MAP. IT.] CAUSES DES RÉTRÉCISSEMENTS ORGANIQUES
John Huiiter dit : « Il est impossible de dire quelle est la cause de laltéi-ation de structui*e qui amène la diminution du canal de Turèthre. On a considéré cette altération comme un eiïet de la maladie vénérienne, et souvent un la attribuée à la méthode curative ; mais je doute beaucoup qu'elle soit produite communément par de telles causes, si même elle en est jamais un t^ffet. » Plus loin il s'exprime ainsi: a Les rétrécissements s'observent fréquemment dans la plupart des canaux du corps humain : on les rencontre souvent dans l'œsophage; dans les intestins, et surtout dans le rectum; dans l'anus; au prépuce, ce qui produit le phimosis; dans le conduit lacrymal, ce qui donne naissance à une maladie qu'on Appelle fistule lacrymale, bien qu'aucune maladie n'ait existé préalablement dans ces divers organes. Ils se forment quelquefois dans l'urèthre chez des sujets qui n*ont jamais eu aucune maladie vénérienne. J*en ai vu un exemple chez un jeune homme de dix-neuf ans qui était atteint de rétrécissement depuis huit années, et chez qui, par conséquent, la maladie avait commencé lorsqu'il n'était Agé <|ue de onze ans. On l'avait cru d'abord atteint de la pierre ou de la gravelle, et on lavait traité en constkiuence. 11 était de constitution scrofuleuse ; il avait les lèvres épaisses et les yeux malades ; il était atteint d'une opacité de la coniée d'un côté; sa complexion générale était débile; le rétrécissement était situé dans la région du canal qu'il occupe ordinairement, c'est-à-dire vers la portion membraneuse (1 ) . »
.l'ai donné ce passage dans son entier, parce que le cas qu'il rapporte indique une des causes que nous mentionnerons bientôt, (|uoique John Ifunter ne l'ait pas indiquée. Cependant ce grand pathologiste est presque seul de son opinion. C'est ainsi que s'exprime sir A. Cooper : « Au sujet de la manière dont se produisent les rétrécissements, je suis d'une opinion cou- ^ traire à celle de M. Hunter, une des plus grandes autorités chirurgicales qui aient jamais existé ; et si l'on me demande quelle est la cause des rélréciss^»ments, je dirai que, quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, ils proviennent de gonorrhée ou de quelque excès chez un malade atteint de cette affection (2). »
Sir E. Home dit (|ue « si fréquemment les symptômes de rétrécissement ont été précédés immédiatement d'une gonorrhée intense, dont la muqueuse ne s est jamais complètement rétablie, que depuis longtemps il existait peu de doutes dans son esprit sur l'influence de la gonorrhée comme cause irès-fi'équente de rétrécissement (3). »
Abernethy croit que « la gonorrhée mal soignée est une cause très-fréquente de rétrécissement » {U),
Sir Charles Rell s'exprime ainsi : « La cause la plus fréquente des rétrécissements, c'est la gonorrhée. Cependant l'inflammation spécifique de l'urèthrc
;i) Hunier, Traité de la maladie vénérienne, traduit de l'anglais par G. Richelot, Z^ édit. Pîiris, t859, p. 207-208.
(2) Sir Astley C«K)pcr, Surgical Lectures, publiées dans la Lancety vol. III-IV, p. 222.
{'X) E. Honif, Vrnctical Observations on Treatment of Strictures^ etc., 3« édit., vol. I, p. 33, 3A.
4) Abernethy, Svrgical lectures, publiées dans la ï/tncety vol. III, p. 323,
•16 DES RÉTRÉCISSEMENTS DE L'URJlTIIRE. [Pari
n'est ]ins toujours suivie de rétn'cissenteut. ... L'iiillaïuiuation est si frt'-qiti ment le précurseur du rétrécissemont, que l'on peut établir conime pai-faî^ temenl évident que l'origine de tous les rétrécissements de l'urèlhi-e est k rinflammation du canal ce que sont les adhén'iices de la pIMv ù l'inH-tni' malien de cette membrane (1). »
Pour Sir B, Brodie : ■■ Les rétrécissements sont parfois la conséquence de gonorrhées intenses et de longue durée {2). »
M. Lawrence dit que « le rétrécissement provient d'un chai);;eiueut de' structure dans quelques points du canal, à la suite d'un dêpiJt indamnix-
loii-e, ou de la cicalrisalîon d'une surface ulcérée » Il ajoute que .. Tin-
Hatnmation [;onon'hêique est sans doute la cause la plus fréquente » (3).
Pour M. Liston: « Les rétrécissements de l'urèlhre viennent Irès-rrfrquemmeitt d'une inflammation spécilique, ou gonorrhée de longue du rè«, négligi'te ou mal traitée, et aggravée, dans In première période, par des injections acres et excitantes, et le manque de précaution (U). ■>
Chelius dit que < les rétrécissements s'observent fréquenunent api-ês 1» blennorrhagie, surtout lorsqu'elle a été de longue durée et mal traitée. t>pendant les rapports de cause, qui existent entre le rétrécissement et Its blennorrhagies antérieures, sont souvent méconnus, car on l'observe aprî'S de légf^res comme aprés de violentes chaudepisses, ((u'elles aient élè lmiltV>s ou non par les injections (5). »
Ducamp s'exprime ainsi : « Si l'on inleiroge avec soin les individus affectés de celte dernière maladie, on apprend qu'ils ont eu une ou plusieurs gonorrhées ; que celle qui a pn^cédé le rétrécissement s'est proîoniréi' indérmiment[6). »
Civiale discute avec quelque dtHail l'inlluence de l'uréthrite et conclut que dans son opinion ■ elle doit être placée au premier ran^ parmi les causes des rétré-cissemenis » (I. I, p. i66). En résumant ses remarquessur ce point, il ajoute ce qui suit : i En apportant un grand soin â l' examen du malade, on finit presque toujours par découviir qu'il a cxislé un écoulement plus ou moins prolongé et suffisant pour tacher le linge (7). >> H dit ensuite, que celte affection peut n'avoir jamais été aiguë mais chronique dès son début, et qu'elle n'a jtas succti'dé ni'cessHi rement à un rapprochemcal impur, ni même a aucune espèce de rapprochement sexuel. Il énumère d'autres causes lieaucoup moins importantes, mais dont l'iulluence nVsl pas contestable. Ce sont - le mauvais emploi des insti'uments mis en usage dans les affections de l'urèlhre; les coups et chutes sur le périnée:
(l) Sir(;!iaika Uvll, hcaliscoi Diteoseï of Ihe Crelhra, lIt., 3' é.lîl., Sfliaw. [i. 1|< L't 107. 18S2,
(2f U. Broilii', Lfcfuivt on Dîseasa of tfie l'rinary Organii, i' édil., p. 3.
(3J Ijwmice, Uelura, rcpoiicd io tlie Uineet [Ucture n» 76), Aug. U, 1830.
(1) LisloQ, Praeliial Surgery, f ûdil., [i. iUl.
(5) Clieliut, trantlated bj SouUi, >-cil. tl, |>. 355.
(9) Ducamii, Traili de» rHenlioiu iTuiinr, <tc. Parii, 1821, p. A5.
(î) OnJMle, TraiMpreWqut mirkt mahilitt desorgmes ginîlo-triiaires, 3*c<lil. Tattv ISaS, 1. I, p. 173.
CnAP. IV.] CAUSES DES RÉTRÉCISSEMENTS ORGANIQUES. 97
I arrêt des calculs dans rurèthre ; la section périnéale; enfin, l'abus du coït et les érections prolongées » (i).
Leroy (d'Etiolles) dit que a tout ce qui produit une inflammation d'un point de Turèthre est une cause de rétrécissement. Au premier rang se place la blennorrhagie. Ce sont particulièrement les écoulements anciens et invétérés qui, produisant à la longue des ulcérations, laissent après eux les germes de rétrécissements. Prévenir ces ulcérations en arrêtant Técoulement dès le début, c'est, en apparence du moins, agir d'une manière rationnelle. Les injections astringentes sembleraient un préservatif des rétrécissements plutôt qu'une cause. » Cependant, à la page suivante, il reconnaît que les « injections trop irritantes » peuvent produire des rétrécissements et d'autres complications (2).
Il faut observer que tous les extraits précédents proviennent d'opinions fondées sur Fexpérience des auteurs, mais non pas établies par des recherches spéciales, dirigées dans ce but, comme, par exemple, sur l'analyse d'un grand nombre de cas faite pour établir l'influence respective que possèdent les différentes causes sur la production des rétrécissements, avec les proportions indiquées en chifl'res. J'ai dirigé tout spécialement mon attention sur ce deniier point. Dans ce but, j'ai n*uni avec soin et mis en ordre 220 cas, dont iUZ sur des malades soignés à rhôpitai, de leurs rétrécissements ou d'autres accidents, tels que la rétention d'urine et autres, ivcueillis surdes observations inédites des cahiers de « University Collège Hospilal » ; un grand nombre ont été soignés et obser^'és par moi ; tous leurs détails possèdent le degré le plus élevé d'authenticité. En second lieu, 69 autres cas proviennent d'observations très -exactes rapportées dans les journaux, et relatives au même sujet ; presque toutes ont été prises sur des malades traités dans les hôpitaux. 11 est facile de comprendre que ces 192 cas ne représentent pas les cas les plus ordinaires, mais les plus graves de rétrécissements; d'autant que les malades atteints des formes légères sont rarement admis dans les hôpitaux, et qu'ils viennent plutôt consulter pour se faire traiter. Pour estimer ces cas à leur juste valeur, on doit les regarder, pour la plupart, comme représentant la maladie aggravée par la négligence, la débauche ou les privations, à un point qui se relrouve rarement dans les classes moyennes, à moins que ce ne soit chez des personnes empêchées par les devoirs de leur profession de profiter des bénéfices du traitement chirurgical, ou obligées de remplir des engagements incompatibles avec un traitement suivi. C'est ainsi que nous rencontrons quelques-uns des cas les plus graves chez des officiers des armées de terre et de mer. Il est certain que, si les rétrécissements étaient traités avec jugement aussitôt après l'apparition dessjTnptômes, peu d'afl"ections pourraient être aussi facilement soulagées et amendées, et, dans aucune afl"ection, peut-être, ladifl'érence entre la négligence et un traitement judicieux n'est aussi sensible pour le malade.
(I) Traité prat. sur les malad. des'organes génito-urin.. Paris, 1858, t I, p. 163-176. (2j Leroy (d'ÉlioUes), Des angusties ou rétrécissements de Curèthre, etc. Paris, 1845, p. 67-69.
H. TOOMPSOX. — Malad. des voies urin. 7
98 DES RÉTRÉCISSEMENTS DE L'DRÈTHRE. (Pabt. i.
Les 28 cas qui restent présentent des caractères différents et ont été mis à la suite pour celte raison ; quelques-uns d'entre eux sont des cas presque particuliers à lajclasse de malades chez lesquels nous les avons trouvés, c'est-à-dire à la classe moyenne et supérieure de la société. Tous ces cas, directement ou indirectement, ont été soumis à mon observation. En sorte que si nous tenons grand compte d une augmentation considérable dans la classe pauvre des cas légers qui ne constituent pas une afTection assez grave pour permettre de recevoir le malade à Thôpital, nous poun'ons, par une analyse des tableaux donnés à la fin du chapitre, arriver à une estimation exacte des caractères de cette aiïection au pointde vue de sa gravité et de ses conséquences, en même temps que de ses causes prédisposantes et occasionnelles. Les points que j'ai recherchés dans ces divers cas sont les suivants : l'âge du malade ; le nombre et les dates des blennorrhagies antérieures ou des autres lésions, la durée du premier écoulement (dans un nombre de cas aussi nombreux que possible) ; la date de la première découverte du rétrécissement ; quelques détails sur les s\inptùmes qui ont suivi et l'état actuel. Ces points sont relatés sur cinq colonnes, de sorte que l'histoire abrégée de chaque cas se trouve résumée sous une forme facile à saisir, et que les principaux faits peuvent se remarquer d'un simple coup d'oeil (voyez les tableaux à la fin du chapitre). Ces tableaux sont analysés et tous les résultats réunis en une seule page, à la fin du paragraphe suivant, qui traite des causes des rétrécissements organiques et permanents. Avant de mentionner chacune des causes des rétrécissements organiques en délai/, je les rangerai avec leurs subdivisions sous forme de résumé.