PARALYSIE DU VOILE DU PALAIS
Les enfants sont souvent exposés à une paralysie du voile du palais dont la nature n'est pas facile à préciser. Pendant quelque temps on crut, avec le docteur Grillant (de Poitiers) dont j'ai rapporté l'opinion (1), que cette paralysie était la conséquence
(1) Angine et Dumithémtr, et aussi page 138.
d'un empoisonnement par le principe de la diphthérite, et qu'après la guérison des fausses membranes il restait dans le sang quelque chose pouvant donner lieu à cette paralysie. Ce n'était pas exact, car il paraît qu'une angine inflammatoire simple peut produire les mômes effets, et mes observations, ainsi que les faits publiés par Marquez (de Colmar), Boucher de la Ville-Jossy, etc., prouvent qu'il peut en être autrement. En somme, la paralysie du voile du palais chez les enfants résulte de la convalescence des maladies aiguës, et surtout de la convalescence des angines tonsillaires, des angines couenneuses et du croup.
Cette paralysie a été signalée par Hippocrate comme étant consécutive au mal de gorge observé de son temps sous le nom d'ulcère syriaque, ce qui prouve que, sauf le mot d'angine couenneuse et de diphthérite, la chose était connue de l'antiquité. Quoi qu'il en soit, le fait avait été oublié, comme tant d'autres bonnes choses, par suite du défaut de tradition sérieuse et d'enseignement historique de la médecine, et il n'a été retrouvé qu'il y a vingt ans par le docteur Orillard, et ensuite par tous les médecins qui ont observé l'angine couenneuse et le croup.
La paralysie du voile du palais est assez facile à reconnaître et s'annonce par le passage des boissons dans le larynx, dans les narines, par le nasonnement de la voix, par l'insensibilité de l'isthme du pharynx et par le prolapsus de la luette. Le voile ne fonctionne plus assez bien pour diriger le bol alimentaire dans l'œsophage, la luette ne s'abaisse plus aussi complètement, et alors les enfants avalent de travers, suffoquent et repoussent leurs boissons par le nez.
Cet état a quelque chose de très-grave. Outre l'obstacle qu'il apporte à l'ingestion des aliments et à la réparation des forces du malade, il a l'inconvénient de s'étendre ; car, du voile du palais, la paralysie gagne d'autres organes importants. C'est une paralysie extensive. Alors, ayant son point de départ dans une névrite ascendante aiguë qui gagne les origines du glosso-pharyngien, il en résulte une lésion intime qui redescend dans la moelle et paralyse le tronc et les membres. — Elle s'étend aux yeux, dont elle dérange l'accommodation et où elle forme de l'amaurose. Elle éclate aux membres inférieurs, au tronc, au diaphragme et aux muscles de la respiration, de manière à entraîner l'asphyxie ou la mort.
Dans un cas de ce genre, j'ai vu l'enfant, ayant la paralysie du voile du palais avec l'affaiblissement des membres supérieurs et inférieurs, offrir une paralysie du diaphragme presque complète. A chaque inspiration, le diaphragme rentrait sous les côtés et on aurait pu croire que la mort allait avoir lieu par asphyxie, c'est-àdire par hématose incomplète et par anoxémie. Il n'en était rien, car l'enfant n'avait pas d'insensibilité tégumentaire. Elle mourait par le cerveau.
En effet, à l'ophthalmoscope, elle offrait un double œdème de la papille, avec dilatation et thrombose des veines rétiniennes et, du côté gauche, des taches isolées de pigment sur la choroïde. L'autopsie révéla qu'il n'y avait rien dans les poumons qui appartînt à l'asphyxie ; il y avait, au contraire, un œdème énorme, gélatineux, louche, de la pie-mère avec des thromboses méningées, suffusion séreuse ventriculaire considérable et hyperhémie de la substance cérébrale, surtout marquée dans la substance grise.
Les enfants sont pilles, s'affaiblissent, beaucoup ne peuvent manger ni boire à leur aise, ont de la fièvre, maigrissent beaucoup et meurent, soit d'épuisement, ce qui est rare, soit d'hyperhémie cérébrale ou d'asphyxie, ce qui est plus commun.
S'il existe de l'amaurose et qu'on examine les yeux à l'ophthalmoscope, on y trouve quelquefois une infiltration séreuse de la papille qui indique une hyperhémie cérébrale, ou des thromboses qui indiquent une lésion semblable des sinus ou des
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veines méningées, ainsi que je l'ai fait connaître (1). Mais s'il n'y a rien au fond de l'œil, il es! probable qu'il n'y a qu'un vice d'accommodation; et, en effet, les enfants qui ne voient pas nettement à 25 centimètres du nez distinguent bien les objets plus éloignés.
La paralysie du voile du palais qui ne se généralise pas guérit assez habituellement en un ou deux mois ; mais lorsqu'elle se généralise, elle occasionne de la paraplégie et gagne les muscles de la poitrine; elle est très-grave et souvent mortelle.
Traitement. — Les tisanes amères de houblon, de quinquina aromatique, de sauge, de mélisse, de serpolet, de romarin, devront être conseillées.
On prescrit, en outre, le quinquina sous toutes les formes, le sulfate de quinine, les préparations ferrugineuses, l'huile phosphorée et le sirop d'arséniate de soude d'après ma formule:
Sirop simple 300 grammes.
Arséniate de soude 10 centigrammes.
Faites dissoudre. Une cuillerée à bouche par jour.
Les frictions excitantes sur les membres, les bains de vapeur, les fumigations de benjoin, ou de genièvre, les bains d'allusion, les bains de mer, l'électrisation du voile par courants continus, les piqûres révulsives et les inoculations de strych-