, et l'enfant fuit la lumière. La cornée reste transparente, l'iris se décolore, la pupille se contracte, se déforme, et reste immobile au jour et à l'obscurité. L'humeur de la chambre antérieure se trouble, et quelquefois un dépôt fibrineux jaunâtre ou purulent se montre à la partie inférieure de l'iris. On voit enfin, mais rarement, le cristallin perdre sa transparence et devenir nuageux sans être entièrement opaque.
Cette ophthalmie, ordinairement double, dure assez longtemps, et guérit néanmoins par un traitement approprié. Peu à peu le trouble de l'humeur aqueuse disparaît avec celui de l'iris, le dépôt fibrineux diminue, se resserre, s'isole de manière à laisser voir la circonférence de l'iris, et il reste quelquefois assez longtemps sur
les bords ou nu-devant de la pupille. Cette ouverture redevient claire, noire et contractile, mais elle peut rester immobile et déformée sans que nul médicament puisse amener sa dilatation.
Cette iritis doit être traitée par le calomel donné à l'enfant à la dose de 2 à 5 centigrammes par jour, et par les frictions de pommade de belladone autour de l'orbite.
Les enfants doivent avoir les yeux couverts et tenus dans l'obscurité, il faut les sortir à l'air extérieur dès qu'on le peut, afin de faciliter la nutrition et l'hématose. Il faut les nourrir comme d'habitude et leur faire prendre chaque jour une cuillerée ou deux de sirop de quinquina.
§ V. — Pemphigns syphilitique.
Le pemphigus syphilitique est une affection huileuse de la peau, caractérisée par la présence de taches rosées, suivies de la formation de bulles remplies de pus et de croûtes jaunes, brunâtres, minces et lamelleuses (1).
Il est ordinairement congénital et antérieur à la naissance, ainsi que Gilibert, Paul Dubois, Morin, Depaul, moi-même et tant d'autres en avons vu des exemples. Cependant il ne survient ordinairement qu'un ou plusieurs jours après la venue dans le monde.
Je prends au hasard, et voici un exemple de pemphiguus syphilitique congénital rapporté par Morin (2).
Observation IV. — Une femme dont le mari avait eu autrefois la vérole la plus complète, eut successivement six fausses couches avant terme, dans lesquelles elle produisit six enfants mort-nés, et arriva enfin à donner le jour à un septième enfant vivant et couvert de pemphigus, d'ulcérations à la vulve, au rectum, de plaques cuivrées sur le visage et de coryza chronique.
C'en était assez pour caractériser une vérole constitutionnelle. Morin n'a pas craint de s'avancer jusque-là et de conseiller un traitement spécifique à l'enfant et à ses parents. Il aura tort aux yeux des syphilographes, mais il guérira ses malades, et donnera à une femme la possibilité d'engendrer des enfants sains, forts et vigoureux. Gela vaut un peu mieux, selon moi, que l'expectation exigée par certains positivistes de l'école moderne.
Le pemphigus syphilitique existe toujours à l'état aigu, et les bulles qui le caractérisent sont généralement grosses comme un pois, au plus comme une petite noisette. Elles sont plus ou moins nombreuses, et cela en vertu de circonstances particulières non déterminées. Naumann en a compté plus de cent sur le même enfant ; elles sont alors très-rapprochées, et quelques-unes se confondent par leur base. Elles renferment un liquide jaunâtre purulent, quelquefois fétide, du sang même, d'après les observations de Carus et de Ring. Elles se développent sur une partie du corps. Les plus remarquables existent à la face plantaire des pieds et sur la paume des mains. Elles reposent toujours sur une peau dont la teinte violette ou bleue contraste avec la couleur rosée des autres parties. Quelquefois le derme esl érodé, ulcéré et couvert d'un dépôt plastique membraneux, comme on peut le voir dans une observation de M. Gaide. Ces ulcérations superficielles comprennent quelquefois toute l'épaisseur de la peau et suppurent abondamment. Leurs bords sont parfois un peu relevés et arrondis, et l'on voit alors en différents points, connue l'indique P. Dubois, les apparences des dernières périodes (le l'rctln nia.
i Voy. OUivier et Ranvier, Du pemphigus des nouveau~nés [Mém. de ÏAcad. de méd.t 1863, t. XXVI, p. 554).
( — ,> Morin, Gazette des hôpitaux, 1851.
Le pemphigus syphilitique existe cliez des enfants bien développés et dont la nutrition s'est normalement accomplie jusqu'au jour de leur naissance, ou chez des enfants faibles, débiles et nés avant terme. Il détermine une notable et rapide altération de la santé, et la mort suit généralement de près son apparition.
On a élevé des doutes sur la réalité d'un pemphigus syphilitique des nouveau-nés et sur la possibilité de le reconnaître. Une brillante discussion s'est élevée à ce sujet au sein de l'Académie de médecine, entre P. Dubois, Ricord et Cazeaux (1). Dubois, qui s'était constitué le défenseur de la nature syphilitique du pemphigus des nouveau-nés, me paraît avoir eu raison de ses adversaires. Dans un discours fort remarquable, il a établi des caractères de l'affection à peu près identiques avec ceux que je viens de donner, et il montra d'une part que le pemphigus syphilitique existe chez l'adulte, des aveux même de Ricord, et que chez les enfants bien portants d'ailleurs, affectés de pemphigus, loin des influences débilitantes de la misère, on pouvait constater chez les parents les traces d'une syphilis ancienne, ou obtenir d'eux, à cet égard, des renseignements probants. Il a établi encore que plusieurs enfants ont en outre d'autres manifestations syphilitiques sur le voile du palais, dans le pharynx et dans le thymus, le poumon et les os. Il a ensuite rappelé qu'un autre médecin, Danyau, avait cité des faits analogues, et en particulier celui d'un enfant affecté de pemphigus congénital et chez lequel s'est développée plus tard une roséole que Cullerier considéra comme syphilitique.
Enfin, une anecdote lui a permis de finir la démonstration commencée de l'existence bien réelle du pemphigus syphilitique chez les nouveau-nés.
Observation V. — M. Dubois donnait des soins à une jeune femme dont le mari, atteint d'une affection syphilitique primitive, avait eu l'imprudence de cohabiter avec elle et l'imprudence non moins grande de n'employer que très-négligemment un traitement curatif.
Après quelques mois, les accidents secondaires se manifestèrent chez l'un et chez l'autre ; la jeune femme devint enceinte et ell î accoucha, au quatrième mois et demi de la grossesse, d'un fœtus qui paraissait avoir cessé de vivre depuis quelques jours. Ce fut alors et à l'occasion de cet accident, que M. Dubois apprit les circonstancessus-indiquées. Il soumit la femme et le mari à un traitement antisyphilitique, qui ne fut pas suivi avec toute l'exactitude désirable. Au bout de trois mois survint une seconde grossesse, qui parvint cette fois jusqu'à une époque très-rapprochée du terme. L'accouchement eut lieu d'une manière imprévue et il eut pour résultat la naissance d'un enfant mort et couvert de pemphigus. Cette jeune femme étant redevenue enceinte une troisième fois, pensa, sur l'avis d'une de ses amies, qu'elle aurait peut-être une chance plus heureuse si elle changeait d'accoucheur. Moreau fut mandé, et sa nouvelle cliente put croire en effet que le sort lui était devenu plus favorable,, car elle parvint cette fois au terme de sa grossesse et elle mit au monde un enfant vivant et en apparence bien portant; cependant, quinze jours ou trois semaines après, une éruption syphilitique apparut. L'enfant fut soumis à un traitement spécifique et il guérit.
Le pemphigus congénital, bien développé, peut donc être considéré comme une manifestation syphilitique.
On ne peut plus douter aujourd'hui, et la véritable question qui constitue dans ce débat une difficulté que je ne veux pas amoindrir, c'est de savoir si l'on peut reconnaître cette forme de pemphigus. Oui, c'est là toute la question. Pour mon compte, je pense que ce diagnostic est possible, et présente autant de garanties de certitude que n'importe quelle affirmation médicale. Je vais le prouver.
(1) Cazeaux, Bulletin de l'Académie de médecine. Paris, 1851, t. XVI, p. 921, 947, 978 et suiv.
D'abord, si le pemphigus est congénital, il n"y a pot de dente a avoir; car toujours, jusqu'ici, le pemphigus congénital a été rencontré chez des Basants issus dé mères syphilitiques.
Mais k pemphigus n'est pas congénital! il est survenu quelques jours après la ssance : ce peut être un pemphigus simple, ce peut être un pemphigus résultant des influences fâcheuses de la misère sur le lait maternel et sur la constitution de l'entant. Mais ici encore, dans la plupart des cas. nous trouvons la syphilis de la mère ou du père, ou des renseignements rétrospectifs suffisants pour établir l'existence d'une infection syphilitique passée. Ce n'est la. sans doute, qu'une coïncidence, et toute cause coïncidente n'est assurément pas l'agent effectif d'un»- lésion simultanée. Mais si le rapport n'est pas certain, il offre au moins quelques chances de probabilité. La certitude ne tient plus qu'à un fil. c'est-à-dire à un ensemble de phénomènes concomitants. Voyons donc quels sont, pour le pemphigus, les phénomènes que nous considérons comme des moins suffisants à établir sa nature syphilitique. \~\\>' fois la probabilité acquise, nous voyons d'un côté les bulles être remplies de pus jaunâtre bien formé, tandis Qu'elles sont distendues par une sérosité liquide claire ou opaline dans le pemphigus simple. Ici la couleur de la peau excorie ronge, livide : efle est ailleurs d'une nuance rosée assez claire. Ici encore la peau est érodée, ulcérée même; elle ne présente jamais d'ulcération dans le pemphigns simple. Ici les bulles existent avec des lésions syphilitiques dans les antres organes, les -yphilides cutanées, ou des syphilides muqueuses, des abcès dissénnnés, dan- le thymus et les poumons, avec la dégénérescence fibro-plastique du foie, avec des onysis, etc. ; ailleurs, au contraire, dans le pemphigns simple, les bulles i mute la maladie. Enfin, l'un guérit difficilement, et quand il guérit, c'est au moyen du mercure ou de l'iodure de potassium donné- à l'enfant et à la nourrice: tandis que l'autre guérit toujours à l'aide des seuls remède- délayants.
Le pemphigns syphilitique est une affection grave qui. se rattachant à une lésion vitale originelle, supérieure à tous les mouvements organiques de la nutrition, s,. présente avec peu de chances de gnérison. Il entraîne souvent la mort d»-s enfants et cela en quelques jours. Il y a des nouveau-nés assez robustes qui résistent plus longtemps, mais qui finissent enfin par être emportés. Quelques-uns guérissent quand le pemphigns syphilitique est isolé de toute affection viscéral»' grave; mais quand il existe en même temps l'altération du tin mu-, des poumons et du l'oie que nous avons décrite, alors la mort est certaine.
Le traitement de cette forme de pemphigns est un traitement spécifique. La bulle D'est rien, il faut remonter plus haut et modifier rapidement la constitution et le sang des enfants. On y réussira au moyen du mercure donné par l'intermédiaire du lait, par la mère ou par la nourrice, ou administré directement aux petit&enfants.
Quand la mère nourrit, il faut lui faire prendre tous les jours deux punies àV v dillot. ou deux punks contenant chacun»' .'} centigrammes de protoiodore de mercure.
Si c'est nie- nourrice étrangère qui donne le sein à l'enfant, il faut faire en sorte qu'elle soit avertie des chances possibles d'infection qui la menacent, il faut lui demander à Eure le traitement nécessaire à la santé de l'enfant, et si elle accepte, on lui fera prendre sensément tous les jours une pilule de Sédillot ou une pilule arec 3 centigrammes de protoiodun- de mercure, Quand la nourrice craint de prendre les médicaments et que la mère ne nourrit pas. il faut traiter directement le nouveau-né. On lui fera prendre tous les jours la potion suivante par cuillère
Eau di^till- '••■■ 10 gramm
Liquour de van Swiet-.-n t a Z pi
En toute occurrence, il faut d'ailleurs faire des lotions de sublimé sur le corps des enfants et les mettre chaque jour dans un bain de sublimé :
Deutochlorure hydrargyrique 1 à 3 grammes.
Eau de Cologne 10 —
Eau distillée , 100 —
Pour l'eau d'un bain.
Si le pemphigus n'est pas accompagné de lésions plus profondes, il guérira sous l'influence de ces moyens ; mais si en même temps que le pemphigus existent le coryza, l'angine, l'affection thymique et pulmonaire, il faut employer l'iodure de potassium et le faire prendre directement dans de l'eau ou dans du lait sucré, à la dose de 20 à 50 centigrammes par jour.
Parmi les observations de pemphigus syphilitique qui méritent d'être remarquées et que j'ai publiées dans les précédentes éditions de cet ouvrage, je citerai : 1° celle de Dubreuil fils (de Bordeaux), relative à la nommée Marie Garbail, dont quatre enfants eurent le pemphigus congénital, terminé trois fois par la mort et chez le quatrième par la guérison (1); 2° l'observation d'un nouveau-né atteint de pemphigus syphilitique et d'abcès multiples du poumon, mort vingt minutes après la naissance; 3° enfin celle que P. Dubois a lue à l'Académie de médecine (2), et qui a été l'objet d'un grand débat contradictoire entre lui et Ricord.
§ VI. — Transmission de la syphilis des nouveau-nés aux nourrices.
Le fait de la transmission des accidents syphilitiques secondaires des nouveau-nés aux personnes qui les entourent, et particulièrement aux nourrices chargées de les élever et de les nourrir, assez vivement contesté, s'est enfin répandu dans la pratique. Les exemples se sont multipliés et présentent un tel caractère de certitude, qu'il ne peut plus y avoir de doute sur leur véritable signification.
C'est là une question grave au point de vue de la science, et dont la solution intéresse vivement l'hygiène publique et la jurisprudence médicale. Unejbis résolue par une affirmative, il n'importe pas moins de prévenir l'infection syphilitique des nourrices mercenaires dans les bureaux de location, par le refus des enfants suspects, que de faire indemniser celle qui a bien réellement contracté la syphilis d'un nourrisson infecté.
Nul doute qu'un enfant infecté de syphilis primitive, résultant du contact d'une personne étrangère infectée, ne puisse, à son tour, transmettre l'infection à sa nourrice. C'est là un fait qui n'a rien que de très-naturel, qui rentre dans les lois ordinaires de la contagion syphilitique, et qui ne saurait être contesté.
Mais la syphilis congénitale, mais la syphilis héréditaire, qui n'a pour manifestation que des accidents secondaires ou constitutionnels souvent mal déterminés, peut-elle se transmettre à la nourrice ? Voilà la vraie question que je crois avoir résolue en utilisant les faits déjà fort nombreux que l'observation personnelle et la science ont mis à ma disposition. Depuis mes premiers travaux, du reste, cette opinion a pris faveur, et j'ai vu avec plaisir qu'elle était partagée par Diday, Rollet et plusieurs autres sy philographes.
On a déjà depuis longtemps signalé la possibilité de la transmission des accidents syphilitiques du nouveau-né à la nourrice. Cette assertion se retrouve dans les écrits de quelques-uns de nos plus anciens syphilographes, mais, soit que chez eux
(1) Dubreuil, Bulletin de V Académie de médecine, 1850-51, t. XVI, p. 1052. (2; Dubois, Bull, de VAcad. de méd. 1850-51, t. XVI, p. 1226.
SYPHILIS INFANTILE. i I 13
cette idée résultât d'une conviction théorique plutôt que (rime étude attentive des fûts, ils semblent n'y pas avoir ajouté beaucoup d'importance.
En 1523, Jacques Cataneo disait : Vidimus plures infanttdos lactentes, iali morbo infectos, plures vtuli ices infecisse (i). Plus tard, Nicolas Massa exprimait
la même opinion sans plus de preuves, et accidentellement, tout en parlant d'autre chose, absolument comme Faguer, Doublet et Bertin (2). Quoique légèrement données, ces indications n'en sont pas moins dignes d'intérêt ; elles prouvent au moins que des remarques judicieuses, vérifiées par le temps, ont été faites sur le sujet. Berlin surtout, dont l'ouvrage est fort important, signale le fait de la contagion syphilitique des nourrissons à la nourrice de la manière la plus explicite. I une des propositions du début de son livre, et l'on est tout étonné de ne pins en trouver le développement dans le cours de la dissertation, qui ne renferme qu'un fait à cet égard; encore est-il moins certain que probable.
Cullerier a essayé de réparer l'opinion de Bertin, et dans ce but il a publié 3) un mémoire spécial suhi de cinq observations a l'appui. Malheureusement une seule d'entre elles justifie son titre, et il serait difficile de juger dans les autres si c'est l'enfant qui a infecté la nourrice, ou si, au contraire, c'est la nourrice qui a infecté son nourrisson. Néanmoins ce travail accuse nettement l'opinion de son auteur, et l'observation qui reste pour lui servir de base ne saurait être attaquée.
Hunter lui-même a rapporté des faits qui prouvent la possibilité de cette contagion, mais, ne pouvant ou ne voulant pas les voir dans leur véritable jour, a cause de certaines idées préconçues, il s'est mépris a leur égard, et il les a déguisés sons le titre insidieux de maladies gui ressemblent à la syphilis constitutionnelle. Ce sont des faits curieux a étudier, dont je reparlerai un peu plus loin.
La science est remplie d'observations de syphilis transmise des nouveau-nés aux nourrices ; j'en connais plus de vingt : une de Cullerier (4) ; une de Bouchacourt (5); trois du docteur John Egan (6); deux de Rayer, que j'ai déjà publiées (7); les trois de Hunter; une de Betrini, de Turin (8); une, dans laquelle la nourrice a obtenu une indemnité de 2000 fi*., malgré les conclusions contraires de Iîicord (9); une de Caradec, de Brest 1 10)* une de Barillier, médecin de l'hôpital des Enfants de Bordeaux (11); nne où l'on voit que la nourrice a reçu 8000 fr. d'indemnité (12)* une de Letorsay, communiquée à la Société de chirurgie (13)* une de Ravel, suivie d'une indemnité de 5000 fr. pour la nourrice; enfin deux de moi que je vais rapporter.
OBSERVATION VI. — En 1850, j'ai vu, à la consultation du Bureau central au parvis Notre-Dame, un enfant de deux mois el demi, qui avait de nombreuses ulcération-,
([ Cataneo, Tractatus de morbo gallico. in Al. Luisinus, De morbo gallico. Lu-d. ".
2 Bertin, 7 -ité de la maladie vénérienne chez le* nom eau-nés. Paris, \î
Cullerier, Journal de n.
i Cullerier, Journal de médecine, 1816, t. L\". p. \ (S Bonehaeonrt, Revue médicale.
(6 Egan, Dublin qumrterlu Jom
tiouchut, M r la tranm '■■ la syphilis des nom - mes*.,
Paris. maladies des nouveau-né^. 3 édition. P.
T rade des maladies des nouveau-né$ est devenu si considérable que j'ai retran-
Liont, qui avaient trouvé place dans les édili-jn- pi (8j Betrini, Gazette médicale.
(9) Ricord, Gazette des hôpitaux.
Caradec, Bulletin thérapeutique, 1851, t. XI.l. p. «11- B irillicr, Journ. de méd. de Bordeau i . 1800. - Gazette des hôpitaux, 1858.
Bulletin de la Société de chirur, >"
peu profondes, à fond rouge, de grandeur variable, autour de la verge et de l'anus : ces ulcérations étaient semblables à celles qui résultent des excoriations du derme, par suite de la malpropreté. L'enfant, nourri par sa mère, n'avait rien sur le corps et dans la bouche ; il était d'ailleurs très-chétif, et on le confia à une nourrice de la campagne.
Celle-ci, âgée de vingt-cinq ans, mère de quatre enfants, le dernier venu ayant un an, n'avait jamais eu d'affections cutanées ; elle vivait sagement à la campagne avec son mari, homme de bonne conduite et digne de toute confiance.
Quinze jours après avoir reçu ce nourrisson, à l'occasion d'une morsure au sein gauche par son propre enfant, le bout du sein devint malade et s'ulcéra. Plus tard vinrent des boulons sur le corps et à l'extérieur des parties génitales.
Son enfant, qui avait continué de teter, eut également des boutons aux cuisses et autour de l'anus.
Épouvantée de ces accidents survenus après la venue du nourrisson malade qui lui avait été laissé, craignant qu'il en fût la cause, et fatiguée de ne pas le voir profiter comme ses enfants propres, elle le rendit à ses parents au bout de deux mois.
Elle s'occupa ensuite de se faire guérir, car elle avait des plaques muqueuses au fond de la gorge, des syphilides papuleuses sur tout le corps, des plaques muqueuses aux parties génitales externes. J'ai examiné le mari, qui n'avait rien au corps et aux parties génitales, qui n'avait aucune cicatrice ancienne, et qui assurait n'avoir jamais contracté le mal vénérien, tout en ayant conservé ses relations avec sa femme.
Je prescrivis un traitement antisyphilitique à suivre pendant deux mois. Les pilules de Sédillot, deux par jour, en formaient la base, et la malade guérit.
Ici la nourrice était infectée, cela ne fait aucun doute ; mais ce qu'il faut déterminer, c'est l'origine du mal. Le mari, trop heureux pour lui d'avoir partagé le danger sans en éprouver de mal, ne saurait en être responsable. La femme, il est vrai, pouvait bien avoir été punie par la syphilis d'une faute qu'elle aurait commise; mais cela ne m'a pas paru probable, d'après ses réponses. Elle a nié le fait, ce qui ne prouve rien, jele sais, mais comme elle ne demandait pas d'argent pour le dommage à elle survenu, comme elle ne semblait pas avoir peur de son mari qu'elle paraissait dominer, circonstances qui auraient pu l'engager à dissimuler la cause de son mal, il y a lieu d'ajouter foi à ses réponses; de plus, je l'ai interrogée seule, et elle m'a répondu avec une telle franchise, qu'il n'y avait pas plus de honte à avouer une faute si ellej'avait commise. Elle a paru ne rien déguiser. Chez cette femme, un enfant malade et justement suspect arrive ; bientôt après, elle et son enfant tombent malades, présentent des signes incontestables de syphilis secondaire et elle rapporte son mal au contact de l'enfant étranger. Il est probable que cette femme a raison, du moins je pense comme elle à cet égard; mais entre cette probabilité, si grande qu'elle soit, et une certitude absolue, il y a encore une différence que d'autres faits pourront seuls rapprocher.
Voici une observation des plus curieuses, que j'ai recueillie en faisant mon service d'inspection au bureau des nourrices de la rue Sainte-Apolline. On y voit une femme donnant le jour à trois enfants syphilitiques infectant successivement trois nourrices prises au bureau. Le hasard permit que les enfants fussent donnés à des femmes provenant du même département, et ce n'est qu'à la troisième fois, par la reproduction du même nom de famille Leroy, qu'on s'aperçut de l'origine des accidents syphilitiques communiqués aux trois nourrices différentes du même pays.
Observation Vil. — Syphilis de l'enfant à la nourrice et à l'enfant de la nourrice. — Infection de trois nourrissons à quelques années de distance par trois enfants d'une femme atteinte de syphilis constitutionnelle. — Une femme Leroy, ayant eu la syphilis, et n'en présentant plus de traces, donne un premier enfant à une nourrice du bureau municipal de la rue Sainte-Apolline; peu de temps après l'enfant meurt et la nourrice est infectée. Elle a plus tard un second enfant quelle donne à une seconde nourrice prise au même bureau ; l'enfant paraît sain, on l'accepte sans savoir d'où il vient et sans faire attention à ce qui s'était passé. Cet enfant tombe bientôt malade, et meurt après avoir communiqué la syphilis à la nourrice.
La femme Leroy devient enceinte de nouveau, accouche d'une enfant de belle appa-
rence, et qu'on présente encore au bureau de la rue Sainte-Apolline, pour l'envoyer en nourrice. L'administration reçoit l'enfant, sans s'occuper de son origine et sur mon certificat de bonne santé apparente le donne à une nourrice bien portante.
Au bout d'un mois, l'enfant a mal à la gorge, des ulcères dans la bouche ; puis la nourrice souffre du mamelon, des ulcéralions de mauvaise nature s'y développent des deux côtés, et le médecin du pays, qui reconnaît une syphilis communiquée par l'enfant, traite cette femme, sans cependant la guérir complètement. Disons enfin qu'une fille de sept ans, qui jouait sans cesse avec le nourrisson, le faisait boire, l'embrassait continuellement, fut à son tour et après la nourrice prise de mal à la gorge, d'ulcérations aux amygdales, et de syphilides tuberculeuses au pourtour de l'anus.
Au bout de sept mois, la nourrice vint à Paris avec sa propre fille et son nourrisson. C'est alors que je pus les examiner.
La femme offrait aux deux seins les cicatrices d'ulcérations guéries ; la peau n'offrait rien de particulier à la surface du corps, de la tête, ni à l'extérieur des parties génitales. L'intérieur de la gorge était la seule partie malade. On y voyait une rougeur livide sur le voile du palais, le pharynx et les piliers des amygdales. Les tonsilles, très-volumineuses, offraient, celle de droite, une ulcération grisâtre, profonde, inégale, aux fonds rouges, calleux et coupés à pic; celle de gauche, une induration très-prononcée. En outre il y avait une ulcération à la face interne de la joue, sur le repli muqueux de la dernière molaire inférieure. Quelques ganglions cervicaux sous-maxillaires et occipitaux étaient engorgés.
La fille de la nourrice, âgée de sept ans, n'offrait plus que les traces d'un mal de gorge à peu près guéri. Sur les amygdales hypertrophiées et endurcies, il n'y avait plus trace d'ulcération. Les parties génitales étaient saines, et l'anus offrait encore, avec une rougeur livide circulaire à base indurée, une seule plaque muqueuse en voie de réparation.
Le nourrisson n'avait rien de particulier sur le corps ni sur les parties génitales; il offrait seulement dans l'arrière-bouche une coloration rouge livide, étendue, des amygdales hypertrophiées et ulcérées d'un côté, de petits ulcères à surface grisâtre inégale et dure à la base de la langue.
Cette observation est des plus concluantes et ne laisse aucun doute sur la possibilité de la transmission par contagion des accidents syphilitiques secondaires, car trois enfants d'une même femme infectée de syphilis, ayant eux-mêmes une syphilis constitutionnelle sur la nature de laquelle il n'y a pas de doute à élever, ont transmis la syphilis à trois nourrices et à leurs enfants. En présence d'un pareil fait, toute discussion doit cesser, ou il n'y a pas de science possible.
Observation VIII. — Syphilis de F enfant à la nourrice (Hunter). — Un enfant fut accusé d'avoir transmis la maladie vénérienne à sa nourrice.
Le père avait eu une gonorrhée deux ans avant son mariage et quatorze ans avant la naissance de l'enfant.
La mère avait eu un premier enfant, puis un second, qui vinrent bien portants. Le troisième arriva mort à la fin du cinquième mois. Le quatrième vint à sept mois, à peine recouvert d'épiderme, atteint de dysenterie, et il mourut presque aussitôt. Le cinquième vint à huit mois, très-chétif et offrit au bout de quelques jours, sur le corps et dans la bouche, un grand nombre de vésicules remplies d'un pus clair. Il mourut au bout de trois semaines. On l'avait confié aune nourrice. Celle-ci, peu ;i[>i'ès la mort de l'enfant, eut des ulcères un ma melon, puis des glandes dans l'aisselle, puis très-mal à la gorge sans lésion locale, puis uni' éruption sur la peau avec chute tic l'épidémie des mains et des doigts, puis des onyxis avec chute des ongles i\ux mains et aux pieds.
Hunter, dans cette observation (l) dontje viens de donner l'aiiah se, nielasxphilis de l'enfant et de la nourrice. Chez cette dernière, il ose même attribuer au mercure l'ulcération des doigts et la chute des ongles. Mais une remarque à faire, c'est que Hunter, en niant la syphilis, ne peut dire quelle maladie il a eue sous les \ eux. Ce n'est pas la syphilis, faites-en ce que vous voudrez.
(1) Hunter, Traité delà maladie vénérienne, avec des additions par P. Kiconl, Paris, 1851).
Voici une seconde observation de Hunter, que ce grand chirurgien a reléguée dans un endroit de son livre où il est assez difficile de la trouver, et qui est dissimulée sous le titre de Maladies qui ressemblent à la syphilis constitutionnelle (1), Hunter a toutes les faiblesses des hommes systématiques; il écarte ce qui le gêne. Un fait se rencontre, et parce qu'il ne cadre guère avec la théorie, c'est le fait qui a tort, et il le considère comme formant une aberration de la nature.
Observation IX. — Syphilis de V enfant à la nourrice (Hunter). — Une dame nourrit deux enfants, et donne au sien le sein droit, à l'autre le sein gauche.
Au bout de six semaines, le mamelon gauche s'ulcère et tombe par suite des progrès du mal; la cicatrisation eut lieu trois mois après le début des accidents. Alors l'enfant étranger avait la respiration courte, des aphthes dans la bouche, et il mourut de consomption, le corps couvert d'ulcères. Bientôt après, la nourrice avait des douleurs lancinantes dans diverses régions, et eut sur les bras et sur les cuisses une éruption de plaques dont plusieurs devinrent des ulcères. Elle fut soumise à un traitement mercuriel.
Trois ans après, elle eut un enfant dont l'épidémie se détachait en plusieurs points, dont le corps présentait une éruption squameuse et qui mourut au bout de neuf semaines. On l'avait confié à une nourrice. Celle-ci peu après eut de la céphalalgie, de la douleur dans la gorge et des ulcérations sur les seins. Entrée dans un hôpital et traitée par le mercure, elle sortit non guérie. Les os du nez et du palais s'exfolièrent, et quelques mois après elle mourut dans un état de consomption.
La dame se traita par les bains de mer et la tisane de Lisbonne, ses ulcères aux bras et aux cuisses guérirent en un mois. Un an après, elle eut un nouvel enfant trèsfaible, qui mourut avant la fin du mois. Enfin, après dix mois, elle vit les ulcères s'ouvrir de nouveau, suppurer pendant une année et disparaître pour toujours.
Qu'est-ce donc qu'une maladie transmise par un enfant au sein d'une femme, infectant son organisme, amenant des plaies sur sa peau, modifiant le produit d'une conception ultérieure, de manière à donner lieu à la naissance d'un enfant ulcéré lequel infecte une autre nourrice sur les seins, dans le pharynx, suiUes os, partout enfin, au point de la faire périr? Qu'est-ce donc, si ce n'est la syphilis ou la syphiloïde, mot que Hunter a cherché sans pouvoir le rencontrer, car il y pensait en disant, à propos de ce fait, qu'il se forme chaque jour des poisons nouveaux qui ressemblent beaucoup au poison vénérien ; de sorte que ce n'est pas par les points de ressemblance, mais par ceux de dissemblance qu'il faut les juger ?
Encore un fait de Hunter ressemblant à la syphilis et n'étant pas de la syphilis (2).
Observation X. — Syphilis de V enfant à la nourrice (Hunter). — Un enfant né de parents sains en apparence fut confié à une nourrice trois semaines après sa naissance. Sa peau présentait des desquamations, et il y avait des excoriations autour de l'anus. On eût dit que la partie avait été échaudée. Il y avait aussi des desquamations sur les lèvres et des aphthes dans la bouche. Il mourut au bout de quinze jours, n'ayant télé que le sein gauche.
La nourrice continua d'allaiter son propre enfant et chercha un second nourrisson. Cinq semaines après la mort du premier nourrisson, elle eut un ulcère au mamelon gauche, puis deux jours après, une éruption de quinze jours sur le corps, les bras et les cuisses. Cette éruption était comparable à celle de la variole.
A ce moment une glande de l'aisselle suppura, fut ouverte et guérit rapidement.
Au contraire, quelques pustules de l'éruption cutanée devinrent de larges ulcères et se couvrirent de croûtes, puis une ulcération vint sur l'amygdale gauche et l'on fit un traitement mercuriel pendant six semaines. Hunter le fit suspendre et la nourrice guérit provisoirement; elle eut plus tard un abcès au sein, près du mamelon, et une nouvelle éruption au visage; enfin tout disparut.
(1) Hunter, loc. cit., p. 785.
(2) Idem, loc. cit., p. 789.
L'enfant avait été retiré à cette nourrice cinq jours après le début de l'éruption et donné à une seconde nourrice. Il eut au bout de quelques jours une éruption pustuleuse sur la tête et des excoriations dans la bouche qui le gênaient pour teter; il eut une éruption sur la face, les genoux et les pieds. On le ramena à Londres sans lui faire aucun traitement, et, donné à une troisième nourrice, il guérit rapidement.
Cette nourrice eut aussi des accidents inflammatoires au sein, une ulcération au mamelon et puis une éruption aux cuisses et aux jambes. Elle guérit sans rien faire. Son lait s'était tari ; mais pour amuser son propre enfant, elle lui mettait dans la bouche le mamelon du sein qui avait été malade. Cet enfant devint malade de la même manière que le nourrisson. Tous deux prirent du mercure et guérirent.
La troisième nourrice, de même que la précédente, fut affectée en peu de temps, mais les taches se montrèrent encore moins nombreuses : on eût dit que la maladie perdait beaucoup de sa force, car chaque infection nouvelle offrait un caractère moins malin que les précédentes. La malade guérit sans prendre aucun médicament.
Qu'est-ce donc encore que cette maladie communiquée d'un entant à trois nourrices successivement et à l'enfant d'une de ces nourrices? Quel nom donner a ce poison nouveau susceptible de se transmettre comme la syphilis, sans être la syphilis, d'après Hunter? Lui donnerons-nous le nom de syphiloide? Mais ce terme n'est qu'un masque pour l'ignorance. Nous n'avons pas les mêmes raisons que Hunter pour alléguer ce fait dans l'ombre. Nous préférons, en vertu de l'analogie, voir dans ce fait un exemple évident de syphilis secondaire du nouveau-né transmise a sa nourrice par 1 inoculation.
Putegnat (1) et Diday (2) ont cité beaucoup de faits de ce genre. Ceux de ce dernier auteur ont surtout une grande importance; élève de Ricord, on ne peut lui opposer son inexpérience, et il adopte aujourd'hui cette doctrine à laquelle il apporte l'appui de nombreuses observations.
Tels sont les faits que l'on peut invoquer en faveur de la transmission de la syphilis des enfants nouveau-nés à leur nourrice. Ils n'ont pas tous la même valeur ni le même degré d'importance; ils ne peuvent tous servir cala solution de la question. Il faut pour cela les diviser et les classer selon leur importance.
Quelques faits, comme ceux de Hunter, de Cullerier, de Bouchacourt, de Putegnat, de Diday, de Rollet et les miens, offrent un caractère de certitude qui ne permet pas le doute sur l'origine de la contagion ; d'autres, au contraire, analogues au dernier exemple que j'ai rapporté, et parmi lesquels nous trouvons ceux de Bertin et de Rayer, ne donnent que des probabilités en faveur de la contagion par l'enfant, mais ne la démontrent peut-être pas d'une manière rigoureuse. Quelquesuns, enfin, ne représentent qu'une opinion dénuée de preuves.
C'est en laissant de côté cette dernière catégorie de laits pour ne plus consulter que les deux autres, que nous croyons devoir conclure en disant :
La syphilis congénitale, assez rare dans la ville, est très-commune chez les enfants trouvés.
Il faut traiter la nourrice et l'enfant par le mercure contre les accidents secondaires, et par l'iodure de potassium s'il y a des accidents tertiaires de syphilis.
La syphilis congénitale peut se transmettre du nourrisson à la nourrice, et c'est un devoir pour le médecin d'ordonner l'isolement des nouveau-nés syphilitiques.
Les enfants nés avec la syphilis doivent être nourris au biberon à la campagne, ou bien les nourrices doivent être averties qu'on leur donne un enfant syphilitique.
(1) Putegnat, Histoire et thérapeutique de la syphilis des nouveauté* et îles enfants à la
mamelle. Paris, 1851.
(Ï) Diday, De la syphilis des nouveau-nés et des enfants à la mamelle. Paris. 180 i.