Rétinite albuminurique
En môme temps qu'une hyperhémie veineuse, on observe, autour de la papille optique, un trouble grisâtre de la rétine qui masque les contours de la papille et voile en partie les vaisseaux. Cette opacité se condense, et l'on y observe des petites hémorrhag-ies de forme ronde ou striée. A quelque distance de la papille, on voit se développer un certain nombre de points ou de petites plaques blanches laiteuses, qui s'agrandissent, se réunissent et forment enfin autour du nerf optique un anneau assez large d'un blanc graisseux éclatant, pourvu de prolongements dirigés vers la périphérie de l'œil, où l'on retrouve quel-
. — Rcliiiite albuminurique.
ques plaques blanches isolées. Les vaisseaux disparaissent en grande partie dans le tissu tuméfié de la rétine, sur lequel on constate des foyers apoplectiques (fig. 84).
Autour de la tache jaune, on observe une masse de petits points blancs groupés en lig-nes rayonnant vers la fossette cen-
traie, qui prend une couleur rouge foncé. Les parties périphériques de Tœil ne présentent aucune altération.
Cet aspect de la rétine résulte d'une transsudation séreuse dans le voisinage de la papille et de l'hypertrophie du tissu cellulaire de la rétine. Cet état s'accompagne de la dégénérescence graisseuse de ces éléments, et plus tard de la sclérose des fibres nerveuses et des cellules ganglionnaires. La disposition particulière des fibres radiaires dans la région de la macula, vers laquelle ces fibres convergent, explique l'aspect particulier de cette région, c'est-à-dire le groupement, en forme d'étoile, des points et plaques blanches qui indiquent la dégénérescence graisseuse subie également par les fibres radiaires.
Les parois vasculaires sont atteintes d'altérations analogues.
Dans quelques cas le processus inflammatoire se concentre surtout sur la papille du nerf optique, qui devient le siège d'une tuméfaction notable et dont l'image ophtalmoscopique ressemble alors tout à fait à une papille étranglée (voy. les Maladies du nerf optique).
Les troubles fonctionnels sont très variables dans cette maladie et ne concordent nullement avec les altérations visibles à Tophtalmoscope. La vision centrale souffre toujours plus ou moins, mais il est rare qu'elle soit complètement abolie. Dans la plupart des cas, le champ visuel reste même libre, à moins que la maladie ne se complique plus tard d'un décollement de la rétine. La perception des couleurs est normale. — L'affection atteint généralement les deux yeux, à des degrés différents.
La marche de la maladie est lente, interrompue par des périodes stationnaires, des améliorations et des aggravations subites.
On a observé des cas de guérison complète (dans l'albuminurie, après la lièvre scarlatine ou pendant la grossesse), où l'état de la rétine et de la vision est redevenu entièrement normal. D'autres fois il reste des traces des opacités rétiniennes et des troubles visuels qui en sont résultés, ou bien enfin la maladie se termine par des altérations atrophiques ou par le décollement de la rétine. Souvent les progrès de la maladie générale et la mort du malade mettent fin à Fétude de la marche de l'affection oculaire.
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Gomme complications, on a constaté des hémorrhagies sous la conjonctive et dans le corps vitré. Elles sont importantes comme symptômes d'une disposition hémorrhag-ique générale, qui se manifeste aussi par l'apparition d'épistaxis, de purpura hémorrhagique, d'apoplexies cérébrales.
he pronostic^ assez sérieux en lui-même, aug^mente de gravité en raison des dangers auxquels la maladie générale expose la vie du malade. Si la santé se rétablit, l'affection oculaire peut guérir également et la vision s'améliorer ou même revenir à l'état normal.
Etiologie. — Cette forme de rétinite est intimement liée à l'apparition de l'albumine dans les urines, surtout lorsque l'albuminurie dure un temps prolongé, par conséquent dans les cas de maladie des reins (maladie de Bright), de fièvre intermittente grave, d'intoxication saturnine, d'exanthème aigu, surtout la fièvre scarlatine, et pendant la g-rossesse. D'après les uns, il faudrait l'attribuer alors à une nutrition défectueuse du tissu rétinien par le sang altéré ; d'après les autres, à la tension vasculaire du système artériel, qui augmente avec les troubles de la circulation générale (hypertrophie du ventricule gauche) survenus à la suite de la maladie des reins. Toujours est-il que la rétinite albuminurique ne s'observe que dans 8 ou 10 p. 100 des cas de maladie de Bright, et qu'une fois établie, elle peut suivre une marche indépendante de l'état général.
Traitement. — L'état général permet rarement de combattre les symptômes inflammatoires par l'emploi de ventouses scarifiées à la tempe, qui ont paru utiles quand on a pu les employer ; on les remplace par des ventouses sèches, par des dérivatifs, etc. Dans le traitement général, on a vu de bons résultats pour l'état des yeux par l'emploi du régime lacté, l'iodure de potassium, les préparations ferrugineuses, le tannin, la digitale, et par l'usage modéré des médicaments diurétiques et diaphorétiques.
La majeure partie de ces malades ne supportent pas de traitement affaiblissant, et leur état général exige plutôt une médication fortifiante et un régime k)nique.
Il faut se garder de confondre avec la maladie que nous
venons de décrire V am aurose urémique^ que l'on observe aussi dans la maladie de Bright et qui ne doit pas être attribuée à une altération de la rétine. Elle est caractérisée par des obscurcissements subits ou même par la cécité complète, qui s'établit rapidement et disparaît après l'accès (voy. plus bas les Amblyopies par intoxication),